‹ Étude sur une carte inconnue, la première dresséeChapitre 1 sur 2 · Étude sur une carte inconnue, la première dressée · texte numérisé non relu

Étude sur une carte inconnue, la première dressée

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec

ligne.

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont

trop souvent difficilement accessibles au public.

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.

Consignes d'utilisation

<X Yi^c^'CK^ 0iy\ei/r/j^ ùrCiAYi^ j )\wim/t^

Ja. '^at^ c^etrvylcuAi- c^M Î(aa. (yffcivu 0/0 a/M. 6^

^u/btic/i 'Hlav-iiw

Étud

Sur une Carte inconnue

Étude

Une Carte inconnue

La première dressée par Louis Jotiet

en 1674

Après son ezplontioii du Hlsus^pi avec le P. Jacques Marquette

en 1G73

pu

Gabriel Gravier

PiMdeat de 11 SodM nonBuae da Gtc^ripU*, llcDbn di b SodM 1« Ot(«npUi de Fuji, HcmbrccoiTtipondtotdâSodMtdeOtegnpIiia

d« Ltou, de I'Ek, da SddMi de Gtognphie commBdili d* Puii et de

de 11 SociedHi economiu de enn-Oniria, de la Sodeili llgore dl Storii purin de Gèsa,

lianbn hononiR do l'Iniiltat rojtl grud-dueal de Liuemboiirg

«t le la Société de Géographie de la pimlnce d'Ono, Unréat de la Société de Géogn[4ile

de PiHi et de la Sodélè Ubrc d'tmulatkB

do Commecce et de rliidiuDle de la Sebe-Infirietut , etc., ete-i

Paris

Maisonneuve et C*, Libraires-Éditeurs, quai Voltaire, 35.

La première dreufe par Louis Joliet en 1674.

ri

H 1674, quand il revint du Missîssipï, Louis Joliet dressa la carœ des pays qu'il avait par- * courus.

Il a iait de cette carte plusieurs copies qui diffèrent assez sensiblement par leur nomenclature et leur tracé. Toutes sont restées inédites ■, alors que le croquis rudimentaire de Jacques Marquette, son compagnon de vojrage, avait quatre fois les honneurs de l'impression '.

1 Nicolas de Fei les a utilisées pour sa grande et belle carte intinilée : L« Cours du Miuiuipi ou de S* LaSU Fameuse rivière de rAmerique Septentrionale aux Environt de laquelle se trouve U Pàla <^pelli Louisiane Dressée sur les Relations et Mémoires du Père Hamupin (sic), et de M" de la Salle, Totitl, Laotitan (sic), loustel, des Hayes,

Joliet, et le Maire, etc A Paris, Chez l'Auteur Isie du Palais à U

Sphère Rojrale 1718.

■ Par Gilmarjr Shea dans Disemierjr md Exploration cf (ftc Mùsissipi vaOty; New YoA, i85i.

Par le mime dans Rieit des voyages et découvertes du R. P. Jacques Marquette de la Compagnie de Jins, en Taitnie i6j3et aux suivantes; la continMoHon de set voyages par U R. P. AUouif,

La premièrei qui mesure i» X 0^67 j a pour titre : Carte de la descouuerte du S^ Jolliet ou l'on voit la eommumeation du Fleuue S^ Laurens auec les Lacs Frontenac, Erié, Lac des Hurons, et Ilinois. Le Lac frontenac est séparé par vu sault de demjre Lieue du Lac Erié, duquel on entre dans celuy des Hurons^ et par vne mesme Nauigation a celuy des Ilinois au bout duquel on va joindre la Riuiere diuine par vn portage de Mille pas qui tombe dans la Riuiere Colbert et se descharge dans le sein Mexique >.

Dans une bande de o">23 elle contient une lettre au comte de Frontenac *.

Elle reproduit, en Taméliorant, le tracé du lac Supérieur de la carte dessinée par les Jésuites après le retour de

et U Journal autographe du P, Marquette en 1674 et 1675, avec la carte de ton voyage tracée de sa main. Imprimé d'après le manuscrit original restant au Collège de S^ Marie, à Montréal; New-York, i855.

Par Félix Martin dans Mission du Canada. — Relations inédites de la Nouvelle'Frauce Ci672'*i67g) pour faire suite aux anciennes relations Ci6j5''i672J; Paris, Dounio), 1861, t. II.

Par M. le Major Warren dans Annual report ofthe chiefofengineers to the Secretary qf Warjbr theyear 1876; Washington, 1876.

i BiBLxaniÈQ.ui du Dipdr dbs Cabtbs de la Màbinb, Amérique Septentrionale, Canada. * M. H. Hab^isse, Notes pour servir à r Histoire, à la Bibliographie et à la Cartographie de la Nouvelle^ France et des pays adjacents, j545'J70o; Paris, Tross, 187a, N» ao3.

s Cette lettre a été publiée par M. P. Margry, dans la Revue Oouuiienne, livraison de janvier 1872, pp. 68, 69. (Art. Louis Joliet.)

Jacques Marquette K Elle donne à Tîle Royale le nom de Minong. Les Missions du Sault-Sainte-Marie et du S<- Esprit y sont indiquées.

On lit sur leMississipi : Riuiere Colbert -^ riuiere qui se descharge dans le sein Mexique. Il est représenté comme sourdant de trois lacs situés sur le 47^ degré de latitude septentrionale. La lettre au comte de Frontenac est comprise dans un grand cartouche placé à droite de la carte.

La vallée du Mississipi est appelée Colbertie ou Ame* rique Occidentale. Le Missouri est anonyme, ainsi que rOhiOy mais Joliet écrit sur cette rivière, quHl a tracée dans toute sa longueur : Route du sieur de la Salle pour aller Dans le Mexique.

Le Wisconsin est nommé Miskonsing et porte cette légende : Chemin ou Riuiere par lequel le S^ Jolliet est entré dans la riuiere Colbert qui se descharge dans le Mexique.

i Carte de la nouvelle découverte que les pères lesuites ont fait en Vannée 1672, et continuée par le P. Jacques Mariette de la mesme Compagnie accompagné de quelques français en Vannée j6j3,qu'on pourra nommer en français la Manitoumie,

« Cette carte se trouvait aux Estampes de la Bibliothèque Nationalei et n'a pu être retrouvée.

» Dans le tracé que nous avons vu, il y a au bas de l'angle gauche, un Jésuite en robe, instruisant des Indiens. Le grand fleuve 7 est nommé « Mitchisipi ou grande Riuiere ». ^

» Ce nom de Manitoumie provient d'un important manitou, espèce de divinité trouvée par le P. Marquette et Jolliet dant ces pays ». (M. H. Habmssb, Op. dt, N<» 20a.)

Thévenot a corrigé cette carte et l'a publiée, en 1681, dans son Recueil de voyages; Paris, Estienne Michallet, 1681.

La rivière des Illinois porte le beau nom de Riuiere de la Diuine.

Le canal de Niagara, les rivières de Détroit et de S.-Qair sont bien tracés. Le lac S. •Clair est appelé : Lac des Eaûes Sallées.

Le fort Frontenac est indiqué, ce qui donne à cette carte une date postérieure à 1674.

Dans une légende tirée mot pour mot d^une lettre que nous donnerons plus loin, Joliet dit : « Par vne de ces » grandes Riuieres qui viennent de TOuest et se deschargent » dans la Riuiere Colbert, on trouuera passage pour entrer » dans la Mer Vermeille, j^ai veu vn village qui n'estoit » qu^a vingt Journées par terre d'vne nation qui a corn- » merce auec ceux de la Californie, si j^estois arriué deux » jours plus tost i^aurois parlé a ceux qui en estoient venus » et auoient apporté 4 haches pour présent ».

Cette grande et belle carte commence à la longitude de Montréal. Elle donne bien le lac Saint-Louis et la section du Saint- Laurent jusqu^au lac Ontario.

Il importe de constater que, pour la dresser, Joliet s'est entouré de tous les renseignements recueillis par Cavelier de la Salle, les Pères Jésuites, Galinée, du Luth et qu'elle donne Tétat des découvertes à la fin de 1674 >.

Il en a fait une réduction de on49 sur oi°37 qui donne avec une petite variante la légende placée sur TOhio. Il y a

^ Cette carte a été décrite par M. Parkman dans son beau travail 7%e disccveryoftheGreatWest; Boston, Little Brown, 1869, pp. 23 (note) et 409.

dans Toriginal : Route du sieur de la Salle pour aller Dans le Mexique, et, dans la réduction : Riuiere par ou descendit le sieur de la Salle au sortir du lac Erié pour aller dans le Mexique.

Le titre est dans le haut, sur deux lignes ; la lettre au comte de Frontenac est au pied. Elle est signée Jolliet, comme dans la grande carte ^

M. Parkman mentionne une carte sans nom d'auteur et sans titre, de quatre pieds de long sur deux et demi de large, qu'il croit pouvoir attribuer à Cavelier de la Salle.

Tous les grands lacs, dit-il, y sont tracés dans toute leur étendue, avec une fidélité remarquable. Le lac Ontario est appelé ce Lac Ontario ou de Frontenac ». Le fort Frontenac est indiqué ainsi que les colonies iroquoises des côtes septentrionales. Le Niagara est une « Chute haute de X 20 toises par où le lac Erié tombe dans le lac Frontenao. Le lac Erié est le « Lac Teiocha-rontiong >, dit communément lac Erié >. Le lac Saint-Clair est le « Tsiketo ou lac de la Chaudière ». Le lac Huron est le « Lac Huron ou mer douce des Hurons ». Le lac Supérieur est le « Lac Supérieur ». Le lac Michigan est le ce Mitchiganong ou des Illinois ».

