‹ Étude sur TurgotChapitre 2 sur 22 · DIDIER ET G", LIBRAIRES-ÉDITEURS · texte numérisé non relu

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CUAPITBE PREMIER

FkNILLE, EKFMCE. ÉTUDES DE TURBOT.

L'ancienneté de la race et, ce qui vaut mieux, la constance des bons exemples, la fidélité à la maxime que noblesse oblige, ne firent point défaut au grand homme dont nous allons esquisser le caractère et la vie.

Mais Anne-Robert-Jacques Turgot, baron de l'Aulne, né à Paris le 10 mal 1727, semble avoir été du nombre de ceux qui n'ont pas besoin d'ancôtres , parce qu'ils ont tout ce qu'il faut

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2 FAMILLE DE TURQOT

pour le devenir, en faisant tout d'abord des hommeernouveaux. Sa nature inteUectuelI© et morale était d'un fbnds si riche qu'elle avait peu d'éclat à recevoir d'une origine peut-être un peu légendaire, mais qui, comme toutes les légendes, suppose une certaine vérité que la tradition embellit de plus en plus dans son cours. Nous n'entendons point nier Wpendant , malgré le fmna cresciteuTido, que la famille Turgot, ori^naîra d'ËooMS, ne comptât déjà un prince danois dans son sein bien avant Tère chrétienne, moind encore qu'elle ait plus tard fourni des saints àVBgliw, et qu'elle soit devenue française à l'époque dfli ôroisades. Ce qu'il y a de certain cependant, c'est la noble conduite de Jacque» Turgot, comme président de la noblesie de Nop- . mandie, aux Etats géniaux de 1614 ; ce sont les sei'vices admitiUti'atifs de son flts, en qualité d'intendant des généralités de Metz et de Tours, et ceux de Michel-Etienne, petit-Gls de Jacques

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et pftre de notre Anne-Robert, dans les différents postes judiciaires et administratifs qu'il occupa suooessivemeni à Parie.

D'un caractère essentiellement réflécbi et méditatif, tout en dedans pour ainsi dire, il manquait de cette expansion, de cette gentillesse qui fait l'amabilité et la grâce des enfants. Et comme s'il avait eu conscience de ce défaut, il était dans la famille, timide, sauvage, gêné et maladroit. Sa mère qui ne le Jugeait que sur ces apparences , assez peu avantageuees, était si loin d'en être Ûère qu'elle le laissait volontiers dans l'ombre oit il se plaisait si fort. Et poui'tant 11 ne réussissait pas plus mal que les plus babilee de ses camarades du coU lége de Louis-le-Grand et du Plesais. Seulem^at il s'en distinguait généralement par une réserve qu'on ne pouvait encore appeler de k gravité, mais qui déjà commandait une sorte de i^jtect à un âge qui ne le connaît guère plus

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que la pitié. C'était bien moins encore de l'orgueil, quoi qu'en aient pu dire ceux qui ne devaient ou ne voulaient rien comprendre à cette âme élevée et comme faite pour les grandes pensées et les nobles actions. Dès son adolescence aussi , l'homme auquel on crut ensuite trouver de la dureté, parce que sa justice était inflexible , pratiquait envers des condisciples maltraités par la fortune cette assistance délicate, secrète, empressée, qui a l'air d'être obligée en obligeant, et qui double le prix du bienfait. A ces vertus de tempérament, de goût naturel, d'éducation si l'on veut, notre collégien joignait parfois la gatté franche, simple, naïvS de l'innocence et du jeune âge; nul plus que lui ne prenait alors plaisir à l'entrain d'une causerie pleine d'un honnête abandon ; un bon mot, une fine plaisanterie, une bêtise même, une folie le faisait rire aux éclats. L'étude et la réflexion devaient convertir en principes les goûts honnêtes

