OBSERVATION CLINIQUE
De même que la plupart de celles qui furent publiées, notre observation clinique est très brève; ce n'est que tardivement que notre malade présenta des troubles gastriques et le diagnostic de la maladie ne fut point porté.
Notre malàde était un homme de 82 ans. Toujours bien portant, il entre à l’hôpitai en 1905 pour un érysipèle de la face. Guéri, il fut envoyé à Brévannes en raison de son grand âge et d’un peu d’emphysème pulmonaire.
Deux ans et demi après son entrée, il fit une pleurésie avec épanchement du côté droit. Une ponction pratiquée donna issue à un litre de sérosité environ.
A cette même époque, on constate à l'examen du malade un peu de sensibilité à la palpation du foie et de la vésicule biliaire.
Le liquide pleural s'étant rapidement reproduit, on fit une nouvelle ponction qui, cette fois, évacua 1.800 grammes de liquide.
C’est alors que progressivement le malade s’affaiblit.
‘En même temps sa déglutition devenait gênée. Après
avoir pris des aliments, il était fréquemment pris de nausées et avait des tendances à la régurgitation.
Bientôt il y eut impossibilité d’avaler les aliments .Solides. Puis bientôt les purées, les liquides mêmes sont rapidement moins bien tolérés, puis rejetés.
Pour avaler un verre de lait, le malade prenait de très petites gorgées et cependant était obligé à de violents efforts de déglutition. Enfin après quelques secondes, il en rejetait toujours une certaine partie.
En présence de ces symptômes, l’examen de la région stomacale ne décélant ni douleur, ni tumeur, on porta le diagnostic de cancer œsophagien.
À Ja fin du mois d'août, toute alimentation était devenne totalement impossible et l’on dut, pour soutenir le malade qui s’affaiblissait de jour en jour, recourir aux lavements alimentaires. D'abord bien tolérés, ceux-ci provoquèrent, au bout d’une quinzaine de jours, une diarrhée profuse et le malade mourut le 10 septembre, n'ayant point présenté d’autres phénomè-
nes qu’une dénutrition générale progressive.
La durée totale de la maladie depuis lapparition
des premiers signes de pleurésie fut exactement de six
mois.
Autopsis — A l'ouverture du cadavre, ce qui frappe tout d'abord, c’est du côté de la plèvre droite l’existence d’un liquide hémorragique peu abondant avec symphyse presque totale des deux plèvres épaissies et très dures.
L’examen méthodique des organes, pratiqué après éviscération totale, montre ce qui suit:
Tout d’abord l'examen de la face postérieure fait constater l'intégrité absolue des azygos, des veines iliaques et cave inférieure.
Le canal thoracique est bifide à sa partie inférieure ; il est assez développé, mais ne présente dans tout son trajet aucun point cancéreux.
L’aorte abdominale est incluse au milieu de gros ganglions. Ouverte, elle présente des plaques d’athérome très développées. Les artères iliaques primitives sont très dilatées. |
Les capsules surrénales, saines à la coupe, sont contiguës à une masse cellulo-adipeuse sclérosée,
L'uretère droit est normal, le gauche également, mais présente des varices le long de son trajet.
Les reins sont globuleux, un peu pâles sans atrophie, le gauche un peu gros.
L'œæsophage, sain dans toute son étendue, présente à sa partie inférieure une hypertrophie marquée de sa musculeuse.
Le hile pulmonaire est rempli de ganglions gros, fermes, ne semblant point cancéreux.
La trachée et les bronches sont indemnes de toute
lésion.
Par la face antérieure, l’examen va nous montrer
des lésions beaucoup plus intéressantes. à L'ouverture du péricarde montre une symphyse car-
diaque totale assez lâche.
Le cœur pèse 430 grammes. Son ventricule gauche est dilaté, la paroi diminuée de volume. L’orifice aortique est normal, l’orifice mitral présente des valvules un peu boursouflées.
Rien d’anormal au ventricule droit.
