Quinte Cuuce, VI, vui, 7, sqq
leur rôle; ils obéissent à leur nature, à l'empire des circonstances qui les obligent à parler. Ce ne sont pas les seuls. Celui de Clitus est injurieux à souhait, comme il convenait au discours d'un général dont le franc parler se donne libre carrière à la fin d'un banquet. Le sauveur d'Alexandre au Granique rappelle à son roi lout ce qui pouvait le blesser au vif: le mot d'Alexandre d'Epire \ la fuite du roi qu'il avait protégée -, et il termine par un mot aussi naturel qu'insultant, se vantant « d'avoir mieux dit <( à Alexandre ses vérités que ne les lui avait dites son .père Jupi- « ter^ ». Alexandre tient souvent aussi un langage digne de lui. Dans sa réponse à Hermolaiis il fait preuve d'un grand sens politique, alors qu"il expose les motifs de sa bienveillance pour les Perses et fait l'apologie de sa conduite au sujet de l'adoption.de Jupiter. « Mais, me dit-on, les Perses que nous avons vaincus «sont en grand honneur auprès de moi! N'est-ce pas là une « preuve de modération que de traiter des vaincus sans hauteur? « Je suis venu en Asie non pas pour exterminer les peuples qui « l'habitent et faire un désert de la moitié de la terre, mais pour y « régner de telle sorte que les vaincus ne regrettassent pas ma « victoire. Aussi vous voyez combattre avec vous, et répandre « leur sang pour assurer votre pouvoir, ces mêmes hommes « qui se fussent soulevés sous une domination orgueilleuse. Un (( pouvoir qui n'est dû qu'à l'épée ne dure pas longtemps; le « souvenir d'un bienfait est au contraire impérissable. Si nous « voulons posséder l'Asie, non la traverser, il faut traiter ses <•■ habitants avec clémence ; leur attachement rendra notre empire « stable et éternel. Et assurément nous avons plus que nous ne « pouvons embrasser : il n'y a qu'une avidité insatiable qui <( veuille remplir encore un vase qui déborde de toutes parts.
« Je suis, dit-on, coupable de faire adopter aux Macédoniens " les mœurs des vaincus! mais c'est que je vois chez plus d'un (' peuple bien des choses qu'il n'y a pour nous nulle honte à « imiter, et d'ailleurs des nations aussi nombreuses ne peuvent ce être bien gouvernées sans que nous leur imposions quelques- « uns de nos usages, et que nous leur en empruntions quelques « autres. C'était une chose risible d'entendre Hermolaiis me