JOLIET
Le 14 novembre 1674^ le comte de Frontenac a transmis à Colbert une carte de Louis Joliet ; mais^ comme nous Tavôns dit^ les noms de Buade, de Frontenacie, de la Divine ou VOutrelaise y sont remplacés par ceux de Colbert^ Colbertie et la Divine. La lettre que nous venons de transcrire s^y trouve reproduite^ mais avec quelques rectifications grammaticales, la substitution du nom de Colbert à celui de Frontenac^ la suppression, pour le reporter dans une légende, du passage relatif à la découverte de la mer Vermeille par un afQuent de droite de la rivière de Buade ou Colbert.
Une troisième lettre est signalée par Tabbé Faillon i et publiée in extenso par M. Harrisse'. Elle est datée « De
^ Faillon, Op, cit., t. III, pp. 3 14-3 1 5. Elle se tfouve au séminaire de Saint-Sulpice de Paris. ^Documents pour servir à Vhistoire de VEglise du Canada, t. I, première pièce).
s M. Habrisse, Op. cit., No 623.
» Quebek le lo^ Octobre 1674 » et copiée de la main de Joliet à la suite d'une relation envoyée par Claude Dablon * .
Elle ajoute aux deux autres lettres cet unique détail : « Je fus sauué après [auoir] esté 4 heures dans leau, ayant V perdu la ueûe et la connoissance, par des pescheurs qui » nalloient jamais dans cet endroit, et quy ny auroient pas » esté, si la sainte Vierge ne m'auoit pas obtenu cette grâce » de Dieu qui arresta le cours de la nature pour me faire » tirer delà mort > ».
Le savant abbé Paillon pense que cette lettre fut adressée au comte de Frontenac. Cela ne paraît guère probable. Joliet était trop homme de sens pour exposer de nouveau ses aventures au général à cette seule fin de lui faire le conte puéril d'une intercession miraculeuse.
Joliet donne au destinataire de sa lettre le titre de Grandeur.
A la rigueur, ce titre pouvait convenir au comte de Frontenac, mais Joliet ne le lui donne pas dans ses autres lettres. Il convenait aussi à Févéque de Québec, car depuis i63o les évêques avaient le droit de le prendre. D'un autre côté, s'il n'y avait aucune raison d'écrire cette nouvelle lettre au général, il pouvait y en avoir de l'écrire à l'évêque Laval qui devait goûter sa crédulité, apprécier ses rensei-
1 Relation de ce qui s'est passé aux Missions des Outaouais pendant les années i ôjS-i 674.
s Dablon n'a rien dit de pareil dans la Relation qu'il écrivit sur les récits de Joliet. D'après ce Père, Joliet « a disputé sa vie aux eaux pendant plus de quatre heures ». Point d'intervention miraculeuse ; point d'arrêt du cours de la nature. (Relation de la découverte de la mer du Sud apud Mission du Canada, t. I, p. 199).
gnements et sa courtoisie. Ajoutons que cette lettre à rennemi du comte de Frontenac s'accorderait parfaitement avec les changements de noms faits sur les cartes et sur la lettre à Colbert.
En résumé, il résulte de Texamen des canes et des lettres de Louis Joliet que la carte que nous venons de décrire est la première qu^il ait faite et la première qui nous donne un tracé des grands lacs et du cours du Mississipi.
Comme nous l'avons dit, ce tracé est rudimentaire et son auteur était peu au courant des découvertes géographiques ; mais cet auteur a vu TOttawa, les grands lacs, leWisconsin, r Illinois, le Mississipi, et sur ces points très-importants il nous fait passer de la cartographie conjecturale à la cartographie positive. Sa carte, malgré ses imperfections, est en réalité Tun des plus précieux monuments de Thistoire et de la géographie de PAmérique du Nord.
Nous remercions bien vivement M. Charles Leclerc de sa gracieuse communication. Les géographes lui sauront gré de nous avoir permis cette étude et la publication d^une réduction de sa curieuse carte.