‹ Etude sur une carte inconnue [microforme]Chapitre 1 sur 6 · NATIONAL LIBRARY BIBLIOTHÈQUE NATIONALE · texte numérisé non relu

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Sur une Carte inconnue

Extrait des Mémoires du Congrès des Américanistes

Session de Bruxelles, 1879

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e de Géographie. dirigée par Ludovic Drapeyron 1880.

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Étude

sur

Une Carte inconnue

La première dressée par Louis Joliet | en 1674

Après son exploration du Mississipi avec le P. Jacques Marquette | en 1673

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per À Gabriel Gravier

À Président de la Société normande de Géographie, Membre de la Société de Géographie de Paris, Membre correspondant des Sociétés de Géographie de Lyon, de l'Est, des Sociétés de Géographie commerciale de Paris et de : | Bordeaux, de l’Académie de Stanislas, à de la Sociedad economica de Gran-Canaria, de la Società ligure di Storia patria de Gênes, Membre honoraire de l’Institut royal grand-ducal de Luxembourg et de la Sosiété de Géographie de la province d'Oran, Lauréat de la Société de Géographie de Paris et de la Société libre d'émulation | du Commerce et de l'Industrie de la Seine-Inférieure, etc,, etc., Officier d’Académie.

Paris Maisonneuve et Ci, Libraires-Éditeurs, quai Voltaire, 25.

La première dressée par Louis Joliet en 1674.

N 1674, quand il revint du Mississipi, Louis Joliet dressa la carte des pays qu'il avait par-

A Ila fait de cette carte plusieurs copies qui diffèrent assez sensiblement par leur nomenclature et leur tracé. Toutes sont restées inédites !, alors que le croquis rudimentaire de Jacques Marquette, son compagnon de voyage, avait quatre fois les honneurs de l’impression 2.

1 Nicolas de Fer les a utilisées pour sa grande et belle carte intitulée : Le Cours du Mississipi ou de St Loüis Fameuse riviere de l’'Amerique Sertentrionale aux Environs de laquelle se trouve le Paiïs appellé Louisiane Dressée sur les Relations et Memoires du Pere Hannepin (sic), et de Mrs de la Salle, Tonti, Laontan (sic), loustel, des Hayes, Joliet, et le Maire, etc... À Paris, Chez l’Auteur Isle du Palais à la Sphere Royale 1718.

2 Par Gilmary Shea dans Discovery and Exploration of the Mississipi valley; New York, 1852.

Par le même dans Récit des voyages et découvertes du R. P. Jacques Marquette de la Compagnie de Jésus, en l'année 1673 et aux suivantes ; la continuation de ses voyages par le R. P. Allouëx,

La première, qui mesure 1" x om67, a pour titre : Carte de la descouuerte du S' Jolliet ou l'on voit la communication du Fleuue S' Laurens auec les Lacs Frontenac, Erié, Lac des Hurons, et Ilinois. Le Lac frontenac est separé par Yn sault de demye Lieue du Lac Erié, duquel on entre dans celuy des Hurons, et par yne mesme Nauigation a celuy des Ilinois au bout duquel on va joindre la Riuiere diuine par vn portage de Mille pas qui tombe dans la Riuiere Colbert et se descharge dans le sein Mexique.

Dans une bande de o"23 elle contient une lettre au comte de Frontenac :.

Elle reproduit, en l'améliorant, le tracé du lac Supérieur de la carte dessinée par les Jésuites après le retour de

et le journal autographe du P. Marquette en 1674 et 1075, avec la carte de son voyage tracée de sa main. Imprimé d’après le manuscrit original restant au Collège de Ste Marie, à Montréal; New-York, 1855.

Par Félix Martin dans Mission du Canada. — Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) pour faire suite aux anciennes relations (1615-1672); Paris, Douniol, 1861, t. IL.

Par M. le Major Warren dans Annual report ofthe chief of engineers to the Secretary of War for the year 1876 ; Washington, 1876.

à Bieiormèque pu Dépôr Des CARTES DE LA MARINE, Amérique Septentrionale, Canada. — M. H. Hannisse, Notes pour servir à l'Histoire, à la Bibliographie et à la Cartographie de la Nouvelle- France et des pays adjacents, 1545-1700; Paris, Tross, 1872, No 203.

2 Cette lettre a été publiée par M. P. Margry, dans la Revue Canadienne, livraison de janvier 1872, pp. 68, 69. (Art. Louis Joliet.)

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de Minong. Les Missions du Sault-Sainte-Marie et du St. Esprit y sont indiquées.

| On lit sur le Mississipi : Riuiere Colbert — riuiere qui sedescharge dans le sein Mexique. Il est représenté comme sourdant de trois lacs situés sur le 47° degré de latitude septentrionale. La lettre au comte de Frontenac est comprise dans un grand cartouche placé à droite de la carte.

