‹ Étude sur Quince CurceChapitre 22 sur 398 · Fk. Mouius, éd. de Qli.nte-Ccrce. loOl, Cologne · texte numérisé non relu

Fk. Mouius, éd. de Qli.nte-Ccrce. loOl, Cologne

Ch. Bruno, éd. de Qcime-Ccrce. Bàle, la4y, in Epislola nuncupatoria ad Albertuin comitem Palatiinan.

V. AcujALics, Yalentis Acidulii in Q. Curthim animadversiones ; Anbnadversiones ad lib. IV, page 29. Francfort, 1594. — Ant. Ca.ndidls, préface de son édition. Lyon, 1591.

Fr. Schaueder, éd. de Quinte Curce. Côttingue, 1S03, p. 10.

N. E. Lemaire, éd. de Quinte Curce, Paris, 1822, 1824, t. I, préface, p. XL.

^Ugncs Daniel Omeisius (= Ilermaunus Breverus), de Q. Curtii œtule, Alldorf, 1683, met Quinte Curce au nombre des écrivains anciens. Fabricius {Bif/liotlteca latina, I. L' et G. Bermiaruy {Giundriss der rômischcn Litoralur, Brunswick, 1812, page 730) le font vivre au i'^"' siècle.

Nous n'avons pu avoir aucun renseignement sur l'opinion de J. V.. MuLLER, Progrfnmna de Q. Ciirlio Rufo, Rud., 169o; do Kriukoff, de Q. Curtii u'tate oratio, Moscou, 1836: de Chr. Lvuterbacii, de /Etale, vita, vitagénère et scriptis Q. Curtii Ihtfi, Lunebourg, 16Sd; ni sur celle de P. Berg, Iliitoria Crilica Q. Curtii Rufi, Gryphiswald, 1802.

romain interrompt le cours de son récit et s'écrie * : « Mais « déjà les destins préparaient des guerres civiles à la nation maie cédonienne, car la royauté n'admet pas de partage et plusieurs (( la convoitaient. Les concurrents heurtèrent ^ d'abord leurs « forces les uns contre les autres, puis les dispersèrent, mais, (' comme ils avaient donné au corps plus de têtes qu'il n'en ponte vait porter '\ les membres s'afTaiblirent, et cet empire qui, « avec un seul chef, aurait pu subsister, tomba dès que plu- « sieurs voulurent en soutenir le poids.

« C'est donc avec une juste reconnaissance que le peuple « romain reconnaît pour son sauveur le prince qui brilla, comme « un astre nouveau, dans cette nuit ^ qu'on croyait la dernière « de toutes. Oui, c'est le lever de cet astre, et non pas celui du « soleil, qui rendit le jour au monde, plongé dans les ténèbres, " alors que tous les membres de l'empire, privés de leur chef, « étaient en proie à la discorde. Que de torches n'éteignit-il « pas alors! que de glaives ne fit-il pas rentrer au fourreau! « que d'orages ne dissipa-t-il pas en ramenant tout à coup la « sérénité! Non, l'empire ne renaît pas seulement, il refleurit. « Que les destins n'envient pas notre bonheur, et cette même « famille se perpétuera par une longue suite de générations, « que nous voudrions voir éternelles. »

Si l'on se borne aux points principaux, les renseignements

1. QiiNTE CuRCE, X, IX, 1 : « Sed jaui fatis admovebantiir Macedonum genti bella civilia; uam et insociabile est regnuui, et a pluribus expetebatur. [2] Primum crgo collisere vires, deindc disperserunt : et, cum i)luribiis corpus quam rapiebat capitibus onerassent, cetera inembra defîcere cœperunt; [3] quodque imperiuni sub uno stare potuisset, dum a pluribus sustinetur, mit.

