‹ Étude sur Saint Germain [microform], moine bénédictin d'abord prieur de Talloires ensuite solitaireChapitre 22 sur 38 · ELEVATION DE SAINT GERMAIN SUR LES AUTELS PAR SAINT FRANCOIS DE SALES · texte numérisé non relu

ELEVATION DE SAINT GERMAIN SUR LES AUTELS PAR SAINT FRANCOIS DE SALES

(Jratiam et gloriam dabit Dominus.

Le Seigneur donnera la gr&ce, ensuite la gloire. Ps. LXXXHI.

Saint Francois visile Iui-m6me le tombeau de Saint Germain. II projette et prepare la translation de ses Reliques.

Que Saint Francois de Sales ait fait le pelerinage de la chapelle de Saint Germain, etant tout jeune eleve du college d'Annecy (de 1575 environ a 1580), c'est ce que nous ne lisons nulle part. Toutefois, qui le presumerait ne s'eloignerait pas de la vraisemblance. II est parle de ses promenades dans les environs de la ville aux jours de conge. La course plus longue, mais si

piltoresque, sur les hauteurs de Saint- Germain, ne lui fut-elle jamais promise et accordee, comme recompense, par ses maitres ou ses parents ? On concoit que ce charmant pelerinage devait puissarnment sourire a son imagination d'enfant, et surtout a sa foi, a sa devotion precoce. Mais voici une autre epoque de sa vie, ou son pelerinage au tombeau de Saint Germain s'impose comme un fait d'une probabilite qui touche a la certitude. Quand Saint Francois de Sales revint d'ltalie, docteur et age de vingt-cinq -ans, ce fut a La Thuile qu'il mit pied a terre (1). Sa famille y etait momentanement installee, et Francois y passa 1'annee entiere, au milieu des siens. II y etait arrive sur la fin de I'hiver 1592 ; il n'en partit, pour Annecy, que le 12 ou 13 mai 1593 (2). Residant a Lathuile, si pres de Talloires et de 1'oratoire de Saint Germain, il n'est pas croyable que Frangois, apres avoir, en Italie, temoigne tant de devotion devant les Reliques des Saints, ait pu passer toute une annee sans se donner le pieux plaisir de venerer aussi celles de Saint Germain. II avait, devant ses yeux, la chapelle qui les garde ; de sa demeure, il la voyait dominant la plaine du haut de son rocher desert. Quand vinrent les trois solermites, ou Ton honoraitla memoire du Saint dans cette chapelle, il entendit certainement parler du grand nombre de fideles qui s'y rendaient. Sa famille , se trouvant accidentellement a si belle proximite, clut elle-meme etre pressee du desir de s'y rendre. Enfin souvenons-nous que Talloires n' etait pas

(1) Charles-Auguste, Hist, du Saint, page 49. Edit. Vives.

(2) Annde Sainte, onzifeme jour de mai. Vita di S. Francesco di Sales, dal can. Gallizia. Vol. primo. p. 74.

simplement pour la famille de Sales un monastere du voisinage. Sans parler des deitx anciens membres de leur famille, Gerard et Girin (1), qui avaient ete de la fondation du monastere > deux autres de Sales, Guichonnet et Jean (2), y avaient vecu au XIV e siecle. Naguere encore, un grand-oncle de Frangois y avait occupe la seconde charge du monastere. Jean de Sales, ouvrier du Prieure (3), n'etait mort qu'en 1578. Tous ces souvenirs creaient, entre les de Sales et les moines de Talloires, plus que des rapports de bon voisinage. Nous croyons done a des visites gracieuses de Francois faites aux moines de Talloires pendant cette annee 1592. Causant avec eux du passe et du present, lui, le saint jeune homme, ne pouvail pas oublier Saint Germain et son tombeau venere (4).

II est une autre inspiration de sa foi que nous ne craignons pas de faire remonter a cette meme epoque. Le besoin pressant de reforme chez les moines de Talloires etait alors un sentiment commun ; la peine perdue, pour 1'etablir, par les deux derniers Prieurs, en avait demontre 1'absolue necessite. Etant sur place, voyant de ses yeux les homines efc les choses, Saint Frangois ressentit plus que personne le desir de cette reforme, et la pensee de s'y devouer lui-meme se presenta a son esprit. Les pensees de cette sorte tombent d'en haut :

(1) Voyez ci-devant, page 54 a 57.

(2) Maison naturellc de Saint Frangois de Sales, p. 64.

