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méthode, il confirma d’abord les régénérations multiples de certains organes du polype et du ver de terre. Il constata ensuite que le ver d’eau douce en bateau se reproduit quel que soit le nombre des morceaux en lesquels on l’a divisé. Mais ces résultats ne lui suffisaient pas; il étendit ses
recherches aux crapauds, dont plusieurs espèces recou-
vrèrent leurs pattes, aux lézards qui virent renaître leur queue, aux limaçons qui régénérèrent leurs cornes. L’escargot terrestre retrouva presque tous ses membres. « L’au- « teur avait même avancé, dit Tourdes, que l’escargot repro- « duisait sa tête; mais des recherches ultérieures plus « exactes ont fait voir que le cerveau des escargots n’est « pas situé dans la partie qui était amputée. L'expérience « cependant n’est pas moins étonnante : si elle n’offre point « le renouvellement d’une tête, elle présente au moins la « régénération d’une partie très compliquée. »
Tourdes fait encore, à propos de ces travaux, la longue énumération des savants qui ont appuyé ou combattu Spallanzani dans cette discussion sur la reproduction de la tète des escargots terrestres.
Spallanzani tenait beaucoup, dit-il, à la reproduction « de la tête des escargots terrestres. Dans un superbe « mémoire, inséré dans les actes de l’académie italique de « Vérone (Risultati di Sperienze sopra la riproduzioni « della testa nelle lumache terrestri, tome I an. 1782 et « tome IT an. 1784), il revient sur cette expérience; il « rapporte d’autres faits, il ajoute de nouveaux détails; il «cite même très au long les auteurs qui ont appuyé ou « combattu son opinion; parmi les premiers on distingue « Turgot, Lavoisier, Tenon, Hérissaut, Bonnet, Senebier, « Scheffer, Muller Roos, Troïle; les seconds sont Murray, « Wastel, Cotte, Bomare, Adamson, Schræter, Argenville
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OU « et Presciani. Ce dernier a démontré que Spallanzani « coupait une partie bien différente du cerveau. J'ai vu « la préparation anatomique d’après laquelle il a fait son « mémoire : elle est déposée dans le cabinet de physique « animale de l'Université de Pavie, dû en très grande « partie au talent et à l'adresse de ce célèbre physiolo- « giste. »
L’énumération seule de ces noms suffirait à faire comprendre l'immense retentissement que la découverte de Spallanzani eut dans le monde savant de l'Europe entière; mais il est surprenant que Tourdes ne fasse pas mention, au cours de cette nomenclature, du nom de Voltaire que cette question de la reproduction de la tête ou plutôt d’une partie de la tête des mollusques gastropodes, passionna au plus haut point.
Dans un arlicle tout récent et très documenté, publié dans Biologica 12 Mai 1912, M. Edmond Bordage, docteur ès sciences, chef de travaux à la Sorbonne, revendique, avec pièces à l'appui, pour Voltaire la priorité de cette découverte, le grand philosophe ayant fait paraître son ouvrage, Les singularités de la nature, deux mois avant l'apparition du premier ouvrage de Spallanzani sur ce sujet : Prodromo di un opera sopra le riproduziont animali en septembre 1768.
Quoi qu’il en soit, rien dans la correspondance que Voltaire eut avec le professeur de Pavie, ne fait allusion à une question de ce genre. Il parait professer pour Spallanzani la plus grande estime et la plus sincère admiration. Nous reproduisons ci-dessous deux lettres adressées par Voltaire à Spallanzani, l’une de mars, l’autre de juin 17976 dans lesquelles le patriarche de Ferney appuie de toute l'autorité de son nom immortel les travaux du grand naturaliste et
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condamne ses adversaires, en particulier Needham, avec sa causticité et son esprit habituels. Il accole au nom de ce dernier la qualification, d’ailleurs inexacte, de jésuite, car Needham était prêtre, mais ni jésuite, comme Voltaire le dit dans cette lettre, ni Irlandais comme il ie dit ailleurs, mais Anglais, membre de la Société royale des sciences et des antiquaires de Londres, et correspondant de l’Académie des Sciences de Paris.
À Monsieur l'Abbé Spallanzani.
Le .. Mars.
« Ringrazio vostra S. illustrissima per il bel regalo del quale io sono veramente indegno. » Ma main, que quatrevingt-deux ans font un peu trembler, ne peut écrire, et mes yeux, qui ont quatre-vingt-deux ans aussi, peuvent lire à peine.
« Cependant, j'ai lu avec bien du plaisir le livre utile dans lequel vous m'instruisez. Vous donnez le dernier Coup, monsieur, aux anguilles du jésuite Needham. Elles ont beau frétiller, elles sont mortes, et M. Bonnet ne les ressuscitera plus, dans sa Palingénésie. Des animaux nés sans germe ne pouvaient pas vivre longtemps. Ce sera votre livre qui vivra, parce qu'il est fondé sur l'expérience et sur la raison.
« Il faut rire des anciennes charlataneries et des nouvelles, et de tous les romanciers, che si fanno eguali a Dio e creano ur mundo colla parola.
