CONCLUSION
la manifestation d'un esprit sceptique et raffiné qui pense que le seul moyen de dire la vérité est peut-être de rapporter même les faits dont on n'est pas bien sûr; elle ne provient pas, en tout cas, d'un manque absolu de sens critique : on ne s'expliquerait pas, en effet, comment Quinte Gurce, tout en puisant parfois à des sources suspectes, a su, presque toujours, éviter de se laisser prendre à ces légendes grossières dont ne se sont pas assez défiés des écrivains de meilleur renom.
Écrivain ingénieux, habile à rajeunir les idées par l'expression, il a de l'imagination, de la chaleur, de l'élévation; il est éloquent et pathétique. Aux Romains, si amoureux d'éloquence par éducation et par tempérament, il a, par la bouche de Philotas, d'Hermolaus, d'Alexandre, fait entendre ces harangues passionnées, entraînantes ou sagement politiques, que le nouveau régime avait bannies du sénat et du forum ; il leur a donné l'illusion de la liberté perdue; 'comme son contemporain, l'historien Servilius Nonianus, il a dû plus d'une fois soulever les clameurs admiratives de ses auditeurs % pleins de cet enthousiasme qu'après tant de siècles ressentirent Charles le Téméraire S Turenne ^ et Charles Xll *.
Il excelle dans l'observation morale, il a tenté d'exprimer les sentiments les plus subtils, les mouvements psychologiques les plus délicats ; il y a réussi.
Il a le sens du pittoresque, il trace en traits rapides, mais nets, le cadre des scènes qu'il veut peindre; il aurait pu être un maître dans l'art de la description, les poétiques paysages qu'il a semés dans son ouvrage le prouvent assez. Il sait grouper les faits de manière à les mettre dans leur meilleur jour, à leur faire produire l'efl'et le plus saisissant; il sait, mieux que personne, dramatiser les événements, et, de tous ceux qui ont