^ B1BL10THÈQ.UB DU D^PÔT DES Cabtes DE LA Mabine. Amév. Sept., Canada. — M. Habbisse, Op, cit., No 204. -^ M. Parkman, Op. cit., p. a3 (note).

s Une carte du Dépôt des Cartes de la Marine, Amer, Sept., Canada, de 01B42 X on>3o, classée par M. Harrîsse sous le millésime de 1679^. a pour titre : Lac TeiochonRontiong, dit communément Lac Erié. (M. Habbisse, Op. cit., N® 211.)

Une légende décrit ainsi le site de Chicago, sur le lac Michigan : « Les plus grands nauires peuuent de la » descharge du lac Erié dans le Frontenac jusques icy^ et » de ce marais ou ils peuuent entrer il n^ a que Mille » pas de distance jusqu'à la riuiere Diuine qui peut » les conduire à la riuiere G>lbert et de la au golfe de » Mexique ».

Cette carte, dit M. Parkman^ est antérieure au voyage de Joliet et de Marquette et postérieure au voyage dans lequel la Salle découvrit riUinois, ou au moins le Des Plaines, Tune de ses branches ; elle prouve que Ton savait, avant le voyage de Joliet, que le Mississipi coulait au golfe du Mexique.

Le cours entier de TOhio est tracé avec cette légende : « Riuiere Ohio, ainsy appellée par les Iroquois à cause de » sa beauté, par ou le sieur de la Salle est descendu ».

Le Mississipi, dit encore M. Parkman, n'est pas représenté sur cette carte, mais on y trouve une petite parde du haut Illinois : cela est très -significatif relativement à rétendue des explorations que la Salle fit Tannée suivante > .

M. Harrisse a fait de vaines tentatives pour retrouver cette carte. Cependant il n'a pas perdu ses peines. A la Bibliothèque du Dépôt des Cartes de la Marine il en a découvert une de o>°40 sur o«28 qui lui paraît être une section de celle décrite par M. Parkman.

Si rOhio s'arrête au saut et si le Mississipi ne s'y trouve pas, c'est que la marge de la carte coupe l'Ohio à la longitude de Louisville.

' M. Pabkman, Op, cit., pp. 406, 407 et 23 (note).

Rappelant la légende citée plus haut, M. Harrisse ajoute : « Ces mots « la riuiere G)Ibert » imposent à cette » carte une date postérieure à 1674 ; et si celle que possède » M. Parkman est du même cartographe que la section 9 que nous avons trouvée (les noms et les légendes sont en » tout semblables dans les deux) la carte est Tœuvre de » Louis JoUiet lui-même, car la section que nous avons » devant nous est tracée de sa main > >.

A la remarque de M. Harrisse^ qui est parfaitement fondée, nous ajouterons que le Mississipi reçut le nom de Colbert au plus tôt à la fin de 1674. Dans le cours de cette même année, Marquette rappelait Conception et Joliet Buade '. Dans les Relations des Jésuites on ne le trouve que sous le nom de grande Rivière 9, de Messi^Sipi 4 et deMissisipis.

Elle ne prouve donc rien quant aux premières découvertes de Cavelier de la Salle, et, comme nous Pavons déjà dit, il est regrettable qu^elle ait eu tant de poids sur les appréciations de notre savant ami M. Parkman.

L'éminent écrivain donne comme étant de Louis Joliet une grande carte de i^ sur oi°70, intitulée : Carte gnlle de la France Septentrionalle contenant la decouuerte

1 M. Habbisse, Op, du. No 2o5. — ^ Bibliothèope du DipÔT des Castes de la Mabine^ Amérique Sept,, Canada, Recueil A.

« V. Infrà, p. 34.

' Relation de 1670 (éd. de Québec), pp. 80, 91.

4 Relation de 1670, p. 100.

5 Relation de 167 1, pp. 24, 47.

du pays des Ilinois Faite par le Sieur Joliet. Un second cartouche contient cette dédicace : A Monseig. Monseigneur Colbert Conseiller du Rojr en son Coseil Royal Ministre et Secrétaire d^Estat Commandeur et Grand Trésorier des ordres de sa Majesté Par son très humble, très obéissant et tresjldelle seruiteur Dvchesneav Inten^ dant de la nou^ France >.

Cette carte représente le continent depuis le détroit de Hudson jusqu'au golfe du Mexique et depuis TAtlantique jusqu^à la Cfdifornie.

Une mer ouverte réunit la baie de Hudson au Pacifique.

Le S.-Laurent, les grands lacs et le golfe du Mexique sont représentés assez exactement.

Le Mississipi, nommé Messissipi, coule des environs de la mer du Nord au golfe du Mexique. Le long de son cours, au-dessus du Wisconsin, qui est appelé Miskovs, est une longue liste de tribus indiennes qui ne peuvent être reconnues bien qu'elles appartiennent à la confédération des Sioux.

L'Illinois et les trois grandes rivières de la rive droite du Mississipi sont anonymes. L'Ohio est appelé Ouaboustikou.

La carte entière est décorée de figures d'animaux du pays ou supposés tels. Dans les plaines occidentales il y a des autruches, des chameaux et une girafe^. La plus

1 BiBLioTHàQ,UB DU DÉPÔT DES Cabtbs db LA Mabine, Amer, Sept., Canada,

* On admettait alors sans hésitation les hypothèses les plus surprenantes. Pour ne citer qu'un exemple : le jésuite Le Mercier prenait pour des lions les grands ours brtms de la baie de Hudson. (Relation de 1667, p. 24.)

curieuse figure est placée sur la rive gauche du Mississipi, entre Tlllinois et TOhio. Elle représente en grisaille Fun des monstres dont Marquette donne une description que nous rapporterons plus loin.

Si cette carte est de Joliet, dit M. Parkman, elle fait plus d'honneur à son talent de dessinateur qu^à ses connaissances géographiques >.

M. Harrisse pense qu'elle est de Franquelin parce qu'elle est signée Johannes Ludouicus Franquelin pinxit '.

Pinxit veut dire que Franquelin a dessiné la carte, mais rien déplus. S'il l'avait dressée, n'aurait-il pas fait précéder pinxit de delineavit? Aurait-il dissimulé sa signature sous des caractères microscopiques et dans la bordure inférieure ? Tant de modestie ne pouvait convenir qu'à un dessinateur.

Il y a enfin une circonstance particulière et pour nous décisive. La description de M. Parkman, que nous avons vérifiée au Dépôt des Cartes de la Marine, répond exactement au tracé, très-caractéristique, d'une carte inconnue de Joliet que nous avons sous les yeux. De la comparaison attentive que nous avons faite de ces deux monuments il résulte que le tracé est de Joliet et le dessin de Franquelin. Ce qui pourrait être une addition de ce dernier, c'est Terre-Neuve et la partie méridionale de la Terre de Baffin.

Nous admettons toutefois, avec M. Harrisse, que cette

^ M. F. Paskman, Op, cit., pp. 409, 410. — BiBLiOTHÂQitn du D^pôt DB8 Cabtbs db la Mabine, Amer. Sept., Canada.

* M. Habbisse, Op. cit., No 214

carte est antérieure à la grande expédition de Cavelier de la Salle et qu'elle est conséquemment tris-importante pour rbistoire de la géographie.

La pièce que nous allons étudier et dont nous donnons une réduction, est plus importante encore. Elle a été construite et dessinée par Joliet lui-même aussitôt son retour à Montréal. C'est la plus ancienne carte que nous ayons du Mississipi. Son antériorité résulte expressément de son imperfection ainsi que des changements faits dans les légendes et dans la lettre au comte de Frontenac.

Elle fait partie d'un atlas de cartes anciennes et rares, les unes gravées, les autres manuscrites, et toutes relatives à PAmérique.

Cet atlas a été acquis par notre ami M. Charles Leclerc, pour la librairie Maisonneuve.

Sur notre demande, il nous Fa gracieusement envoyé en communication avec permission d'y puiser autant qu'il nous plairait.

c Hélas f disait un jour M. d'Avezac, le poète romain nous l'a inscrit au front depuis des siècles : Chacun obéit à ses goûts ». Louis Joliet ayant, plus d'une fois déjà, fait l'objet de notre étude^ sa carte, sa première carte se présentant à nous entourée de la plupart des pièces qui la peuvent expliquer^ nous avons tout quitté pour nous livrer à son examen.

C'est une grande planche de o«85 sur o>»67.

Elle a pour titre, dans une banderoUe : Decouuerte de Plusieurs Nations Dans la nouuelle France en Vannée 1673 et 16 j 4,

G>mme celle dont il vient d'être parlé^ elle comprend TAmérique Septentrionale depuis le détroit de Hudson jusqu^au golfe du Mexique et depuis le golfe de S.-Laurent jusqu'à la Californie.

De même que le croquis de Marquette, elle donne les degrés de latitude et non les degrés de longitude. Peut-être faut-il attribuer à cette absence des longitudes les déformations du tracé.

Du détroit de la Floride à Tembouchure du S.-Laurent, la côte ne présente d'autre accident géographique que Tembouchure de deux rivières anonymes et la baie de Fundy^ encore cette baie est-elle faiblement indiquée. Long-Island, Terre-Neuve, les îles du golfe sont complètement omises. On lit sur la bande orientale^ en remontant du sud au nord : Cap de la Floride, La Virginie, Nouuelle Suéde, Baston et Acadie.

Le golfe S.-Laurent et la côte du Labrador sont représentés non moins sommairement.

La baie de Ungava est tracée avec une remarquable exactitude^ mais la grande presqu'île qui la sépare de la baie de Hudson est méconnaissable.