La vallée du Mississipi est appelée Colbertie ou Amerique Occidentale. Le Missouri est anonyme, ainsi que | l'Ohio, mais Joliet écrit sur cette rivière, qu'il a tracée dans | toute sa longueur : Route du sieur de la Salle pour aller

Dans le Mexique.

Le Wisconsin est nommé Miskonsing et porte cette légende : Chemin ou Riuiere par lequel le S' Jolliet est entré dans la riuiere Colbert qui se descharge dans le Mexique.

| | Jacques Marquette '. Elle donne à l'ile Royale le nom

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1 Carte de la nouvelle decouverte que les peres lesuites ont fait en l'année 1672, et continuée par le P. lacques Marquette de la mesme Compagnie accompagné de quelques françois en l’année 1673, qu'on pourra nommer en françois la Manitoumie.

« Cette carte se trouvait aux Estampes de la Bibliothèque Nationale, et n’a pu être retrouvée.

» Dans le tracé que nous avons vu, il y a au bas de l’angle gauche, un Jésuite en robe, instruisant des Indiens. Le grand fleuve y est nommé « Mitchisipi ou grande Riuiere ».

» Ce nom de Manitoumie provient d’un important manitou, espèce de divinité trouvée par le P. Marquette et Jolliet dans ces pays ». (M. H. HARRISSE, Op. cit., N° 202.)

Thévenot a corrigé cette carte et l'a publiée, en 1681, dans son Recueil de voyages; Paris, Estienne Michallet, 1681.

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La rivière des Illinois porte le beau nom de Riuiere de la Diuine.

Le canal de Niagara, les rivières de Détroit et de S.-Clair sont bien tracés. Le lac S.-Clair est appelé : Lac des Eaües Sallées.

Le fort Frontenac est indiqué, ce qui donne à cette carte une date postérieure à 1674.

Dans une légende tirée mot pour mot d’une lettre que nous donnerons plus loin, Joliet dit : « Par vne de ces » grandes Riuieres qui viennent de l'Ouest et se deschargent » dans la Riuiere Colbert, on trouuera passage pour entrer » dans la Mer Vermeille, j'ai veu vn village qui n'estoit » qu'a vingt Journées par terre d’vne nation qui a com- » merce auec ceux de la Californie, si j'estois arriué deux » jours plus tost i'aurois parlé a ceux qui en estoient venus » et auoient apporté 4 haches pour présent ».

Cette grande et belle carte commence à la longitude de Montréal. Elle donne bien le lac Saint-Louis et la section du Saint-Laurent jusqu'au lac Ontario.

Il importe de constater que, pour la dresser, Joliet s'est entouré de tous les renseignements recueillis par Cavelier de la Salle, les Pères Jésuites, Galinée, du Luth et qu’elle donne l'état des découvertes à la fin de 1674.

Il en a fait une réduction de o"49 sur om37 qui donne avec une petite variante la légende placée sur l'Ohio. Il ya

1 Cette carte a été décrite par M. Parkman dans son beau travail The discovery of the Great West ; Boston, Little Brown, 1869, pp. 23 (note) et 409.

dans l'original : Route du sieur de la Salle pour aller Dans le Mexique, et, dans la réduction : Riuiere par ou descendit le sieur de la Salle au sortir du lac Erié pour aller dans le Mexique.

Le titre est dans le haut, sur deux lignes; la lettre au comte de Frontenac est au pied. Elle est signée JoLLIET, comme dans la grande carte !.

M. Parkman mentionne une carte sans nom d'auteur et sans titre, de quatre pieds de long sur deux et demi de large, qu'il croit pouvoir attribuer à Cavelier de la Salle.

Tous les grands lacs, dit-il, y sont tracés dans toute leur étendue, avec une fidélité remarquable. Le lac Ontario est appelé « Lac Ontario ou de Frontenac ». Le fort Frontenac est indiqué ainsi que les colonies iroquoises des côtes septentrionales. Le Niagara est une « Chute haute de 120 toises par où le lac Erié tombe dans le lac Frontenac ». Le lac Erié est le « Lac Teiocha-rontiong ?, dit communément lac Erié». Le lac Saint-Clair est le « Tsiketo ou lac de la Chaudière ». Le lac Huron est le « Lac Huron ou mer douce des Hurons ». Le lac Supérieur est le « Lac Supérieur ». Le lac Michigan est le « Mitchiganong ou des Illinois ».

1 BiscioTHÈQuE Du DÉPÔT DES CARTES DE LA MARINE. Amér. Sept. Canada. — M. Harnisse, Op. cit., N° 204. — M. PaRKMAN, Op. cit., p. 23 (note).

2 Une carte du Dépôt des Cartes de la Marine, Amér. Sept., Canada, de om42 X om30, classée par M. Harrisse sous le millésime de 1679, a pour titre : Lac Teiocha-Rontiong, dit communément Lac Eric. (M. HARRISSE, Op. cit., N° 211.)

