‹ Étude sur Quinte Curce [microform]Chapitre 164 sur 386 · Quinte Curce, VIII, ix · texte numérisé non relu

Quinte Curce, VIII, ix

rf^"Qif/"'v^?^^"''''"P.'^^ ^^''' rapportés par Clitarque et Timagène. Cr Strabon, XV, I, page 711, et ^wpra, page 132, sqq. 5. Quinte Curce, VII, viii, 11. Cf. VII, iv, 13.

.nt,? «""" ^^'''''' ^'i'- "' ^^ • " ^^^' ^^^^^^« arcessito, et sermone habito, cujus summa non édita est,.. » Il nous avertit aussi quand il ne cite pa« textuellement; VI, iv, 8 : « .... mteras.... quarum sententia liœc era t. /

prend pas la nécessité de se poser ces questions et de les résoudre; les auteurs qu'il consulte ont vu les choses dont ils parlent, ils méritent d être crus. Quinte Curce ne montre pas à l'égard des documents la même indifférence qu'à l'égard des auteurs qui les lui ont transmis. Sans doute il ne va pas contrôler tous les faits un à un, rapprochant l'un de l'autre les récits de tous les auteurs qu'il a sous la main, — cette méthode n'est pas très facile à suivre, elle lui est d'ailleurs inconnue, comme à la plupart des historiens anciens; — il use d'un procédé critique beaucoup plus grossier.

Quinte Curce ne connaît qu'un critérium, la vraisemblance. Il admet sans discussion tous les faits qui lui semblent avoir ce caractère, indispensable à ses yeux; il ne dénature jamais aucun des faits qui lui sont fournis par ses sources, il les transmet tels qu'il les a reçus, se contentant de leur donner une forme personnelle. Mais parfois il a des doutes, il craint que l'auteur dont il se sert ne soit incomplet, n'ait laissé de coté des détails importants, alors il prend un des autres écrivains choisis i^ar lui et complète les deux récits l'un par l'autre. Parfois encore, il doute, non plus de l'étendue des renseignements qu'il recueille, mais de leur exactitude, et alors, ou bien il accompagne d'un correctif les faits sur lesquels il hésite, ou bien il les supprime purement et simplenient.

Ce procédé decritiquc, à la fois naïf et arbitraire, doit amener forcément celui qui le pratique à commettre do nombreuses erreurs. En effet, il repose non sur des règles précises, mais sur une appréciation individuelle \ par conséquent mobile et soumise à des influences de toute sorte. A ce titre, il ne saurait être accepté par la science moderne; il ne choque cependant pas trop chez un historien ancien, habitué, par l'exemple de ses prédécesseurs et de ses émules, à juger de l'exactitude des faits historiques plutôt par les règles du simple bon sens et de l'opinion commune que d'après les lois plus précises de la critique scientifique. Chez notre historien, ce procédé devient presque acceptable; Quinte Curce, en effet, grâce à son bon sens naturel éclairé par Thabitude, a rectifié sur plus d'un point le témoi-

1. La personnalité de Quinte Curce, son objectivité, si l'on aime mieux, apparaît en maint passage; cf. IV, m, 23, xv, 11; V, i, 27; VII, vm, 9; VIII, IV, 28, X, 36; IX, v, 11.

gnage d'écrivains considérés comme plus sérieux et plus sûrs. Pour ne rappeler qu'un exemple de cette pénétration et de ce sentiment de la vérité, n'a-t-il pas été plus clairvoyant qu'Arrien, à propos de cette source dont la découverte, dans la tente d'Alexandre, fut regardée par les autres historiens comme une preuve de la protection céleste? N'a-t-il pas du même coup, par une phrase sobre et nette, donné l'explication de ce prétendu prodige et montré qu'il avait entrevu le dessein conçu par Alexandre de créer une légende autour de sa personne'?

Les procédés de critique employés par Quinte Curce étant connus, il n'est pas difficile de se rendre compte de ses procédés de composition.

Quinte Curce a consulté un nombre d'écrivains assez considérable, et il les a consultés sans intermédiaire; il n'a pas toutefois aveuglément suivi les mêmes auteurs et il ne leur a pas accordé à tous la même importance. Il a en général adopté la tradition et la manière de disposer les faits d'un historien, tantôt Callisthène, tantôt Clitarque, tantôt un des géographes qui ont décrit l'Asie ou l'Inde; mais il s'est bien gardé de copier textuellement Fauteur qu'il avait pris pour guide; il a toujours eu sous la main, ouvert et prêt à être consulté, l'ouvrage d'un ou de plusieurs autres écrivains. Se sert-il de Callisthène par exemple? il ne croit pas que cet historien ait tout dit et n'ait pas omis quelque circonstance importante; il jette, à chaque instant, les yeux sur les relations d'Aristobule, de Ptolémée ou de quelque autre et leur emprunte d'utiles indications et des renseignements complémentaires. Il agit de même, quand à l'ouvrage de Callisthène il a substitué celui de Clitarque; le premier chapitre de son cinquième livre suffirait à le prouver.

Cette juxtaposition, cette combinaison d'éléments d'origines diverses, apparaissent à chaque page, dans le récit de la bataille d'Issus S de la prise de Tyr, de la conspiration d'Hermolaûs \

1. Cf. Quinte Curce, VII, x, 14 : . Cum in ipso tabernaculo régis conspectus est tons, quem, quia tarde notaverant, subito exstitisse finxerunt; rexgue tpse credi voluit donum dei id fuisse. »

?" ^^' ^* Petersdorff, Diodorus Curtius, Op. l., page 15.

3. Ce récit est particulièrement probant. La première partie (Quinte iLURCE vill. yi, 1-24) est écrite d'après Aristobule (cf. Arrien, Anabase, IV,

Hp nnj^f P ' ,?.!r!'^ ""^^ ^"^''^ source, comme le prouve une indication de Quinte Curce (VIII, vi, 24 ; Quidam adjiciunt...) qui correspond à une

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dans la description de Tlnde, dans la plupart des passages où nous avons signalé des emprunts faits incontestablement à tel historien ou à tel géographe.

Ces procédés de critique et de composition n'ont rien de commun avec la rigueur scientifique des méthodes usitées aujourd'hui; ils témoignent cependant d'une bonne foi évidente, d'une honnêteté profonde,' d'un amour de la vérité au-dessus de tout soupçon ; ils doivent donc être jugés non pas avec sévérité, mais avec indulgence; ils seraient répréhensibles chez un historien moderne, ils ne le sont pas et ne peuvent l'être chez un historien ancien.

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