TROISIEME BENEDICTION
Pour la benediction qu'on fait sur les petits et grands qui demandent d'estre benits.
(Suit la formule. }
La benediction precedente etait envoyee an loin, aux malheureux retenus par la doul^ur sur un lit de souf-
france. Cette autre tombait directement sur les malades presents, venus parfois de loin j usque dans ce petit sanctuaire ou ils esperaient un secours.
Dans sa teneur, la formule de cette troisieme benediction ressemble beaucoup a la seconde. Mais elle se termine par une ceremonie qui lui est propre, et qui souleve une question d'une importance majeure. Apres la priere, il est dit :
Deinde tangat sacerdos puerum aut pueros cum Reliquiis Sancti in oculis et in ore et in pectore dice cens : in nomine Sanctee et IndividuaB Trinitatis sanet te Pater, sanet te Filius, sanet te Spiritus Sanctus.
Custodiat te Pater, custodiat te Filius, custodiat te Spiritus Sanctus. Sanctificet te Pater : sanctificet te Filius : sanctificet te Spiritus Sanctus. Amen.
Que le pretre ensuite touche 1' enfant ou les enfants avec les Reliques du Saint (Saint Germain), sur les * yeux, sur la bouche et sur la poitrine, en disant : Au nom de la Sainte et Indivisible Trinite, que le Pere te guerisse,, que le Fils te guerisse, que le Saint- Esprit te guerisse.
Que le Pere te garde, que le Fils te garde, que le Saint-Esprit te garde.
Que le Pern te sanctifie, que le Fils te sanctifie, que le Saint-Esprit te sanctifie. Ainsi soit-il.
Nous demandons : Cette ceremonie de toucher les malades avec les Reliques de Saint Germain datait-elle de loin ? Se pratiquait-elle avant qu'on eut leve le Saint de son tombeau, en 1621 ?
Si 1'anciennete de cet usage, si son anteriorite a 1621 etait demontree, le culte immemorial de Saint Germain y trouverait une constatation triomphante ; car nous serions en droit de dire : d'ancienne date, dans 1'oratoire de Saint Germain, il existait de ses Reliques ; ces Reliques etaient exposees, venerees, les malades les touchaient en demandant leur guerison. G'est la le culte religieux dans une de ses plus belles expressions.
Malheureusement la page imprimee qui nous a conserve la formule de cette Benediction , ne nous dit pas que cette ceremonie de rattouchement des Reliques ait, de tout temps, fait partie de la Benediction prononcee sur les malades. II est fort possible (et nous le croyons probable) que les Reliques de Saint Germain dont il s'agit fussent de celles que Ton avait gardees, lors de la translation de 1621, pour etre exposees sepament a la veneration des fideles. Des ce jour, en benissant les malades, on leur aura fait toucher ces Reliques par devotion. La Benediction elle-meme etait ancienne, toujours la meme ; on y avait ajoute I'atlouchement de ces Reliques, des qu'on les avait sous la main. Gette ceremonie pouvant recevoir cette explication, nous n'insistons pas sur les consequences que Ton devrait en deduire'. Aussi bien, le culte religieux de Saint Germain, dans les siecles precedents, n'a pas un rigoureux besoin de cette nouvellepreuve. Toutefois, pour ne rien negliger, nous voulons encore signaler un detail de ce culte ancien, une pratique observee par les pelerins des le vieux temps.
Le tombeau de notre Saint, quoique prive, des 1621, de sa sainte depouille elevee sur 1'autel, etait demeure
en place. II etait un peu plus haut que le pave de la chapelle. Les pelerins s'agenouillaient devant ce vieux tombeau. Une mere de famille tres-respectable, morte a un age fort avance, nous a dit souvent avoir vu ellememe, dans son enfance (elle etait 'ne'e en 1780), les pelerins a genoux devant ce tombeau, et, chose touchante, pour se faire plus humbles et plus suppliants, ils priaient, en faisant, sur leurs genoux, tout le tour du tombeau. G' etait 1' usage, la coutume regue. Personne ne voudra croire que cette pratique etait toule recente, qu'elle venait seulement du XVIP ou du XVIII 6 siecle ; elle remontait eviclemment au moyen-age ; on la reconnait incontinent pour une inspiration des meilleurs siecles de penitence et de foi.
Disait-on la Messe en 1'honneur de Sainl Germain, et r6citait-on son Office de"ja avant Tepoque de sa translation ?
En 1738, le moine auteur du Chronicon Tallueriense se posait deja cette question, et, chose etonnante, il ne savait y repondre (1). II ne restait done ni souvenir ni vestige de cette ancienne messe, de cet ancien office, s'ils avaient existe. Mais cet oubli s'expliquerait. A cette epoque, cet office et cette messe pouvaient etre et etaient probablement du Gommun d'un Confesseur non Pontife,
(i) ChroniQon Tallueriense, page 52},
La messe deSS. Trinitate, de JEterna Sapientia, etc., etc. pouvait se dire aussi. Que si cet office avail des Logons propres et la Messe, des Oraisons propres, deux ou trois feuillets detaches suffisaient a les conserver, .et facile a ete la perte de ces feuilles.
On lit a la derniere page des Memoires sur Saint Germain parlePere Glette que, d'ancienne date et avant 1621, on faisait memoir e de ce serviteur de Dieii en certains jours, c ? est-a-dire trois fois par an, les lundi de Paques, de Pentecote et le jour de Toussaint. En quoi consistait cette memoir e? Faut-il entendre par la les seules benedictions et les prieres faites sur les malades, au nom de Saint Germain ? Gela seul peut-il s'appeler : Faire memoire de lui ? Ou bien, par cette expression, le Pere Glette a-t-il entendu parler d'une Messe en son honneur ?
Nous constatons ci-apres une messe en 1'honneur de Saint Germain, certainement dite en 1638. Si cette messe etait ancienne et remontait tres-haut, nous nous en expliquons facilement le maintien, malgre le decret d'Urbain VIII de 1634. Ge decret ne la comprenait pas dans sa defense, puisqu'elle se celebrait de temps immemorial, c'est-a-dire depuis au moins cent ans.
Quoi qu'il en soit, que Saint Germain ait joui ou n'ait pas joui d'une messe avant 1621, ne nous attardonspas sur ce point. Admettons meme comme certain qu'il n'a eu ni Messe ni Office, avant cette epoque. Son culte n'en demeure pas moins surabondamment etabli. Le nom de Saint dont il etait hautement honore ; son humble oratoire chang6 en chapelle appelee de son nom ; pelerinages, oblations faites dans cette chapelle ; Indul-
gences papales accordees aux visiteurs ; la memoire du Saint solennellement fetee dans ce sanctuaire trois fois par an, avec grand concours des populations voisines ; plusieurs Benedictions failes en faveur des malades qui invoquaient sa protection ; prieres et touchantes pratiques des pelerins pour obtenir cette protection. Tels sont les actes qui ont temoigne publiquement du XIP au XVII 6 siecle, de la croyance generale a la saintete de Germain. Aussi son culte vraiment populaire n'attendait que notre grand Eveque et Docteur, Saint Franc. ois de Sales, pour recevoir justement une solennite et une extension plus grandes.
GHAPITRE II.