Une légende décrit ainsi le site de Chicago, sur le lac Michigan : « Les plus grands nauires peuuent de la » descharge du lac Erié dans le Frontenac jusques icy, et de ce marais ou ils peuuent entrer il n’y a que Mille » pas de distance jusqu'à la riuiere Diuine qui peut » les conduire à la riuiere Colbert et de la au golfe de » Mexique ».

Cette carte, dit M. Parkman, est antérieure au voyage de Joliet et de Marquette et postérieure au voyage dans lequel la Salle découvrit l'Illinois, ou au moins le Des Plaines, l’une de ses branches ; elle prouve que l'on savait, avant le voyage de Joliet, que le Mississipi coulait au golfe du Mexique.

Le cours entier de l'Ohio est tracé avec cette légende : « Riuiere Ohio, ainsy appellée par les Iroquois à cause de » sa beauté, par ou le sieur de la Salle est descendu ».

Le Mississipi, dit encore M. Parkman, n'est pas représenté sur cette carte, mais on y trouve une petite partie du haut Illinois : cela est très-significatif relativement à l'étendue des explorations que la Salle fit l’année suivante '.

M. Harrisse a fait de vaines tentatives pour retrouver cette carte. Cependant il n'a pas perdu ses peines. A la Bibliothèque du Dépôt des Cartes de la Marine il en a découvert une de om4o sur om28 qui lui paraît être une section de celle décrite par M. Parkman.

Si l'Ohio s'arrête au saut et si le Mississipi ne s'y trouve pas, c’est que la marge de la carte coupe l'Ohio à la longitude de Louisville.

1 M. PARKMAN, Op. cit., pp. 406, 407 et 23 (note).

Rappelant la légende citée plus haut, M. Harrisse ajoute : « Ces mots « la riuiere Colbert » imposent à cette | » carte une date postérieure à 1674 ; et si celle que possède | » M. Parkman est du même cartographe que la section » que nous avons trouvée (les noms et les légendes sont en » tout semblables dans les deux) la carte est l'œuvre de » Louis Jolliet lui-même, car la section que nous avons » devant nous est tracée de sa main ! ».

A la remarque de M. Harrisse, qui est parfaitement fondée, nous ajouterons que le Mississipi reçut le nom de Colbert au plus tôt à la fin de 1674. Dans le cours de cette même année, Marquette l'appelait Conception et Joliet Buade2. Dans les Relations des Jésuites on ne le trouve que sous le nom de grande Riviere 3, de Messi-Sipi 4 et de Missisipis.

Elle ne prouve donc rien quant aux premières découvertes de Cavelier de la Salle, et, comme nous l'avons déjà dit, il est regrettable qu'elle ait eu tant de poids sur les appréciations de notre savant ami M. Parkman.

L'éminent écrivain donne comme étant de Louis Joliet une grande carte de 1" sur 0"70, intitulée : Carte gnile de la France Septentrionalle contenant la decouuerte

1 M. Hannisse, Op. cit., No 205. — BIBLIOTHÈQUE DU DÉPÔT DES Cartes DE LA MARINE, Amérique Sept., Canada, Recueil A.

2 V. Infrà, p. 34.

3 Relation de 1670 (éd. de Québec), pp. 80, 91.

4 Relation de 1670, p. 100.

5 Relation de 1671, pp. 24, 47:

du pays des Ilinois Faite par le Sieur Joliet. Un second cartouche contient cette dédicace : À Monseig. Monseigneur Colbert Conseiller du Roy en son Côseil Royal Ministre et Secretaire d'Estat Commandeur et Grand Tresorier des ordres de sa Majesté Par son tres humble, tres obeissant et tres fidelle seruiteur Dychesneay Intendant de la nou: France.

Cette carte représente le continent depuis le détroit de Hudson jusqu'au golfe du Mexique et depuis l'Atlantique jusqu’à la Californie.

Une mer ouverte réunit la baie de Hudson au Pacifique.

Le S.-Laurent, les grands lacs et le golfe du Mexique sont représentés assez exactement.

Le Mississipi, nommé Messissipi, coule des environs de la mer du Nord au golfe du Mexique. Le long de son cours, au-dessus du Wisconsin, qui est appelé Miskovs, est une longue liste de tribus indiennes qui ne peuvent être reconnues bien qu'elles appartiennent à la confédération des Sioux.

L'Illinois et les trois grandes rivières de la rive droite du Mississipi sont anonymes. L'Ohio est appelé Ouaboustikou.

