VI-VIII
avec amour '; on en a la preuve en y regardant d'un peu près. Ces récits qui commencent par de véritables exordes et se terminent par des péroraisons bien caractérisées *, le ton oratoire de tout l'ouvrage, ces tours de phrase, échappés à l'écrivain et qui se retrouvent textuellement dans des déclamations', démontrent clairement que V Histoire d'Alexandre a eu la fortune, bonne ou mauvaise, d'être lue dans les salles de récitation *; mais ce qui achève de rendre cette hypothèse plus vraisemblable, c'est, il nou> semble, le nombre relativement considérable d'allusions que l'on relève dans l'oeuvre de notre historien.
Sous l'empire, les Romains ne jouissant pas de ce bonheur, si apprécié par Tacite^,» de penser librement et de pouvoir dire « librement ce qu'ils pensaient », avaient, pour échapper à la contrainte qui pesait sur eux, contracté l'habitude de comprendre à demi-mot. Louangeuse ou satirique, ils ne laissaient jamais passer une seule allusion; ils en voyaient même où nul n'avait songé à en mettre.
C'était au théâtre surtout que les faiseurs et les amateurs d'allusions se donnaient carrière ; le peuple tout entier se tournait vers César quand Labérius prononçait ce vers bien connu :
Kecesse est multos timeat quem mulli liment «;
il applaudissait Auguste, en entendant parler d'un « maître juste et bon " » et souriait à un vers qui pouvait paraître blâmer la mollesse du fondateur de l'empire '. Ce jeu n'était pas sans danger, tout au moins pour le poète et pour les acteurs; les empereurs, y voyant une forme d'opposition à leur gouvernement, une critique inconvenante de leurs actes, se montraient inflexiblement cruels. Sous prétexte d'attaques personnelles de