‹ Étude Sur Une Affection De La Peau Mycosis FongoïdeChapitre 15 sur 22 · TON · texte numérisé non relu

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aussi spéciales par leurs caractères que celles que nous avons décrites ?»

Nous pouvonsaujourd’hui confirmer cette altération de structure soupçonnée par M. Guérard. Quelle différence profonde entre la production anormale,

hétérotopique du tissu lymphatique constituant nos tumeurs, et l’hypertrophie papillaire fibroïde des vrais lichens dégénérés !

La poussée eczémateuse que M. Hardy invoque pour expliquer l'ulcération des tumeurs ne répond point aux faits de mycosis : M. Guérard a déjà reproché, du reste, à M. Hardy de n’avoir pas décrit suffisamment ce prétendu eczéma, et de n'avoir pas indiqué l'existence de vésieules, qui seules caractérisent l’eczéma proprement dit. Nous pourrions signaler encore d'autres différences importantes. Jamais les affections dartreuses n’ont donné lieu à ces ulcérations d’abord si régulières, si nettement arrondies, puis à ces larges ulcères blafards, sanieux, £'angréneux, que nous présente le mycosis. Quant à l'absence de cicatrices après la disparition des tumeurs, sur laquelle M. Hardy s'appuie, en outre, pour étayer son opinion, «ce caractère n’est pas exclusif aux éruptions qu'il réunit sous le nom de dartres; et ne voyons-nous pas chaque jour des végétations énormes, de larges papules muqueuses disparaître sans laisser à la peau la plus légère trace de leur passage (1). »

Les altérations du système lymphatique, la marche constamment progressive malgré les intermittences,

(4) Guérard, loc. cit., p. 16.

et le pronostic fatal dumycosis, contrastent également avec la bénignité relative des affections dartreuses, qui, malgré leur longue durée, guérissent, ou du moins n’entraînent pas la mort par cachexie rapide.

Ces considérations nous paraissent suffisantes pour nous dispenser d’insister sur les autres caractères attribués par M. Hardy, aux dartres, et que nous n’avons point retrouvés dans les observations de mycosis, l’hérédité et l’extension fréquente auxorganesinternes sous forme de gastrite, bronchites, asthme, etc. (1). Il est cependant un dernier point que nous tenons à signaler : l’herpétisme tend, d’après M. Hardy, à présenter une transformation ultime en cancer. Or, chez la femme Battet (obs. 1), le sein gauche, déformé par des ulcérations antérieures, offrait à la simple vue une apparence presque carcinomateuse. M. Hardy se prononça pour un cancer, et crut y voir la confirmation de sa théorie. Mais l’examen ultérieur fait avec le plus grand soin, devait, en démontrant l'absence de tout élément cancéreux, empêcher ce dernier rapprochement.

Différence entre le mycosis et la lèpre orientale ou éléphantiasis des Grecs (lèpre indigène de M. Bazin). Trèsrépandue pendant tout le moyen âge dans l’Europe centrale, la lèpre ou éléphantiasis des Grecs en a complétement disparu, et se trouve aujourd’hui reléœuée sous denx latitudes bien différentes, dans des climats, pour ainsi dire, extrêmes : d'une part, dans

(4) Hardy, Leçons sur les affect. cutan. dartr., p. 15 et seq.

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les régions équatoriales des deux mondes; d’une autre part, dans les pays du Nord, la Norwége, le Danemark, ete., où elle porte le nom de spedalsked. Cependant on a rapporté à la lèpre quelques cas d’affections tuberculeuses de la peau développées sporadiquement dans nos climats, ét dont l'étude incompiète n'est rien moins que probante. Ainsi, M. Devergie (1) cite, comme exemple delèpre indigène, deux observations, dont la description se rapporterait bien mieux au mycosis fongoïde qu'à l’éléphantiasis des Grecs; mais, l’absence d'examen suffisantnousempêche de trancher la question. M. le D° Bazin, après avoir reconnu el décrit le mycosis fongoïde (2), s'est trouvé fort embarrassé pour classer cette étrange maladie, et séduit par un rapprochement basé sur quelques symptômes, ila tenté dans ses leçons de rattacher le mycosis à la lèpre, sous le nom de lèpre indigène, opinion soutenue et développée par un de ses internes distingués, M. Guérard, dans son opuscule sur le mycosis généralisé. L'autorité du nom de M. Bazin nous imposait donc une étude attentive de cette question, et nous nous sommes éclairé par la lecture des ouvrages spéciaux aujourd’hui si complets sur la lèpre (3).