La carte entière est décorée de figures d'animaux du pays ou supposés tels. Dans les plaines occidentales il y a des autruches, des chameaux et une girafe2. La plus

1 BIBLIOTHÈQUE pu DÉPÔT DES CARTES DE LA MARINE, Amér. Sept, Canada.

2 On admettait alors sans hésitation les hypothèses les plus surprenantes. Pour ne citer qu’un exemple : le jésuite Le Mercier prenait pour des lions les grands ours bruns de la baie de Hudson. (Relation de 1667, p. 24.)

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curieuse figure est placée sur la rive gauche du Mississipi, entre l'Illinois et l'Ohio. Elle représente en grisaille l'un des monstres dont Marquette donne une description que nous rapporterons plus loin.

Si cette carte est de Joliet, dit M. Parkman, elle fait plus d'honneur à son talent de dessinateur qu'à ses connais= sances géographiques !.

M. Harrisse pense qu'elle est de Franquelin parce qu'elle est signée Johannes Ludouicus Franquelin pinxit ?.

Pinxit veut dire que Franquelin a dessiné la carte, mais rien de plus. S'il l'avait dressée, n'aurait-il pas fait précéder pinxit de delineavit ? Aurait-il dissimulé sa signature sous des caractères microscopiques et dans la bordure inférieure ? Tant de modestie ne pouvait convenir qu'à un dessinateur.

Il yaenfin une circonstance particulière et pour nous décisive. La description de M. Parkman, que nous a7ons vérifiée. au Dépôt des Cartes de la Marine, répond exai ment au tracé, très-caractéristique, d'une carte incon de Joliet que nous avons sous les yeux. De la comparaison attentive que nous avons faite de ces deux monuments il résulte que le tracé est de Joliet et le dessin de Franquelin. Ce qui pourrait être une addition de ce dernier, c’est Terre-Neuve et la partie méridionale de la Terre de Baffin.

Nous admettons toutefois, avec M. Harrisse, que cette

1 M.F.ParkMAN, Op. cit., pp. 409, 410. — BieuiorÈque pu DÉPÔT pes Cartes pe LA MARINE, Amér. Sept., Canada.

2 M. Harisse, Op. cit., N° 214

carte est antérieure à la grande expédition de Cavelier de la Salle et qu’elle est conséquemment très-importante pour l'histoire de la géographie.

La pièce que nous allons étudier et dont nous donnons une réduction, est plus importante encore. Elle a été construite et dessinée par Joliet lui-même aussitôt son retour à Montréal. C'est la plus ancienne carte que nous ayons du Mississipi. Son antériorité résulte expressément de son imperfection ainsi que des changements faits dans les légendes et dans la lettre au comte de Frontenac.

Elle fait partie d’un atlas de cartes anciennes et rares, les unes gravées, les autres manuscrites, et toutes relatives à l'Amérique.

Cet atlas a été acquis par notre ami M. Charles Leclerc, pour la librairie Maisonneuve.

Sur notre demande, il nous l’a gracieusement envoyé en communication avec permission d'y puiser autant qu'il nous plairait.

« Hélas! disait un jour M. d’Avezac, le poète romain nous l’a inscrit au front depuis des siècles : Chacun obéit à ses goûts ». Louis Joliet ayant, plus d’une fois déjà, fait l'objet de notre étude, sa carte, sa première carte se présentant à nous entourée de la plupart des pièces qui la peuvent expliquer, nous avons tout quitté pour nous livrer à son examen.

C'est une grande planche de om85 sur o"67.

Elle a pour titre, dans une banderolle : Pecouuerte de Plusieurs Nations Dans la nouuelle France en l'année 1673 et 1674.

Comme celle dont il vient d'être parlé, elle comprend l'Amérique Septentriorale depuis le détroit de Hudson jusqu’au golfe du Mexique et depuis le golfe de S.-Laurent jusqu’à la Californie.

De même que le croquis de Marquette, elle donne les degrés de iatitude et non les degrés de longitude. Peut-être faut-il attribuer à cette absence des longitudes les déformations du tracé.

Du détroit de la Floride à l'embouchure du S.-Laurent, la côte ne présente d’autre accident géographique que l'embouchure de deux rivières anonymes et la baie de Fundy, encore cette baie est-elle faiblement indiquée. Long-Island, Terre-Neuve, les îles du golfe sont complétement omises. On lit sur la bande orientale, en remontant du sud au nord : Cap de la Floride, La Virginie, Nouuelle Suede, Baston et Acadie.

Le golfe S.-Laurent et la côte du Labrador sont représentés non moins sommairement.

La baie de Ungava est tracée avec une remarquable exactitude, mais la grande presqu'ile qui la sépare de la baie de Hudson est méconnaissable.

Depuis 1476, époque à laquelle Jean de Kolno, voyageant pour le compte de Christian II de Danemark, s'aventura dans le détroit qui prit plus tard le nom de Davis, beaucoup de marins étaient venus se heurter aux côtes de l'Amérique polaire : ils cherchaient un passage aux contrées merveilleuses décrites par Marco Polo.