« Proinde jure mcriloque populus Romanus salutem se priucipi suo debere profitetur, qui noctis, quam psene supremam liabuimus, novuni sidus illuxit. [ij Hujus, bercule, non solis, ortus lucem caUgauti reddidit mundo, cum sine suo capite discordia membra trepidarent. [3] Quot ille tum exstinxit faces! Quot condidit gladios ! Quantam tempestatem subita serenitate discussit! Non ergo revirescit solum, sed etiam floret imperium. [6] Absit modo invidia, excipiet hujus seeculi tempora ejusdem domus, ulinam perpétua, certe diulurna postcritas. »

2. Variante: coUegere, Vat., 1866, 1867, i.j97; Jeep et Hedicke admettent la correction commisere.

3. Les manuscrits ne donnent pas cnpill//us, (pii peut cependant être très bien tiré du capiehant précédent.

4. Variante : cui noctis. Bern., 431 ; Flor.. LXIV, 33 ; Leid., 137 : Voss., O. 20 ; Reg., 971.

24 QUESTIONS PRÉLIMINAIRES SUR QUINTE CURCE ET SON œu\'RE

fournis parce passage sont très peu nombreux et leur importance est fort affaiblie par le vague des termes dans lesquels ils sont exprimés. Quinte Curce fait allusion :

1° A une époque de troubles causée par la mort du chef de l'Etat ;

2° A un empereur qui fait cesser ces troubles et ramène la prospérité ;

3° A la famille de cet empereur.

C'est peu de chose; les époques de troubles ne sont pas rares dans toute la durée de l'empire romain; et les sauveurs, les hommes providentiels n'y manquent pas plus qu'ailleurs *.

Les métaphores par lesquelles Quinte Curce agrémente cetle effusion de lyrisme patriotique ou tout au moins dynastique n'ajoutent rien de précis. Assimiler un empereur au soleil est un artifice de style dont bien peu d'écrivains se sont passé, et une louange dont bien peu d'empereurs ont été privés. Comparer une époque de troubles à une nuit qui a failli être la dernière % parler de tempête et de ciel serein ^, d'empire

1. Ce titre est donné à Auguste, sur une médaille. Cf. J. Eckhel, Doc-

trina niimmorwn Vienne, 1792, t. VI, pages 108 et 113; l'arc de Septime

Sévère porte oh reslltutam reinpiibl/cam.

2. A son avènement, Caligula est salué par la foule du nom de Sidus (Suétone, Caligula, 1.3). — Des métaphores analogues se retrouvent dans Castorion de Soles cité par Athénée, XII, page, 542 E; Sidoine Apollinaire, Panegyr. Aviti, 101 ; Sénèque, à propos de Claude, Consolatio ad Polybium, 32 ; Eu.MENius, Pane^yrîViw ad Constantium Cœsarem; Valère-Maxime, à propos de Tibère, Factorum et dictonan memorahilium, lib. IX, préf. 1. -^ Letroxne, Recueil des imcriptions grecques et latines de r Egypte, Paris, 1852, p. 146, en cite de curieux exemples tirés d'inscriptions; on pourrait en trouver aussi dans les littératures modernes; Boileau a bien dit Discours au roi, V. 25 sqq.) :

L'autre, en vain se lassant à polir une rime, El reprenant vingt fois le rabot et la lime, Grand et nouvel effort d'un esprit sans pareil ! Dans la fin d'un sonnet, te compare au soleil.

3. Cf. Virgile, Georgiques, I. 468. — Cicéron, ProFlacco (40 = 102). — Tite- Live, VI, 17, 4. — Sedclius, II, 244. — Cicéron, Brutus, XCVI, 338, et une formule presque analogue dans T.\cite, Histoires, I, 11. — Suivant certains savants, cette expression noctis quam pœne supremam hahuimus nest pas du tout métaphorique. C'est là une simple question d'interprétation qu'il nous semble inutile d'examiner.

4. Cf. Quinte Curce, X, ix, 5 : « quantam tempestatem subita serenitate discussit, » avec Ohose, VII, 9, 1 : « brevi illa quidem sed turbida tempestate discussa, tranquilla sub Vespasiano duce serenitas rediit; » cependant Orose ne s'est pas servi de Quinte Curce, mais de Justin: Cf. Sainte- Croix, Op. L, p. 122. — P. T. DE MôRNEB, De Orosii vita ejusque historiarum litjvis septern, Berlin, 1841, page 93.