(3) Archives de la Florimontane.

(4) Nous pouvons donner les noms des moines presents au monastere en cette ann6e 1592 : Nycolas Duche, Prieur clostral ; Jehan Louis Pelard, Sacristain ; Amed de Quoex, Francois d'Aussens, Jean de Quoex, Jehan Pascal, Pierre de Chyss6, Jeban Ballaison, Jehan Adam, Francois Machet 1'ayne et Humbert De la Grange, Religieux. (Tir6 d'un acle que conserve la famille Chappet.)

Dieu les destine a ses Saints. Les moyens d'effectuer cette reforme restaient encore un probleme pour le futur reformateur. S'en remettant a la divine Providence, il accueillit la pensee et en fit son projet. Nous 1'apprenons par le fait suivant :

En 1591, peut-etre en 1592, un jeune homme de Talloires, appartenant a une ancienne et noble famille, la famille de Quoex, avait pris 1'liabit de Saint Benoit, dans le monastere de Savigny, avec 1'intention d'y fixer sa residence. Franc, ois de Sales Ten dissuada et le pressa fort de revenir au pays, pour entrer a Talloires dont il meditait la reforme. Remarquons ce mot ; il est toute la raison du conseil donne par Frangois au jeune de Quoex. Ce jeune Religieux revint en effet, on ne sait pas a quelle date ; mais le 7 septembre 1597, il etait aux cotes de 1'Apotre du Ghablais, pendant les Quarante-Heures d'Annemasse (1). Apres son retour a Annecy, Saint Frangois temoigna toujours au Benediclin de Quoex un interet, une affection meme toute speciale. En avril 1601, a la nouvelle de la mort de son pere, il se fit accompagner de ce Religieux pour aller, a Thorens, consoler sa mere et rendre au cher clefunt les derniers devoirs. En 1603, il 1'eleva a 1'honneur du sacerdoce. Les annees suivantes, il le prit souvent avec

(1) Ce projet de travailler a la reforme du monastere de Talloires, caress6 par Francois de Sales des cette e"poque, nous donne aussi la raison de cequelui 6crivitle President Favre en 3595 ou 1596 (CEuvres completes du Saint, tome vm, page 20, 6dit. Vives) : J'avais de nouveau concu Tesp6rance de vous voir posse"der le Prieur6 de Talloires devenu vacant. Les amis du jeune Pr6v6t avaient done sollicit6 pour lui cette Commende et non a son insu. S'il s'6tait pr6t6 a cette demarche, on peut sans crainte afflrmer qu'il ne consentait k devenir Commendataire de Talloires que pour arriver plus promptement et plus surement a reformer ce monastere.

lui dans ses courses , meme dans ses visiles pastorales (1). Le trait d'union entre le Prelat et le P. de Quoex etait sans nul doute le monastere de Talloires et leur commun projet de reforme. Cependant les annees s'ecoulaient, et il etait temps de passer du projet a 1'action. G'est pourquoi, comme au commencement de 1607, Saint Franc, ois envoyait son frere, le chanoine Jean-Frangois, rendre compte, en Gour de Rome, de 1'etat de son diocese, il sollicita, par son entremise, des Bulles 1'autorisant a visiter aussi, au nom du Saint- Siege, les Prieures et les Abbayes. Ces Bulles lui etant par venues (2) des le mois de mai, le saint eveque s'en prevalut aussitot, et le 21 octobre, il visita le Prieure de Talloires, comme delegue" du Saint-Siege (3). Son but, en cette premiere visite, etait de preparer les voies et d'acheminer les esprits a la reforme. Les details de cette visite ne nous sont point parvenus. Le Saint dut en faire rapport a 1'abbaye-mere de Savigny ; car des 1609 (4) 1'Abbe Frangois d'Albon voulut intervenir luimeme en faveur de cette ceuvre. Heureusement le saint eveque s'en preoccupait de plus pres et avec un meilleur zele. Etant pour la meme fin , en cette meme

(1) Tous ces details concernant le P. Cl. -Louis-Nicolas de Quoex, se lisent dans la deposition qu'il fitlui-me'me, par devant les commissaires apostoliques, en juillet 1656 (Archives de la Visitation).