En 1494, le 24 juin, Jean Cabot et son fils Sébastien découvrent la Tierra de las Bacalaos et une grande île

qu'ils baptisent du nom de Saint-Jean. En 1497, le vieux Cabot et ses trois fils naviguent trois cents lieues dans le détroit de Davis. L'année suivante, au mois de juillet, Sébastien est arrêté par les glaces entre le 56° et le 58° degré de latitude nord. En 1517, le 11 juin, il atteint 67° 30”.

En 1500, Cortereal avait vu le détroit de Hudson ; dans la pensée que c'était le passage déjà tant cherché il l'avait appelé Anian.

Après la circumnavigation de Magalhäes, la découverte des côtes occidentales avance rapidement. Seul le nord de l’Amérique reste encore soudé pour quelque temps à l'Asie. On admet alors une mer du Sud et les géographes supposent hardiment un grand canal entre cette mer et la baie de Hudson.

Sur la foi de ces brillantes hypothèses, les marins s'élancent sur les traces des Cabot et «les Cortereal. Martin Frobisher, en 1576, vient chercher un abri dans la baie qui porte encore son nom. John Davis, en 1586-88, pousse jusqu'au 73° de latitude nord, et William Baffin, en 1616, jusqu’au Smith’s Sound, par 78°.

En 1610, Henry Hudson explore le détroit et [peut-être aussi} la grande baie qui reçurent son nom. Thomas Button passe l’hiver de 1612-1613 à l'embouchure de Nelson River et reconnaît toute la côte occidentale de la baie. Il est suivi, en 1619, par le danois Jean Munck dont le nom figurera pendant quelque temps sur les cartes françaises. En 1631, Luke Fox visite la côte orientale et Thomas James hiverne à l'extrémité méridionale dans la grande échancrure qui porte son nom. Médard Chouard des Groseilliers et Pierre- Esprit de Radison fondent sur Rupert's River, en 1663,

le fort Charles qui deviendra la première pierre de la puissance anglaise sur la baie de Hudson. En 1671 et 1672, le jésuite Albanel, marchant sur les traces de Gabriel Drueilletes et de Claude Dablon, parvient par le Saguenay et la Nemiscau jusqu’au sud de la baie James. Les géographes transportaient sur les cartes les renseignements qu'ils pouvaient recueillir. Beaucoup donnaient dans la haute fantaisie, mais ceux qui suivaient l’école de Mercator opéraient scientifiquement et arrêtaient leurs tracés aux limites du connu. A travers mille fluctuations, on arrive aux magnifiques cartes de Hondius, l'heureux

possesseur des planches du « père Gérard », et l'on voit sur ”

l’America Septentrionalis, des environs de 1631, la baie de Hudson entièrement et correctement tracée 2.

La cartographie française restait fort en arrière. Champlain, sur sa carte de 1632, donnait un tracé conjectural ; Nicolas Sanson, en 1650 et 1656, faisait plus mal encore; Louis Joliet a tout simplement copié Champlain, et même d’une main peu habile.

Il indique très-sommairement le grand prolongement qui forme James Bay et il en place par 59° latitude nord, au lieu de 62° 39°, la pointe qui la termine à l’est. Deux rivières sont indiquées comme tributaires de la baie de

1 L'exemplaire que nous avons sous les yeux (atlas Leclerc-Maisonneuve) est avant la lettre et nous ne pouvons préciser davantage.

2? Cela ne veut pas dire qu’elle est parfaite. Nous remarquerons même que Southampton Island y devient une presqu'île ; que Mansell Island, appelée Manssfiald, est trop au sud de près d’un degré et de dimensions exagérées ; que James Bay est coupée du sud au nord par une grande péninsule.

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Hudson. L'une, peut-être l'Albany, se dirige d'est en ouest, puis incline un peu au sud vers le lac Supérieur ; l'autre, plus septentrionale, est probablement la Severn. La Nemiscau, maintenant Rupert's River, que le jésuite Albanel descendit en 1672, n’est pas indiquée.

Joliet fait tourner la côte à l'ouest, au cap Henrietta- Maria, par 55° 10° de latitude nord, limitant ainsi à James Bay la baie de Hudson. A partir du cap Henrietta-Maria, une Mer Glaciale s'étend indéfiniment au nord et réunit au Pacifique la baie de Hudson. Cette mer reçoit un grand fleuve qui coule du sud au nord et prend sa source sur le 47° parallèle, dans un lac. C’est probablement Nelson River et le lac Winipeg. Les Jésuites connaissaient depuis longtemps la rivière Nelson. L'auteur de la Relation de 1660 donne même la situation de son embouchure : 57° latitude nord et longitude 270° :.

Devant l'embouchure du fleuve que nous identifions avec le Nelson, Joliet place une grande île avec cette légende : Les Sauuages habitent cette Isle. Quelle île ? Probablement celle de Southampton, bien qu’elle soit distante d'environ 385 milles nautiques.

