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Ces considérations nous font trouver dans le mycosis les caractères d'une maladie générale et diathésique : générale, parce qu'elle se montre sur plusieurs points à la fois, dans divers organes, et qu’elle finit par traduire une souffrance de l’économie tout entière (1); diathésique (diathèse lymphoïde), parce qu’elle nous offre la production d’un tissu spécial (tissu lymphatique ou adénoïde); qu’elle présente des symptômes toujours liés entre eux, et indiquant l’action d'une cause partout identique, bien qu’elle nous soit inconnue (2). Nous allons donc examiner si, parmi les autres maladies générales ou diathésiques, il en est quelqu’une à laquelle nous devions rattacher notre mycosis, et nous serons obligé, à cette occasion, de passer en revue et de discuter les opinions émises et soutenues sur ce sujet.
En traitant du diagnostic, nous avons exposé les différences profondes, radicales, qui séparent le mycosis fongoïde du molluseum, de la syphilis, de la scrofule et des affections carcinomateuses : nous avons fait voir que non-seulement les signes objectifs, Les manifestations cutanées étaient très-dissemblables, mais nous avons particulièrement insisté sur les différences d’origine, d'évolution, qui ne permettent guère de rapprochements entre ces diverses maladies. Nous n’ajouterons que quelques mots sur le rapport établi par Alibert du mycosis fongoïde avec la syphilis.
(1) Cf. Béhier et Hardy, Traité de pathol. interne, 2e édit. t. I, p. 149 et 150.
(2) CF. Béhier et Hardy, loc. cit., p. 108. — Bazin, Traité de la scrofule, p. 8.
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Différence du mycosts fongoide et des affections syphalhithiques (Opinion d'Albert). — Comme nous l'avons déjà dit dans notre introduction, Alibert a classé le mycosis fongoïde dans le groupe des dermatoses véroleuses ; il l'appelle aussi vérole d'Amboyne, sur la foi de Bontius, et le réunit dans le genre mycosis à deux autres affections cutanées : l’une manifestement syphilitique (le mycosis syphiloïde), autre de nature syphilitique possible mais incertaine (le mycosis framboisé ou pran). Le peu d'exemples qu'avait pu voir Alibert, le manque d'observations sur ce sujet, expliquent aisément que le savant auteur ait, sur quelques analogies de lésions et de symptômes, rapproché ces affections, et les ait rattachées à la maladie la plus polymorphe quant à ses manifestations cutanées, la syphilis. Mais il n’est plus possible de confondre le mycosis fongoïde mieux étudié, et tel que nous le comprenons, avec la syphilis : nous avons démontré surabondamment que les lésions cutanées, considérées isolément, présen- {aient de notables différences; l’anatomie pathologique, en dévoilant la structure des. tumeurs fongoïdes, confirme cette séparation. Enfin l'absence de contagion, les différences dans les caractères et l’évolution des phénomènes, le manque des accidents prin- CIpaux, céphalée, douleurs ostéocopes, exostoses, etc., voilà plus de raisons qu'il n'était nécessaire pour refuser à notre mycosis toute parenté avec la syphilis. Quant à la vérole d'Amboyne, on verra bientôt com bien il est difficile, malgré l'opinion d’Alibert et de ceux qui ont répété ses assertions, de déterminer la nature véritable de l'affection décrite par Bontius.
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Le mycosis fongoïde a été récemment considéré comme une affection dartreuse transformée, dégénérée (Hardy), ou bien assimilé à la lèpre ou éléphantiasis des Grecs (Bazin). Nous nous trouvons en présence, ici, des opinions avancées et défendues par les deux dermatologistes les plus distingués de l'hôpital Saint-Louis, MM. Hardy et Bazin. Malgré la conscience que nous avons de notre insuffisance, malgré le respect que nous portons à ces savants maîtres, nous oserons critiquer librement leurs opinions, en prenant pour unique guide l'examen des faits que nous avons analysés : persuadé que les doctrines n’ont de valeur qu'autant qu'elles répondent exactement aux faits d'observation.
