Fk. Modius, éd. de Qli.me-Curce. loOi, Cologne
Cn. Bru.no, éd. de Oi^ime-Cuhce. Bàle, 1545, in Epislola nuiicupatoria ad Albevtum comitem Palatiniim.
V. AciDALirs, Valentis Acidalii in Q. Ciirtium animadversioncs; Animadversiones ad lib. 1\\ page 29. Francfort, 1594. — Am. Candidus, préface de son édition. Lyon, 1591.
Fr. Scumieder, éd. de Quinte Curce. Gottingue, ISO.J, p. 10.
N. E. LKMAutE, éd. de Quinte Curce, Paris, 1822, 1824, t. I, i)réface, p. XL.
Maonus Damel Omeisius (= Hermannus Rreverus), de Q. Curtii œUde^ Alldorf, 1683, met Quinte Curce au nombre des écrivains anciens. Fabricius {Bibliotheca latina, l. l.) et G. Bernhardy {(hundriss der rônàschen LUeraiur, Brunswick, 1872, paf,'e 730) le font vivre au i" siècle.
Nous n'avons pu avoir aucun renseignement sur l'opinion do J. F. Muller, Prorjramyna de Q. Ciirtio Rufo, Rud., 1695; de Krukoff, de Q. Curtii ietate oratio, Moscou, 1836; de Chr. Lauterbacii, de Aitatc, vita, vitagenere et scriptis Q. Curtii liu/i, Lunebourg, 1685; ni sur celle de P. Berg. Hiatoria Critica Q, Curtii Rufi, Gryphiswald, 1802.
PROBLÈMES BIOGRAPHIQUES
romain interrompt le cours de son récit et s'écrie * : « Mais « déjà les destins préparaient des guerres civiles à la nation mau cédonienne, car la royauté n'admet pas de partage et plusieurs « la convoitaient. Les concurrents heurtèrent - d'abord leurs <( forces les uns contre les autres, puis les dispersèrent, mais, <( comme ils avaient donné au corps plus de tètes qu'il n'en pou- (( vait porter ^ les membres s'affaiblirent, et cet empire qui, « avec un seul chef, aurait pu subsister, tomba dès que plu- (( sieurs voulurent en soutenir le poids.
« C'est donc avec une juste reconnaissance que le peuple « romain reconnaît pour son sauveur le prince qui brilla, comme H un astre nouveau, dans cette nuit ' qu'on croyait la dernière c( de toutes. Oui, c'est le lever de cet astre, et non pas celui du « soleil, qui rendit le jour au monde, plongé dans les ténèbres, « alors que tous les membres de l'empire, privés de leur chef, c< étaient en proie à la discorde. Que de torches n'éteignit-il « pas alors! que de glaives ne fit-il pas rentrer au fourreau! .< que d'orages ne dissipa-t-il pas en ramenant tout à coup la u sérénité! Non, l'empire ne renaît pas seulement, il refleurit. « Que les destins n'envient pas notre bonheur, et cette même « famille se perpétuera par une longue suite de générations, « que nous voudrions voir éternelles. »
Si l'on se borne aux points principaux, les renseignements
1 Ou.NTE Curce, X, ix, 1 : « Sed jani fatis admovebantur Macedonum genli bclia^civilia; nam et insociabile est reguuui, et a pluribus expetebatur. PI Primum crgo coUisere vires, deindc disperserunt : et, cum pluribus corpus quam capiebat capitibus onerassent, cetera membra deficere cœperunt; [3] quodquc imperium sub uno stare poluisset, dum a pluribus sus-
^Tproindèinre meriloque populus Romanus salutem se principi suo debere prolltetur, qui noctis, quam pœne supremani habuimus, novum sidus illuxit. [4J llujus, hercule, non solis, ortus lucem caliganti reddid t mundo, cum sine suo capite discordia membra trepidarent. [> Quot il e tum ex^^linxit faces! Quot condidit gladios! Quantam tempestatem subila serenitale discussit! Non crgo revirescit solum, sed etiam floret imperium. [61 Absit modo invidia, excipiet hujus sœculi tempora ejusdera domu«^,'uïinam perpétua, certe diuturna posteritas. « , .. ,
2 Variante : co/4^re, Va/., 1866, 1867, 4591; Jeep et Hedicke admettent
la correction commisere. , , «i.,^ ♦„\a
3. Les manuscrits ne donnent pas capitibus, «lui peut cependant etie très
bien l\rê dn cap iebant [iTCCcdeul.
