OUVERTURE DU TOMBEAU
Enlever les pierres qui fermaient la tombe du Saint, fut necessairement le premier acte preparatoire a la translation. Deja nous avons dit que ce tombeau s'elevait un peu au-dessus du pave, vers le milieu de la chapelle, du cote de 1'epitre. Comme il etait isole (1), lespelerins en faisaient le tour sur leurs genoux et on 1'appelait le Var (2) de Saint Germain. Semblable etait la forme et le nom du tombeau de Saint Ruph dans son oratoire.
(1) Les Bollandistes signalent, des les temps les plus recules, plusieurs tombeaux de Saints affectant cetle forme, enlr'autres ceux de Saint Gobin, xx juin ;vn e siecle) ; de Saint Yot, xxix mai (vm e siecle) ; de Sainte Rosalie, rv septembre (xn e siecle) ; du Bienheureux Thomas Helye, xix octobre (xni e siecle). Les fldeles pouvaient facilement orner, entourer de lumieres les tombeaux de eette forme, et sur eux d^poser leurs offrandes.
(2) Ce nom de Var vient direetement du mot latin : Fas, qui signiflait : tombeau... Du Cange, verb. Fas. Si haut que remonte cette expression, le langage populaire la connait encore en Savoie. En Tarentaise, on appelle : var, un tombeau de famille. En Chablais, c'est la biere du de"funt qui recoit ce nom. On appelle aussi : var, une source qui jaillit d'une cavit6, d'une grotte profonde.
Ge tombeau de Saint Germain devait etre modeste, tres-simple et sans epitaphe. S'il eut porte une inscription quelconque, nous en trouverions quelque part une mention.
Ce tombeau fut-il ouvert alors pour pour la premiere fois ? Le P. de La Riviere vient de nous dire qu'apres 1'avoir ouvert Saint Frangois deposa les Saintes Reliques dans un nouveau coffret . Le chanoine Gard temoigne que le saint eveque les mit dans un coffret plus decent . Gharles-Auguste assure qu'il (Saint Frangois de Sales) ouvrit luy-meme la chasse c'est-a-dire celle ou le saint corps reposait. On peut se demander : Ce coffret ancien, cette chasse qui s'offrit aux regards du saint eveque le 28 octobre 1621 , etait-elle encore la chasse primitive dans laquelle Saint Germain avait ete enseveli a la fin du XP siecle ? Ou bien etaitelle une seconde, une troisieme chasse substitute a d'autres precedentes ?
II est certain qu'avantce jour du 28 octobre 1621, on possedait des Reliques isolees de Saint Germain, puisque, d'apres la Liturgie, on dut des la veille (27 octobre) preparer et renfermer dans une petite fiole du vase la relique de ce Saint destinee a etre deposee le lendemain dans le tombeau de 1'autel consacre. Cette fiole contenant une relique de Saint Germain et d'autres encore dut etre, des la veille, fermee, scellee, puis deposee, pour la nuit, dans un lieu convenable, ou des prieres durent se reciter devant ces Reliques. La chasse que contenait le tombeau n'ayant ete ouverte que le lendemain (28 octobre) et par Saint Frangois de Sales luimeme, evidemment n'avait pas fourni cette Relique de
Saint Germain dont on avait dispose, que Ton avait preparee des la veille. Gette relique a part, possedee precedemment, ne ferait-elle done pas croire a une ouverture anterieure du tombeau, a une visite, a des visites des saintes Reliques anciennement faites, on ne sait par qui, ni a quelle epoque ?
Quoi qu'il en soit, ce fut vers ce tombeau antique et venerable que Saint Francois se dirigea, le 28 octobre au matin, des son entree dans la chapelle. A peine, dans cette tombe ouverte, apergut-il la chasse des saintes Reliques qu'il entra dans un recueillement et un sentiment de piete sans egale. Jamais, depuis la mort de Saint Germain, pelerin plus devot n'avait prie sur ces dalles. Toute 1'assistance en fut profondement touchee. Absorbe dans sa contemplation, les yeux de son ame plus encore que ceux de son corps fixes sur le saint depot, Saint Frangois demeura immobile et comme ravi en Dieu pendant un temps fort long, c'est-a-dire tout le temps que dura la ce"remonie que nous allons maintenant rappeler.