On doit reconnaître que la géographie du nord était peu connue de Joliet. Il est bien vrai que ces contrées étaient peu visitées des Français ; mais on n'’ignorait pas à Québec les tentatives des Anglais pour découvrir le passage nordouest ; et comment pouvait-il admettre que le Pacifique

1 La latitude est exacte. Quant à la longitude, qu'il a dû compter du méridien de Paris, il s'est trompé de près de Go. La longitude du port Nelson étant de 94° 46’, il aurait dû trouver 2650 54 au lieu de 2700.

se réunissait, par 52° 30’, à la baie de Hudson, qui est navigable une partie de l’année, alors que Button, Munck, James et les autres n'avaient pu trouver le passage qu'ils cherchaient avec tant de persévérance ?

Louis Joliet n'en savait pas plus sur la géographie de l'Occident que sur celle du Nord.

Sa carte s'arrête sur la longitude du golfe de Californie, etilécritsur ce golfe : Mer Vermeille ou est la Califournie par ou on peut aller au Perou au Japon et a la Chine.

En 1541, après les explorations de Hernando Cortez, de Francisco de Ulloa et de Hernando de Alarcon, le pilote Domingo del Castillo fit la carte du golfe de Californie :. Bien que ce document soit resté manuscrit, toutes les cartes du xvit siècle représentent la Californie comme une presqu'île. Ce tracé se trouve encore dans une carte de Hondius de 1631.

Mais un peu plus tard, dans sa carte America Septentrionalis, le même Hondius fait une île de la Californie. « Pour les premiers géographes », dit-il dans une légende que nous traduisons textuellement, « la Californie fut considérée comme faisant partie du continent; mais il résulte de certaine table, prise par les Hollandais aux Espagnols, que c'est une île dont la plus grande largeur

1 Elle a pour titre : Domingo del Castillo Piloto me fecit en Mexico año del Nacimiento de N. S. Iesu Chisto (sic) de M. D. XLI. Elle a été publiée pour la première fois en 1770 par Francisco Antonio Lorenzana dans sa Historia de Nueva-España escrita por su esclarecido conguistador Hernan Cortex, aumentada con otros documentos, y notas ; Mexico, Imprenta del Superior Gobierno, 1770.

est de 500 lieues. Depuis le cap Mendocino jusqu'au cap Saint-Lucas, cela est reconnu par des témoins, par la table et par François Gaule, elle a de longueur 1700 lieues ! ».

Une vingtaine d'années plus tard, en 1556, Nicolas Sanson, d'Abbeville, écrivait, probablement d'après Hondius : « La Californie a été estimée longtemps n'être » qu'une presqu'île. Les Hollandois ayant pris dessus ces » mers un vaisseau espagnol qui en avoit reconnu le » circuit et dressé la carte, ont vu que ce n’estoit qu'une » fle2». C’est ainsi, comme le remarque M. Vivien de Saint-Martin 3, que s'établit cette erreur bizarre, après les reconnaissances précises d'Ulloa, d’Alarcon et de Viscaino.

Tous les cartographes, Guillaume Blaeu excepté, reproduiront consciencieusement cette erreur jusqu'en 1724, c'est-à-dire pendant un siècle 4.

1 L’exemplaire de cette belle carte que nous avons sous les yeux est avant la lettre et fait partie de l’atlas Leclerc-Maisonneuve. Nous lui donnons le nom de Hondius parce qu'elle est de même facture que l'Americæ pars Meridionalis, Amstelodami, Sumptibus Henrici Hondy, qui fait partie du même atlas. Elle rappelle dans deux légendes la date de 1631, ce qui nous porte à croire qu’elle fut gravée pour l’atlas de 1633-1634.

2 N. Sanson D'AnseviLe, L'Ameriqve en plysievrs cartes novvelles et exactes, etc en divers traitez de geographie et d'histoire. Paris, chez l’avteur, 1656, in-4°, p. 28.

8 M. Vive DE Sanr-Marrin, Nouveau dictionnaire de Géographie universelle ; Paris, Hachette, 1878, verbo Californie.

4 Après Hondius et Sanson nous pouvons citer entre autres : Jaillot (1674), du Val (1679), William Berry et Coronelli (1680), N. de Fer (1698, 1700, 1705, 1717); Christian Le Clercq (1692), Guillaume de l'Isle (1700, 1703).

Louis Joliet n'était pas homme à résoudre un pareil problème ; il attachait peu d'importance au tracé des contours du continent et ne consultait pas les vieilles cartes qui pouvaient l'éclairer. Il accepta donc sans discussion les conjectures de Hondius et de Sanson.

Pour le golfe du Mexique, il avait le choix des cartes allemandes, espagnoles et françaises. S'il a fait un tracé sommaire, c'est de parti pris.