4. Variante : oui noctis. Bern., 431 ; Flor., LXIV, 35; LeuL, 137; 1 oss., Q. 20 ;
Reg., 971.
i24 QUESTIONS PRÉLIMINAIRES SUR QUINTE CURCE ET SON OEUVRE
fournis parce passage sont très peu nombreux et leur importance est fort affaiblie par le vague des termes dans lesquels ils sont exprimés. Quinte Gurce fait allusion :
1° A une époque de troubles causée par la mort du chef de TÉtat ;
2° A un empereur qui fait cesser ces troubles et ramène la prospérité ;
3° A la famille de cet empereur.
C'est peu de chose ; les époques de troubles ne sont pas rares dans toute la durée de l'empire romain; et les sauveurs, les hommes providentiels n'y manquent pas plus qu'ailleurs K
Les métaphores par lesquelles Quinte Curce agrémente cette effusion de lyrisme patriotique ou tout au moins dynastique n'ajoutent rien de précis. Assimiler un empereur au soleil ^ est un artifice de style dont bien peu d'écrivains se sont passé, et une louange dont bien peu d'empereurs ont été privés. Comparer une époque de troubles à une nuit qui a failli être la dernière ^ parler de tempête et de ciel serein \ d'empire
1. Ce titre est donné à Auguste, sur une médaille. Cf. J. Kckhel Doc-
trina mnnmorum Vienne, 1792, l. VI, pages 108 el M3; l'arc de Septime
Sévère porte ob restitutam rempublicam.
2. A son avènement, Caligula est salué par la foule du nom de Sidus (Suétone, Caligula, 13). — Des métaphores analogues se retrouvent dans Castorion de Soles cité par Athénée, XII, page, 542 E; SmoiNR Apollinaire, Panegyr. Avili, 101 ; Sénèque, à propos de Claude, Consolatio ad Pobjbium, 32 • Elmrnius, Pancgyricus ad Constantiiim Cœsavem; Valkre-Maxime, a propos de Tibère, Factorum et diclonim memorabiliiun, lib. IX,préf. 1. — Letronne, Recueil des inscriptions grecques et latines de V Egypte, Paris, 18o2, p. 146,' en cite de curieux exemples tirés d'inscriptions; on pourrait en trouver aussi dans les littératures modernes; Boileau a bien dit (Discours au roi V. 25 sqq.) :
L'autre, en vain se lassant à polir une rime, Et reprenant vingt fois le rabot et la lime, Grand et nouvel effort d'un esprit sans pareil ! Dans la Gn d'un sonnet, te compare au soleil.
3. Cf. Virgile, Géorgiques, I. 468.— Cicéron, Pro Flacco (40 = 102). — Tite- LivE, VI, 17, 4. — Sedulids, II, 244. — Cicéron, Brutus, XCVI, 338, et une formule presque analogue dans Tacite, Histoires, I, 11. — Suivant certains savants, cette expression noctis quam pxne supremam habuimus n'est pas du tout métaphorique. C'est là une simple question d'interprétation qu'il nous semble inutile d'examiner.
4. Cf. Quinte Curce, X, ix, 5 : « quantam tempestatem subi ta serenitate discussit, >. avec Orose, VII, 9, 1 : « brovi illa quidem sed turbida tempestate discussa, tranquilla sub Vespasiano duce serejiitas rediit; » cependant Orose ne s'est pas servi de Quinte Curce, mais de Justin; Cf. Sainte- Croix, Op. L, p. 122. — P. T. DE Môrner, De Orosii vita ejusque historiarum libris septem, Berlin, 1844, page 93.
