‹ Étude sur un cas de linite plastiqueChapitre 14 sur 17 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Jusqu'ici, c'est seulement sur l'aspect macroscopique de la lésion que l’on s’est basé pour dire que l’on était eu présence d’une linite plastique. Mais il semble que l'on doive maintenant décrire sous ce nom une forme bien particulière de cancer et les cas qui ont jusqu'ici été donnés comme des exemples de linite plastique purement inflammatoire semblent devoir être tous sujets à caution; les caractères donnés comme distinctifs se retrouvant dans les limites franchement cancéreuses.

Dans un mémoire récent, M. Curtis, se basant sur une observation type de linite plastique et sur quelques autres données comme des exemples d’inflammation pure, donnait comme caractère de la linite inflammatoire :

15 L'état de la muqueuse gastrique dense, lisse, décolorée, manifestement indurée;

2° L'absence bien spécifiée de tout processus Me TEUX ;

3° La disposition de la lésion entourant le pylore et

spre

s'étendant le long de la petite courbure avec épaississement maxinium à ce niveau; .

4° L'examen histologique des lésions. Remaniement des glandes gastriques, désorientation, compression de ces organes emprisonnés dans les mailles d’un tissu de sclérose; - SE

5° La conservation complète de la muscularis mu- COS®.

6° L'absence d’endartérite, si fréquente dans les cas de cancer.

Si maintenant, nous reprenons d’après notre. observation et d’après celles qui étaient des cas de cancer manifeste, l’étude des lésions, nous verrons ce que nous devons penser de ces caractères.

Tout d’abord, l’examen macroscopique des pièces nous montre nos deux formes, l’une localisée, l’autre généralisée.

Dans la forme localisée, c’est en des points très variables que nous trouvons sur l’estomac des plaques indurées ou de véritables anneaux enserrant l’organe. Leur localisation la plus fréquente est au pylore qui par suite est rétréci. S

Notons, comme autres localisations, les cas de Viti, où la lésion siégeait à la grosse tubérosité et celle de Schacher, où elle finissait avant d’atteindre le pylore.

Une coupe de la lésion nous montre l’hypertrophie régulière des parois et aussi que cette hypertrophie va s'atténuant progressivement sans que l’on puisse voir

un liseré, un rebord saïllant limitant la lésion. C’est

dans ces formes que ce caractère donné-comme distinctif de l’inflammation simple, est le plus net. Nous ne pouvons donc l’accepter, le cas de M. Schacher étant du cancer manifeste,

La forme généralisée va nous permettre de juger les autres caractères distinctifs.

Nous l’étudierons surtout d'après notre cas personnel et aussi d’après celui de M. Curtis: qui, donné d'abord comme type de linite inflammatoire, fut reconnu par son auteur comme étant cancéreux.

L’estomac recouvert de péritoine plus ou moins dépoli se présente petit, rétracté, de couleur blanchâtre, laiteux, rappelant, dit M. Curtis, les plaques anciennes de péricardite.

Sous le doigt il est dur, comme cartilagineux, ne se laissant ni déformer ni déprimer. Incisé, il crie sous le scalpel. Ses parois sont manifestement épaissies et quand l'estomac est ouvert, on voit que sa capacité est considérablement réduite. L’épaississement des paroïs prédomine en général au pylore et le long de la petite courbure; ce caractère, donné encore comme distinctif de la linite inflammatoire, tombe de lui-même. Le cas de M. Curtis était particulièrement net à ce sujet.

Avant d’inciser l'estomac, il a souvent fallu le détacher d’une véritable gangue fibreuse, l’englobant en entier parfois, mais prédominant surtout à la partie postérieure de l'organe. C’est ce qui constituait la retro-péritonite calleuse de Hanot et Gombault, retropéritonite qui montre bien la tendance de la néoplasie

à diffuser hors de l’estomac et à se propager par continuité, avant de se vénér aliser. I’estomac ouvert, voici ce que nous pouvons constater et ici, nous citerons l’observation de M. Curtis, la nôtre pouvant, sur un point, prêter à la critique. «€ Toute la surface de, la muqueuse est bl: anche, d'aspect lisse, à peine veloutée du côté de la grande courbure. Aucune pétéchie, ni érosion super-

ficielle, pas trace d’ulcération ou de cicatrice ancien-

ne » et il résume ainsi l'aspect de la muqueuse (gros

plis rigides compliqués de capitonnage à gauche, état capitonné seul dans la moitié droite ».