Il ne pouvait donner les embouchures du Mississipi, qui n'ont été relevées qu'en avril 1682, par Cavelier de la Salle: mais ses observations personnelles et les rapports des Indiens ne lui laissaient aucun doute sur la direction de ce beau fleuve. Alors que Claude Dablon venait encore d'écrire! que le Mississipi se jetait dans la mer du Sud (le Pacifique), Joliet put affirmer qu'il coulait au golfe du Mexique.

Si pour tracer le cours du bas Mississipi Joliet n'avait que ses conjectures et les récits très-incertains des sauvages, pour le golfe du S.-Laurent il avait la carte de Jean Denis, de Honfleur (1506)2; pour le cours du Saint-Laurent, chanté avec tant d'amour et d’admiration par notre ami

1 Relation de 1671 et 1672, p. 42.

2 « Et je trouve dans de bons Mémoires qu’en 1506, un habitant » de Honfleur, appellé Jean Denys, avoit tracé une carte du Golphe, » qui porte aujourd’hui le nom de Saint-Laurent ». (CHARLEVOIX, Histoire et description générale de la Nouvelle France ; Paris, 1744, in-12, tome I, p. 5).

Benjamin Sulte !, il avait celles de Marc Lescarbot (1612), de Samuel Champlain (1632), de Nicolas Sanson (1650), de Creuxius (1660) et beaucoup d’autres, tant françaises qu'étrangères. Son tracé du Saint-Laurent est cependant aussi très-sommaire.

Sur la rive gauche il indique l’amorce du Saguenay et Tadoussac, où, depuis le temps de Jacques Cartier, les Normands et les Malouins venaient faire le commerce des fourrures 3.

Au mois de mai 1661, les PP. Gabriel Drueilletes et Claude Dablon avaient remonté le Saguenay jusqu’au lac Saint-Jean, qui était déjà connu +; par la rivière du Saint- Sacrement (Haut Saguenay) ils avaient atteint le lac Nekouba (Miskouaskame ?) par 40° 45° latitude nord et

1 M. BENJAMIN SULTE, Les Laurentiennes ; Montréal, 1870, petit in-80,

2 Lescarbot appelle le golfe : Golfe de Canada, et le fleuve : La grande R. de Canada.

3 CHAMPLAIN, Des Savvages ou voyage de Samvel Champlain, de Brovage, fait en la France Nouuelle, l'an mil six cens trois, etc; Paris, Clavde Monstr'œil, 1604, fo 13 verso.

Les neveux et les parents de Jacques Cartier n’avaient pas cessé, au temps de Champlain, de fréquenter le Canada. (FaiLLon, Histoire de la Colonie Française en Canada ; Paris, Lecoffre, 1865, t. [, p. 62).

4 Creuxius, sur sa carte Zabula Novæ Franciæ, de 1660, le trace assez exactement, tout en le plaçant beaucoup trop au nord et à l’ouest. (Historiæ Canadensis, sev Novæ Franciæ libri decem, Ad Annum vsgve Christi MDLVI ; Parisiis, S. Cramoisy et S. Mabre Cramoisy, 1664). ;

77 20' longitude ouest, sur la ligne de faite qui sépare le bassin du Saint-Laurent de celui de la baie de Hudson.

En 1671-1672, comme nous l'avons déjà dit, le jésuite Albanel était parvenu jusqu'à la baie de Hudson.

En sa qualité d'ancien élève des PP. Jésuites, Joliet ne’ pouvait ignorer ces excursions. Pourquoi ne les mentionne-t-il pas? La rivière Saint-Charles 3, qui baigne l'une des faces du promontoire sur lequel les Français ont élevé Québec 4, est sans nom, comme dans la carte de

1 Relation de 1660 et 16671, pp. 13 et seq.

2 Relation de 1671-1072, pp. 42 et seq.

3 Jacques Cartier y passa l'hiver de 1535 à 1536 et la nomma Sainte-Croix. (Brief récit et succincte narration, de la nauigation. faicte es ysles de Canada, Hochelage et Saguenay et autres, auec particulieres meurs, langaige et cerimonies des habitans d’icelles : fort delectable à veoir ; Paris, Ponce Rosset dit Faucheur, 1545, fo 14 recto et passim. — Réimpression de M. d’Avezac, pour la librairie Tross ; Paris, 1863). On ne connaît que 2 exemplaires de l'édition originale de cette relation ; l’un appartient au Musée Britannique ; l'autre est celui de la Bibliothèque de Rouen que nous avons présenté à la Société de Géographie de Paris. (Bulletin, série VI, tome XIII, pp. 323 et seq.).

Cette rivière fut nommée Saint-Charles en 1621, en l’honneur de Charles de Ransay des Boues, grand vicaire de Pontoise, bienfaiteur des Récollets. (Ch. Le Clercq, Premier établissement de la foy,, t. I, p. 166.)