PROBLEMES BIOGRAPHIQUES 2o

qui renaît ', ce ne sont là des formules ni neuves ni précises.

Une preuve du vague et de l'indécision de tout ce fameux passage, si souvent torturé et pressuré, c'est la diversité des interprétations auxquelles il a donné lieu. On ne peut même pas lui donner plus de netteté et de valeur en soutenant que les mots nocth quam pxne supremam habuimus font allusion à un fait réellement arrivé la nuit, car là encore les savants ne s'accordent pas et placent cet événement sous le règne d'empereurs très différents et d'époques très diverses,

Dùit-on donc renoncer à en faire usage? A-t-on dépensé en pure perte tant de savoir et d'ingéniosité? Certainement non. Ce passage a et doit avoir son utilité, mais ce n'est pas celle qu'on lui a prêtée jusqu'à ce jour. Il ne peut servir de base à une argumentation solide, ni de point de départ pour arriver à la solution du problème qui nous occupe; en revanche, il peut devenir un critérium infaillible.

Quand un mathématicien a trouvé la solution d'un problème, il ne se tient pas pour satisfait, il faut qu'il la vérifie, qu'il s'en démontre et en démontre aux autres l'exactitude par une nouvelle opération.

C'est à cette deuxième opération que peut servir notre passage. Qu'après avoir déterminé par un procédé quelconque l'époque de la publication de V Histoire d'Alexandre, on cherche à retrouver dans la vie de l'empereur, contemporain de cette publication, les diverses circonstances que mentionne Quinte Curée, on aura fait ce que fait le mathématicien, et, si l'on réussit, on aura démontré l'exactitude de la solution à laquelle on sera arrivé. Il est bien évident en eflet que si les allusions à une époque de troubles, à un sauveur, à sa famille, s'appliquent sans difficulté à ce même empereur, ces allusions, tout à l'heure si vagues, se préciseront, ces preuves, que nous contestions avec justice, prendront plus de force, et la solution trouvée sera aussi évidente et aussi inattaquable que possible.

Ici se présente une difficulté. Abstraction faite du passage que nous avons cru devoir laisser momentanément de côté, VHisioire d' Alexandre ne fournit aucun fait plus ou moins précis sur

1. Cf. Quiale Cnrce, X, ix, o : non erffo recirescit, avec Florls, Epitoyne, I, Pioœm., 8; ce rapprochement est de Ponlanus.

lequel nous puissions nous appuyer pour nous prononcer en \ faveur de telle ou telle date; il ne nous est donc pas permis d'eoiplovef la méthode de raisonnement dont nos devanciers se « sont servis. Rien ne nous empêche en revanche d'en employer une toute différente, et de nous appuyer sur certains fails que rapporte cette histoire pour affirmer que Quinte Gurce n'a pu écrire ni avant ni après tel ou tel événement: nous procéderons donc par négation et par élimination, en prenant comme objectif les diverses affirmations émises par les savants précédemment cités ; l'empereur que cette élimination aura épargné devra, suivant toute probabilité, être considéré comme celui sous le règne duquel parut Y Histoire d'Alexanch'e.

Les derniers mots de l'histoire de Quinte Curce, « oimiisque memorm ac nomini lionor habetur *, » nous permettent d'éliminer tout d'abord Théodose. Quinte Curce fait évidemment, par les mots que nous avons cités, allusion au culte que Ion rendait à Alexandre dans la ville même où il avait été enseveli. Ce culte était très ancien ^ et s'était maintenu sous la domination romaine. Les Romains avaient même confié l'entretien et la conservation du tombeau du grand conquérant macédonien à un fonctionnaire spécial. C'est du moins ce qui semble résulter d'une inscription *, reproduisant le cursus kotiontm d'un certain Sextus Cornélius, Alexandrex procurator Neaspoleos et Mausolei *. Ce culte était encore fort en honneur au ii"^ siècle, comme le prouve notre inscription qui date de celle époque; mais au temps de Théodose il avait dû disparaître absolument. On sait en effet que ce prince avait défendu par un édit spécial tous les sacrifices païens ^. Il est même fort vraisom-

1. QuiME Curce, X, x, 20. La variante habitus, qui se trouve dans quelques éditions, doit être rejetée; habetur est la leçon de tous les manuscrits.