(1) Traité prat. des malad. de la peau, 2 édit , p. 749 et 758.

(2) Bazin, Leçons sur les affect. artific. de la peau, etc., p. 372.

(3) Consultez principalement sur l’histoire de la lèpre : Daniell sen et Bœck, Traité de la spedalsked ou éléphantiasis des Grecs; Paris, 1848, avec atlas. — Alibert, Monographie des dermatoses, t. I, p. 213. — Gibert, Traité prat. des malad. de la peau et de la syphilis, 3° édit, 41860, t. 1, p. 463.— Bazio, Leçons sur les affec. cutan. artific., la lèpre, ete., p. 251. — Virchow, Pathologie des tumeurs, L. Il, p. 486. — Martins, Notes médic. recueillies pen-

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Sans doute, on peut trouver dans l’examen comparatif des deux affections quelques points de ressemblance. Le mycosis, arrivé à la période de généralisation, peut, surtout quand la face est atteinte, comme dans un cas de M. Guérard, présenter un aspect difforme et repoussant, qui n’est pas sans rapport avec celui de Ja lèpre. L’un et l’autre débutent par des ma- nifestations cutanées, d’abord obscures, insidieuses, de longue durée, puis se caractérisent par des tubercules et des ulcérations; l’un et l’autre présentent quelques symptômes communs, chute des poils, troubles fonctionnels. etc. ; mais il suffit de lire une description de la lèpre, pour saisir immédiatement les immenses différences qui les séparent à tous les points de vue. À côté du mycosis, si uniforme dans ses manifestations, nous voyons la lèpre se traduire par les symptômes les plus variés du côté de la peau : éruptions exanthématiques, vésiculeuses, furfuracées, bulleuses, tuberculeuses, etc. Jamais, dans le mycosis, on n’a observé ces taches fauves ou blanches, anesthésiques, si caractéristiques dès le début de la lèpre; jamais on n’a rencontré rien d'analogue au vitiligo lépreux, au stéatome éléphantiasique du tissu cellulaire, à la sclérodermie lépreuse (Bazin), etc.; jamais on n’a constaté cette anesthésie si tranchée, si curieuse de la lèpre ; et l’insensibilité observée quelquefois sur les tumeurs adénoïdes du mycosis ne peut nullement lui être assimilée. Enfin, parmi les formes multiples

dant un voyage eu Norwège, en Laponie et aux îles Feroë. (Revue médic., février 1844), etc.

que revêt la lèpre, la forme tuberculeuse est la seule qui puisse être comparée au mycosis. Mais que de différences encore dans les caractères objectifs des tuber- cules et des ulcères! Les tubereules de la lèpre sont d'un gris sale, durs, irréguliers, enchâssés dans la peau avoisinante, ete.; les ulcères recouverts de croûtes noirâtres, irréguliers, saignants, gagnant en profondeur et produisant ces mutilations spontanées, si communes dans la lèpre, mais qui sont inconnues dans le mycosis. Ce dernier ne présente jamais ces manifestations organiques presque constantes dans la lèpre, infiltration des cornées, tubereules laryngés, caries osseuses, atrophies musculaires, paralysies, etc. Dans l’étiologie même, où est pour le mycosis le vice héréditaire si incontestable pour la lèpre ?

Mais, à quoi bon pousser plus loin ce parallèle, quand nous possédons, pour trancher la question d’une manière irréfutable, l'examen histologique qui, après nous avoir démontré la structure adénoïde des excroissances mycositiques, Va nous faire voir la composition complétement différente des tubercules de la lèpre. Nous avons pu, grâce à la bienveillance de notre cher et honoré maître, M. le D' Hillairet, faire examiner au microscope par M. Ranvier, un tubercule de lèpre confirmée, enlevé à un malade de l'hôpital Saint-Louis, et voici la note que M. Ranvier a bien voulu nous communiquer à Ce sujet :

«Le tubercule lépreux est constitué par un tissu gris, vasculaire : il forme une masse bien limitée au milieu du tissu adipeux civconvoisin. Il se décompose Jui-même en une série de lobules séparés par des tra-

HTML vées de tissu connectif contenant les cellules adipeuses.