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qui renaît \ ce ne sont là des formules ni neuves ni précises. Une preuve du vague et de l'indécision de tout ce fameux passage , si souvent torturé et pressuré, c'est la diversité des interprétations auxquelles il a donné lieu. On ne peut même pas lui donner plus de netteté et de valeur en soutenant que les mots noctis quam pxne supremam habuimus font allusion à un fait réellement arrivé la nuit, car là encore les savants ne s'accordent pas et placent cet événement sous le règne d'empereurs très différents et d'époques très diverses.
Doit-on donc renoncer à en faire usage? A-t-on dépensé en pure perte tant de savoir et d'ingéniosité? Certainement non. Ce passage a et doit avoir son utilité, mais ce n'est pas celle qu'on lui a prêtée jusqu'à ce jour. 11 ne peut servir de base à une argumentation solide, ni de point de départ pour arriver à la solution du problème qui nous occupe; en revanche, il peut devenir un critérium infaillible.
Quand un mathématicien a trouvé la solution d'un problème, il ne se lient pas pour satisfait, il faut qu'il la vérifie, qu'il s'en démontre et en démontre aux autres l'exactitude par une nouvelle opération.
C'est à cette deuxième opération que peut servir notre passage. Qu'après avoir déterminé par un procédé quelconque l'époque de la publication de Y Histoire d'Alexandre, on cherche à retrouver dans la vie de l'empereur, contemporain de cette publication, les diverses circonstances que mentionne Quinte Curée, on aura fait ce que fait le mathématicien, et, si l'on réussit, on aura démontré l'exactitude de la solution à laquelle on sera arrivé. 11 est bien évident en effet que si les allusions à une époque de troubles, à un sauveur, à sa famille, s'appliquent sans difficulté à ce même empereur, ces allusions, tout à l'heure si vagues, se préciseront, ces preuves, que nous contestions avec justice, prendront plus de force, et la solution trouvée sera aussi évidente et aussi inattaquable que possible.
Ici se présente une difficulté. Abstraction faite du passage que nous avons cru devoir laisser momentanément de côté, VHistoire d'Alexandre ne fournit aucun fait plus ou moins précis sur
1. Cf. Quinte Curce, X, lï, 5 : non ergo revirescit, avec Florus, Epitome, î, Proœm., 8; ce rapprochement est de Pontanus.
In
■.4 In
lequel nous puissions nous appuyer pour nous prononcer en faveur de telle ou telle date; il ne nous est donc pas permis d'employer la méthode de raisonnement dont nos devanciers se sont servis. Rien ne nous empêche en revanche d'en employer une toute dilTérente, et de nous appuyer sur certains fails que rapporte cette histoire pour affirmer que (Juinte Curce n'a pu écrire ni avant ni après toi ou» tel événement; nous procéderons donc par négation et par élimination, en prenant comme objectif les diverses affirmations émises par les savants précédemment cités; Tempereur que cette élimination aura épargné devra, suivant toute probabilité, être considéré comme celui sous le règne duquel parut V Histoire d'Alexandre,
Les derniers mots de l'histoire de Quinte Curce, « omnhque meinoriœ ac nomini honor habetur \ » nous permettent d'éliminer tout d'abord ïhéodose. Quinte Curce fait évidemment, par les mots que nous avons cités, allusion au culte que l'on rendait à Alexandre dans la ville même où il avait été enseveli. Ce culte était très ancien * et s'était maintenu sous la domination romaine. Les Romains avaient même confié l'entretien et la conservation du tombeau du grand conquérant macédonien à un fonctionnaire spécial. C'est du moins ce qui semble résulter d'une inscription ', reproduisant le cursus honorum d'un certain S ex tus Cornélius, Alexandrex procurât or Neaspoleos et Mausolei *. Ce culte était encore fort en honneur au II'' siècle, comme le prouve notre inscription qui date de cette époque; mais au temps de Théodose il avait dû disparaître absolument. On sait en elTet que ce prince avait défendu par un édit spécial tous les sacrifices païens ^. Il est môme fort vraisem-
1. Quinte Curce, X, x, 20. La variante fia/jttm, qui se trouve dans quelques éditions, doit être rejetce; hahctiir est la leçon de tous les manuscrits.