2. Cf. TiiÉociiiTE, XVII, io, n, et Inscription de Rosette, C. I. G., t. 111, n» 4697, 1. 4. Cf. pages 60 et 68.

3. C. i. L., t. Vlll, 8934. Cf. L. Remer, [mcr-iptions de l'Algérie, n« 3."j1S. — BoissiEL", Inscriptions de Lyon, page 246. — J. des Savants, 1837, p. 658, et Orelli Henzex, Inscriptionum latinarum amplissima coUectio, Zurich, 1856, t. III, n" 692i; Orelli donne une iosc. analogue, Op. /.. n" 6929.

4. Nous admettous l'opiaiou de G. Lumbroso qui identifie le inausoli de l'inscription avec le tombeau d'Alexandre. Cf. Bulletino delV institi/r. di corrispondenza archeoloçjica, 1877; et l'Egitto al tempo dei Greci e d''i Romani, Rome, Bocca, 1882, page 130 sqq.

5. Coder T/ieodosianux, L. XI, xvi, 10. Voy. à ce sujet Gci.de.npfe.nxic und

blable que ce culte avait cessé beaucoup plus tAt à Alexandrie, et qu"il avait disparu avec le tombeau d'Alexandre. A quelle époque le mausolée a-t-ii été détruit? On ne pourrait le dire avec précision, mais ce fut certainement avant la publication de l'édit de Théodose. On n'a aucune preuve de son existence postérieure à Dion Cassius, c'est-à-dire à 229 ; on sait au contraire pertinemment qu'il n'existait pas à la fin du iv^ siècle '. Si l'on admet que ce culte a pu^se maintenir après la destruction du tombeau, et qu'Alexandre a pu être honoré ailleurs, par exemple au Sérapeum, on n'arrivera pas cependant à réfuter notre argumentation, puisque ce temple fut détruit, lui aussi, et à une date parfaitement connue, sous Théodose -.

Constantin le Grand et Gordien doivent être écartés sans autre discussion. Ce dernier régna de 238 à 242; or l'empire parthe, dont Quinte Curce parle en « contemporain ^ », fut renversé en 226 par Artaxerxès, fils de Sassan, et remplacé par le nouvel empire des Perses *. Cet argument n'a pas besoin d'être autrement discuté: la j)lupart des savants l'admettent aujourd'hui ^.

Il ne faut pas songer davantage à Alexandre Sévère, qui occupa le trône de 222 à 235, car alors le passage dans lequel Quinte Curée parle de Tyr et de sa prospérité, sous la bienveillante protection de Rome^, deviendrait tout à fait inexplicable. On sait en effet que Tyr, ayant pris parti pour Macrin dans sa lutte contre Héliogabale (217-218), fut, après la victoire de ce dernier, privée de tous les avantages dont elle avait joui jus-

IFLAND : Der Kaiser Theodosius der grosse. Halle, 1S78, et Codex Tlieodusianus cian perpetuis comrnentariis J. Gottofvedi.... Leipzig, 1743. Une grande partie du litre X contient des lois interdisant le culte païen. — SozoMÈNE, Histoire ecclésiastique, VII, 2U, dit même que cette interdiction était sanctionnée par la peine de mort.

1. Cf. SAINT Jean Curysostome, Epistola II, ad Corinthios ; lloinélie XXVI, ch. xn. — Théodoret, Histoire ecclésiastique, V, 22-23.

2. Cf. GuLDENPFENKiG, L. l. — Extraits des manuscrits,}. Xlll, page 170. — SozoMÈsE, Histoire ecclésiastique, VII, lo, etc.

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