«Ces lobules sont formés par une agglomération de cellules extrêmement variées de forme : les unes sont rondes, d’autres ressemblent à des blocs irréguliers ; certaines sont fusiformes, quelques-unes sont étoilées; la plupart ont 0,015, à 0"®,02 de diamètre; enfin on trouve au milieu d’elles de grandes cellules ayant Omw.03, à 0"",04, chargées de noyaux; celles-ci sont en tout semblables aux cellules mères de la moelle des os. Il n’y a aucune substance interposée entre ces différentes cellules; elles se touchent d'une manière intime. Les vaisseaux qui sillonnent le tissu morbide, ont une paroi épaisse non embryonnaire : ce caractère pourrait servir à faire distinguer les tubercules de la lèpre des tumeurs sarcomateuses. »

Concluons done que l’anatomie pathologique, sur laquelle on croyait pouvoir s'appuyer (Guérard), défend tout autant que la séméiotique et l’étiologie, aueun rapprochement entre le mycosis fongoïde, tel que nous l'avons décrit, et la lèpre ou éléphantiasis des

Grecs.

Inutilité de la diathèse fongoïdique de M. Bazin. Avant d’avoir cherché à relier le mycosis fongoïde à la lèpre, M. Bazin, dans ses Leçons sur les affections cutanées artificielles, avait décrit cette curieuse affection comme une maladie spéciale; et, fort embarrassé de savoir où la classer, il inventa une diathèse fongoïdique, dans laquelle il fit entrer le mycosis, le fongus acnéique et les tumeurs érectiles. Cette diathèse, dit-il, « est une

ES, à

maladie ayant pour effet de produire des tumeurs constituées par un tissu essentiellement vasculaire, à tendance envahissante, et souvent ulcérative, tumeurs qui peuvent revêtir les formesles plus diverses, et se manifester dans tous les organes et les tissus de l'économie » (1). M. Bazin a donc eu le mérite de soupçonner l’existence d’un tissu spécial dans les tumeurs mycositiques ; mais, sa diathèse fongoïdique est une pure hypothèse, qui ne peut répondre à aucune réalité ; à présent que la structure de ces tumeurs nous est connue, c'est une diathèse lymphatique ou lymphoïde qu'il faut y substituer. Nous ne pouvons en outre trouver, comme M. Bazin, aucun point de contact entre le mycosis et les tumeurs érectiles ou le fongus acnéique, qui nous paraît être une acné dég'énérée. Il faut donc rayer la diathèse fongoïdique composée d'éléments aussi disparates, et créée uniquement pour le besoin d'une classification systématique.

Relations du mycosis fongoïide avec l'adénie et la leucémie (lymphadénie, Ranvier). L’histologie nous avait permis de distinguer complétement et sûrement le mycosis fongoïde, des affections avec lesquelles on l’avait confondu jusqu'ici ; elle devait encore nous conduire à déterminer ses relations étroites avec un groupe pathologique étudié depuis peu de temps, et des plus intéressants. Persuadé que l’anatomie pathologique élémentaire est un des flambeaux qui doivent nous guider en médecine, nous avons cherché

(t) Bazin, loc. cit., p. 372.

1809, — Gitlot. 7

quels étaient les états morbides dans lesquels on retrouvait une semblable tendance à la production hétérotopique, et à l’hypergénèse du tissu lymphatique. ou adénoïde. Nous n’en avions d’abord trouvé qu'un seul, dont la connaissance est due tout entière à la science moderne, et qui a reçu de M. Trousseau le nom d’adénie. Mais, éclairé par des travaux tout récents. guidé par les précieuses indications que nous a fournies M. le D’ Ranvier, nous avons dû admettre l’étroite affinité, disons plus, l'identité qui existe entre l'adénie et la leucémie, et les réunir sous la dénomination, désormais admise dans la science, de /ymphadénie. Par conséquent, c’est avec ces affections lymphadéniques qu'il nous reste à comparer le mycosis fongoïde.

Il n'entre pas dans le plan de notre travail de rappeler ici les opinions émises au sujet de l’adénie, ni de passer en revue tous ses symptômes : on trouvera cette description dans les mémoires dont elle a été l’objet depuis 1856, de la part de MM. Bonfils, S. Wilks, Cossy, Hallé, Trousseau, Hérard, Cornil, ete. (1). On y verra que l’adénie consiste, au point

(1) Voy. sur l’adénie: Bonfils, Hypertrophie ganglionn. génér., cachexie sans leucémie (Recueil des travaux de la Société médic. d’observat., t. I, p.157; 1857-1858 — Samuel Wilks, Hypertrophie des glandes lymphat., combinée avec une malad. particulière de la rate (Guys’ hospital Reports, 3° série, t. 11; 1856). — Cossy, Mémoire pour servir à l’histoire de l'hypertr. simple plus ou moins géuéral. des gangl. lymphat, sans leucémie (Echo médical, t. Vs 1861). — Hallé, Alérat. des glangl. lympbhat. (Bullet, de la Société anat., 1862, p. 235, — Trousseau, Clinique médic., 2° édit., t. IL, p. 555. — Hérard, Union médic. des 29 juillet ett® août 1865. —