(2) Voir. au sujet de ces Bulles, Charles-Auguste, Vie du Saint, p. 6 du tome second, vers la fin de la leltre du cardinal Pamphili a Saint Francois. Voir aussi > ie du Saint par Tabb6 Bqulange, page 226, et enfin'Fie du Saint, par Gallizia, page 406, qui dit positivement : Gli furono anche inviale varie patenti con le quali pot6 applicarsi alia riforma de' monasteri et badie.

(3) Cette visite est mentionnee par Charles-Auguste de Sales, Vie du Saint, t. 2, page 13, et dans 1'Inventaire de Talloires, p. 210, art. 17.

(4) Me'mpires sur la vie de Saint Germain.

annee (1), retourne a Talloires, il fit, cette fois, a 1'oratoire de Saint- Germain une ascension expressement notee par ses historiens. II se resolut, dit le Pere de la Riviere (2) , d'aller venerer le sepulchre du bien-heureux Germain, et veoir s'il estoit entretenu selon qu'il meritoit. Partant il monta sur cette beniste montagne, fist sa priere au pied du tombeau miraculeux et contemplant fort soigneusement la place , exhorta fort Monsieur le Superieur de Thaloyre qui le suivoit, de reparer la petite eglise, de preparer 1'autel, afin d'y loger les venerables cendres du Sainct et d'y construire une maisonnette (3)...

Le P. de Quoex, dans sa deposition, relate cette visite du saint eveque au tombeau de Saint Germain avec un detail du plus haut interet ; car il nous montre que Saint Frangois regut, ce jour et en ce lieu, une grace de Dieu extraordinaire. Je 1'ai vti , repond-il aux Commissaires, dans la chapelle de notre ermitage, le visage tout rayonnant, tandis qu'il priait devant 1'autel 1'an 1609.

Nous venons de voir Saint Frangois de Sales comprenant dans sa sollicitude le culte et la chapelle de Saint Germain aussi bien que la bonne discipline du monastere. S'il reforme les moines, il veut aussi qu'on prepare la translation des Reliques de leur Saint. Dquze ans

(1) Quelques-uns reportent a 1'an 1610, cette visite de Saint Francois de Sales au monaslere de Talloires et a la chapelle de Saint-Germain. Ces auteurs n'avaient pas connaissance de la deposition du P. Cl.-L.- Nicolas de Quoex, qui assigne express^ment la date de 1609 a cette visite.

(2) Vie de I'lllustrissime Frangois de Sales, par le P. Louys de la Riviere. Lyon, 1625, page 292.

(3) cette derniere parole donnerait a penser que jusque-la aucune habitation n'6tait adjointe a la chapelle.

devaient s'ecouler, avant que la chapelle ne fuf mise en 1'etat convenable (1). Celong retard nous est suffisamment explique par les difficultes, les entraves que rencontra le P. de Quoex tout le temps de son administration.

Pendant ces douze ans, le saint eveque retourna maintes fois au monastere de Talloires. Le P. de Quoe'x 1'atteste formellement : Chaque annee, dit-il, il daigna nous rejouir de sa presence. Ayant sur Saint Germain les projets que nous connaissons, est-il possible que Saint Frangois, dans ses visites annuelles au monastere, n'ait jamais repris le chemin de 1'oratoire ?

Enfm, 1'an 1621, tous les apprets de la ceremonie etant acheves, le P. de Quoe'x, au nom de 1'Abbe de Savigny, au nom de tous ses freres, supplia le Saint eveque de proceder a la translation si longtemps desiree. Sa priere fut agreee, et 1'heureuse fete fixee au 28 octobre suivant.

(1) Cette ehapelle r^clairiait elle-m6me de s6rieuses reparations : elle 6tait prfes dft tomber en ruines, disent quelques-uns des t<moins, entr'autres le chan. Gard, Francois Favre, domestique du Saint, etc. Probablement, des sa restauration en 1492, elle n'avait pas recu d'autres soins.

Saint Francois de Sales, aide" de son frere le Goadjuteur, e"leve Saint Germain sur 1'autel.

Deux auteurs du temps, le P. de la Riviere et Charles- Auguste de Sales, ont laisse de la ceremonie du 28 octobre un tableau charmant par sa grace et sa simplicite. Nous ne commettrons pas la faute de lui faire subir la moindre retouche.