Depuis 1476^ époque à laquelle Jean de Kolno^ voyageant pour le compte de Christian II de Danemark, s'aventura dans le détroit qui prit plus tard le nom de Davis, beaucoup de marins étaient venus se heurter aux côtes de l'Amérique polaire : ils cherchaient un passage aux contrées merveilleuses décrites par Marco Polo.

En 1494, le 24 juin, Jean Cabot et son fils Sébastien découvrent la TierrcC de las Bacalaos et une grande île

qu^ils baptisent du nom de Saint-Jean. En 1497, le vieux Cabot et ses trois fils naviguent trois cents lieues dans le détroit de Davis. Uannée suivante, au mois de juillet, Sébastien est arrêté par les glaces entre le 56« et le 58* degré de latitude nord. En 1517, le 1 1 juin, il atteint 6/^ 3o\

En I SoO| Cortereal avait vu le détroit de Hudson ; dans la pensée que estait le passage déjà tant cherché il Tavait appelé Anian.

Après la circumnavigation de Magalhâes, la découverte des câtes occidentales avance rapidement. Seul le nord de l'Amérique reste encore soudé pour quelque tempsàPAsie. On admet alors une mer du Sud et les géographes supposent hardiment un grand canal- entre cette mer et la baie de Hudson.

Sur la foi de ces brillantes hypothèses, les marins s'élancent sur les traces des Cabot et des Cortereal. Martin Frobisher, en 1 5 76, vient chercher un abri dans la baie qui porte encore son nom. John Davis, en 1 586-88, pousse jusqu^au 73® de latitude nord, et William Baffin, en 1616, jusqu^au Smith's Sound, par 780.

En 1 6 1 0, Henry Hudson explore le détroit et (peut-être aussi) la grande baie qui reçurent son nom. Thomas Button passe rhiver de 1 6 1 2-1 6 1 3 à l'embouchure de Nelson River et reconnaît toute la côte occidentale de la baie. Il est suivi, en 1619, par le danois Jean Munck dont le nom figurera pendant quelque temps sur les cartes françaises. En i63i, Luke Fox visite la côte orientale et Thomas James hiverne à Textrémité méridionale dans la grande échancrure qui porte son nom. Médard Chouard des Groseilliers et Pierre- Esprit de Radison fondent sur Rupert's River, en i663,

le fort Charles qui deviendra la première pierre de la puissance anglaise sur la baie de Hudson. En 1671 et 1672, le jésuite Albanel, marchant sur les traces de Gabriel Drueilletes et de Claude Dablon^ parvient par le Saguenay et la Nemiscau jusqu^au sud de la baie James.

Les géographes transportaient sur les cartes les renseignements qu^ils pouvaient recueillir. Beaucoup donnaient dans la haute fantaisie^ mais ceux qui suivaient Pécole de Mercator opéraient scientifiquement et arrêtaient leurs tracés aux limites du connu. A travers mille fluctuations, on arrive aux magnifiques cartes de Hondius, Theureux possesseur des planches du a père Gérard », et Ton voit sur r America Septentrionalis, des environs de i63i >, la baie de Hudson entièrement et correctement tracée >.

La cartographie française restait fort en arrière. Champlain, sur sa carte de i632y donnait un tracé conjectural; Nicolas Sanson, en i65o et i656, faisait plus mal encore; Louis Joliet a tout simplement copié Champlain, et même d^une main peu habile.

Il indique très-sommairement le grand prolongement qui forme James Bay et il en place par 59® latitude nord, au lieu de 620 Sg^ la pointe qui la termine à Test. Deux rivières sont indiquées comme tributaires de la baie de

^ L'exemplaire que nous avons sous les yeux (atlas Leclerc-Maisonneuve) est avant la lettre et nous ne pouvons préciser davantage.

s Cela ne veut pas dire qu'elle est parfaite. Nous remarquerons même que Southampton Island y devient une presqu'île ; que Mansell Island, appelée Manssflald, est trop au sud de près d'un degré et de dimensions exagérées ; que James Bay est coupée du sud au nord par une grande péninsule.

Hudson. L^une, peut-être TAlbany, se dirige d^est en ouest, puis incline un peu au sud vers le lac Supérieur ; Fautre, plus septentrionale, est probablement la Severn. La Nemiscau, maintenant Rupert^s River, que le jésuite Albanel descendit en 1672, n^estpas indiquée.

Joliet fait tourner la côte à Touest, au cap Henrietta- Maria, par 55<> 10^ de latitude nord, limitant ainsi à James Bay la baie de Hudson. A partir du cap Henrietta-Maria, une Mer Glaciale s^étend indéfiniment au nord et réunit au Pacifique la baie de Hudson. Cette mer reçoit un grand fleuve qui coule du sud au nord et prend sa source sur le 47e parallèle, dans un lac. C'est probablement Nelson River et le lac Winipeg. Les Jésuites connaissaient depuis longtemps la rivière Nelson. L^auteur de la Relation de 1660 donne même la situation de son embouchure : 57^ latitude nord et longitude 270** ».

Devant Fembouchure du fleuve que nous identifions avec le Nelson, Joliet place une grande île avec cette légende : Les Saunages habitent cette Isle, Quelle île ? Probablement celle de Southampton, bien qu^elle soit distante d^environ 385 milles nautiques.

On doit reconnaître que la géographie du nord était peu connue de Joliet. Il est bien vrai que ces contrées étaient peu visitées des Français ; mais on n^ignorait pas à Québec les tentatives des Anglais pour découvrir le passage nordouest ; et comment pouvait-il admettre que le Pacifique

* La latitude est exacte. Quant à la longitude, qu'il a dû compter du méridien de Paris, il s'est trompé de près de 60. La longitude du port Nelson étant de 940 46', il aurait dû trouver 2650 54' au lieu de 2700.

se réunissait, par 52^ 3o\ à la baie de Hudson, qui est navigable une partie de Tannée^ alors que Button, Munck, James et les autres n^avaient pu trouver le passage quMls cherchaient avec tant de persévérance?

Louis Joliet n^en savait pas plus sur la géographie de rOccident que sur celle du Nord.

Sa carte s^arréte sur la longitude du golfe de Californie, et il écrit sur ce golfe : Mer Vermeille ou est la Califoumie par ou on peut aller au Pérou au Japon et a la Chine.

En 1541, après les explorations de Hernando Cortez, de Francisco de UUoa et de Hernando de Alafcon, le pilote Domingo del Castillo fit la carte du golfe de Californie *. Bien que ce document soit resté manuscrit, toutes les cartes du xvi^ siècle représentent la Californie comme une presqu'île. Ce tracé se trouve encore dans une carte de Hondius de i63i.

Mais un peu plus tard, dans sa carte America Septentrionalis, le même Hondius fait une île de la Californie. « Pour les premiers géographes 9, dit-il dans une légende que nous traduisons textuellement, « la Californie fut considérée comme faisant partie du continent; mais il résulte de certaine table, prise par les Hollandais aux Espagnols, que c'est une île dont la plus grande largeur

*- Elle a pour titre : Domingo del Castillo Piloto mefecit en Mexico aho del Nacimiento de N, S. lesu Chisto fsicj de M. D. XLI. Elle a été publiée pour la première fois en 1770 par Francisco Antonio Lorenzana dans sa Historia de Nueva-'Espaha escrita por su esclarecido conquistador Heman Corte^, aumentada con otros documentos, y notas; Mexico, Imprenta del Superior Gobiemo, 1770.

est de 5oo lieues. Depuis le cap Mendocino jusqu'au cap Saint-Lucas, cela est reconnu par des témoins, par la table et par François Gaule, elle a de longueur 1700 lieues > ».

Une vingtaine d'années plus tard, en i556, Nicolas Sanson, d'Abbeville, écrivait, probablement d'après Hondius : c La Californie a été estimée longtemps n'être 3) qu'une presqu'île. Les Hollandois ayant pris dessus ces 3 mers un vaisseau espagnol qui en avoit reconnu le » circuit et dressé la carte, ont vu que ce n'estait qu'une 3 île^ ». C'est ainsi, comme le remarque M. Vivien de Saint-Martin ?, que s'établit cette erreur bizarre, après les reconnaissances précises d'UUoa, d'Alarcon et de Viscaino.

Tous les cartographes, Guillaume Blaeu excepté, reproduiront consciencieusement cette erreur jusqu'en 1724, c'est-à-dire pendant un siècle 4.

^ L'exemplaire de cette belle carte que nous avons sous les yeux est avant la lettre et fait partie de Tatlas Leclerc-Maîsonneuve. Nous lui donnons le nom de Hondius parce qu*elle est de même facture que YAmericœ pars Meridionalis , Amstelodami, Sumptibus Henrici Hondy, qui fait partie du même atlas. Elle rappelle dans deux légendes la date de i63i, ce qui nous porte à croire qu'elle fut gravée pourTatlasde z633-z634.

< N. Sanson d'Abbeville, VAmeriqve en plvsievrs cartes nowelles et exactes, etc en divers traite:^ de géographie et d'histoire, Paris, chez Tavteur, z656, in-40, p. 28.

8 M. Vivien de Saint-Mabtin, Nouveau dictionnaire de Géographie universelle ; Paris, Hachette, 1878, verho Californie.

* Après Hondius et Sanson nous pouvons citer entre autres : Jaillot (1674), du Val (1679), William Berry et Coronelli (1680), N. de Fer (1698, 1700, 1705, 1717)9 Christian LeClercq (1692), Guillaume de nsle(i7oo, 1703).