— T5 — de vue anatomo-pathologique, dans une hypertrophie plus ou moins généralisée des ganglions lymphatiques et de la rate, hypertrophie produite par l’hyperg'énèse du tissu lymphatique propre à ces organes. Mais là ne se bornent point les lésions anatomiques de l’adénie : dans bon nombre des observations d’adénie publiées jusqu'à ce jour, soit en France, soit en Allemagne, on a constaté la production hétérolopique de ce même tissu lymphatique ou adénoïde au sein des différents organes, où il formait des tumeurs plus ou moins volumineuses. M. Hérard (1) en a signalé dans les ovaires, le poumon, la membrane muqueuse de l'estomac, etc,; M. Ranvier (2) dans les os; M. Hall dans le foie ; à l'étranger, on en a onde observé dans les viscères, le foie, le poumon, ete. — Il n'ye pas d’altération apparente du sang concomitante. Les lésions du système lymphatique ne peuvent pas sc produire sans que l’économie soit profondément troublée, et traduise ses souffrances par de graves sym ptômes, dont M, Trousseau nous a laissé un si brillant! tableau. Au début, pendant longtemps même, la sant‘ générale se soutient : le malade n’accuse que des troubles fonctionnels, la plupart du temps liés au développement des ganglions, dyspnée, toux, dyspe;sie, ete, Mais peu à peu l'état général s’altère profon

Cornil, De l’Adéuie ou hypertr. ganglionn. sans leucémie, suis de cachexie (Archives gén, de méd., 1865, p. 206). — Conro:, Thèse de Paris, 1867, etc., ete, | (4) Union sy A 1865, p. 196.

(2) Note sur un cas de tumeur lymphatique des os dus i0 de l’anat, et de la physiol. de l’homme et des animaux, mars 185: .

= AO dément, les forces se perdent; un état d'anémie particulière à laquelle on a donné le nom d’anémie lymphatique (Hodgkin, Pavy, S. Wilks, Hérard) (1) s'empare des malades; surviennent alors de la diarrhée, de l’œdème, des hémorrhagies, un affaiblissement progressif, de la fièvre hectique, ete. ; le malade succombe fatalement aux progrès incessants de cette cachexie. La durée de la maladie est toujours longue cependant, et présente quelquefois des temps d'arrêt, mais néanmoins le pronostic est toujours fatal.

Dans le mycosis fongoïde, ne sont-ce pas les mêmes symptômes, la même marche? seulement, dans le mycosis, c’est du côté de la peau que se concentre, pour ainsi dire, la production hétérotopique du tissu adénoïde. Déjà du reste sa présence anomale au sein de la peau avait été signalée, mais très-légèrement dans un cas récemment publié par M. de Prez-Crassier (2). Mais, dans nos observations, la multiplicité des tumeurs, leur aspect singulier, leur évolution, impriment à la maladie tout entière un cachet si particulier, que nous avons cru devoir l’étudier à part.

Après les considérations que nous venons de développer, nous nous croyons suffisamment autorisé à réunir le mvcosis fongoïde à l’adénie, à le regarder ea un mot comme une adénie avec mam/estations cutanées. La cause intime du mycosis nous échappe du

(A) Pavy, Case of anæmia [ymphatica, a new disease caracterised by enlargement of the Iymphatie glands and spleen (the Lancet, août 1859, p.213). — Hérard, loc. cit., p. 214.

‘ (2) E. de Prez-Crassier, De l'identité de l’adénie et de la leucocythémie ou leucémic (Thèse de Paris, 1868, n° 287, p. 24).