Done les choses ay ant ete disposees ainsi qu'il appartenoit, le tres-aymable Prelat s'y achemina pour benir 1'Autel, et mettre au sein d'iceluy le plus religieusement qu'il pourroit, les dignes Reliques du Sainct Anachorette. Le Reverendissime Jean France gois de Sales, Evesque de Galcedoine son frere et coadjuteur en 1'Evesche de Geneve 1'accompagna, auquel aussi il ceda la charge de faire les ceremonies, recevant un singulier plaisir de I'employer a 1'exercice des Episcopales fonctions. Tandisque la benediction se celebroit, il demeura presque tousiours debout, les yeux fiches attentivement sur la chasse des pieuses Reliques, avec un respect admirable, et persevera de la sorte jusques a la fin si abstrait et si rentre en soy-mesme, qu'il sembloit plustost estre au ciel qu'en la terre. Gomme cette ceremonie fut accomplie, il'' ouvrit luy-mesme le cercueil, monstra au peuple les sainctes Reliques, regeut les chapellets d'un cha-

cun, et les y fist toucher, puis ageangant proprement le precieux depost dans un nouveau coffret, pare de soye, le porta avec son Cher frere a la Procession qui se fist autour de 1'eglise, estant tous deux revestus Pontificalement. Finalement il le plaga honorablement dans le fond de 1'autel conformement a ce qui en avoit este conclud... (Le P. de la Riviere, page 293.)

Apres quoy, il fit une tres-fervente exhortation au peuple....

Pour lors le ciel estoit entierement couvert de nues espaisses, noires et blafardes, et selon 1'observation de tous les habitants de ces lieux la on attendoifc de grandes pluyes, voire mesme il commengoit des-ja a pleuvoir, mais le Sainct Evesque ayant leve les yeux au ciel : Non, dit-il, Dieu nous fera la grace qu'il ne pleuvra point ; et tout aussi tost se fit une grande serenite.

Or il admiroit la beaute de cet hermitage, et, parmi les louanges qu'il en faisoit, il ne put pas s'abstenir de decouvrir son ame... (Charles- Auguste , t. n, p. 225.)

Appelant a part Monsieur Dequoix Prieur de la reforme' au Monastere de Thaloyre, il lui diet : Je suis resolu de venir demeurer icy, et je crois que nous y servirons Dieu et les ames, cependant que notre tres-cher frere et coadjuteur aura un peu le soing de ce pauvre diocese; il ne le trouvera pas mauvais : car puisque Dieu le nous a donne pour coadjuteur, n'est-il pas raysonnable que nous luy laissions en partie la charge des affaires, A la mienne

volonte, Monseigneur, que cela fust, repartit le sieur Dequoix, et que j'eusse le bon-heur de vous veoir icy en repos, au moms aurois-je le contentement de venir de la has ca haut tous les jours recevoir votre sairicte benediction. Croyez, respondit ce digne Prelat, que je vous parle a bon escient, et que si Son Altesse ne me divertit point, cela est arreste qu'il nous faut venir icy demeurer : et mettant la teste a la fenestre du coste d'Annessy, 6 Dieu, dit-il ! que ne sommesnous pour ne plus partir de ce lieu, voicy une retraitte toute propre a bien servir Dieu et son Eglise avec nostre plume (et nostre chappellet) ; sgavez-vous, nostre pere Prieur, les conceptions descendroient et pleuvroient dru et menu, ainsy que les neiges y tombent en hyver. (Le P. de la Riviere, p. 294.)

Apres disner, il descendait a pied de la montagne quoiqu'il eust la commodite d'un cheval, et, aussi tost qu'il fut arrive a la ville et au monastere, sans prendre presque point de loisir de se reposer, monta en chaire dans 1'eglise paroisiale, et fit au peuple une tres-belle predication des louanges du glorieux, Sainct Germain, de 1'honneur et de la veneration qu'on doit aux Saincts, de la fagon avec laquelle les serviteurs de Dieu estoient canonizes en la primitive Eglise, des statuts et decrets qui ont este faicts depuis par 1' Eglise, combien ils estoient justes et raisonnables, et en fin du special honneur qui estoit deu a Sainct Germain... (Charl.-Aug. p. 226.)

Voila comme un Sainct travailla pour un Sainct, comme un Sainct transporfce les Os d'un Sainct en un lieu plus sainct, et comme un grand Sainct loua sainc-

tement un autre Grand Sainct. (Le P. de la Riviere, . p. 293.)

I HI

Explication de la c6r6monie qui precede,

Les auteurs precites nous ont dit sommairernent ce qui se pratiqua dans la ceremonie du 28 octobre 1621. Certains details meritent d'etre mis dans un plus grand jour et d'autres encore peuvent y etre ajoutes.

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