Différences entre le mycosis ei les affections dartreuses (Lichen hypertrophique de M. Hardy).— M. le professeur Hardy, cherchant à simplifier la pathologie cutanée, a réuni une grande partie des affections de la peau sous l'appellation commune de dartres, et les regarde comme les manifestations d'une seule maladie constitutionnelle, l’Aerpétisme. Nous n'avons pas à examiner ici la doctrine de M. Hardy dans son ensemble : nous y prendrons seulement ce qui se rattache à notre sujet. Bien qu'on ne trouve nulle part l'indication du mycosis fongoïde dans les écrits de M. Hardy, ce savant professeur a hautement proclamé que le myCosIs, admis par M. Bazin, n'était qu'un Zchen hypertrophique : nous l'avons entendu nous-même exprimer celte opinion au sujet de ia femme Battet (obs. 1). Qu'est-ce done que le lichen hypertrophique? Dans
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ses Lecons sur les affections cutanées dartreuses, professées à l'hôpital Saint-Louis en 1861, M. Hardy établit que, pour lui, le lichen est une espèce du genre eczéma, une transformation de l’eczéma, caractérisée par l’épaississement de la peau, sa rudesse et l’aug-
mentation de ses rides (1); puis il en décrit plusieurs variétés (Zchens simplex, agrius, hypertrophique). Voici comment il s'exprime au sujet du lichen hypertrophique (2) :
« Le lichen hypertrophique est une affection rare et non décrite, présentant une forme eczémateuse véqétante et une forme hchénoïde hypertrophique pure. Il consiste en de véritables végétations fongueuses, exulcérées en forme de choux-fleurs, de masses aplaties végétantes ou de tubercules mous pédiculés. Au premier examen, sans pouvoir dénommer cette affection, on serait tout au moins fort loin de la rattacher au lichen. Ce n’est qu’en remontant des végétations plus volumineuses à celles qui ont déjà disparu, en considérant le passage qui se fait par une gradation imperceptible des tumeurs les plus saillantes aux macules pigmentaires, aux plaques types du lichen offertes par le même sujet, en remarquant l'absence de toute cicatrice après la disparition de masses végétantes aussi considérables, enfin en notant l'espèce de poussée eczémateuse, qui se fait à la surface de ces tumeurs, lorsqu'elles sont irritées par quelque cause locale ou genérale; ce n’est, disons-nous, que par
(1) Hardy, Leçons sur les affect. cutan. dartr., publiées par par Pihan-Dufeillay, 1862, p. 88.
(2) Hardy, loc. cit., p. 92. :
l’ensemble de ces moyens que nous avons pu nous assurer de la nature réelle de cette affection. et la rattacher ainsi à l’espèce nosologique à laquelle elle appartient. »
Nous sommes disposé à croire que M. Hardy établit une confusion entre plusieurs affections cutanées de nature totalement différente. Sans doute, à la suite d’eczémas, de lichens chroniques ou mal soignés, on voit quelquefois survenir une sorte d'hypertrophie papillaire de la peau : les surfaces malades serecouvrent de grosses papules végétantes, qui peuvent devenir assez volumineuses, et persister après la œuérison de l'éruption primitive; elles s'agglomèrent sous forme de crêtes, de choux-fleurs : leur consistance reste toujours très-dure; elles demeurent longtemps stationnaires, et s’excorient plutôt qu’elles ne s’ulcèrent; la peau qui les supporte est altérée, épaissie, hypertrophiée dans toute son épaisseur : la santé générale n’est point atteinte, etc. Qu’à ces lésions cutanées. l’on donne le nom de lichen hypertrophique, nous nous associerons volontiers à cette opinion. Nous avons pu être témoin de faits de ce genre à l'hôpital St-Louis, et l’on pourra en retrouver de très-beaux spécimens, moulés par M. Baretta, au musée pathologique de cet hôpital. Mais nous ne pouvons confondre avec eux les exemples de mycosis, que nous avons étudiés, et dont on peut, à la rigueur, retrouver quelques caractères dans la courte description de M. Hardy : ainsi, On y trouve signalée l'apparition des tumeurs mollasses consécutives à des éruptions maculeuses ou lichénoïdes, leur rétrocession sans cicatrice. etc. M. Hardy,
LoGR entraîné par la théorie, n’a voulu voir dans ces cas que des manifestations dartreuses, et dès lors il a dû rattacher également à la dartre, les excroissances qui leur ont succédé. Mais n’observe-t-on pas dans les maladies de peau artificielles ou symptomatiques des éruptions analogues, sans rapport aucun avec l’herpétisme, et qui peuvent se développer sous l’influence de causes toutes différentes? Aussi rattachons-noûs celles que nous avons décrites à la première période du mycosis, au même titre que les tumeurs fongoïdes de la deuxième période. Du reste, écrivait déjà M. Guérard (1) :
« On peut reprocher à M. Hardy de généraliser un caractère qui n’est rien moins que concluant, en considérant la papule du lichen comme le fond de l'éruption, sa condition nécessaire, son élément primitif, générateur. Assurément, vous trouverez bien çà et là quelque chose qui ressemble à du lichen, et de l’eczéma et à du pityriasis, mais l'affection vous échappera toujours par le plus grand nombre, et je dirai même par les plus essentielles de ses parties constituantes. Il y a plus, toutes ces lésions accessoires peuvent manquer, et c’est alors suriout que l’érupt'on, en quelque sorte réduite à son élément fondamental, se découvre d’elle-même dans sa véritable nature. Comment concevoir en outre qu’une hypertrophie simple, c'est-à-dire l'accroissementd'un tissu et d’un organe sans altération réelle de sa structure intime, puisse donne lieu à des tumeurs
(1) Loc. cit., p. 15.