‹ Étude sur TurgotChapitre 6 sur 22 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

IIIT£IIDAIICE DU UHDUSIH.

L'intendance du Limousin devint pour Turgot . l'occasion de se montrer comme administrateur; elle lui fut comme un terrain d'application pour une multitude d'idées, de vues et de sentiments de l'ordre pratique le plus élevé. Ce théâtre convenait admirablement à sa généreuse ambition, à son ardent amour du bien.

Pendant les treize ans que dura son administration du Limousin, il trouva le moyen de remédier à un grand nombre de maux et d'introduire diverses améliorations dans cette province. Ce ne fut pas toujours, ce fut mâmë rarement sans beaucoup de peines, tant le bien

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lu TURQOT INTBNOANT DU LIMOUSIN

est difficile à faire! L'égoïsme des uns, l'ignorance des autres, la routine ou les préjugés e^ ronés de ceux-ci, l'inertie de ceux-là, sont autant d'obstacles pour l'homme public, qui ne peut tout faire à lui seul. 11 faut voir le nouvel intendant aux prises avec toutes ces difCcultés.

Des manufacturiers de la généralité de Limoges avaient écrit h M. Trudaine, intendant général des finances, pour lui demander, à titre d'encouragements et de récompenses, la prorogation de privilèges exclusifs , des exemptions de charges publiques, et même des lettres de noblesse. Turgot, consulté sur ce point, agrandit la question, l'envisage d'une manière générale, suivant son habitude, et afin d'y voir plus clair, puisque alors on remonte aux principes. 11 trouve que la demande en question a pour objet le maintien , l'extension même d'un privilège, et qu'elle ne mérite qu'une médiocre attention. Il y avait des usages éta-

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blis, usages abusifs sans doute, mais qui tenaient à. un état général de choses qui ne pouvait être détruit , avec lequel il fallait par conséquent composer, bien sûr encore que cette faveur ne passerait aux yeux des intéressés que pour une demi-justice. De là des mécontentements.

Dans le cours de cette correspondance, on trouve le système du libre échange établi doctrinalement par de fort bonnes raisons. Avec ces principes de liberté commerciale , Turgot ne pouvait qu'être favorable à la ville de Rochefort, qui demandait la faculté de se mettre en rapport direct d'intérêts avec les colonies, contrairement au privilège dont jouissait la ville de la Rochelle. Mais les Rocheltais ne pouvaient guère partager cette manière de voir, puisqu'elle leur faisait perdre un avantage considérable. On est peu disposé, quand on perd, à se demander si le gain était légitime ou non.

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L'intendant du Limousin n'avait pae seulement à vaincra des difQcultéB locales, il fallait aussi venir à bout des résistances qui se rencontraient en haut lieu. Il fallait, par exemple, s'il voulait obtenir un allégement d'impôts pour sa province, qu'il établit, h force de documente statistiques, qu'elle était chaînée au-delà de ses forcée, et, s'il était possible, que d'autres provinces plus riches étaient moins imposées. De là un travail de comparaison qui aurait exigé, — pour être complet et pour fournir au ministre des finances un moyen de répartir équltablement l'impôt dans toute la France, — une statiitique générale très-bien faite, et qui aurait chaque année suivi le mouvement de la rl- -ehease du pays tout entier. Il pouvait désirar vivement qu'un pareil travail fût exôcutô, et même le conseiller , mais il n'était point placé de maniera à le commander. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était de mettre tous ses

soins à ce que la part des charges publiques afférente au Limousin fût équitablement répartie. Or, il y avait à cet égard des inégalités choquantes, des privilèges injustes, et souvent un arbitraire qui trouvait sa raison dans l'ignorance ou l'incertitude des données les plu» in- . dispensables h une bonne répartition des impôts : les terres n'étaient pas arpentées ou l'étaient mal. C'était là une première opération à faire.

Il fallait aussi s'entendre avec les curés et les seigneurs pour avoir d'autres documents nécessaires h une bonne administration, pour aviser au choix des agents les plus propres h la secon. der, pour s'ingénier sur les meilleurs moyens de relever les courages et de ftire sortir le travail d'une routine fâcheuse ou dommageable.

Les soins qu'il apportait à l'amélioration de l'agriculture ne l'empêchaient point de favoriser le développement de l'industrie : il proposait ,

discutait, encourageait les expériences et fournissait les fonds nécessaires h. la construction des machines.

Il avmt tellement pris à cœur l'ainélioration du Limousin, qu'il refusa les intendances beaucoup plus avantageuses de Rouen, de Lyon et de Bordeaux, aGn de pouvoir achever le bien qu'il avait commeDcé. Il savait que nul autre, fût-il animé des meilleurs sentiments, ne pourrait aussi promptement, aussi sûrement, mener à bonne an une entreprise qui lui avait jusquelà coûté tant de peine et qui n'en était encore, en beaucoup de choses, qu'aux préliminaires. II abolit les corvées pour les routes, pour les transports militaires et les casernements. Il fit construire ceat soixante lieues de routes nouvelles et réparer les anciennes. L'impôt du sang, le plus lourd de tous, et qui ne se percevait avant Turgot que par la force, impôt qui était d'ailleurs si imparfaitement réparti entre les com-

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munes , que la levée devenait une occasion continuelle d'hostilités sanglantes entre les villages ; cet impôt, Turgot sut le répartir d'une manière plus équitable dans la province, et calmer les extrêmes répugnances des populations h le payer, en persuadant au ministre de la guerre de laisser dormir les ordonnances contraires au remplacement, et en éclairant les populations sur la nature, la justice et la nécessité de ce service public.

Grâce à sa générosité, à son activité ingénieuse, à des mesures sagement calculées, de grands adoucissements furent apportés, dans la généralité de Limoges, aux cruelles souffrances que fit éprouver la disette de 1770-1772 >. La libre circulation des grains, l'organisation de secours publics, de bureaux de charité, des travaux à exécuter pour les nécessiteux valides,

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