‹ Étude Sur Une Affection De La Peau Mycosis FongoïdeChapitre 12 sur 22 · VE · texte numérisé non relu

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trophique généralisé, publié par MM. Martin et Lutz (1), et dans lequel les tubercules acnéiques avaient déformé la face au point qu’on fut tenté de prendre la maladie pour une espèce de lèpre : c'est le mo/luscum athéromateux (Battmann, Lebert). L'orifice glandulaire dilaté existänt au sommet des tumeurs, la sécrétion huileuse spéciale qui en sort, la coexistence de boutons d’'acné à différents degrés ne permet pas le doute sur la nature de l'affection. Il en sera de même pour les acnés varioliformes, ou autres, dégénérés en tumeurs fongueuses, comme nous en avons vu nous-même un exemple à l'hôpital Saint-Louis.

L'éléphantiasis des Arabes, autrefois mal distingué de l’éléphantiasis des Grecs (vraie lèpre), est aujourd'hui parfaitement étudié. Il consiste en une hypertrophie générale du système cutané de différentes régions du corps, surtout des membres inférieurs et du serotum, au point de faire acquérir à ces organes des dimensions extraordinaires : c’est la pachydermee ou fibrome éléphantiasique (Virchow) (2). Fréquent dans les pays chauds, où il est endémique (Égypte, Nubie, côte de Malabar,ete.), il est rarement observé dans les pays tempérés. Nous n’en aurions point parlé si son début n’offrait pas quelques points de rassemblance avec celui du mycosis. L’éléphantasis des Arabes débute souvent par deséruptions cutanées, érysipèle, eczémas, varices, etc., à la suite desquelles le membre s’hyper-

(1) Martin (de Roquebrune), Bullet. des travaux de la Société impér., de Marseille, n° 21, janvier 1859. — Lutz, Thèse de Paris, 1859. — Bazin, Traité de la scrofule, 2° édit, 1861, p. 530.

(2) Pathologie des tumeurs, t, I, p. 293 et seq.

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trophie par poussées successives, avec des périodes de rémission. En même temps, le système lymphatique est atteint, et les ganglions correspondants se développent {4). Mais la marche ultérieure, l’hypertroplhie générale de tous les éléments de la peau, l'absence de tumeurs spéciales, etc., ne permettent pas de méconnaître longtemps la nature de la maladie.

A côté de la pachydermie, nous devrions nous oceuper d’une affection cutanée intéressante à cause de la discussion qu’elle a soulevée; nous voulons parler du lichen hypertrophique (Hardy), qui, pour M. le professeur Hardy, ne serait autre chose que le mycosis fongoïde d’Alibert et de M. Bazin. Cette opinion soulève un point de doctrine que nous discuterons plus loin à propos de la nature du mycoyis : nous renvoyons donc au chapitre suivant pour compléter ce diagnostic.

Les affections mycositiques peuvent offrir, dans leur aspect, quelque ressemblance avec plusieurs accidents syphilitiques. À ne considérer que la forme, la coloration de quelques plaques lichénoïdes, peu étendues, nummulaires ou en demi-cercle, on leur trouve de l'analogie avec certaines syphilides papulo-squameuses. On voit de même des tubercules fongoïdes, d’un petit volume et d’une teinte foncée, qui rappelent certaines syphilides tuberculeuses. Pour les premières l'absence de collerette épidermique, l'existence du prurit, la sécheresse, l'abondance, l’adhérence des squames, l’état rugueux de la surface, etc.; pour les seconds, l'absence de coloration vraiment cuivrée,

(4) Bazin, Leçons sur les affect. cutan, arüific., p, 45 et seq.

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leur disposition, leur évolution, ete., ne permettent guère la confusion. Maisles ulcérations mycositiques el d'un petit diamètre ont une grande ressemblance avec les ulcérations qui succèdent aux syphilides tubereuleuses (syphilides ulcéreuses de M. Hardy; syphilides tuberculo-ulcéreuses et gommes de la peau de M. Bazin). Elles en ont la forme arrondie, les bords nets et taillés à pic, peu ou pas décollés, le fond sanieux, etc. À la vue d’une de ces ulcérations isolées, l'erreur serait possible. Cependant l'absence de groupement circiné, la fétidité toute particulière du pus, la différénce d'aspect des croûtes qui se forment, l'absence d’auréole cuivrée, ele., feront reconnaître les ulcères du mycosis. Hâtons-nous de répéter, du reste, que l’ensemble de la maladie ne permet pas l'hésitation, et que le diagnostic est rendu très-facile par les renseignements que fournit le malade, par l'absence d’antécédents syphilitiques, par les éruptions antérieures ou Concomilantes, par les tumeurs spéciales et caractéristiques, qui existent toujours en même temps que les ulcérations, etc., etc. (1). |

Les considérations diagnostiques précédentes peuvent également s'appliquer aux tumeurs et aux ulcérations de nature scrofuleuse, qui d’ailleurs nous paraissent bien moins susceptibles que les accidents syphilitiques d’être confondues avec les tubercules et les ulcérations du mycosis. L'augmentation de volume des ganglions ne saurait davantage être invoquée pour faire rattacher. le mycosis à la scrofule.

