Aulu-Gelle, Nuits attiques, XII, ii
garde, avait emprunté au vieil auteur des Annales son éternel « hxc ubi dicta dcdit * » .
Depuis Auguste, cette invasion, favorisée par la manie de versifier alors très répandue *, avait fait des progrès considérables.De nombreux ouvrages avaient vulgarisé le style poétique, et, par une espèce de choc en retour, le goût public en était venu, par exemple, à ne plus apprécier les discours d'un orateur que s'ils avaient une saveur virgilienne % s'ils étaient embellis par quelques ressouvenirs des poètes, ou s'ils avaient tout au moins une couleur poétique *.
D'autres éléaicnts de désorganisation s'ajoutaient à ceux-là; les grammairiens, par la raideur de leurs règles, la subtilité de leurs distinctions, appauvrissaient une langue déjà peu riche et méritaient qu'on remarquât plaisamment que « parler gram- (( maticalement ou parler lalin étaient deux choses très diffé- « rentes ^ ». Les philosophes apportaient des idées nouvelles, ils introduisaient tout au moins de nouvelles manières de concevoir et d'exprimer les idées ; ils habituaient les Romains aux abstractions dont ils s'étaient toujours gardés, ils multipliaient les substantifs abstraits que la langue avait jusque-là si soigneusement évités ^ Les rhéteurs continuaient l'œuvre des grammairiens, ils affaiblissaient la langue par leur affectation de subtilité ' ; ils Ténervaient, en enseignant à pétrir de jolies périodes emmiellées ^; ils la déformaient, en habituant leurs
1. L. Mi'RLLER, Quintus Ennius...., Saint-Pétersbourg, C. Richter, 1884, page 126. Cf. Tite-Live, XXII, 4, 10, et infra, page 291, sqq.