TT ape reste comme celle de l’adénie. Quelques observations de MM. Potain, Perrin, Leudet, Trousseau (1), avaient fait supposer qu'on pouvait trouver l'origine de l'altération des ganglions lymphatiques dans une lésion chronique de la peau, otorrhée, fistule lacrymale, etc. ; mais les cas beaucoup plus nombreux, dans lesquels cette étiologie fait défaut, a dù la faire abandonner. Dans le mycosis, on pourrait être tenté de regarder, avec M. Hardy, les premières éruptions cutanées comme des manifestations dartreuses, retentissant sur le système lymphatique, et devenant ainsi la cause des phénomènes ultérieurs. Mais, outre que cette hypothèse n’expliquerait en rien la production des tumeurs adénoïdes, nous espérons avoir démontré que les éruptions cutanées sont déjà par elles-mêmes un produit de la maladie, bien loin d’en être la cause. Nous avons laissé entendre, au commencement de cet article, que des recherches récentes avaient éclairé d’un nouveau jour l’histoire de l’adénie. Ge mot fut inventé par Trousseau pour séparer de la leucocythénre (Bennett) ou leucémie (Virehow) (2), les cas pathoio-

(1) Leudet, Dégénérescence adénoïde (Société de biol., 1858). — Perrin, Communicat. à la Société anatom., 1861. — Trousseau, Clinique médic., t. lil, p. 578.

(2) Voy. sur la leucémie : Virchow, Archiv fur pathol. Anatomie, 4847, t. I, p. 563, et Pathol. cellul., trad. fr., 1866, p. 139.— E. Vidal, Bull. de la Soc. anat., 1857. — Ranvier et Olhvier, Obs.

our servir à l’hist, de la leucocythémie (Compte-rendu de la Société de biol., 1866. — Trousseau, Clinique médic., 2° édit., t. I, p- 543. — G. Sée, Lecons de physiol. éxpér. du sang et des anémies ; Paris, 1867, p. 218.— Niemeyer, Traité de pathol. int. et de thérap., 2° édit., t. I, p. 744.— Spillmann, Archives gén. de méd., avril 1867, etc., etc.

giques qui présentaient les apparences de la leucémie, sans qu’on trouvât pourtant une augmentation de la quantité proportionnelle des globules blancs dans le sang, Les deux maladies, aussi créées, furent décrites isolément, et l’on s’appuya sur la présence ou l’absence de l’altération leucocythémique du sang pour maintenir cette séparation.

Néanmoins, on restait frappé des analogies qu’elles présentaient dans leurs symptômes, leur marche, leurs lésions anatomiques même (1). À mesure que les observations se multiplièrent, la distance qui paraissait les séparer se combla, et on arriva enfin à admettre leur identité. La leucocythémie a été rencontrée en dehors de toute lésion splénique où ganglionnaire (Ch. Robin). Virchow, Friedreich, Bættcher, etc. (2), Béhier, signalèrentla production detumeurs adénoïdes au sein de différents viscères dans de nombreux cas de leucémie, absolument comme dans l’adémie (3). Enfin l’on trouva l’altération léucocythémique du sang conjointement au développement anomal du tissu adénoïde. Nous avons pu voir sur une magnifique préparation de M. Ranvier, à la fois des vaisseaux sanguins remplis de leucocytes, et du tisus adénoïde de nouvelle formation. Où donc chercher la ligne de démarcation entre la leucémie et l’adénie? Est-ce dans l'étiologie? Est-ce dans l’altération de la rate? Mais nous ne savons rien ou presque rien à cet égard, Quant

(1) Hérard, loc. cit., p. 213. — E. de Prez-Crassier, Th., p. 26.

(2) Archiv für pathol. Anatomie (Archives de Virchow), passim, 1847, 1856, 1858, 1864.

(3) Cornil et Ranvier, Manuel d’histol, pathol., t, I, p. 251-259,

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aux altérations du sang, le peu de données posilivés que nous possédons sur les moyens de les apprécier, et sur la valeur qu'il convient de leur accorder, ne nous fournissent pas grande lumière. Il est à croire que le sang est altéré dans l’adénie aussi bien que dans la leucémie, mais à un degré différent, et sinon en quantité du moins en qualité: on comprendra facilement toutefois notre réserve sur ce sujet.

Ainsi done, l’analogie entre la leucémie et l’adénie, d'abord entrevue (Hérard, Wunderlich}, s’est de plus en plus affirmée. M. Ranvier, que sés études spéciales sur cette matière rendaient plus apte que tout autre à élucider cette question, n’a pas hésité à conclure à leur identité(1). Regardant la production des lymphadénomes (Virchow), comme un des éléments les plus importants dans l'espèce, il a réuni la leucémie et l'adénie sous le nom de /ymphadénie. Gétte manière de voir nous semble répondre aux faits observés de la façon la plus complète : aussi a-t-elle été immédiatement acceptée et exposée dans la thèse récente de M. de Prer-Crassier, dont nous partageons en grande partie les conclusions.