Le poumon gauche ne présente pas de lésions de tuberculose ; il est emphysémateux; sa base est conges-
‘tionnée, il présente même un peu d'hépatisation, sur: tout au niveau de là pointe. Pas de cancer.
Le poumon droit montre un épaississement très marqué de la plèvre surtout pariétale. A la coupe de celleci on aperçoit sur la tranche de section des nodosités blanchâtres siégeant surtout au niveau des espaces
intercostaux. La plèvre viscérale est un peu épaissie.
Le poumon indemne présente de l’emphysème et de la
congestion de la base.
Dans l’abdomen nous trouvons un foie petit en voie de décomposition. Il présente dans sa capsule un petit noyau blanchâtre d'aspect cancéreux. Les voies biliaires perméables sont entourées de nombreux ganglions.
Mais c’est surtout au niveau de l’estomac que nou trouvons des Jésions prédominantes.
L'organe est très réduit de volume. Sur toute sa surface il présente des phénomènes de péritonite chronique avec un épaississement très marqué du péritoine. De plus, il adhère fortement par l’intermédiaire’ du grand épiploon épaissi et rétracté au colon transverse.
Dans la région pylorique on trouve à sa face posté-
EXT Ke
rieure une grosse adhérence avec les tissus environnants. Ceux enfermés dans la petite courbure et ‘en particulier ceux situés au voisinage du-cardia forment une masse indurée, La région pancréatique entière est également indurée.
Une coupe à ce niveau montre que l'induration est due à des phénomènes d'inflammation chronique ‘du tissu cellulo-adipeux.
Dans cette gangue sclérosée on rencontre de plus quelques ganglions d'aspect franchement néoplasique. Enserré au milieu de tous ces tissus sclérosés, l’estomac de couleur blanc nacré apparaît fortement réduit de volume. Du grand cul-de-sac au pylore il mesure 17 centimètres; de la petite à la grande courbure sa largeur maximum est de 5 centimètres et demi.
Le péritoine, de sa surface, est blanc, légèrement grenu avee des stries et des plis. De plus, çà et là, se remarquent de fines dilatations vasculaires.
Le pylore est perméable mais extrêmement rétréci. A l'ouverture de l’estomac on constate que toutes ses parois sont uniformément épaissies,.
On ne remarque aucune ulcération sur toute la surface de la muqueuse, mais partout une hypertrophie très marquée et à peu près régulière des parois stomacales. L’épaisseur moyenne de ces parois est environ de 12 millimètres. : -
Cette hypertrophie débute immédiatement au-dessus du rebord pylorique, semble acquérir son maximum
à la partie moyenne de l’estomac pour diminuer légè-
rement au niveau de la grosse tubérosite. Mais cette hypertrophie si manifeste ne porte pas également sur les diverses ecuches de la paroi, ce dont on peut facilement se rendre compte par l'examen à l'œil nu de la tranche de section.
La muqueuse est épaissie, formant de gros plis dans toute son étendue, Au niveau de la petite courbure on constate une région d'aspect légèrement bleuté, très nettement limitée, donnant l’aspect d’un ulcère simple ou rappelant là cicatrice d’un ancien ulcère, ‘et: à ce niveau la muqueuse n’est ni épaissie ni boursouflée. La perte de substance est très superficielle, semblant n’intéresser que la muqueuse. Mais deux tuniques de l’estomac surtout sont fortement hypertrophiées: la sous-muqueuse qui, très facile à distinguer à l'œil nu, présente une coloration blanchâtre et un aspect manifestement fibreux, et la musculeüse dont il est facile de distinguer les deux couches. Sur la coupe, le tissu apparaît clair, translucide, un peu bleuté,.
Enfin, il faut noter au niveau du cardia les derniers plis longitudinaux de l’œsophage qui se renflent en massue, l’un d’eux formant même comme une véritable luette vésicale.
Le tissu induré de la petite courbure se continue nettement avec la paroi stomacale. c
Notre estomac répondait donc bien, au point de vué macroscopique, au type décrit par Brinton, sous le nom dé linite plastique. Fee
En effet, il est blanchâtre, opaque, très diminué de