NATURE DE L OUVRAGE
ce genre, Tibère condamna à mort Scaurus, l'auteur d'une tragédie d'Astrée ', Caligula fît brûler un malheureux auteur d'alellanes ^, Néron bannit l'acteur Datus '', et Domitien l'écrivain Helvidius Priscus '■'. Ces dangers cependant n'arrêtaient personne; spectateurs et acteurs rivalisaient d'ingéniosité, les uns pour découvrir les allusions que l'auteur avait glissées dans son œuvre, les autres pour les souligner d'un geste, d'une inflexion de voix.
A l'exemple des auteurs dramatiques, les écrivains de celte époque prirent l'habitude de faire des allusions à ce qui se passait autour d'eux, et, naturellement, ceux qui ambitionnaient l'honneur de lire en public leurs productions littéraires et de les faire applaudir par les habitués des salles de récitation, recherchaient surtout ce moyen sûr et facile de conquérir le succès ^.
Quinte Curce n'a pas manqué de s'en servir.
Les allusions que l'on relève dans son ouvrage sont de genres très différents. Les unes sont tout à fait inoffensives et ont trait à des faits passés '' ou présents, mais qui ne visent en aucune façon l'empereur régnant; d'autres au contraire sont des malices, des attaques dont l'empereur est incontestablement l'objet.
Le mot bien connu de César, appelant « citoyens » ses soldats révoltés ^ n'a pas été prêté sans intention à Alexandre ^; l'aventure de Cléophis et d'Alexandre devait rappeler celle de César et de Cléopâtre ', de même que la marche triomphale d'Alexandre faisait songer à Antoine, qui voulut, comme Alexandre, imiter Bacchus ^°; toutefois ces allusions à des faits déjà anciens