Lib. H
(44 ) regrets donnés au meilleur de ses amis , l'une des victimes de ces temps meurtriers et dont la mort a condamné au deuil le reste de son existence :
Meas, carissime Danion ',
Tecum delicias, raea teciim tota tulisti
Gaudia, nec nostrum, sine te, jam vivere vita est.
Tels sont les tendres, les nobles sentiments qui remplissent la Pœdoirophie , où l'on respire d'un bout à l'autre l'amour de la patrie et de la famille. L'auteur, à la fin de son livre, nous apprend qu'il l'a composé dans les fertiles plaines du Poitou, en errant sur ses collines plantées de buis et au milieu de ses âpres rochers, là où le modeste Clain promène à travers la verdure son cours Jent et sinueux :
Haec ego pictonicis olini secretus in agris, Buxifeios inter colles et confraga saxa, Cantabam , exili qua se vagus amne per herbas Clanijs agit sensim et sinuoso littore serpit.
Jamais ses rives chères à Rabelais , et que Vauquelin de La Fresnaye aimait aussi , n'inspirèrent une œuvre plus véritablement poétique.
La Pœdotrophie fut dédiée à Henri III. Ce n'était pas seulement que ce prince « embrassât et protégeât les Muses, ce que font toutes les âmes généreuses : » un motif plus particulier dirigeait le poète. On sait que ce monarque appartenait à l'une de ces races royales qu'on a vues plusieurs fois , dans l'histoire, privées de rejetons
1. Lib. Il, ad fin. — Ce nom se retrouve dans quelques belles stances de Malherbe ; mais il est à présumer que chez celui-ci , comme chez Sainte-Marthe, il est purement imaginaire. En tout cas, le Damon de Scévole était cet ami, éminent par sa vertu comme par son rang, dont la fortune et le crédit à la cour étaient i;onsidérables,qui l'avait engagé à venir fixer sademeiire à Poitiers.
( 45 ) et condamnées à s'éteindre comme par un arrêt providentiel. Son désir le plus vif aussi bien que celui de sa femme, la vertueuse princesse Louise de Vaudemont, était d'avoir des enfants, et ils ne cessaient d'en demander à Dieu :
Pcscebat prolera superos , et supplice voto, Conjiige ciim unaniiui, qua nil angnstiiis iisquatn est, Quasque sacras aedes, quaeque indefessus adibat Tenipla deuni, castas et dona ferebat ad aras '.
Henri goûta infiniment l'œuvre de Sainte-Marthe : on raconte, de plus, qu'il la récompensa avec une magnificence digne du surnom de libéral que lui accorde d'Hozier^, par un don de trente mille écus'. Il est vrai qu'en parlant de Henri Estienne nous avons montré que ces largesses restaient au moins en partie sur le papier, à cause de l'embarras des finances. Quant à l'écrivain , eu adressant au roi la Pœdotrophie, il faisait le vœu « qu'elle se remarquât un jour pour lui avoir apporté quelque heureux présage d'un accroissement de lignée , au service et nourriture de laquelle fussent appliqués ses préceptes, ce dont il avait la douce espérance ; » et il répétait ce vœu dans ses vers. Habitants du ciel, s'écriait~il par une de ces formules antiques, familières à la renaissance ,
Este boni, tandemque altam fiindatc beata Proie domum , et laetos nalis aiigete parentes... Spes generis tanli superas in iuminis oras Exsistat sacro ex utero ^