Quitte Curce, YIII, i
« demander de renier Jupiter, dont l'oracle me reconnaît pour « fils. Suis-je donc maître aussi des réponses des dieux? Jupiter « m'a honoré du nom de son fils; en l'acceptant, je n'ai pas nui, « ce me semble, à l'œuvre même où nous sommes engagés. Plût « au ciel que les Indiens me regardassent aussi comme un dieu! « car à la guerre la renommée fait tout, et souvent une croyance « erronée n'a pas moins de force que la vérité.
« Pensez-vous que ce soit par goût pour le luxe que j'ai enrichi « vos armes d'or et d'argent? Non, j'ai seulement voulu montrer, « à des peuples pour lesquels il n'y a rien de plus commua que « ces métaux, que les Macédoniens, invincibles en tout, ne se « laissaient pas vaincre en ce point. Je veux dès l'abord sur- « prendre leurs yeux préparés à ne voir que des objets vulgaires « et misérables, et je leur apprendrai que nous ne venons pas « chercher de l'or et de l'argent, mais conquérir le monde *. »
Dans ce discours, — à part quelques phrases sentencieuses et alambiquées, — la forme est en harmonie avec le fond ; Alexandre pouvait penser et parler ainsi.
En plus d'une autre circonstance, Quinte Curce a prêté à son héros un langage, des idées qui s'accordent avec l'opinion qu'on se fait du conquérant de l'Asie. La réponse d'Alexandre à la troisième demande de paix formulée par Darius * est d'une hauteur ironique vraiment royale : l'allocution qu'il adresse à sa garde perse ' est irréprochable, ou peu s'en faut; ses répliques dans les conseils de guerre qu'il tient avec ses généraux sont bien conformes à ce qu'on attend de lui ^; on les voudrait peutêtre un peu plus brèves et plus vigoureuses.
Enfin, même dans les discours qui portent le plus la marque de la rhétorique, il y a des mouvements d'une véritable éloquence. Les Macédoniens écoutent Alexandre dans un morne silence, « Rompez enfin — s'écrie le roi — ce silence obstiné; « où sont ces cris, témoignages accoutumés de votre allégresse? « Est-ce là le visage d'ordinaire si joyeux de mes Macédoniens? «Je ne vous reconnais plus, soldats; et l'on croirait vraiment « que je suis aussi un inconnu pour vous. Depuis longtemps je