« Si je ne craignais d’abuser de votre temps, Je vous demanderais quelques nouvelles de limacons. Je CPOYaIS
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avoir coupé la tête à quelques-uns de ces animaux, et que ces têtes étaient revenues : des gens plus adroits que moi m'ont assuré que je n'avais coupé que des visages dont la peau seule avait été reproduite. C’est toujours beaucoup qu'un visage renaisse. Talacotius ne reproduisait que des nez. Je m'en rapporte à vous, monsieur, sur tous les animaux grands et petits, sur toute la naiure, et sur les sys-
tèmes. »
A Monsieur l'Abbé Spallanzanis
A Ferney, 6 Juin.
« Votre lettre, du 31 de mai, ranime mes anciens goûts et mes anciennes espérances. J'avais renoncé à l'honneur de rendre des têtes à des colimacons. J'avais la modestie de croire que je n'étais point du tout propre à faire des miracles. Je me souvenais pourtant très bien d’avoir vu revenir des têtes aux limaces incoques que j'avais décapitées; mais de bons naturalistes avaient bien rabattu ma vanité, en me persuadant que je n'étais qu’un maladroit, et que je n'avais coupé que des visages dont la peau revient aisément. Mais puisque vous m'assurez que vous avez coupé de vraies têles, et qu’elles sont revenues, 10 repiglio la mia confidenza, et je recommence à croire la nature capable de tout.
« Ce que vous m'apprenez d'animaux morts depuis longtemps, ressuscités par vous, est assurément un plus grand miracle. Vous passez pour le meilleur observateur de l’Europe. Toutes vos expériences ont été faites avec la plus grande sagacité. Quand un homme tel que vous, annonce qu'il a
ressuscité des morts, il faut l’en croire.
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« Je ne sais ce que c’est que le cotfero et le tardi grado, ni comment nos naturalistes nomment ces petits animaux aquatiques, vous les faites réellement mourir en les mettant à see, et vousles faites revivre longtemps après, en les replongeant dans leur élément.
« Après avoir fait, monsieur, des expériences si prodigieuses, vous descendez jusqu’à me demander mon sentiment sur les âmes du cotifero et du tardi grado; que devient leur âme? est-elle immatérielle? renait-elle ? en reprennent-ils une autre ?
« Je suis en peine, monsieur, de toute âme et de la mienne; mais il y a longtemps, que je suis persuadé de la puissance immense et inconnue de l’auteur de la nature. J'ai toujours cru qu'il pouvait donner la faculté d’avoir du sentiment, des idées, de la mémoire, à tel être qu'il daignera choisir ; qu'il peut ôter ces facultés et les faire renaiire, et que nous avons pris souvent pour une substance ce qui est en effet une faculté de cette substance. L’attraction, la gravitation, est une qualité, une faculté. Il y a dans le genre animal et dans le végétal mille ressorts pareils, dont l'énergie est sensible, et dont la cause sera ignorée à jamais.
« Si le cotifero et le tardi grado, morts et pourris, reviennent en vie, reprennent leur mouvement, leurs sensations, engendrent, mangent et digèrent, on ne saura pas plus eomment la nature leur à rendu tout eela, qu'on ne saura Comment la nature le leur avait donné; et l’un n’est pas plus incompréhensible que l’autre. J'avoue que je serais curieux de savoir pourquoi le grand Être, l’auteur de tout, qui nous fait vivre et mourir, n’accorde la faculté de ressusciter qu'au co{ifero et au tardi grado. Les baleines doivent être bien jalouses de ces petits poissons d’eau douce.
« Si quelqu'un a droit, monsieur, d'expliquer ce mystère,
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c'est vous. Il est bon aussi de savoir si ces petits animaux, qui ressuseitent plusieurs fois, ne meurent pas enfin tout de bon, et sur combien de résurrections ils peuvent compter.
« C’est apparemment d'eux que les Grecs apprirent autrefois la résurrection d’Atalide, de Pélops, d'Hippolyte, d’Alceste, de Pirithoüs. C’est dommage que le secret en soit perdu. Je crois que c’est M. Bonnet, grand observateur, qui a prétendu que nous ressuseiterions avec notre devant, mais sans derrière. C’est là le fin du fin, ete. »
Le contenu de ces lettres nous montre d’une manière évidente que les relations de Voltaire et de Spallanzani ne cessèrent d’être cordiales et que le premier considérait le second sinon, comme le promoteur de l’idée, du moins comme l'artisan principal des résultats obtenus.
Nous pouvons donc conserver à Spallanzani l’admiration que ses contemporains lui vouèrent si ce n’est pour sa découverte, du moins pour les travaux scientifiques qui la mirent en lumière et en établissent toute la valeur.
« Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, dit Mathias-Duval, régna sur la fécondation la théorie de l’aura seminalis (vapeur séminale). Elle supposait que l'œuf était fécondé par une vapeur mystérieuse, presque immatérielle, qui se dégageait du sperme et allait influencer l’œuf. 11 est vrai que L. Hamm, élève de Leuwenhoeck, avait (en 1677) découvert les spermatozoïdes et qu'aussitôt on avait voulu voir en ceux-ci le germe, l’animal en miniature, l’'homunceulus ; mais les partisans de cette doctrine n’étaient pas les plus nombreux; et leurs adversaires continuaient à soutenir que c'est l'organisme femelle seul qui fournit la matière du nouvel être, que l’organisme mâle ne fournit que laura