2. Cf. TiiÉocHiTE, XVII, 15, 17, et Inscription de Rosette, C. I. C, t. III, n» 4697, 1. 4. Cf. pages 60 et 68.
;5. C. I. L., t. VIII, 8934. Cf. L. Renier, Inscriptions de l'Alr/érie, n» 3518, — BoissiEU, Inscriptions^ de Lyon, page 2i6. — /. des Savants, 1837, p. 658, et Orelli IIenzkx, Inscriptionwn latinarum atnplissiwa collrctio, Zurich, 1850, t. m, n» 6921; Ôhelli donne une insc. analogue, Op. t., w 6929.
4. Nous admettons l'opinion de G. Luaibroso qui identifie le mausolée de l'inseription avec le tombeau d'Alexandre. Cf. liulletino detT instituto di corrispondenza archeolofjica, 1877: et i'Egitto al tempo dei Greci e dei Romani, Romo, Bocca, 1882, page 130 s<îq.
5. Coder Theodosianus, L. XI, xvi, 10. Voy. à ce sujet Gui.denpfennig und
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blable que ce culte avait cessé beaucoup plus tôt à Alexandrie, et qu'il avait disparu avec le tombeau d'Alexandre. A quelle époque le mausolée a-t-il été détruit? On ne pourrait le dire avec précision, mais ce fut certainement avant la publication de l'édit de ïhéodose. On n'a aucune preuve de son existence postérieure à Dion Cassius, c'est-à-dire à 229; on sait au contraire pertinemment qu'il n'existait pas à la fin du iv^ siècle *. Si Ton adiiiet que ce culte a pu se maintenir après la destruction du tombeau, et qu'Alexandre a pu être honoré ailleurs, par exemple au Sérapeum, on n'arrivera pas cependant à réfuter notre argumentation, puisque ce temple fut détruit, lui aussi, et à une date parfaitement connue, sous Théodose ^
Constantin le Grand et Gordien doivent être écartés sans autre discussion. Ce dernier régna de 238 à 242; or l'empire parthc, dont Quinte Curce parle en <( contemporain ^ », fut renversé en 220 par Artaxerxès, fils de Sassan, et remplacé parle nouvel empire des Perses *. Cet argument n'a pas besoin d'être autrement discuté: la plupart des savants l'admettent aujourd'hui \
Il ne faut pas songer davantage à Alexandre Sévère, qui occupa le trône de 222 à 235, car alors le passage dans lequel Quinte Curce parle de Tyr et de sa prospérité, sous la bienveillante protection de Home^ deviendrait tout à fait inexplicable. On sait en efl'et que Tyr, ayant pris parti pour Macrin dans sa lutte contre Héliogabale (217-218), fut, après la victoire de ce dernier, privée de tous les avantages dont elle avait joui jus-
IFLAM) : Der Kaiser Theodosius der grosse. Halle, 1878, et Codex Theodosianus cum jierpetuis commentariis J. Gottofredi ... Leipzig, 17i3. Lne grande partie du titre X confient des lois interdisant le culte païen. — SozoMÈNE, Histoire ecclésiastique, VII, 20, dit même que cette iulerdietiou était sanctionnée par la peine de mort.
1. Cf. SAINT Jean Ciirysostome, Epistola H, ad Corinthios; Homélie XXVI, cil. XII. — Tukodouet, Histoire ecclésiastique, V, 22-23.
2. Cf. GuLDENPFENNiG, L. L — Extraits des ma}iuscrits,{. XllI, page 176. — SozoMÈNE, Histoire ecclésiastique, VII, 15, etc.