Mais l'affection que nous avons décrite sous le nom de mycosis fongoïde, et que nous avons revardée comme une espèce d’adénie, doit alors rentrer dans la Jymphadénie. Cest bien ainsi que nous l’entendons, et les propositions suivantes résument notre opinion à cet égard :

1° Il existe une maladie caractérisée par un ensem-

(1) Cornil.et Ranvier, loc. cit., p. 251.

ST AE ble de symptômes spéciaux, une marche uniforme, des lésions variables suivant les cas, mais au fond identiques, etc. : cette maladie mérite le nom de lymphadénie.

2° La lymphadénie est une maladie générale de tout l'organisme, pouvant occasionner des altérations et des solides et des liquides; c’est en même temps une maladie diathésique, se traduisant par un produit toujours le même, l'élément lymphatique, qu'il soit à l'état de leucocytes dans le sang, ou de tissu adénoïde dans les organes.

3° Toutefois la lymphadénie est susceptible de présenter, dans ses manifestations, des variétés assez tranchées :

A. La /ymphadénie leucocythémique ou leucémie, caractérisée par la prédominance de l’altération appréciable du sang, et par des lésions de la rate.

B. La lymphadénie ganglionnaire ou adénie, dans laquelle les lésions portent principalement sur les ganglons lymphatiques, quelquefois aussi sur la rate (1).

Nous espérons avoir démontré qu’on pet en admettre une troisième variété.

C. La lymphadénie cutanée, ou mycosis fongoïde, remarquable par la production abondante du tissu adénoïde, presque exclusivement dans la peau.

(1) Faut-il admettre une lymphadénie splénique ou linéale? Les théories de certains auteurs sur la leucocythémie liénale (Virchow) sembleraient y engager. Nous ne nous sentons pas en état de résoudre cette question, à cause de l'obscurité des fonctions

de la rate et de l’isnorance où nous sommes de la valeur qu'il faut attribuer à ses lésions.

Er :: Qu Quant aux questions pathologiques que soulève l’étude de la lymphadénie, nous ne les aborderons pas. Faut-il, en considérant l’altération du sang, visible dans bien des cas, probable dans les autres, y voir le point de départ de l’état morbide, et revenir par là aux idées de la pathologie humorale ? Ou bien, devons-nous placer l’origine de la maladie dans une lé- -sion des solides, et accepter la doctrine formulée par Virchow : «Les solides sont primitivement malades, l’altération du sang n’est que secondaire. » Les faibles connaissances que nous possédons en pathologie générale nous feraient pencher de préférence vers cette dernière opinion. Mais l'étude du système lymphatique et de ses origines, celle des organes hématopoïétiques et de leurs fonctions, de la production des leucocytes et de leur rôle, ete., sont encore trop peu avancées pour que nous en puissions tirer aucune con-

clusion qui ne soit prématurée.

Nous pourrions terminer ici notre travail, mais la rareté de la lymphadénie cutanée, l'obscurité qui entourait son étude, nous a forcé de faire quelques recherches sur des affections de la peau mal déterminées, décrites çà et là dans les recueils de médecine, et à plusieurs desquelles on avait cherché à rattacher le mycosis fongoïde, la vérole d’'Amboyne et le pian, par exemple. Il nous a paru intéressant de publier ici le résumé de cette étude.

De quelques maladies de la peau peu connues et de leur comparaison avec le mycosis fongoïde. — En parcourant

les traités de pathologie, et surtout les ouvrages Spéciaux de dermatologie, on est surpris du nombre d’affections cutanées indigènes ou exotiques, la plupart épidémiques ou endémo-épidémiques, admises presque sans contrôle par les différents auteurs sous les dénominations les plus bizarres, et dont on n’a déterminé ni la nature, ni le classement. Les recherches, que nous avons entreprises dans le but de nous faire .une opinion sur ces affections, nous ont convaincu que la plupart d’entre elles doivent être rapportées à la syphilis ; quelques-unes cependant nous paraissent des maladies spéciales. L'insuffisance des renseignements, l'erreur ou l'ignorance des observateurs, le défaut d'examen sérieux des faits rapportés, ont entretenu pendant longtemps une confusion, que des travaux conseiencieux et de fraîche date tendent à faire cesser. Le mycosis fongoïde d’Alibert ayant été rapproché de plusieurs de ces maladies, nous avons dû les étudier, et nous sommes resté convaincu qu'aucune ne se rapporte à notre affection lymphadénique. Pour plusieurs d’entre elles, nous avons consulté les mémoires originaux; pour d’autres, nous nous sommes contenté des descriptions étendues que nous avons trouvées dans les traités spéciaux.