Louis Joliet n^était pas homme à résoudre un pareil problème ; il attachait peu d^importance au tracé des contours du continent et ne consultait pas les vieilles cartes qui pouvaient Téclairer. Il accepta donc sans discussion les conjectures de Hondius et de Sanson.

Pour le golfe du Mexique^ il avait le choix des cartes allemandes, espagnoles et françaises. S^il a fait un tracé sommaire, c'est de parti pris.

Il ne pouvait donner les embouchures du Mississipi^ qui n'ont été relevées qu'en avril 1682, par Cavelier de la Salle; mais ses observations personnelles et les rapports des Indiens ne lui laissaient aucun doute sur la direction de ce beau fleuve. Alors que Claude Dablon venait encore d'écrire < que le Mississipi se jetait dans la mer du Sud (le Pacifique), Joliet put affirmer qu'il coulait au golfe du Mexique.

Si pour tracer le cours du bas Mississipi Joliet n'avait que ses conjectures et les récits très-incertains des sauvages^ pour le golfe du S.-Laurent il avait la carte de Jean Denis, de Honfleur (i5o6)*; pour le cours du Saint-Laurent, chanté avec tant d'amour et d'admiration par notre ami

^ Relation de 1671 et 1672, p. 42.

t «c Et je trouve dans de bons Mémoires qu'en 1 5o6, un habitant » de Honfleur, appelle Jean Denys, avoit tracé une carte du Golphe, » qui porte aujourd'hui le nom de Saint-Laurent ». (Chaslevoiz, Histoire et description générale de la Nouvelle France ; Paris, 1744, in- 12, tome I, p. 5).

Benjamin Suite ^, il avait celles de Marc Lescarbot (1612)^ de Samuel Champlain [i632), de Nicolas Sanson (i65o), deCreuzlus (1660) et beaucoup d^autres, tant françaises qu'étrangères. Son tracé du Saint-Laurent est cependant aussi très-sommaire.

Sur la rive gauche il indique Tamorce du Saguenay et Tadoussac, où, depuis le temps de Jacques Cartier, les Normands et les Malouins venaient faire le commerce des fourrures ^

Au mois de mai 1661, les PP. Gabriel Drueilletes et Qaude Dablon avaient remonté le Saguenay jusqu'au lac Saint-Jean, qui était déjà connu 4 ; par la rivière du Saint- Sacrement (Haut Saguenay) ils avaient atteint le lac Nekouba (Miskouaskame?) par 40® 45' latitude nord et

1 M. Benjamin Sultb, Les Laurentiennes ; Montréal, 1870, petit in-8o.

< Lescarbot appelle le golfe : Golfe de Canada, et le fleuve : La grande R. de Canada,

3 Chakplain, Des Savvages ou voyage de Samvel Champlain, de Brovage, fait en la France Nouuelle, Van mil six cens trois, etc ; Paris, Clavde Monstr*œil, 1604, f» i3 verso.

Les neveux et les parents de Jacques Cartier n'avaient pas cessé, au temps de Champlain, de fréquenter le Canada. (Faillon, Histoire de la Colonie Française en Canada; Paris, Lecofire, i865, t. I, p. 62).

4 Creuxius, sur sa carte Tabula Nova Francia, de 1 660, le trace assez exactement, tout en le plaçant beaucoup trop au nord et à Touest. CHistoriœ Canadensis, sev Novce Francice libri decem. Ad Annum vsqve Ckristi MDLVI ; Parisiis, S. Cramoisy et S. Mabre Cramoisy, 1664).

'j'j^ 20' longitude ouest, sur la ligne de faîte qui sépare le bassin du Saint-Laurent de celui de la baie de Hudson *.

En 1 671 -1672, comme nous Tavons déjà dit, le jésuite Albanel était parvenu jusqu'à la baie de Hudson 2.

En sa qualité d'ancien élève des PP. Jésuites, Joliet ne pouvait ignorer ces excursions. Pourquoi ne les mentionne-t-il pas ? La rivière Saint-Charles ?, qui baigne Tune des faces du promontoire sur lequel les Français ont élevé Québec 4, est sans nom, comme dans la carte de

1 Relation de 1660 et 1661, pp. i3 et seq.

2 Relation de 1671-1672, pp. 42 et seq.

8 Jacques Cartier y passa l'hiver de i535 à i536 et la nomma Sainte-Croix. CBrief récit et succincte narration, de la nauigation faicte es ysles de Canada, Hochelage et Saguenay et autres, auec particulières meurs, langaige et cerimonies des habitans d'icelles : fort délectable à veoir ; Paris, Ponce Rossetdit Faucheur, i545, fo 14 recto et passim. — Réimpression de Mt d'Avezac, pour la librairie Tross; Paris, i863). On ne connaît que 2 exemplaires de Tédition originale de cette relation ; l'un appartient au Musée Britannique ; l'autre est celui de la Bibliothèque de Rouen que nous avons présenté à la Société de Géographie de Paris. (Bulletin, série VI, tome XIII, pp. 323 et seq.).

Cette rivière fut nommée Saint-Charles en 1621, en l'honneur de Charles de Ransay des Boues, grand vicaire de Pontoise, bienfaiteur des Récollets. (Ch. Le Clercq, Premier établissement de lafoy, 1. 1, p. 166.)

4 Dans la relation de son voyage de i6o3, Champlain écrit le nom de Québec, et c'est la première fois qu'il est écrit dans une relation. Il ne s'appliquait pas à la ville de Québec, qui n'existait pas encore : c'était le nom que les Micmacs donnaient à cet endroit du Saint- Laurent. Dans leur langue, québec signifie détroit ou rétrécissement d'une rivière. (Champlain, Op. cit., f» 1 5 recto. — Paillon, Op. cit., t. I, pp. 80 et 496)»

Cbamplain (i63a). Llle qui reçut de Jacques Cartier le nom d^Orléans, qu^elle porte encore, est mal placée au sud de Québec et le tracé du Saint-Laurent ne fait pas ressortir l'importance stratégique de cette ville. On trouve ensuite ]a rivière Saint-Maurice, qui est anonyme, et le comptoir de Trois-Rivières >. Le lac Saint-Pierre n'est pas indiqué, non plus que le lac Cbamplain qui cependant se trouve non-seulement sur les cartes de Cbamplain, mais sur celles de Hondius (i632 ou i633) et de Nicolas Sanson (i65o). Les lies Jésus et Montréal (qu'il nomme, comme Jacques Cartier, Mont Royal) ^ sont grossièrement figurées. La rivière Saint-Jean ou les Mille Iles, la rivière des Prairies ^, le grand bras du Saint-Laurent oîi Cartier fut arrêté par les rapides de la Chine ', et que Cbamplain remonta jusqu'à l'tle Saint-Paul , sont représentés d'une façon tout k fait rudimentaire.

A fin t6o3, lo a 3 ou le 24 juin, Cbamplain examina très-attentivement cet endroit et trouva qu'il était très-convenable pour le siège d*un ëtablittement. (Champlain, Voyage de i6o3, f^ i5-z8.) Le 4 fulllet 1634, il y fît commencer la construction d'une habitation fortifiée. Ritatiom des Jésuites. {Relat. de 1634, éd. de Québec, p, 91, col. a).

* Des Prairies découvrit fortuitement cette rivière et reconnut en même temps que le Mont Royal était dans une île. ^Relations des Jésuites, Rel, de 1640, édit. de Québec, p. 34). D'après Champlain (Voyage de t632, pp. i56 et zSg) il remonta le Saint-Laurent en 1660, pour faire la traite des pelleteries. Pour Jean Alphonse Saintongeois, Hochelaga ou Montréal était une terre ferme contigué au cap Figuier et au Pérou. Jacques Cartier et Lescarbot ne croyaient pas non plus que Hochelaga fut une île. (Faillon, Op, cit., 1. 1, p. 82).

• Brief récit, f<» ay. — Faillon, Op, cit., p. 5oo.,

La grande rivière Ottawa suit le parallèle moyen de 45" 3o\ comme dans V America Septentrionalis de Hondius I. Joiiet a parcouru jadis le pays des Ottawas : il a fait le relevé du fleuve; il en a donné une description à Galinée, en 1 669, quand il le rencontra sur le lac Erié. Son tracé est loin cependant de valoir celui de Galinée. On doit surtout lui reprocher de n^avoir pas indiqué le Long^Saut où dix-sept Français, un Huron et quatre Algonquins ont sauvé la colonie en résistant, pendant huit jours, à sept ou huit cents Iroquois. Ce combat, qui se termina, le 21 mai 1 660, par la mort de ces vingt-deux hommes, est le plus beau, le plus héroïque que l'histoire ait enregistré. Charles voix n^en parle pas; les Relations le mentionnent à peine : Joiiet ne Tignorait pas et aurait dû tout au moins en marquer la place *.

Joiiet réunit TOttawa au lac Nipissing par la Mattawa. Il est imité par Galinée. Cest une erreur empruntée peut-

1 N. Sanson CAmér. Sept. i65oj, qui la confond avec le bras du Saint-Laurent qui sépare l'île de Montréal de l'île Jésus, l'appelle R. des Prairies et lui donne, jusqu'au lac des Nipissiriniens, une direction exacte. Sur sa carte de i656, il la laisse anonyme et donne le nom des Prairies à une rivière plus occidentale qu'il est impossible d'identifier avec quelque certitude. Christian Le Clercq (i 691) la fait sortir du lac Huron qu'il appelle lac d'Orléans.

s L'abbé Paillon attribue à la religion tout l'honneur de ce glorieux combat. II nous semblerait plus juste de l'attribuer au patriotisme fortifié par le sentiment religieux.

Le savant abbé a retrouvé et publié le nom de ces héros. Il ne pouvait terminer mieux son émouvant récit.

