CIRCONSTANCES QUI FAVORISÈRENT AU PREMIER SIÈCLE
LA PUBLICATION d'uNE HISTOIRE DALEX ANDRE
La liltéraUire. — Les expéditions en Orient. — Les œuvres d'art. — L'influence alesandrine. — La politique.
Pendant longtemps les Romains, renfermés dans les limites de rilalie , excluant systématiquement les étrangers , n'ont connu que leur propre histoire et n'ont daigné s'occuper que d'elle. Peu à peu toutefois, et lentement, leur manière de voir, leurs mœurs se transformèrent au contact des peuples étrangers, sous rinfluence de la civilisation grecque, par l'infiltration continue dans la population romaine d'éléments divers, par l'introduction des Gaulois au sénat, des étrangers * dans Tarmée. Leur esprit devenant plus compréhensif et plus large, ils sentirent enfin tout ce qu'avait d'étroit un patriotisme pour lequel rien n'existe en dehors des frontières du sol natal; ils s'aperçurent que les peuples devenus sujets de Rome avaient, eux aussi, une histoire, souvent plus ancienne que celle de leurs maîtres, parfois non moins glorieuse et toujours instructive ; ils éprouvèrent le besoin de connaître par quelle série d'événements ces nations autrefois puissantes et libres avaient perdu puissance et liberté-.
Cette transformation des idées romaines, qui se termina à peu près au premier siècle de l'ère chrétienne, explique l'appa-
1. Sur la présence des étrangers à Rome, cf. Suétone, César, 86; Caligula, 45, 35, et pages 66 et 268.
2. Cf. É. Egger, Examen critique des historiens anciens de la vie et du règne d'Auguste, Paris, Dezobry, 1844, page 111.
rition d'un ouvrage comme celui de Trogue Pompée, elle ne suffit pas à justifier à nos yeux la publication d'une biographie d'Alexandre.
Pour qu'un Romain de celte époque osât, en dépit des biographies de Timagène ' et de Strabon ^, consacrer à un conquérant étranger une œuvre de longue haleine, une œuvre écrite en latin, accessible par conséquent à tous ceux qui lisaient, il a fallu qu'il y fût poussé par un courant d'opinion bien fort. Sous l'empire de quelles circonstances ce courant s'est-il formé? C'est ce qu'il ne sera pas inutile d'examiner.
La littérature grecque n'a pas tout fait ici; sans doute elle florissait à Rome, elle y avait pris droit de cité, par conséquent elle devait avoir contribué à populariser le personnage qui a le plus préoccupé les écrivains grecs ^, ces modèles si fidèlement copiés par les Romains.
C'est ainsi que Plaute, à diverses reprises, rappelle le nom d'Alexandre à ses auditeurs *, et Sueius aux lecteurs de son Moretum ^ . Varron écrit un court abrégé de sa vie ^; Cornélius Népos traduit une lettre publiée sous son nom et relative à la géographie de l'Inde'; Cicéron parle souvent de lui % et l'auteur de la Rhétorique à Hérennius prend son nom pour servir d'exemple à une figure de rhétorique ^; Tite Live s'arrête pour établir un parallèle entre le héros grec et les plus illustres généraux romains, entre les forces militaires de la Macédoine et celles de Rome '°, et dès lors cette comparaison deviendra
1. Dans son •jtEp\ pacri),£wv.ÉTiEx>'EDEBYZANCE, de f/riféws, aumot Mt/.ûat.
2. Stfabon, II, page 70 : Kai r,îj.îv .ô'jTtripÇsv èiti ttXIov xaxtSîîv TaOxa Ouo- [xvr,u.aTi!;oaÉvo'.; Ta; 'A/.c;âvoçiO'j Ttpâ^E'.;.
3. La biographie d'Alexandre par Clitarque a largement contribué à faire connaître aux Romains le héros macédonien. Cf. Cicéro.n, de Lcyi/ncs, I, 2; ad Fatniliares, II, 10; Qcixtilien, X, i, 73. La traduction d'Onésicrite par Juba n'a probablement pas eu une moindre influence, cf. page 167.
4. Plaute, Mostellaria, III, ii, 88. — Miles gloriosus, III, i, 179. — Bacchides, IV, ix, 23.