Ce discours fut prononcé le 5 décembre
( 17 ) voulu frapper que pour atteindre derrière eux l'inviolabilité royale.
S'il ne réussit pas toujours ainsi à faire avorter les projets de la Ligue , il les combattit du moins toujours avec la même résolution. Dans les derniers jours de 1588, Sainte-Marthe fut envoyé par Henri lll à Poitiers pour étouffer les troubles qui y avaient éclaté : sa fermeté et sa prudence assurèrent d'abord le succès de cette mission; mais la Ligue, fortifiée par les fautes du monarque , ayant bientôt repris le dessus , Sainte-Marthe , comme plus d'un sujet fidèle de cette époque, fut contraint de quitter sa maison et sa famille. Il devait en être éloigné cinq années entières , qu'il passa à la suite de Henri HI , le servant sans cesse , dans cet honorable exil , de sa plume et de ses conseils. Un instant même celui-ci, qui y recourait très-volontiers, eut l'idée de l'attacher plus étroitement à sa personne , en le créant secrétaire de ses commandements ou ministre d'Etat. Mais on sait que ce prince indécis conduisait rarement à bonne fin ses meilleures pensées , promettant d'ordinaire beaucoup plus qu'il ne tenait. Il l'employa, quoi qu'il en soit, dans plusieurs négociations épineuses, en particulier pour se rapprocher du roi de Navarre; et il se préparait enfin à reconnaître par quelque grande charge un si loyal dévouement, lorsque le jacobin Jacques Clément l'assassina à Saint-CIoud.
Sainte-Marthe, avec l'affliction naïve des vieux Français, pour qui, nous l'avons dit plus haut, le roi, personnification du pays , était la clef de voûte de l'ordre social , se retira à Loudun et y pleura la mort de Henri III : ce fut pour soulager sa douleur qu'il lui consacra un chant funèbre sous le titre de Larmes à sa mémoire, l'une des pièces de Sainte-Marthe les plus justement estimées, puisque, comme l'a fait observer un écrivain du xviii'-
( J8 ) siècle, Dreux du Radier, cepoëme, en raison de l'époque où il fut composé , ne témoigne pas moins du courage que du talent de son auteur.
Sur un ton bien différent, mais échauffé de la même inspiration patriotique, il célébrait, un an après, les victoires qui devaient relever le trône légitime. Avec cet instinct du cœur qui entraînait Montaigne vers le jeune roi de Navarre', Sainte-^îarthe avait pressenti les glorieuses destinées de Henri IV ^; il avait aperçu dans ce prince le sauveur de la France. Une fois qu'il eut payé à son ancien maître un juste tribut de regrets, il vint donc se placer sous la bannière du nouveau monarque et servir sa cause , dans les rangs de ce parti sage et modéré des Politiques dont l'Hôpital , disait récemment M. Guizot, avait été le ministre , dont Pasquier fut le jurisconsulte, de Thou l'historien, et Henri IV le roi. Celui-ci qui avait hérité, à l'égard de Sainte-Marthe, des sentiments de confiance et d'attachement de son prédécesseur, se reposa sur lui tout aussitôt du soin de commissions importantes : il le choisit spécialement pour contrôleur ^ de l'armée navale de Blaye ; et dans ce poste , comme dans plusieurs autres où il eut le maniement de fonds considérables , Sainte-Marthe se distiugua par une gestion aussi intègre qu'habile.