‹ Étude sur Quince CurceChapitre 249 sur 398 · Quinte Curce, VIII, i, 20, sqq · texte numérisé non relu

Quinte Curce, VIII, i, 20, sqq

QUINTE CURCE MORALISTE 2oo

psychologique ne perd pas ses droits pour cela; c'est sur elle que s'appuient souvent les réflexions de Quinte Curce, et, si le mot n'était pas trop ambitieux, on pourrait dire que la morale et la psychologie de l'historien se prêtent un mutuel secours.

Ce caractère nous paraît surtout manifeste dans le soin avec lequel Quinte Curce note les divers moments de la vie morale d'Alexandre.

La vie d'Alexandre se divise pour Quinte Curce en deux grandes périodes : dans la première, le vainqueur courageux marche ft traînant tous les cœurs après soi » ; dans la seconde, le conquérant de l'Asie, lassé, blasé, gâté par le pouvoir, fait trop souvent oublier le maître généreux de Statira. Jusqu'à l'incendie de Persépolis, l'influence délétère du milieu où vit Alexandre ne se manifeste que par des sj-mptômes fugitifs que Quinte Curce note avec soin * ; mais à partir du moment où, à l'instigation de Thaïs, la capitale des Perses est devenue la proie des flammes, les progrès de la corruption dans l'âme, naturellement si belle, du héros macédonien, vont toujours grandissant. Quinte Curce les relève au fur et à mesure, il les signale d'un mot, il les met sous nos yeux et les accompagne de réflexions attristées. Il rappelle en gémissant « ces nobles qualités du cœur, cet heureux naturel « qui plaçait Alexandre au-dessus de tous les rois, cette constance « au milieu des dangers, cette promptitude à entreprendre et à « exécuter, cette bonne foi envers ceux qui se soumettaient, cette « clémence envers les prisonniers, cette modération jusque dans «les plaisirs permis et autorisés par l'usage, toutes ces vertus « enfin que souillait une passion inexcusable pour le vin ^. » Il les explique avec une pénétration singulière et il montre avec quelle impatience les Macédoniens supportaient les mœurs nouvelles. <( Dès que son esprit fut affranchi des soins pressants qui « l'occupaient, ce prince, mieux fait pour les fatigues de la guerre « que pour le repos et l'oisiveté, se laissa aller aux plaisirs ; invin- « cible aux armes des Perses, il fut vaincu par leurs vices. Ce « n'étaient plus que festins aux heures les moins permises, c< qu'excès d'ivresse et de veilles, qu'amusements en compagnie

Page 1