(Paillon, Op. cit., t. II, pp. 397-418.)

être à N. Sanson ^ La branche septentrionale de POttawa est tracée assez régulièrement, mais le chapelet de lacs traversé par ce grand cours d'eau n'est pas indiqué.

Au nord du lac Nipissing, que Champlain appelle Biserenis^ Sanson Nipissiriniens, Galinée Lac des Nipwsiriniens ou des Sorciers, Joliet place la nation Nipissing >.

La French River est représentée comme un étroit cours d'eau. Galinée la figure beaucoup mieux et lui donne son nom de Rivière des Français.

Sous sa forme rudimentaire, la carte de Joliet accuse

1 N. Sanson, sur ses cartes de i65o et i656, avait commis la même erreur. Guillaume de Tlsle (carte de 1700) l'a évitée, mais nous la retrouvons de nouveau dans l'atlas de Stieler (Verein-Stoaten von Nord'America, Mexico, Yucatan U. A, i8j8j. Hughes et la carte dressée en 1871 pour le recensement du Canada doivent être suivis. Cette dernière carte surtout repose sur des travaux topographiques considérables exécutés par le Département de l'Agriculture en vue de la délimitation des circonscriptions territoriales. Elle ne fait pas communiquer la Mattawa avec le lac Nipissing. Le petit lac Trout, que cette rivière forme à sa source, reçoit un ruisselet qui vient des environs et non du lac Nipissing. Nous entrons dans ces détails par respect pour la grande et belle œuvre de Stieler.

< Champlain plaçait cette nation au sud du lac, mais il se trompait. Il se trompait également sur le cours de l'Ottawa.

Le peuple qui donna son nom à ce lac est appelé par Gabriel Sagard Epicerinyen ou des Sorciers, « Ce peuple Epicerinyen est n ainsi appelé Sorcier, pour le grand nombre qu'il y en a entr'eux, et » des Magiciens, qui font profession de parler au Diable en des petites » tours rondes et séparées à l'escart qu'ils font à dessein, pour y » recevoir les Oracles et prédire ou apprendre quelque chose de leur » Maistres ». cLe Grand voyage au pays des Hurons, Paris, i632, 1"* part., p. 74; Paris, Tros, i865, I** part., pp. 5o, 5i).

pour cette partie un progrès sur celles de Nicolas Sanson et de Creuxius. Il ne réunit pas, comme le premier, rOttawa à la rivière Saint-Maurice et au Saguenay ; il ne commet pas, comme le second, cette étrange bévue de faire couler des rivières du détroit et de la baie de Hudson au Saint-Laurent.

Sur la rive gauche de TOttawa, Joliet place la nation MataSan.

D'après Joliet, le Saint-Laurent formerait trois rapides entre sa sortie du lac Ontario et son confluent avec rOttawa I . Champlain en avait marqué quatre et Charlevoix en indiquera huit : Les Cascades, Le Buisson, Les Cèdres, Le Coteau du Lac, Le Moulinet, Le Long-Sault, Plat et Les Galots >. Joliet marque aussi trois îles anonymes. Lesquelles ?

Le lac Ontario, que Champlain a traversé du sud au nord, en i6i5, a souvent changé de nom. Joliet rappelle Lac Frontenac ou Ontario, Pour Champlain, c'est le Lac S. Louis; pour Hondius, le Lac des Iroquois; pour

1 Ce sont ces rapides que Cartier ne put franchir en i535 quand il fît la découverte de Hochelaga (Montréal), et qui arrêtèrent Champlain en i6o3. (Brief récit et succincte narration, delà nauigation faicte es ysles de Canada, Hochelage, Saguenay et autres, etc.; Paris, i545, p. 27. — Réimpression de M. d*Avezac. — Champlain, Voyage de i6o3, pp. 21, 22).

* Chablevoix, Journal d'un voyage fait par l'ordre du Roi dans l'Amérique Septentrionale, à la suite de Histoire et description générale de la Nouvelle France; Paris, 1744, in-ia, tome V pp. 281-287.

Sanson, Y Ontario de S^ Lqys (i65o), V Ontario ou Lac de S. Louys (i656) ; Tauteur de la carte dressée pour la campagne de 1666, contre les Agniers, rappelle : Lac Ontario ou le grand fleuve des Iroquois, En 1691, le P. Christian Le Clercq lui rendra le nom de Frontenac en attendant qu'il reprenne celui d* Ontario qu'ail avait reçu des Indiens.

Le fort de Frontenac est indiqué, mais non la mission sulpicienne de Kenté que Fénelon et Trouvé avaient fondée en 1668.

Au nord-ouest il marque, sans les nommer, la rivière Humbert, le lac Simcoe, ainsi que la Severn qui réunit ce lac à Georgian Bay (l* Iroquois See de Stieler).

Il a figuré grossièrement la côte méridionale quand il lui suffisait, pour faire un tracé correct, de consulter Galinée, son ancien compagnon^ qui la « donne assez exactement > ».

Il supprime le canal de Niagara et réunit le lac Frontenac au lac Erié par un détroit comme celui de Gibraltar. Il marque cependant la cataracte par des points et par cette

A « Lac Ontario. J*ai passé du côté du sud que je donne assez ezac- » tement ». (Carte du pays que MM. Dollier de Cassen et de Galinée, missionnaires de 5' Sulpice, ont parcouru, dressée par le même M' de GalinéeJ. Voir la réduction donnée par Tabbé Paillon, Histoire de la Colonie française du Canada, t. III, p. 3o5.

L'original de cette carte est perdu. Une copie faite pour la bibliothèque du parlement canadien est également perdue. Toutes les recherches faites par notre ami M. Benjamin Suite, d'Ottawa, n'ont pas donné de résultat. Cette double perte est d'autant plus regrettable que la réduction de l'abbé Paillon ne reproduit pas toutes les légendes de l'original.

légende : Sault — portage de detnilieue. Galinée, qui ne connaît le Niagara que par les rapports des sauvages, le donne beaucoup plus exactement.

Pour Champlain, le lac Erié est tout simplement un gonflement du Saint-Laurent. Sur sa carte de i632 ce lac est anonyme, sur celle de 1643 il est appelé Lac Derié. En i65o, N. Sanson le trace assez bien, mais sans nom ; en 1 656 il lui donne le nom de L Erié ou du Chat, et son tracé perd beaucoup en exactitude. Cavelier de la Salle rappellera Conty^ mais le vieux nom d'Erié finira par prévaloir «.

Dans la carte de Joliet ce lac est méconnaissable. Il forme un triangle équilatéral dont le sommet est aux chutes du Niagara.

Galinée, qui en a vu les côtes septentrionales, se trompe aussi quand il fait de Long Point Island une grande péninsule. Malgré cette déformation^ le tracé, pris dans son ensemble, est d'une exactitude remarquable.

Joliet supprime le canal de Détroit, le beau lac Saint- Clair et la majestueuse rivière Saint-Qair > qui reçoit,

^ Ce nom de Conty se conservera chez les Récollets jusqu'en 1691, époque de la publication du Premier établissement de la foy^ mais les Jésuites ne l'accepteront pas : ils conserveront toujours celui ^Erié ou hoc de la Nation du Chat.

s Galinée représente bien cette contrée, mais il écrit sur la rivière Saint-Clair une légende qu*il aurait mieux fait de négliger. « Ici », dit-il, « était une pierre idole des Iroquois que nous avons mise en » pièce et jetée à l'eau ». C'est du fanatisme, ce que Voltaire appelait « une folie religieuse sombre et cruelle ». C'est avec ces sottises

pour les porter au lac Erié, les eaux du lac Huron. Il réunit ces deux lacs par 38° 3o^ de latitude nord et place sur le 45°, un degré trop au sud, la côte septentrionale du lac Huron.

Sur la carte de Champlain, de 1 632, on lit cette légende : Mer douce. Descouuertures de ce grand lac, et de toutes ses terres : depuis le sault S. Louis par le S^ de Cham* plain^ es années 16 14 et 16 15, iusques en l'an 16 iS.

Le tracé de Cbamplain est très -défectueux. La côte septentrionale est assez correctement indiquée, mais le lac est tellement aplati du nord au sud que la côte méridionale se trouve presque sur le même parallèle que la côte septentrionale du lac Ontario. Le lac Supérieur est pour ainsi dire dans le prolongement du lac Huron.

Dès i63i on trouve trace sur la carte de H. Hondius (America noviter delineataj de FOttawa, dePîle des Allumettes et du lac Nipissing, des lacs Frontenac et Huron.

Joliet forme du lac Huron une seule masse. On y voit bien la Grand Manitoulin Island, si célèbre dans les légendes indiennes, mais non la partie péninsulaire du comté Grey qui forme^ avec la Grand Manitoulin^ la séparation entre Georgian Bay et le lac Huron proprement dit.

Dans le prolongement ouest de Grand Manitoulin il place les deux grandes îles qui portent maintenant les

qu*0Q allume et qu*on attise les haines et les guerres ; c'est par ce beau zèle qu'on étouffe la mémoire du passé. Le fanatique est la peste de Thumanîté.

Qui nous dit que les Iroquois n'ont pas fait payer cher aux chrétiens la destruction de cette idole ?

noms de Cockburn et Drummond. A Test, dans une direction nord-sud^ il en place quatre petites dont il est impossible de faire Fassimilation. Tout ce que Ton peut dire avec certitude, c'est qu'elles appartiennent à la baie des Iroquois.

N. Sanson, qui connaît le lac Huron sous le nom de Karegnondi, Creuxius^ qui le nomme Mare dvlce seu Lacvs Hvronvm, Galinée, qui Tindique sous le nom de Michigané ou mer douce des Hurons », retendent démesurément à l'ouest et le confondent avec le lac. Micbigan ou des Illinois 2.

