I. Part qui revient à chaque écrivain dans Thistoire
de Quinte Curce.
I. Les écrivains dont les ouvrages nous sont connus par des remaniements : Clitnr(|ue, ArisJohule, Plolémée, Trogue Pompée. — II. Les écrivains dont les ouvrages ne nous sont connus que par des fragments : Callislhcne, Néarque, Onésicrite, Mégasthène, Ératosthène, Artêmidorc. — HT. L'auteur anonyme.
L'enquête que nous avions entreprise est terminée; elle nous a permis de constater dans l'ouvrage de Quinte Curce la présence d'un certain nombre de faits caractéristiques dont l'origine s'établit avec une évidence incontestable, et, par là même, elle nous a fourni ce point de départ solide dont nous avions besoin. Il n'est plus nécessaire d'hésiter maintenant entre les nombreux historiens d'Alexandre ; nous savons, au moins en partie, quels étaient ceux que Quinte Curce connaissait, et il nous reste simplement à examiner leurs ouvrages et à essayer de déterminer la part que chacun d'eux peut légitimement revendiquer dans l'œuvre de l'historien latin.
On ne saurait toutefois accorder une égale attention à tous ces ouvrages. En effet, parmi les données historiques ou géographiques dont nous avons retrouvé l'origine, les unes — et ce sont les plus nombreuses — sont fondues dans l'ensemble du récit, elles font corps avec lui sans être distinguées par aucune mention spéciale, les autres au contraire sont précédées d'une
LES SOURCES DE QUINTE CURCE 129
formule qui les signale au lecteur. Cette différence de procédé ne peut tenir qu'à une différence dans la manière dont l'auteur a mis en œuvre les documents dont il disposait. Quinte Curce a évidemment emprunté aux historiens qu'il prend pour guides habituels tous les faits qu'il expose sans ajouter une mention qui attire sur eux l'attention; il a au contraire pris les autres à des écrivains qu'il consultait à l'occasion, quand un doute s'élevait dans son esprit ou que ses sources ordinaires ne lui suffisaient
pas. S'il en est ainsi — et l'hésitation n'est guère permise
il nous faudra tout d'abord laisser de côté Patrocle, Polvclite Timagène \ pour nous occuper seulement des écrivains que Quinte Curce semble avoir pris pour ses guides habituels, Clitarque, Callisthène, Aristobule, Ptolémée, Néarque, Mégasthène Ératosthène, Trogue Pompée.
C'est entre ces derniers écrivains qu'il s'agit de répartir les faits, les renseignements de toute sorte donnés par Quinte Curce et dont l'origine précise n'est pas fixée par le témoignage formel de l'antiquité. Ce départ que nous allons essayer de faire aura un double avantage : il rendra plus visibles les résultats auxquels nous sommes arrivé dès à présent, et il leur ôtera tout ce qu'ils pourraient avoir de conjectural en apparence; de plus, il nous permettra d'apprécier avec plus de justice la valeur historique de l'ouvrage de Quinte Curce.
Si l'on devait s'en rapporter à l'opinion la plus répandue, il faudrait voir dans l'ouvrage de Clitarque la source principale, sinon la source unique où Quinte Curce aurait puisé. Suivant les partisans de cette opinion, la parenté la plus étroite entre l'histoire de Quinte Curce et celle de Clitarque serait prouvée par ce fait que Clitarque fut très populaire à Rome au p»- siècle,
1. Parmi les fragments très rares qni nous restent de Timagène (cf. G. MuLLER, Fragm. Hist. Grxc, t. III, page 321, sqq.), il n'en est* pas un qui puisse être rapproché d'un passage quelconque de Quinte Curce. Il nous paraît donc impossible d'admettre avec Kârsl [Op. l., page 42. sqq.) une étroite parenté entre Quinte Curce et Timagène, les ressemblances qu'il signale entre certains passages de Tite-Live et de Quinte Curce pouvant être purement fortuites. On ne peut pas non plus avec Kôhler [Op. /., pai.'e 44, cf. Schône, Op. l, page 5i) affirmer que Quinte Curce a pris textuellement à une de ses sources la criti<iue qu'il fait de Timagène, rien ne confirmant cette hypothèse, d'ailleurs ingénieuse. L'hypothèsj la plus vraisemblable est que Timagène n'a été qu'incidemment mis à contribution par Quinte Curce.
que Clitarque et Quinte Gurce se placent au même point de vue pour écrire l'histoire, que l'œuvre de Quinte Gurce contient un certain nombre de faits empruntés à Clitarque, que le récit de Quinte Gurce se rapproche beaucoup de celui de Diodore, dont le XVll*^ livre est écrit d'après Glitarque.
De tous ces arguments allégués en termes plus ou moins •exprès par Geier * et Millier ^ après bien d'autres critiques, et •réunis par G. Raun ^, les deux premiers n'ont qu'une valeur purement hypothétique.
Glitarque fut très populaire à Rome au i" siècle de l'ère chrétienne, il l'avait même été à une époque antérieure; c'est là un fait indiscutable, il ne saurait cependant prouver, à lui seul, que tous les historiens (lui, au F"" siècle, ont écrit sur Alexandre, se sont uniquement inspirés de l'œuvre de Glitarque *. La géographie de Strabon montre bien qu'on pouvait sans difficulté se soustraire à une pareille nécessité.
Le second argument invoqué par G. Millier n'a pas plus de valeur.
Assurément, grâce au témoignage de quelques écrivains anlîiens, nous pouvons nous faire une idée de la manière dont Glitarque envisageait l'art d'écrire l'histoire; mais nous ne pouvons le faire que par hypothèse, ces témoignages n'étant ni assez nombreux ni assez explicites, et les fragments de Glitarque étant aussi rares que courts. Les faits que l'on invoque à l'appui de cette hypothèse ne sont d'ailleurs rien moins que probants. Prenons celui que MQller a choisi et qu'il donne dans son introduction aux fragments de Glitarque *. Ge fait, c'est l'épisode de Bétis pris après le siège de Gaza, mis à mort, et traîné autour des murailles qu'il avait défendues ''. Get épisode n'a trouvé place