BIOGRAPHIE DE SPALLANZANI
Lazzaro Spallanzani naquit à Scandiano, petite ville de la province de Modène, le 12 janvier 1729. Son père, jurisconsulte distingué et très aimé de ses concitoyens, fut son premier maitre. Il le destinait à la même profession et dans ce but lui donna les premières notions de latin et de littérature, puis l’envoya à l’âge de quinze ans chez les Jésuites de Reggio où il fit ses humanités, y apprit les belles-lettres et la philosophie.
Les Jésuites, ainsi que les Dominicains, frappés de lintelligence précoce et des progrès rapides de leur élève, firent tous leurs efforts pour le retenir dans leur ordre respectif,
{!) Nous adopterons dans le cours de cet ouvrage l'orthographe habituelle qui écrit ce nom-avec deux / bien que l’un de ses travaux publié en 1769 à Paris : Nouvelles recherches sur les découvertes microscopiques et la génération des corps organisées, l’écrive avec une seule /.
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le jugeant digne de contribuer à sa gloire. Il reçut les ordres mineurs, mais ne poussa pas plus loin ses études ecclésiastiques et se refusa à toute espèce d'engagement.
Sa renommée fut rapide, ses études littéraires et philosophiques furent brillantes. Destiné à suivre la carrière paternelle, il entra à l’Université de Bologne où il étudia consciencieusement le droit; mais avec une répugnance marquée pour cette carrière qu'il ne suivait que par respect fiial, et sans abandonner l’étude des sciences naturelles et de la physiologie vers lesquelles l’entrainait une irrésistible passion.
Il trouva le temps néanmoins d'apprendre à fond les langues grecque, latine et française, surtout la première, et se nourrit de la lecture des grands écrivains avec assez de fruit pour écrire au comte Algarotti, trois lettres très remarquables de critique, sur une traduction italienne d’Homère par Salvini. Ces lettres ont été insérées dans Ie XIV° volume des œuvres d’Algarotti (1.
Nous devons dire toutefois que ces trois lettres sur Homère sont les seuls documents de littérature, proprement dite, que l’on possède de Spallanzani.
Son œuvre biologique, au contraire, est très considérable; c’est elle, d’ailleurs, qui fera l’objet de cet ouvrage.
En quittant les Jésuites de Reggio, il passe à l’Université de Bologne où une de ses cousines, Laura Bassa, professait la physique expérimentale. Celte femme remarquable eut pour son jeune parent, à la fois la sollicitude d’une mère et les égards d’un maître éclairé pour un élève dont l’intelligence s’annonçait exceptionnelle. Le jeune Lazare justifia amplement les espérances que l’on avait conçues et la renom-
(‘) Azcarorri, Œuvres, Reggio 1761 (éd. de Venise, XIV® volume).
mée commença pour lui presque en quittant les bancs de l'école. La thèse brillante qu'il soutint lui valut déjà d’être distingué par les professeurs de la Faculté de Bologne qui l’admirent dans leur Sociétéet dont quelques-uns le chargèrent de les remplacer dans les lecons qu'ils ne pouvaient donner eux-mêmes.
Dès l’âge de vingt-six ans, il fut nommé professeur de philosophie etde belles-lettres à Reggio, qu’il quittait à peine comme élève. Tout en restant dans son cours un lettré érudit, éloquent et clair, il ne négligeait pas les sciences naturelles, la physique et la physiologie auxquelles il devait consacrer sa vie; et c'est à Reggio même qu'il réunit les matériaux du travail immortel qu'il devait publier dix ans plus tard à Pavie, sur les animaleules infusoires.
Spallanzani professa pendant six ans au collège de Reggio. Son nom devint rapidement célèbre; plusieurs universités se le disputèrent: Coimbre en Portugal, Parme, Césène, Modène; il lui fut fait aussi des offres très avantageuses de Saint-Pétersbourg. Il choisit Modène pour être plus près des siens et pouvoir leur venir en aide. Il avait alors trentedeux ans (1761). Il y resta jusqu'a l’année 1770, époque à laquelle il fut appelé à Pavie par l’impératrice Marie-Thérèse pour y professer l’histoire naturelle.
Quelques années auparavant, il avait refusé la même chaire rendue vacante à l'Université de Padoue, par la mort de Vallisnieri fils, son compatriote (*) et son ami intime, qui l'avait lui-même engagé très vivement à suivre son penchant vers les sciences naturelles.
C’est à cette époque que Spallanzani donna toute la mesure de son génie. Pavie qui avait perdu une grande
(:} La famille Vallisnieri était originaire de Scandiano.
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partie de la réputation industrielle et surtout commerciale qu’elle avait détenue pendant des siècles, était encore, sans conteste, la première université de l'Italie et sa gloire scientifique. Des mathématiciens, des physiciens, des médecins de premier ordre y professaient et faisaient à la vieille cité lombarde une célébrité sans égale.
Spallanzani devait lui donner un lustre plus éclatant encore, et ajouter à son propre mérite d’avoir éclipsé ses devanciers en occupant la chaire d’une science qu’il avait cultivée sans maitre et n'ayant pour guide, que son génie et une impérieuse vocation.
Néanmoins, il lui fallait des modèles qui le dirigeassent dans la voie régulière de son enseignement. Son choix fut vite fait. Il trouva et suivit deux Français : Réaumur et Buffon, dont les noms étaient déjà universels dans le monde des sciences.
Spallanzani, outre ses fonctions de professeur d'histoire naturelle, était aussi Directeur du Muséum de Pavie et pourvu d’une allocation annuelle pour les achats qu'il jugeait nécessaires à l’enrichir. Il se rendit acquéreur de la belle collection de vers réunie par Goez, naturaliste hollandais, collection qui avait servi à ce dernier à publier un ouvrage précieux d’entomologie. Mais la plupart des objets qui constituent le musée de Pavie sont dûs aux voyages scientifiques faits par Spallanzani. Il les rapporta et les collectionna lui-même. Avant qu'il n’entrât en fonctions, le musée ne contenait que des débris sans valeur des trois règnes, exposés sans ordre et sans classification.
Pour enrichir le musée dont il avait la charge, il fit de nombreuses et intéressantes pérégrinations de 1779 à 1783. Il parcourut d’abord la Suisse, où il rencontra, à Genève, ses amis Bonnet, Trembley, Saussure et Senebier ; à Berne où il rendit visite à la veuve du célèbre Haller pour lequel il pro-