(4; CF. Bazin, Leçous théor. et prat. sur la syph., 2° édit, 1866, p: 339 et 358.

Outre que les tumeurs g'anglionnaires de la scrofule appartiennent à peu près exclusivement au jeune âge, la structure différente des altérations qui les constituent repousse toute analogie. Au lieu de l’hypergénèse du tissu adénoïde comme dans le mycosis, c’est une matière caséeuse, tuberculeuse, qui envahit le ganglion strumeux : aussi le voit-on très-disposé à s’enflammer, se ramollir, et suppurer, au contraire de ce qui arrive dans le mycosis.

Ce dernier peut encore être pris pour une affection cancéreuse de la peau : cette opinion s'impose d’autant plus facilement à l'esprit qu’on est à une époque plus avancée de la maladie, que les ulcérations sont plus étendues et plus profondes, les ganglions plus volumineux, l’état général plus mauvais. Enfin les difficultés augmentent, si l’on rencontre une indura- {ion, une déformation du sein, avec des nodosités, des ulcères à sa surface, comme chez la femme Battet (obs. 1). Aussi la plupart des médecins, qui virent cette malade, crurent à un cancer du sein; et, partant de cette idée, quelques-uns même portèrent le diagnostic de cancer généralisé de la peau. Mais le mycosis fongoïde diffère, au point de vue clinique, des affections cancéreuses de la peau par sa généralisation même, fait exceptionnel dans le cancer; par l'absence de vice héréditaire; par la multiplicité des lésions cutanées succédant les unes aux autres et plus ou moins mélangées sur le malade; par le mode d’apparition et la forme des ulcérations; par l’absence de douleurs ; par l’absence de teint jaune paille des cancéreux; par l’odeur spécial du pus; enfin par deux

1869. — Gillot. 4

PTE points capitaux, selon nous : d’une part, l'évolution des tumeurs par poussées successives, et la disparition parfois complète et rapide d’un certain nombre d’entre elles, sans cicatrices; d'autre part, la moindre influence de l'affection cutanée sur la santé générale et les fonctions, dont la perturbation ne s'accuse qu'au bout d’un laps de temps considérable. Au point de vue histologique, il n°y à pas de rapport possible entre les tumeurs mycositiques et les tumeurs cancéreuses : en cas de doute, l'ablation d’un tubercule etson examen à l’aide du microscope trancheraient la question en démontrant la structure propre de ces tubereules. Cet aperçu général nous semble suffisant pour faire ressortir les prineipaux motifs sur lesquels se basera le diagnostic : nous croyons inutile de passer en revue les tumeurs variées réunies sous la dénomination de cancer, et qui peuvent siéger à la peau (sarcomes de diverses variétés, encéphaloïdes, fibro -plastiques. etc.). On en trouvera la description dans les traités de pathologie : il serait oiseux d'en rappeler ici les détails bien connus. : |

On ne confondra pas les manifestations tégumen- {aires du mycosis avec les nævi ou l'icthyose, difformités congénitales qui se reconnaissent à première vue: avec les lipomes même œénéralisés (diathèse lionamteuse) (1); ni avec les jibromes cutanés généralisés dont M. Guibout a récemment publié une observation détaillée (2); ni avec les cancroïdes où épithéliomas : les

(1) Voy., sur ce sujet, E. Darblet, Des Lipomes et de la diathèse lipomateuse (Thèse de Paris, 1869).

(2) Union médicale, août 1868.

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caractères particuliers de chacune de ces affections n'ont rien de commun avec ceux des produits morbides que nous avons étudiés.

Il nous reste encore à comparer les accidents du mycosis avec ceux de l’éléphantiasis des Grecs ou lèpre orientale, à laquelle MM. Bazin et Guérard ont voulu l'assimiler ; et avec certaines maladies de la peau, indigènes ou exotiques, mal définies, qu'on pourrait être tenté d'en rapprocher, Nous nous proposons d’insister sur ce point à propos de la nature du mycosis; el nous préférons, pour éviter des répétitions inutiles, renvoyer au chapitre suivant, où nous établirons et discuterons le parallèle entre le mycosis et ces différentes maladies.

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