On voit donc que, par cette seule description disparaît le premier des caractères donnés comme distinetifs, basé sur l’état de la muqueuse.

Quant à l’absence de tout processus ulcéreux, il

nous faut rappeler que dans notre observation, on note

une ulcération de la muqueuse, ulcération ne présen-

tant, du reste, aucun des caractères des ulcérations

cancéreuses. Il est, du reste, à mentionner que M. Ho-

che à attiré l'attention sur les rapports de la linite plastique avec les processus ulcéreux, mais que l’ulcération est loin d’être la règle, même dans les cas où lon trouve nettement du cancer; aussi, par suite de son inconstance, on ne peut se baser sur cette lésion en faveur du cancer ou de l’inflanmmation simple.

L'examen à l'œil nu de la tranche de section des tuniques stomacales nous montre que toutes les tuniques participent à l'hypertrophie de l'organe, mais

que ce sont surtout la sous-muqueuse blanc nacré, d’as-

pect fibreux, et la musculeuse qui sont les facteurs de cette hypertrophie.

La sous-séreuse et le péritoine sont également lésés, mais de façon plus inconstante.

C’est ici, avant d'étudier les lésions histologiques,

que nous devons examiner les lésions des autres nes.

Orga-

La retro-péritonite, déjà mentionnée, existe une fois sur trois.

Le grand épiploon est parfois rétracté en bride.

L’intestin peut être parsemé de petits nodules blanchâtres inclus dans le péritoine. Le mésentere peut présenter les mêmes noyaux. Il existe toujours, dans ces Cas, une ascite plus ou moins abondante. Ces nodules qui existaient dans le cas de M. Curtis où ils arrivaient même à confluer, enserrant l'intestin, sont cer- . tainement des nodules de généralisation cancéreuse, ayant envahi et s'étant propagé par les voies lymphatiques. Il est, du reste, assez fréquent de trouver mentionnées dans les observations diverses des dégénérescences épithéliales d’autres organes coïncidant avec une linite plastique. C’est ainsi que le foie, le pancréas, la colonne vertébrale, les ovaires, le sein, .ont été notés comme présentant des noyaux épithéliaux.

En résumé, ce que nous montre l’examen macroscopique de la linite plastique, c'est la tendance du néoplasme à envahir en surface, sans tendance à l’ulcération ni au ‘bourgeonnement et aussi la fréquence de la propagation et de Ja généralisation.

Er ee

Si nous étudions maintenant les lésions histologiques de la linite, nous voyons:

Tout d’abord qu’il est très facile dans tous les cas de reconnaître les diverses tuniques de l'estomac. La muqueuse hypertrophiée est souvent difficile à examiner dans sa couche superficielle. La couche glandulaire a perdu son aspect normal. Les glandes sont écrasées, aplaties; leur lumière est comblée par des cellules desquanées, déformées, globuleuses à noyau irrégulier, souvent en voie de division. Elles sont, de plus, désorientées. ( Aucun orifice n’est coupé en long, ce sont toutes des coupes obliques ou transversales », dit M. Curtis. Erpfin, elles sont enserrées dans un tissu fibreux. Ces caractères qui existent dans l’observation de MM. Hanot et Gombault comme caractérisant la gastrite interstitielle chronique, ne peuvent donc non plus

être pris en considération.

Au-dessous de la muqueuse sa musculaire s'étale continue, régulière. Bien développée, elle est souvent même hypertrophiée. Ce fait de la conservation de la

muscularis mucos®æ est un des gros arguments contre

le cancer, celui-ci, on le sait, disloquant rapidement

cette couche. Mais nous ferons remarquer que dans notre cas et dans celui de M. Curtis, cette couche était

intacte quoique malade; de plus, dans une observation

donnée comme type inflammatoire, celle de MM. Jo-

nesco et Grossmann, on note la disparition de la mus-

culaire muqueuse. Ce fait de la conservation de la mus-

culaire muqueuse ne peut donc être pris en considéra-

tion en faveur de linflammation.

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