INTRODUCTION
Les travaux nombreux et approfondis dont les maladies de la peau ont été l’objet, depuis un demi-siècle surtout, ont en grande partie dissipé l'obscurité qui les enveloppait. La plupart d’entre elles ont été parfaitement définies dans leurs symptômes, rapportées à leurs vraies causes, et déterminées dans leur nature. Les unes soni restées des affections accidentelles, purement locales, constituant par elles-mêmes toute la maladie ; les autres ont été rattachées à des maladies générales, constitutionnelles ou diathésiques , dont elles ne sont que les manifestations cutanées. Mais il reste un certain nombre de ces affections, dont la description plus ou moins complète se trouve disséminée dans les traités spéciaux, mais dont la nature est inconnue, et l'étude encore à faire. Lors donc qu'elles se présentent à l’observation du médecin,
c'est un devoir pour lui de se livrer à leur étude, et de ne rien négliger pour s’éclairer sur leurs caractères, et leur assigner une place dans le cadre de la pathologie. | :
Nous avons été assez heureux pour rencontrer, pendant notre internat à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de notre excellent maître M. le D' Hillairet, un de ces cas rares et curieux, et c’est à son occasion que nous avons entrepris ce travail. La femme dont nous publions l'observation longuement détaillée, était atteinte d’une affection tuberculeuse généralisée de la peau, d’une apparence toute spéciale, et qui fut rapportée à la maladie décrite par Alibert, et après lui par M. Bazin, sous le nom de Mycosis fongoide.
Historique. — Notre exposé historique et bibliographique sera court, les matériaux relatifs à l’histoire de cette maladie étant fort peu abondants. Alibert (1) rangea à la suite de ses Dermatoses véroleuses un groupe d’affections cutanées tuberculeuses, ayant pour caractère commun de produire des excroissances fongueuses suivies d’ulcérations; ce groupe mal défini renferme trois espèces : 1° Mycosis frambesioïdes, 2° M. Fongoïdes, 3 M. Syphiloides. Nous verrons, en discutant l'opinion d’Alibert,quesi deux de ces espèces peuvent être rattachées à la syphilis, Le mycosis fongoïde doit en être séparé; nous rechercherons également si l’on doit en reconnaître la description dans le mal d’Amboynede Bontius, cité par Alibert. M. Bazin,
(1) Monographie des dermatoses, t. I, p. 413; Paris, 1832.
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qui avait pu observer un certain nombre de cas analogues à celui d'Albert, décrivit plus complétement le mycosis fongoïde; mais n’en ayant pas reconnu la nature, il ne sut où le classer, et créa une diathèse fongoïdique, dans laquelle il le fit rentrer (1). Plus tard, en ayant vu de nouveaux exemples, il chercha à les rapprocher de la lèpre, et proposa même le nom de lèpre indigène. Cette opinion fut défendue par un de ses élèves distingués, M. Guérard, dans une brochure sur le mycosis fongoïde généralisé (2), dont il publia deux observations. On trouve cà et là dans les autres traités de dermatologie l’indication de certaines ma-ladies tuberculeuses de la peau, qui n’ont point été suffisamment étudiées, et qu'il convient vraisemblablement de rapporter au mycosis. Biett et ses élèves (3), Gibert (4), Rayer (5), Devergie (6), ont parlé du mycosis fongoïde d’Alibert, et en ont fait une variété de molluscum, réunissant, avec Battemann, sous cette dernière dénomination des productions tuberculeuses de la peau, de nature très-différente et d’origine trèsobscure, du propre aveu de ces auteurs. Dans son
(4) Bazin, Leçons théor. et clin. sur les affections cutanées artificielles, p. 372; Paris, 1862.
(2) Guérard, Du Mycosis fongoide généralisé, des rapports qu'offre cette affection avec l'éléphantiasis des Grecs; Paris, 1863. Broch. in-8°, 24 p. Ù
(3) A. Cazenave et Schedel, Abrégé prat. des malad. de la peau, d’après les leçons de Biett, p. 385; Paris, 1838.
(4) Traité prat. des malad. de la peau et de la syph., 3° édit., t. 1, p. 551; 160,
(3) Traité théor. et prat. des malad. de ja peau, 2° édit, €. 1;
(6) Traité prat. des malad. de la peau, 2° édit., 1857, p. 792.