La rivière Sainte-Marie doit son nom aux PP. Jésuites. Elle est encombrée d^îles et de rapides retentissants. Joliet la trace mieux que Sanson et moins bien que Galinée.

Des points rouges et cette légende : Le Sault S. Marie, indiquent le déversoir du lac Supérieur, restes de là chaussée anciennement construite, par le dieu du lac, pour arrêter les eaux des rivières et du lac Alimipegon (Nipigon) i. Les îles n'ont pas leurs dimensions respectives et ne sont pas à leur place ; on reconnaît cependant sur Sanson et Creuxius un progrès considérable. Ce dernier surtout, qui représente assez correctement les rivières de Niagara , Détroit et

1 Galinée donne le nom de Lac des Hurons à Georgian Bay« qu'il trace d'ailleurs avec une grande exactitude.

< Christian Le Clercq lui donnera le nom de lac d'Orléans, mais là encore, c'est l'appellation indienne qui prévaudra.

3 Cette curieuse légende a été recueillie par Charlevoix, Journal, t. V, p. 4x5.

Saint-Qair^ supprime complètement la verte et bruyante Sainte-Marie.

Le lac Supérieur^ que les Indiens appelaient Kitchigami, Champlain Grand Lac (i632), Grand Lac des Nadoues-siou (1643), SsLTison Lac Supérieur^ Johannes Janssonius (1657) Grand Lac, Marquette Lac Supérieur ou de Traçy \ est tracé très-sommairement, mais plus correcte-

^ Le P. d*Allouez dit, dans la Relation de 1667, p. 8, que ce lac portera désormais le nom de Tracy, en l'honneur du gouverneur général. Cependant il prendra celui de Condé dans la carte du P. Chr. Le Qercq, de 1691, réduite par La Potherie, en lySS^ et comprise dans son second volume de V Histoire de l'Amérique septentrionale.

Comme nous l'avons dît, le Lac Supérieur est tracé sur la carte de Champlain de z632. En 164a, les Jésuites reçurent une députation d*Algonquins qui, sous le nom de Saulteurs, occupaient les environs du Saut-Sainte-Marie. Jogues et Raimbault furent aussitôt envoyés dans ce pays. (Chablevoiz, Op. cit., t. I, p. 362). En i65o et i656, la partie occidentale de ce lac est grossièrement tracée sur les cartes de N. Sanson d*Abbeville. En cette même année i656, 5o canots d'Ottawas vinrent à Québec avec deux français qui habitaient depuis deux ans dans leur pays. Trente français devaient les accon\pagner, mais ils en furent empêchés par une excursion des Agniers sur le Saint-Laurent. (Faillon, Op, cit., t. II, pp. 355-56). En 1657, le lac Supérieur reprend sur la carte de Janssonius le nom de Grand Lac. En 1660, des sauvages allèrent à la baie de Hudson par le lac Supérieur et revinrent parle Saguenay (Charlevoix, Op. cit., t. II, p. 98). D'après la Relation de cette année, p. 9, le lac Supérieur a déjà été beaucoup exploré. Les sauvages le considéraient comme une divinité et lui faisaient des sacrifices. Charlevoix fJoumal, t. V, p. 414) croit être bien perspicace en observant que leur culte devait s'adresser à la divinité du lac et non au lac même.

En 1661, le P. Ménard fonde dans la baie de Sainte-Thérèse, au sud du lac, la première mission chrétienne. rRel. de 1664, pp. 3-6). En

ment que le lac Huron et le lac Erié. Une petite langue de terre marque la grande presqu'île de Kerwenaw Point.

Les missions de Sainte-Marie-du-Sault, de Saint-Ignace, de la Pointe-du-Saint-Esprit ne sont pas indiquées. Cette omission est toute volontaire. Joliet connaissait la première au moins pour Tavoir vue à son retour < ; c'est de la seconde qu'il partit, avec Marquette, le 17 mai 1673; et comme il passa plusieurs années sur le lac Supérieur et chez les Ottawas, il est bien difficile de croire qu'il n'a pas connu la troisième.

Dans le lac Supérieur il place onze îles : quatre disposées en fer à cheval devant le canal de décharge ; trois au nord, probablement Slate, le groupe de Saint-Ignace et la grande

i665, Claude Allouez va prêcher la foy jusqu'à la Pointe-du-Saint- Esprit. rRel. de 1667, PP* 4 ®t seq.).

En 1667 et 1669, des Indiens vendent aux Jésuites des morceaux de cuivre provenant du lac Supérieur* fRel. de 1670, pp. 83-86. Paillon, Op. cit., t. III, p. 255). En 1670, François Mercier donne du lac une description détaillée. (Tiel, de i6jo, pp. 82-86). En 1672, un Français, nommé Perré, y trouve une mine de cuivre. fRel. de 16 j 2, p. 2). L'année précédente, 1671, les Jésuites réunirent à la Relation une carte du Lac Svperievr et avtres lievx ou sont les Missions des Pères de la Compagnie de lesvs comprises sovs le nom J^oviavacs,

Nous n'avons pu trouver sur la découverte de ce grand lac des renseignements plus précis. Il semble que c'est aux Pères Jésuites que revient tout l'honneur de cette découverte.

^ Il y laissa une copie de son journal de route. Cette importante pièce n'a pas été retrouvée. Force est de nous en tenir au récit très-sommaire recueilli de auditu par le P. Dablon et publié dans les Relations des années 1673 et 1674. ^Relations inédites de la Nouvelle France, Paris, Douniol , 1861, t. I, pp. 193 et seq.) Lettre de Frontenac du 14 nov, i6j4. (Arch. du Ministère de la Marine).

île Royale > ; quant aux quatre du sud-ouest, elles semblent figuier le petit archipel des Apôtres.

Quatre-vingts torrents viennent se perdre dans cette coupe de 8,5oo,ooo hectares. Joliet en indique un seul* dans une direction fieiutive et sans nom, le Saint-Louis^ à l'ouest.

Au nord-ouest du lac on lit : Nations du Nord; au nord : Assiniboels — Kilistinons; au nord-est, vers James Bay : Saunages de la mer; à Touest : NadSessiS.

La contrée située entre la baie de Hudson, le détroit de Davis et le Saint-Laurent, est désignée sous le nom de Labrador.

Si Joliet a mal tracé le lac Huron^ il faut lui rendre cette justice qu'il a réalisé un progrès considérable en séparant le lac Huron du lac Michigan.

Il a séjourné avec Marquette à la mission de Saint- Ignace, dans le détroit de Mackinaw, et put y apprendre des sauvages ou voir par lui-même que le lac Michigan est parfaitement distinct du lac Huron. Il put recevoir ce renseignement de Cavelier de la Salle, qui vit ces contrées en 1672, mais rien ne le prouve. Ce qui est certain, c^est que sa carte et celle de Marquette sont les premières qui donnent, bien que d*une manière très-imparfaite, la grande péninsule de Michigan .

A Dans Ui Relation de 1670, p. 85, les PP. Jésuites appeUent cette îles Minong, Joliet, dans Tune des cartes que nous avons décrites^ Guillaume de Tlsle ^Amérique septentrionale, 1700) et Nicolas de Fer Cours du Missisipi oudeS^ Louis, 17 18) lui conservent le même nom.

Le lac de ce nom est appelé par Joliet Lac des Illinois ou Missihiganin, par le P. Marquette Lac des Ilinois, par Ch. Le Clercq et la. Potherie Lac D'^auphin.

La baie des Puans ou Green Bay est assez bien représentée^ mais elle est mal orientée, surtout chez Joliet.

Au sud de Green Bay^ à Tendroit où Marquette place les PSteStami, Joliet marque la nation des Puans. La Fox River qu^il ne dénomme pas, sort du lac Winnebago. Du lac Winnebago, Joliet et le P. Marquette se rendent au village des MaskStens, où les PP. Dablon et d'Allouez avaient prêché en 1671, après avoir commis cette insigne sottise de précipiter dans la rivière, près du rapide de Kakalin, une statue de pierre qu^ils prenaient pour une idole. Les Maskoutens font bon accueil aux deu:i^ explorateurs et leur donnent des guides pour aller jusqu^au Wisconsin, que Joliet appelle Miskonsing et Marquette, dans sa relation^ Meskousing et Miskous.

En quittant les eaux du Saint- Laurent, ils entraient dans rinconnu. N'ayant pas connaissance de l'exploration de Jean Nicolet, déjà vieille de 38 ans^ ils croyaient être les premiers Européens qui voguaient sur cette large rivière encombrée d'îles couvertes de vignes.

Si ferme que soit le cœur d'un homme, l'inconnu lui cause toujours une certaine inquiétude. Le P. Marquette, qui était un brave homme et un homme brave^ ne cherche pas à dissimuler. « Avant de nous y embarquer, » dit-il, a nous commençâmes tous une nouvelle dévotion à la » Sainte Vierge immaculée que nous pratiquâmes tous » les jours, luy adressans des prières particulières pour

» mettre sous sa proteaion et nos personnes et le succez de » nostre voyage; et après nous estre encouragez les uns les » autres nous montâmes. en canot* ».

Cette rivière de Wisconsin les porte au Mississipi, en face d^un village Kitchigami, où ils arrivent le 1 7 juin 1673^ « avec une joie », dit Marquette, c que je ne peux » pas expliquer 3 ».

Marquette avait mis son voyage sous la protection de la « sainte Vierge Immaculée », et lui avait promis de donner à la grande rivière, s^il la découvrait, le nom de Conception. Il tint parole, ainsi qu^on le voit sur sa carte. Mais Joliet, qui n^avait pas pris cet engagement, Tappela, en attendant qu'il changeât d'avis, riuiere de Buade, en Thonneur du comte de Frontenac.

