CHAPITRE n
PREMIERS EiPLOlS.
Plus habitué au monologue de la pensée solitaire qu'à l'exposition et à l'échange des idées par la parole, Turgot ne parlait pas aussi bien qu'il pensait et écrivait, quoique son style n'ait guère d'autre mérite que celui de la correction, de la justesse et de la solidité, c'est-à-dire celui de la pensée môme , de la précision dans les idées, de la vérité dans le jugement, de l'étendue, de la hauteur et de l'enchaînement dans les aperçus ; il manque de l'éclat, de la vivacité, de la légèreté et du mouvement qui plaisent si fort à la plupart des esprits. Si Turgot avait une grande et
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belle imagination, il avait encore plus de cette haute raison qui fait le savant plutôt que l'artiste et l'écrivain. Son style n'en était que mieux approprié aux besoins et aux qualités marnes de sa pensée; et ce que certains critiques y reprennent 'Comme un défaut nous semblerait plutôt une qualité au moins relative. La parole en effet ne doit être que l'expression exacte et transparente de la pensée. Si donc la pensée est abstraite , complexe, à longuea et fortes combinaisons, pourquoi la parole auraitelle une autre forme? Mais cette forme, nous le reconnaissons, a quelque chose de sévère, de lourd et de lent que l'art et la passion peu* vent corriger, qu'ils corrigent même inévitablement dans les discussions toujours plus ou moins animées des affaires. Turgot le savait. Aussi, n'eût-il pas été f&ehé , afin de se trouver dans l'heureuse nécessité de donner à sa parole le mouvement , la rapidité et la vie qui
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lui manquaient , d'avoir une place d'avocat du roi au Châtelet. Ses vœux ne furent qu'à moitié satisfaits; au lieu de la chai^ qu'il ambitionnait surtout comme un moyen de perfectionnement, il obtint, en 1752, celle de substitut du procureur général.
Nommé conseiller au Parlement la même année, époque à laquelle cette compagnie prenait fait et cause pour les jansénistes contre les mollnistes, et où la cour et le gouvernement étaient tantôt pour les premiers, tantôt pour les seconds, avec ou contre le Parlement, contre l'archevôque de Paris ou avec lui, Tui^ot trouva Ih une excellente occasion d'examiner la question des rapporta de l'Eglise et de l'Etat. C'est le résultat de cet examen qu'il donna plus tard dans des Lettres à un vicaire général sur la tolérance et dans le Conciliateur. Nous en parlerons ailleurs. Nous dirons seulement ici qu'il refuse à l'Eglise le droit de recourir à la
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