Cf. G. AuBERTiN, Op. l., page :i8, sqq
4. Il n'essaye même pas d'expli(iuer les mœurs par les climats, excepie pourtant dans deux phrases (VIII, ix, 20; IX, x, 9) bien insignifiantes.
5. Ce caractère philosophico-moral de Touvrage de Quinte Curce a été constaté dès le moyen âge; V Histoire d'Alexandre a été mise à contribution par les écrivains (lui faisaient des recueils de maximes de morale, et elle semble avoir été lue plutôt par des moralistes de profession que par des historiens (cf. appendice, pages 352. 369, 373, 374). Plus tard, les critiques ont mis en relief ce caractère philosophique (cf. en particulier Dissertationem politicam in Q. Curtii Ruffi... Ahdolonymum... orponit... J. G. Gau..., Wittenbergae, J. Haken, 1662); les éditeurs ont souvent aussi donné, sous le titre de Gnoinologia Curtiana, une liste des maximes de morale formulées par Quinte Curce (cf. édition de Lyon, 1591; édition de Pontanus, Jansson, Amsterdam, 1633, etc.).
QUINTK CURCE MORALISTE
et il n'est pas besoin d'insister sur ces harangues en style indirect dans lesquelles, par exemple, les Perses traduisent leurs sentiments ^ et les Macédoniens leurs terreurs ^
Les analyses psychologiques sont de beaucoup plus intéressantes. Les mobiles qui dirigent les actions des divers personnages historiques sont démêlés avec finesse ; on va le voir par quelques citations :
« Antipater n'ignorait pas combien, en le félicitant, leurs <( cœurs démentaient leurs visages; mais il voulait terminer la <( guerre et avait besoin de se laisser tromper. Quoique d'ailleurs « il s'applaudit de ses succès, l'envie lui faisait peur : car il avait « plus fait que ne le comportait la condition d'un heutenant ^ » — « Quand Philotas fut mort, la haine des soldats se changea « en pitié, l'objet de leur inimitié n'existant plus '*. » — Les soldats de la compagnie de discipline se montrèrent très courageux : « leur vaillance était excitée par le désir de laver leur « honte, et par ce fait que la bravoure personnelle pouvait plus « facilement être distinguée dans une troupe si peu nom- « breuse ^. » — Bessus et Nabarzane se décident à assassiner Darius, mais ils ont réfléchi mûrement à leur forfait : « tant « que Darius vivrait, ils savaient qu'ils ne pouvaient prétendre « à une si haute fortune. Chez les Perses, en effet, la majesté <( des rois est sacrée; le nom seul du roi suffit à rallier les bar- « bares, et les respects qu'on rendait au monarque dans sa pros- « périté le suivent dans l'infortune. Ce qui donnait de l'audace « aux deux traîtres, c'était le pays qu'ils commandaient, pays « aussi riche en armes et en soldats, aussi puissant en étendue <( qu'aucune des contrées de l'empire des Perses; il forme le « tiers de l'Asie, et la jeunesse qu'il renfermait égalait en nombre « les armées que Darius avait perdues. Aussi Bessus et Nabar- « zane méprisaient-ils, à l'égal de ce prince, Alexandre lui- « même; s'ils étaient une fois maîtres du pays, ils y trouveraient « de quoi réparer les forces de l'empire ^. » — Perdiccas vou-