1 Thbvbnot, Recueil de voyages. — Découverte de quelques pays et nations de l'Amérique septentrionale. Paris, Estienne MichaUet, 1681, p. 9. — Mission du Canada. Relations inédites de la Nouvelle^France ; Paris, Douniol, 1861, t. II, p. 253.

s Le 17 juin 1873, un Canadien, M. Louis-H. Fréchette, écrivait, dans une longue pièce de vers à l'honneur de Joliet :

Jolliet! Jollietl' denx siècles de conquêtes, Deux siècles sans rivaux ont passé sur nos tètes, Depuis llienre sublime où, de u propre main.

Tu jetas d*ttn seul trait, sur la carte du monde. Ces vastes régions, zone immense et féconde, Futur grenier du genre humain !

(PfiLB-MÊLB, FaxTAISIES ET SotrVENIRS POÉTiaUCS*,

Montréal, 1877, pp. 6$ -7$.)

M. Fréchette ne savait pas que l*honneur de la découverte du Mississipi revient à Cavelier de la Salle.

L^avenir n'a pas ratifié les appellations de Joliet et de Marquette. Après s'être appelé successivement Conception, Buade, Colbert, Saint-Louis, le fleuve-roi a repris le nom de Mississipi (Grandes eaux) quUl avait reçu des Indiens.

Joliet le fait venir de trois lacs situés sur le 47* parallèle septentrional. A-t-il voulu représenter les lacs Winibigoshish, Cass et Pemidji ? Peut-être, bien que sa représentation ne réponde nullement à la réalité. En tout cas, il oubliait Tun des lacs, Tltasca^ la vraie source du Mississipi ', reconnue par Schoolcraft en 1 83 1 .

Marquette signale sur la rive gauche du Wisconsin, une mine de fer que Joliet indique sur sa carte.

En descendant la rivière de Buade ou Conception, Joliet et Marquette voient des choses bien surprenantes qui n'ont pas été signalées depuis, notamment un monstre qui avait la tête du tigre, le nez pointu du chat sauvage, la barbe et les oreilles droites, la tête grise et le col noir '. Le monstre n'en a pas montré davantage^ et c'est bien regrettable.

^ Le Mississipi, à sa sortie de Tltasca, mesure cinq mètres en largeur et trente-huit centimètres en profondeur. (M. Lucien Biabd, A travers V Amérique, Nouvelles et récits; Paris, in- 18, p. iqS). Les Français appelaient Tltasca la Biche, et les Indiens VOmouskosesaugauegoum. Schoolcraft rejeta ce nom « sept fois barbare » pour lui donner celui dltasca, qu'il a tiré de Veritas Caput, ce qui est passablement pédantesque. L'Itasca n'est pas rigoureusement la tête du fleuve, puisqu'il reçoit un clair ruisseau d'un peu plus d'un mètre de large, venu de l'étang sans profondeur de Dolly Varden. (M. Onésimb Reclus, Géographie. — La Terre à vol d'oiseau; Paris, Hachette, 1877, t. II, p. 288).

s Maeqjuette, Op, cit., éd. Thevenot, p. ii.

Joliet marque sur la rive droite trois villages SaSiatonon qui ne sont pas mentionnés par Marquette. Celui-ci n^a pas dû les voir, car il dit : a Comme nous ne sçavons pas » où nous allons^ ayant fait déjà plus de cent lieues sans » avoir rien découvert que des bestes et des oyseaux, nous » nous tenons bien sur nos gardes; c'est pourquoy nous ne » faisons qu'un petit feu à terre sur le soir pour préparer » nostre repas, et après souper nous nous éloignons de terre » le plus que nous pouvons et nous allons passer la nuit dans » nos Canots, que nous tenons à Tancre sur la rivière assez » loin des bords, ce qui n^empesche point que quelqu'un » de nous ne soit toujours en sentinelle, de peur de sur- » prise ' ».

Enfin à la hauteur du 38** 3o', suivant Joliet^ et du 40°, suivant Marquette, ils découvrent sur la rive des pistes d'hommes et un petit sentier. Ils prennent terre, laissent les canots à la garde de leurs compagnons et s^avancent à la découverte. Ils arrivent à des villages illinois qui leur font fête pendant cinq ou six jours.

Joliet place ces villages sur une rivière qui vient du nord-ouest et les appelle Illinois, Atontanta, Pana, Maha, PaStet, PeSarea, et il ajoute : 3oo cabanes 180 canots de bois de 5o pieds de long. Marquette fait former à cette rivière une île où se trouvent trois villages PeSarea, Cinq autres villages sont indiqués : Moingana, aux sources de la rivière, Otontanta, Pana, Maha et PahStet^ à l'ouest, dans les contrées lointaines qu'il réunit sous la rubrique : Nations esloignées dans les terres,

* MAaQ.uBTTE, Op, cit., éd. Thévenot, pp. i3, 14.

Joliet place sur le 87* parallèle et Marquette sur le 38« le confluent du Missouri, qui se trouve par 38» 3 3\ Joliet laisse cette rivière sans nom ; Marquette rappelle R. PekitanSij et il « espère par son moyen faire la découverte de la mer Vermeille ou de Californie ».

Joliet place sur sa rive droite, en en remontant le cours : MessSni, Kansa, Schagé, Parti et Minongio ; Marquette inscrit dans le lointain, à Touest : Schage, SecmessSrit, Kansa et Paniassa.

Un peu avant d^arriver à la Pekitanoui ou Missouri, ils ont vu les peintures de monstres dont Joliet, comme nous Pavons dit, donne sur Tune de ses cartes un curieux spécimen. Marquette en fit aussi un dessin, qui est perdu, mais dans sa relation il en fait cette description, qui mérite d'être citée :

« Comme nous costoyons, » dit-il, «c des rochers afireux » pour leur hauteur et pour leur largeur, nous vismes » sur un de ces rochers deux Monstres en peinture, qui » nous firent peur d'abord, et sur lesquels les Sauvages » les plus hardis n^osent arrester long-temps les yeux. Ils » sont gros comme un Veau, ils ont des cornes à la teste » comme un Chevretiil, un regard affreux, des yeux » rouges, une barbe de Tygre, la face a quelque chose de » Phomme, le corps couvert d^écailles, la queue est si » longue qu^elle fait tout le tour du corps, passant par- 9 dessus la teste, et retournant entre les jambes elle se » termine en queue de poisson ; le verd, le rouge et le noir » sont les teintes et les couleurs qui le composent : Au » reste ces deux Monstres sont si bien peints, que nous ne » pouvons pas croire qu^aucun Sauvage en soit l'auteur.

» puisque les bons Peintres en France auroient peine à si » bien faire, et d'ailleurs ils sont si haut élevez sur le » rocher^ quMl est difficile d'y atteindre commodément » pour des Peintres > ».

Après avoir bien observé ces deux monstres, ils franchirent le confluent du Missouri^ passage difficile, au moins pour leurs fragiles embarcations, et remarquent, sur la rive gauche, le confluent de TOhio. Ils nomment cette rivière SabSskigS et placent son confluent : Joliet par 35^ 25\ Marquette par 36®; en réalité, il se trouve par 87® io\ Les deux voyageurs se contentent de donner Tsimorce de TOhio et ne disent pas un mot de la découverte qui fut faite de cette rivière, en i66g, par Cavelier de la Salle. Dans ses cartes postérieures, Joliet, mieux instruit, tracera ce cours d^eau dans toute sa longueur et rappellera le nom de cet explorateur, mais Marquette paraîtra toujours Pignorer >.

Joliet place au sud de TOhio des villages ChaSanon^ Kaskinonba, Sabanghiharea , Matohah. Marquette indique au loin, à Test, les villages ChaSanon, Kakinonba, MatahalL

Continuant à voguer au sud, ils arrivent à TÂrkansa, qui se jette dans le Mississipi par 340 3o^ de latitude nord,

^ Maaq,uettb Op. cit., édit. Thevenot, p. 29 ; édit. Douniol, t. Il, pp. 275, 276. — Voir une curieuse note de M. Parkman, The discovery ofthe Gréai West, p. Sg.

s II est d'ailleurs à remarquer que dans leurs Relations de 1666 à 1672 les PP. Jésuites ne trouvent pas une seule fois Toccasion de citer le nom de Cavelier de la Salle.

mais que Joliet placera par 52° et Marquette par 33^40'. Ce dernier le représente par un simple trait et sans nom ; Joliet l'appelle rtuiere Battre. Il y avait alors à Québec un nommé Charles Bazire, fils de Jean Bazire, de la paroisse de Saint-Vincent (évêché de Rouen) ». Il était l'un des plus riches particuliers du Canada ^, et ne dut pas prendre part S Pexpédition ; mais il en a pu faire les frais et Joliet^ par reconnaissance^ aura pensé un instant à perpétuer son souvenir. Plus tard, comme on Ta vu, Joliet sacrifie au grand Colbert, et les noms de Bazire et de Frontenac disparaissent de ses cartes.

Marquette place sur la rive gauche du Mississipi, entre rOhio et TArkansa, les MonjSpelea ; au sud, en face du confluent de PArkansa, les Akansea ; à Touest, le long du Mississipi, Metchigamea; au-delà de la rivière Bazire, les villages Aiaichi , TanikSa, EmamSeta, Paniassay Papikaha, Akoroa, Matora, Atotchasi, Joliet indique

^ M. Tabbé Cyprien Tanguay, Dictionnaire généalogique des familles canadiennes ; Province de Québec, Sénécal, 1871, t. I, p. 33, verbo Ba:{ire, — Cette œuvre patriotique, qui a pour but de conserver le nom et la filiation des colons franco-canadiens, fut célébrée en trèsbeaux vers français par M. Louis-H. Fréchette. (Péle^Méle, Fantaisies et Souvenirs poétiques ; Montréal, 1877, PP* 3i-35).