Parmi les épidémies observées en France, celles qui ont été décrites sous le nom de pian de Nérac (1),

(1) J. Raulin, Observations de médecine où l’on trouve des remarques qui tendent à détruire lé préjugé où l'on est sur l’emploi du lait dans la pneumonie, par J. Raulin, médecin de Nérac en province de Guienne; Paris, 1764; à la page 150 : obs. sur un mal contagieux qui a beaucoup de rapport avec la maladie des négres, appelée pian, et qui s’est manifestée à Nérac en 1759,

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mal de Chavanne-Luce (1), sont dés exemples de propagation syphilitique manifeste et rapide dans ces localités. Il en est de même pour les épidémies suivantes : la maladie de Brunn, en Moravie (2) ; le mal de Fiume ou de Scherlievo, observé sur Les bords de l'Adriatique par Cambieri (3), et bien étudié depuis par M. le professeur Sigmund (de Vienne) (4); la facaldina du Tyrol, décrite par Zechinelli (5), et dont la nature syphilitique a été pareillement établie par Sigmund, dans son rapport sur ces affections endémoépidémiques. Le siëbens d'Écosse, décrit par Gilchrist (6), n’estégalement qu’une forme de la syphilis, comme Swediaur l’avait déjà reconnu.

La radesyge de Norwége, observée dès 1758 par Honorius Bonnevic, Deegen, etc.,a été longtemps confondue avéc la spedalsked, ou lèpre du Nord. M. Bæck (de Christiania) a d’abord commis lui-même cette confusion, qu'on retrouve dans les ouvrages de Rayer, Gibert, ete. Mais des observations ultérieures lui ont fait séparer complétement ces deux maladies. Il a con-

(4) Journal complém. du Dict. des sciences médie., £. V, p. 131.

(2) Th. Jordan. Brunno-Gallicus, seu luis novæ in Moravia exortæ descriptio. Francfort. 1578.

(3) Cambieri, Storia della mal, di scherlivo. — Ozanam, Traité des mal, épid., t. IV, p. 282.

(4) Sigmuud. Untersuchungen über die Scherljevo-Seuche und einige damit verglichene Krankheïtsformen. Wien. 1855 (Recherches sur le mal de Scherlievo et ses rapports avec les autres formes des maladies vénériennes).

(5) Zechinelli. Giornale della piu recente letter. med. — Ozanam, Traité des mal, épit., t. IV.

(6) Gilchrist. Account of a very affections distemper prevailing

in many places (Essays physical and litterary of Edinburg, 1774, t, 1, p. 154).

signé le résultat de ses recherches dans un ouvrage qui doit aujourd’hui servir de guide pour l'étude de cette question {1). M. Bœck reprenant l'opinion, déjà émise par Hans, Munck, Sundius, Nicolaï Arbo, etc., rattache la radesyge à la syphilis, et démontre la nature différente et véritablement lépreuse de la spedalsked ou lèpre du Nord. Cette distinction était d'autant plus importante que, pendant longtemps, il a régné une grande confusion entre les endémies lépreuses et les endémies syphilitiques. Les caractères attribués aux diverses maladies, dont nous venons de parler, leur contagion évidente et leur origine souvent vénérienne, l’ensemble de leurs symptômes analogues à ceux de la syphilis (ulcérations des parties génitales, boutons et ulcérations de la gorge, accidents cutanés polymorphes, céphalée, douleurs ostéocopes, exostoses, lupus,fete,), les feront aisément remettre à leur véritable place. Nous renvoyons, du reste, à un excellent mémoire de M. Rollet, de Lyon (2), dans lequel cet habile observateur, si compétent en matière de syphilis, a passé ces maladies litigieuses de la peau au crible d’une critique saine et judicieuse, et a démontré une fois de plus leur nature syphilitique. Nous souscrivons entièrement à ses conclusions pour les affections que nous venons d’énumérer,; mais il n’en est plus de même pour certaines maladies exo-

(1) Bœck, Traité de la Radesyge. Paris et Christiana, 1860.

(2) Recherches sur plusieurs maladies de la peau réputées rares ou exotiques qu'il convient de rattacher à la syphilis, par J. Rollet, chirurg. de l’Antiquaille de Lyon (Archives générales de médeciue, 5° série, t. XVIL, janvier, février et mars 1861).

tiques, qu’il a voulu rattacher aussi à la syphilis, mais sur la nature desquelles le doute n’est pas entièrement dissipé. Nous voulons parler du bouton d'Amboyne et du pian où frambesia.