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et bienfaisants du jeune homme. L'amour inné delajustice, en prenant le caractère sacré du devoir le plus impérieux, devait même revêtir dans l'âme de Turgot les apparences d'une passion. Rien de plus naturel que le sage , en lutte avec l'improbité, rassemble pour ainsi dire toutes ses forceset mette au service du bien autant d'énei^ie que d'autres en peuvent déployer pour le mal. L'intelligence de Turgot était ouverte à tous les genres de savoir ; si son aptitude n'était pas universelle, au môme degré du moins pour toutes choses, ses préférences semblent avoir été peu marquées. Théologie, philosophie, sciences, lettres, arts, tout l'intéressait, tout lui plaisait. Il fallait cependant se décider pour une spécialité. Sa qualité de cadet de Normandie, ses goûts recueillis et modestes, son éloignement pour le monde, son peu d'aptitude h y faire une brillante (igure et un beau chemin, l'idée médiocrement avantageuse qu'avait de lui sa mère.

l'assurance presque certaine qu'il arriverait aux dignités ecclésiastiques, s'il en prenait la voie ; tout cela semblait en faire un séminariste prédestiné. Telles aussi furent les vues de sa famille. Tels cependant n'étaient point ses goûte. Maïs par esprit de déférence, et sans doute aussi pour acquérir un ordre deconnussances, qu'il ne pouvait dédaigner sans s'inquiéter si elles lui sq^ raient de quelque utilité dans l'avenir, il enb>a à Baint-Sulpioe, passa ensuite à la Sorbonne ott il prit des grades en théologie, et devint prieur de l'établissement. C'était une dignité annuelle, subordonnée à celle de proviseur. Le prieur de Sorbonne était le président de la Maison et de la Société.

Vint enfin le moment d'aller plus loin ou ijo suivre son Inclination. Il déclara donc à son pare, avec la plus respectueuse fermeté, qu'il ne se croyait point fait pour le ministère ecclésiastique. En Vain ses amis, qui devaient être plus

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tard des personnages dans TËglige, sans rompre tout à fait avec le monde, lui firent envisager Ifl brillant avenir qui lui était réservé dans une carriers ob sa naissance, ses moyeiA, ses goûta studieux, aea premiers pas le portaient sans efforts ; il Ibt inflexible. Tout en les rélioltant de pouvoir adopter pour leur propre compte la détermination qu'ils lui conseillaient , il leur fit nettement comprendre que les considérations qu'ils trouvaient décisives ne le touohaient point, et qu'il ne lui était même pas possible de les trouver toutes d'accord avec aa conscience.

Les six ans que Turgot passa au séminaire et h. la Sorfwnne, ne furent pas exclusivement coosacrés à l'étude de la théologie ; les lettres et iea seienoes eurent une grande part dans l'application de ees belles facultés. Non content d'admirer les travaux de l'esprit qui sont le plua bel ornement de la civilisation dans tous les temps, il avait la noble ambition d'en accroître

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le trésor. Dans son ardeur juvénile de vingtquatre ans à p«ine, il avait dressé la liste de cinquante-deuxouvragesà faire, dont quinzeont été entrepris, et quelques-uns achevés. Il mettait ses plans, ses idées, ses esquisses, le recueil de ses matériaux à la disposition de ses amis, et les encourageait à une œuvre qu'il trouvait assez utile et assez grande pour qu'elle dût être commune. Mais ses vastes conceptions étaient naturellement d'une exécution difficile : il fallaitpresque l'audacieuse témérité de la jeunesse et de l'inexpérienceréuniespourosery porter la main. A voir cependant les admirables esquisses qu'il spt faire à vingt et quelques années, on est obligé de reconnaître qu'il n'y avait là ni présomption ni témérité.mmsjuste confiance en un savoir déjà considérable, et en une puissance de génie et de travail d'une heureuse et certaine fécondité '.

I. Nous croyons devoir renvoyer, pour les détails, à notre ouvrage : Turgol, sa vie, etc., p. 1-tl.

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