Il y avait autrefois deux paroisses Saint-Vincent.' L'une Saint'^Vin-' cent ou Saint-Vincent-d'Obermare a été réunie à celle de Crasmesnil et forme la commune de Saint-Vincent-Cramesnil (arrond. de Neufchâtel). L'autre, Saint 'Vincent-^e^Nogent, a été réunie à Neufchâtel. (Abbé Cochet, Répertoire archéologique du département de la Seine-' Inférieure ; Paris, Impr. Nat, 1872, col. i55 et 249).

« Paillon, Op. cit., t. II, p. 239.

au nord de la Bazire un village Anelihigamea ; sur la rive droite de cette rivière, en allant du sud-est au nord-ouest : Atotiosi, Matora, Akoroua, Emamoueta, Papikaka, TanikSa, Aiahichi^ Pauiassa; sur la rive gauche du Mississipi, presqu'en face du confluent de TArkansa, quatre villages Akansea saunages.

Joliet et Marquette apprirent des naturels qu^ils pourraient, en cinq jours de navigation, descendre au golfe du Mexique , mais que ce voyage serait extrêmement dangereux, le fleuve étant fréquenté par des tribus trèsbelliqueuses, armées de fusils, et par les Espagnols qui ne manqueraient pas, s'ils les prenaient, de les réduire en servitude.

Marquette dit que la langue de T Arkansa était si difiicile qu'il ne pouvait réussir à en prononcer quelques mots. Il trouva par bonheur dans le pays un jeune homme qui entendait assez bien TlUinois. « Ce fut par son moyen », dit le jésuite, « que je parlay d'abord à toute cette assemblée » par les présens ordinaires ; ils admiroient ce que je leur » disois de I)ieu et des Mystères de notre sainte Foy, et ils » faisoient paroistre un grand désir de nous retenir avec » eux pour les pouvoir instruire » ».

Malgré leur admiration pour les discours du P. Marquette, les Sauvages, réunis en conseil nocturne, discutèrent gravement, posément, suivant leur habitude, la mise à la broche des deux explorateurs. Ils voulaient garder le bon Père... pour le manger. Le chef, fort heureusement, fut contraire

*■ MARQ.UETTB, Of, cit,, édit. Thevenot, p. 38.

à la proposition^ et pour les rendre inviolables^ il leur dansa le calumet.

Joliet et Marquette aussi tinrent conseil et résolurent de ne pas pousser plus loin leur exploration. Le 17 juillet^ juste un mois après leur entrée dans le Mississipi, ils quittent le village des Âkansea pour retourner dans la Nouvelle- France.

Ils avaient dépassé d'un degré et demi le point atteint en 1 672 par Cavelier de la Salle ; il ne leur restait aucun doute sur le cours du Mississipi ; Joliet en traçait hardiment le cours jusqu^au golfe du Mexique, marquait sur la rive droite des villages Tahensa saunages, sur la rive gauche, par 340 3o' des Mines de fer ^ par 840 des Terres ciselée:^, par 33^ 3o' un village Aganatcht, au sud des villages Akansea saunages, un de M8ns8peria et un à'Apistonga saunages.

Le retour est pénible, mais sans incidents. Pour ménager leurs peines et aussi pour étendre le champ de leurs découvertes, nos voyageurs s'engagent dans riUinois, que Joliet appelle Riuiere de la Divine ou r Outre iaise. Plus tard il changea d'avis et appela cette rivière la Divine, ce qui passa longtemps pour une énigme. Il avait tout simplement voulu se rendre agréable en donnant à une rivière le nom de guerre de madame de Frontenac et de sa grande amie mademoiselle d'Outrelaise. Le compliment n'était pas du meilleur goût. Le comte de Frontenac semble cependant l'avoir bien pris, car sur la carte de Raudin, son ingénieur^ la Divine porte le premier nom qu'elle avait reçu de Joliet.

Le P. Marquette se contente de mettre sur cette rivière.

qu'il fait sortir du lac Michigan, le nom du village Illinois Kachkaska \ village qui l'avait très-bien reçu et qu'il revint catéchiser en 1675.

Joliet^ qui était alors enthousiasmé du comte de Frontenac, donne au pays compris entre le Wisconsin et PlUinoisle nom At Frontenacie .

Ces noms de Buade et de Frontenacie reparaîtront, en 1689^ sur la carte de Raudin', mais Joliet les aura depuis longtemps remplacés sur les siennes par ceux de Colbert et de Colbertie.

Joliet a écrit dans un grand cartouche bordé de rouge, placé à droite de la carte ^ sa lettre d'envoi au comte de Frontenac. Nous pensons devoir la reproduire textuellement, sans rien changer à son orthographe et à sa ponctuation, en restituant seulement^ entre crochets, d'après la lettre qui se trouve sur Tune des cartes que nous avons décrites^ quelques mots oubliés.

1 Le Kaika de Tédition de Thévenot ; le Kaskaskia de l'édition de Félix Martin.

^ Carte de l'Amérique septentrionale, 168 g. Cette curieuse carte, qui se trouvait aux archives du Dépôt de la Marine, sous le N« 25 de la boîte 28, n'a pu être retrouvée. (Haabisse, Op. cit., N» 241).

Raudin était l'ingénieur et l'obligé du comte de Frontenac, « aussi », dit M. Harrisse, « dans le tracé que nous avons vu, le Mississipi porte-t-il » le nom de Riuiere de Buade, et les pays avoistnants sont-ils nommés » Frontenacie. »

Comme on le voit, Raudin ressuscitait les noms donnés par Joliet et ne les inventait pas.

«c A Monseigneur,

» Le Comte de Frontenac Cons>^ du Roy en ses conseils, V Gouvern'^ et Lieutenant ghal pô sa Maj^ en Canadas » Âcadie Isle Terre neufue et aûes pays de la nouuelle » France.

1» Monseigneur

» C'est auec bien de la ioye que iay [le bonheur aujour- » d'hui] de vô présenter cette carte qui fera cogi^ La situâon » des lacs sur lesquels on nauige au trauers en Canadas ou 9 Ameriq. septentrionale qui a plus de 1200 lieties de l'Est » à l'ouest.

» Cette grande Riuiere au delà des lacs Huron et Illinois » qui porte vre nom seau. Riu. Buade po^ auoir esté » decouuerte ces années dernières 1673 et 1674 par les » l^^* ordres que vô me donnastes entrant dans ûre » gouuernem* de la nouuelle france passe entre la Floride » et le Mexiq. et po' se descharger dans la mer coupe le 9 plus beau pays qui se puisse voir. Je n^ay rien veu de » [plus] beau dans la france co® la quantité des prairies que » i^y ai admiré n'y rien d'aggreable co<: la diuersité des » bocages et des forests ou se cueillent des prunes, pommes » grenades, citrons, meures, et plus*^ petits fruicts qui ne » sont point en Europe^ dans les champs on fait leuer les » cailles, dans les bois on y voit les perroquets, dans les » riuieres on prend des poissons qui no* sont inconnus » po' le goust figure et grosseur.

» Les mines de fer et les pierres sanguines, qui ne » s*amassent iamais que parmy le cuiure rouge ny sont pas

» rares, non plus que Tardoîse^ le salpêtre, le charbon de » terre, marbe^ et moulanges po^ du cuiure les plus gros » morceaux que i'ay vcu estoit gros co« le poinct, et très » purifié, il fut decouuert auprès des pierres sanguines » qui sont beaucoup [meilleures] que celle de france, et » enqtité.

» Tous les saunages ont des canots de bois de 5o pieds » de long et de plus po^ nourriture ils ne font point estât » des cerfs ils tQent des bufles qui marchent par bande de » 3o et 5o^ J^en ay mesme compté iusqu^a 400 sur les » bords de la Riuiere et les coqs d^Indey sont si communs » qu'on n'en [fait] pas grand cas.

» Ils font du bled d'Inde la plus part trois fois l'année et » tous [ont] des melons d'eau po' se rafraischir dans les » chaleurs qui ne permettent point de glace et fort peu de » nege.

» Par une de ces grandes riuieres qui viennent de » rOuest et se décharge dans la Riu. Buade on trouuera » passage pour entrer dans la mer vermeille, J'ay veu vn » village qui n'estoit qu'a cinq iournée dVne nation qui

* a cômerce auec ceux de la Califournie, si i'y estois arriué » deux iours plus tost i'aurois parlé a ceux qui en estoient » venus et auoient apporté 4 haches pour présent.

»^ On auroit veu la description de tout dans mon ioumal

* SI le bonhr qui m'auoit tousio^» accompagné dans ce » voyage ne m'eut manqué un quart d'heure deuant que

darriuer au lieu d'où i'estois parti, i'avois euité les dangers des Saunages, i'auois passé 42 rapides i'estois près de débarquer auec toute la ioye qu'on pouuoit auoir du succès d'vne si longue et difficile entreprise

» lorsque mon canot tourna hors des dangers ou ie perdis » 2 hôes et ma cassette a la veûe et a la porte des premières 9 maisons francoises que i'auois quitté il y auoit presq. » deux ans, il ne me reste que la vie et la volonté po' 9 remployer a tout ce qui vous plaira

» Monseigneur.

» Vostre très humble et

» très obéissant seruiteur

» et subiet.

Page 1