La vérole d'Amboyne (Amboynense pocken), décrite par Bontius en 1642 (1), est une affection cutanée observée aux îles Moluques, et rapportée par Alibert et M. Bazin au mycosis fongoïde. Mais nous nous sommes reporté au texte original, et nous devons avouer quela description de Bontius nous paraît beaucoup trop incomplète pour en tirer une conclusion absolue. Aussi, malgré les auteurs cités plus haut, nous lui refusons toute analogie avec notre mycosis fongoïde : nous serions porté davantage à la regarder, avec M. Rollet, comme une affection syphilitique ; ce que Bontius a d’ailleurs entrevu lui-même, et ce que semble confirmer l'efficacité d’un traitement antisyphilitique.

Il est une dernière maladie exotique, qui a donné lieu à bien des discussions : c’est le pian ou frambæsia : on en a rapproché quelquefois le mycosis fongoïde sous le nom de pian fongoide : c’est à cause de cette confusion que nous croyons nécessaire d'en parler. Le pian (/rambeæsia, yaws, bobas, etc.) est une affection commune en Guinée et dans les régions équatoriales de l'Afrique, et qui attaque surtout la race nègre. Etudié par Pison, Huns, Adams, Thompson, Leva-

(1) Jac. Bontiï, in Indiy archiatri de medicina Indorum, lib. IV, Lugduni Batavorum, apud Franciseum Hachium, 1642, in-19, chap. 49, p. 185. Reproduit dans : Pison, De Indiæ utriusque re naturali et medicina, lib. XIV, Amsterdam, 4658.

Nes

cher, Sigaud, Paulet, etc. (1), ila été regardé par les uns comme une maladie spéciale aux pays chauds, par les autres comme une forme de la syphilis modifiée par le climat. Il est caractérisé par des tumeurs multiples et fongueuses dont on trouve la deseription dans tous les traités de pathologie. La contagion par le coiït, l'inoeulalion du pian reproduisant la même maladie (Thompson), les éruptions variées sur la peau et les muqueuses, les douleurs ostéocopes, l'utilité du traitement mereuriel, ete., semblent le rattacher à la syphilis : ce serait une forme de syphilis modifiée par le climat, avec tendance à végéter et à produire des condylomes. M. Rollet (2), qui regarde le pian comme syphilitique avee Swediaur, Lagneau, ete. (3), exprime à cet égard l’idée que la syphilis se modifie avec le climat et la race, et que le pian ou syphilis du midi ne diffère pas plus de la syphilis du centre de l'Europe que la radesyge ou syphilis du nord. Mais l'opinion opposée qui compte pour elle Hunter, a été défendue récemment par MM. Sigaud et Paulet (4), qui

(4) Voy. sur le Pian. Thompson. Edinburgh med. and sury Journal, t, XV, p. 32. — Levacher (de la Feutrie). Mémoire lu à l'Acad. des sciences, 10 juin 1839, et Guide médical des Antilles, Art. Pian. — Roulin, mémoire lu à l'Acad. des sciences, 22 juil Ë let 1839, et Gaz. méd. de Paris, 1839, p. 475. — Paulet. Archives génér, de méd., 4 série, t, XVII, p. 393. — Sigaud, Annales des maladies de la peau et de la syphilis, t. IT, p. 83, et les traités classiques : Requin. Pathologie médicale, 1. IF, p. 543. Rayer, Traité théorique et pratique des maladies de la peau, t. I, art, 1398-1407. Gibert, Traité des maladies de la peau, 5° édition, t. I, p. 56, etc., etc.

(2) Loc. cit., p. 291-298.

(3) Swediaur, Traité des malad. syphilit., €, IT, chap, 15, (4) Sigaud, loc. cit. + - Paulet, loc. cit. |

L'ME regardent le pian comme une maladie spéciale aux pays chauds et particulièrement à la race nègre : ces derniers, médecins de la marine, ont pu étudier la maladie aux lieux mêmes où elle règne : leurs convictions sont donc d’un grand poids. En face de cette question, si controversée, on comprendra que nous reslions dans la plus grande réserve, attendant des observations ultérieures la solution des questions en litige.

Nous n'avons pas à nous occuper de quelques autres affections cutanées, spéciales à certaines contrées (bouton d'Alep, de Biskra, ulcère de Cochinchine, etc.), et sans rapport avec notre sujet. Nous terminerons donc ici cette revue rapide, mais qui nous paraît suffisante pour éclairer un point, d’ailleurs accessoire, de notre étude.

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