J.-J. Rousseau, Èinile^ 1. II
QUINTE GURCE ORATEUR
« vain, si je puis être soigné au gré de mes désirs Je cherche
<( un remède, non pas qui m'empêche de mourir, mais qui me « permette de combattre. » Philippe eût également mieux fait de se taire que de parler et de parler d'un style aussi alambiqué : « Roi, dit-il, ma vie a toujours dépendu de toi; mais « aujourd'hui c'est vraiment par ta bouche sacrée et vénérable « que je respire. » Plutarque était à coup sûr mieux inspiré, en se bornant à retracer en quelques Hgnes l'attitude des deux personnages : « Si fut chose esmerveillable, dit Amyot d'après « Plutarque, et qu'il faisoit bon voir, que l'un d'un costé Hsant « la lettre, et l'autre beuvant le breuvage en mesme temps, et « de considérer comme ils jetterent tous deux ensemble les yeux •«l'un sur l'autre, mais non pas avec une mesme chère, ains « Alexandre avec un visage riant et ouvert, tesmoignant la con- « fiance qu'il avoit en son médecin Philippus, et l'amitié qu'il « luy portoit; et l'autre avec contenance dhomme qui se pas- « sionnoit et se tourmentoit pour cette faulse calumnie que Ion « luy avait mise sus : car tantost il tendoit les mains vers le ciel, « appelant et invoquant les dieux à tesmoings de son innocence, « et tantost il s'approchoit du lict et prioit Alexandre d'avoir « bon courage et de faire asseurement ce qu'il luy diroit ^ »
Ailleurs, tandis qu'Arrien * se borne, d'après Néarque, à dire en deux lignes que les généraux macédoniens reprochaient à Alexandre de s'exposer comme un simple soldat. Quinte Curce fait longuement développer par Cratère les raisons pour lesquelles Alexandre doit ménager sa vie ^ Ailleurs encore Arrien raconte brièvement la prise d'un forf, Quinte Curce s'attarde à nous peindre les moindres détails de l'escarmouche % et se croit obligé de nous rapporter l'allocution adressée par Alexandre au détachement qui monte à l'assaut.
Dans les trois exemples précédents, le procédé est trop visible pour qu'il faille y insister. Il n'en est pas toujours ainsi, et les