MARCHE, DURÉE, TERMINAISON
Quelle qu'en soit la forme, diffuse ou localisée, la marche de la maladie est progressive et fatale, Si parfois, à la suite d’ur régime sévère on croit à une amélioration, celle-ci n’est le plus souvent qu’une rémission de la maladie qui, tôt ou tard, aboutira à la mort par cachexie ou inanition. Quant à Ja durée de la maladie, rien de plus variable. Dans notre cas, la durée fut extrêmement courte, la maladie n'ayant guère duré que 5 mois après l'apparition des premiers symptômes digestifs, mais d'habitude il en est tout autrement et c’est par années que l’on compte. De plus, il est bon de faire remarquer l’impossibilité absolue de préciser le début exact, des troubles gastriques existant souvent de longue date et pouvant remonter à plus de dix ans. On conçoit facilement, qu’en ce long espace de temps, un malade affaibli soit en bute à de nombreuses complications qui viennent hâter l’évolution. I’une des vlus fréquentes, presque <onstante, est la péritonite chronique. Parfoïs elle est limitée à la région stomacale postérieure, sous forme de retro péritonite
calleuse, d’autres fois elle est généralisée.
er ie
Une ascite peu abondante l'accompagne fréquemment, ainsi que de l’œdème des membres inférieurs et une cachexie plus rapide.
Le développement de la gangue fibreuse qui naît autour de l’estomac, peut gagner le foie, les voies biliaires, l’intestin. De là découlent tantôt une véritable sclérose du foie, tantôt un ictère continu, prôgressif, pouvant se terminer par le syndrôme de l’ictère grave, tantôt enfin de l’occlusion intestinale. Enfin, dans nombre d'observations, on trouve relatés en cœæxistence avec la linite, des cancers viscéraux divers.
C’est ainsi que des généralisations ganglionnaires, des localisations hépatiques, cardiaques, pulmonaires, ovariennes, des noyaux vertébraux, mésentériques, intestinaux, ont été notés et cette cœxistence d’un cancer viscéral avec la linite vient encore appuyer notre opinion: la linite est une affection cancéreuse. Aussi ne pouvons-nous pas souscrire à l’opinion de MM. Jonesco et Grossmann qui considèrent l’affection comme bénigne et pensons-nous que le pronostic est toujours
très sombre du fait de la nature même de la lésion.
DIAGNOSTIC à E
Comment s'étonner que devant la variation des divers symptômes, devant la marche si différente que peut affecter la linite, on n’ait pas encore, jamais du vivant du malade, posé le diagnostic exact.
Les troubles gastriques vagues du début, l’inappétence, les douleurs font penser à une gastrique chronique, diagnostic bien difficile à écarter si l’on se trouve en face d’un malade alcoolique. Les vomissements précoces suivant l'ingestion alimentaire peuvent amener à penser à une sténose œsophagienne, quelle qu’en soit la cause d’ailleurs. Seul l’examen par la sonde pourra révéler l'intégrité du conduit alimentaire. Le diagnostic de sténose pylorique s'impose souvent quand se montrent des vomissements peu fréquents, mais abondants, accompagnant une dilatation stomacale plus ou moins prononcée. Mais la nature de la sténose reste en général ignorée et seuls la marche progressive de l’affection et l’âge du malade forcent à penser au cancer pylorique, diagnostic inévitable sil y a cœxistence d’une tumeur.
I] est à remarquer du reste que c’est presque tou-
jours le diagnostic de cancer qui fut porté dans les cas de linite plastique et il ne fut écarté, le plus souvent, que par suite de la longue durée d’une affection ne s'accompagnant jamais, pourrait-on dire, d’hématémèse ou de mœælena. ,
Chez certains malades, on a pensé à la tuberculose péritonéale, en constatant un épanchement ascitique de médiocre abondance, l’existence souvent très nette de la corde épiploïque, des signes d’obstruction intestinale, le tout survenant chez un malade en état de dénutition très marqué.
D'autres fois, c’est à la cirrhose hépatique que lon pense, devant un malade alcoolique présentant de l’ascite et des troubles digestifs. Et c’est encore à une lésion hépatique que l’on pensera en présence d’un ictère continu et progressif.
On le voit, tout est obscurité et cause d’erreur dans l’étude clinique de la linite et les seuls signes qui pourraient permettre de hasarder ce diagnostic seraient chez un malade présentant des vomissements précoces rappelant les régurgitations, la perméabilité de l’œsophage à la sonde et l’incapacité absolue de distendre l'estomac par l’insuiflation.