On dirait anjourd'hui intendant
Cette réputation de capacité Pt de probité , il la conlirma en qualité d'intendant des linances dans l'armée que le duc de Montpensier commanda en Bretagne ( 1593 et 1594). Sans pressurer cette province, sans recourir même à aucune imposition extraordinaire , il réussit à nourrir les troupes et à payer leur solde sur les ressources dont il disposait. Quelques années auparavant, il s'était acquitté avec le même bonheur d'une délégation fort délicate. Chargé de vendre au profit de la couronne , après la mort de Marie Stuart , tout ce que cette princesse avait possédé en Poitou comme reine douairière de France , il était parvenu , en n'aliénant que la moitié des domaines , à verser dans les coffres du roi le double de la somme que l'on attendait de leur aliénation complète : service fort apprécié dans une cour embarrassée et prodigue , telle que celle de Henri III ; rare preuve, pour parler avec un contemporain *, « d'une intégrité et d'une industrie qui furent d'autant plus admirées du Conseil , qu'elles se trouvent moins souvent ensemble. »
Ce désintéressement, gage de sa foi inviolable, contribuait encore à le désigner comme précieux pour les négociations, où son esprit vif et mesuré, adroit et conciliant, lui assurait presciue toujours l'avantage. C'est ce qui explique le nombre de celles où il fut employé, particulièrement pour hâter le retour de la concorde publique. Chargé d'une mission dans les provinces du Midi avec un petit-lils de l'IlôpitaP et le chancelier
! , Urbain Grandicr, (li'jà cité.
•}.. Michel llurault de l'Hôpital , dont nous avons fait mention dans notre Essai sur H. Eslienne. Il ('■tait conseiller au parlement de Paris. — Par une singulière confusion, jSiceron et plusieurs de de ceux qui se sont occiipi'-s de Saintc-Martlie ont dit que, dans cette mission, il fut le collègue du cliancelicr de l'Hôpital, mort
( 20 ) lie Navarre, du Fay, afin d'y rétablir les officiers royaux qui en avaient été chassés et la perception interrompue des impôts , sa conduite , également exempte de rigueur et de faiblesse, fut couronnée d'un plein succès. Tl eut surtout part à la reddition de Poitiers, grâce à Tinlluence qu'il avait conservée sur les habitants, et il fut l'un des députés qui vinrent présenter les hommages de cette ville à Henri IV, au moment où il assiégeait Laon *. Ce prince en conçut pour Sainte-Marthe une nouvelle estime : aussi lorsque, curieux de consolider par les oeuvres de la paix ses triomphes guerriers , il convoqua en 1597, à Rouen, une assemblée de Notables, lui écrivit-il nominativement pour qu'il y apportât, comme il le fit en effet , l'utile concours de ses lumières.
Par sa longue carrière, consacrée aux plus nobles travaux et dévouée au service de ses concitoyens, Sainte-Marthe semblait avoir bien mérité le repos. Mais sa réputation , jointe à son patriotisme , ne lui permettait pas de le goûter. Quand il n'aspirait qu'à rentrer dans le calme de la vie privée , il fut appelé une seconde fois à la charge de maire , « cette charge , a dit Montaigne^ , d'autant plus belle qu'elle n'a ni loyer ni gain autre que l'honneur de son exécution.» Revêtu de ces fonctions en 1602, lors de l'entrée solennelle de Henri IV dans Poitiers, il eut l'honneur de le haranguer; et ce roi , ami , comme on sait , de la brièveté des discours ,
bien des années auparavant. Voilà avec quel soin la vie de nos anciens Français a trop souvent été jusqu'ici étudiée et racontée.
1 . (1 594). Voy. Davila, Histoire des guerres civiles de France, liv. XIV, et d'Aubigné, Histoire universelle, t. III, liv. IV, ciiap. 6. Cf., dans le recueil des Épitrcs françaises adressées à Josepl» Scaliger, deux lettres de du Puy datées de juillet et d'août 1594.