4 Dans la relation de son voyage de 1603, Champlain écrit le nom de Québec, et c’est la première fois qu’il est écrit dans une relation. Il ne s’appliquait pas à la ville de Québec, qui n'existait pas encore : c'était le nom que les Micmacs donnaient à cet endroit du Saint- Luurent. Dans leur langue, québec signifie détroit ou rétrécissement d’une rivière. (CHAmPLAIN, Op. cit., fo 15 recto. — FaILLON, Op. cit., t. I, pp. 80 et 496)

Champlain (1632). L'ile qui reçut de Jacques Cartier le nom d'Orléans, qu'elle porte encore, est mal placée au sud de Québec et le tracé du Saint-Laurent ne fait pas ressortir l'importance stratégique de cette ville. On trouve ensuite Ja rivière Saint-Maurice, qui est anonyme, et le comptoir de Trois-Rivières '. Le lac Saint-Pierre n'est pas indiqué, non plus que le lac Champlain qui cependant se trouve non-seulement sur les cartes de Champlain, mais sur celles de Hondius (1632 ou 1633) et de Nicolas Sanson (1650). Les îles Jésus et Montréal (qu'il nomme, comme Jacques Cartier, Mont Royal), sont grossièrement figurées. La rivière Saint-Jean ou les Mille Iles, larivière des Prairies ?, le grand bras du Saint-Laurent où Cartier fut arrêté par les rapides de la Chine 3, et que Champlain remonta jusqu'à l'île Saint-Paul, sont représentés d'une façon tout à fait rudimentaire.

1 En 1603, le 23 ou le 24 juin, Champlain examina très-attentivement cet endroit et trouva qu'il était très-convenable pour le siége d'un établissement. (CHampLain, Voyage de 1603, f® 15-18.) Le 4 juillet 1634, il y fit commencer la construction d’une habitation fortifiée. Relations des Jésuites. (Relat. de 1634, éd. de Québec, p, 91, col. 2).

2 Des Prairies découvrit fortuitement cette rivière et reconnut en même temps que le Mont Royal était dans une île. (Relations des Jésuites, Rel. de 1640, édit. de Québec, p. 34). D’après Champlain (Voyage de 1632, pp. 156 et 159) il remonta le Saint-Laurent en 1660, pour faire la traite des pelleteries. Pour Jean Alphonse Saintongeois, Hochelaga ou Montréal était une terre ferme contiguë au cap Figuier et au Pérou. Jacques Cartier et Lescarbot ne croyaient pas non plus que Hochelaga fut une île. (FaizLow, Op. cit, t. I, p. 82).

3 Brief récit, fo 27. — FAILLON, Op. cit., p. 300. .

La grande rivière Ottawa suit le parallèle moyen de 45° 30°, comme dans l'America Septentrionalis de Hondius!. Joliet a parcouru jadis le pays des Ottawas : il a ‘ait le relevé du fleuve; il en a donné une description à Galinée, en 1669, quand il le rencontra sur le lac Erié. Son tracé est loin cependant de valoir celui de Galinée. On doit surtout lui reprocher de n'avoir pas indiqué le Long-Saut où dix-sept Français, un Huron et quatre Algonquins ont sauvé la colonie en résistant, pendant huit jours, à sept ou huit cents Iroquois. Ce combat, qui se termina, le 21 mai 1660, par la mort de ces vingt-deux hommes, est le plus beau, le plus héroïque que l'histoire ait enregistré. Charlevoix n'en parle pas; les Relations le mentionnent à peine : Joliet ne l'ignorait pas et aurait dû tout au moins en marquer la place 2.

Joliet réunit l'Ottawa au lac Nipissing par la Mattawa. Il est imité par Galinée. C'est une erreur empruntée peut-

iN. Sanson /Amér. Sept. 1650), qui la confond avec le bras du Saint-Laurent qui sépare l'ile de Montréal de l'ile Jésus, l'appelle R. des Prairies et lui donne, jusqu’au lac des Nipissiriniens, une direction exacte. Sur sa carte de 1656, il la laisse anonyme et donne le nom des Prairies à une rivière plus occidentale qu'il est impossible d'identifier avec quelque certitude. Christian Le Clercq (1691) la fait sortir du lac Huron qu'il appelle lac d'Orléans.

2 L'abbé Faillon attribue à la religion tout l'honneur de ce glorieux combat. II nous semblerait plus juste de l’attribuer au patriotisme fortifié par le sentiment religieux.

Le savant abbé a retrouvé et publié le nom de ces héros. Il ne pouvait terminer mieux son émouvant récit.

(Faizon, Op. cit., t. IL, pp. 397-418.)

être à N. Sanson !. La branche septentrionale de l'Ottawa est tracée assez régulièrement, mais le chapelet de lacs traversé par ce grand cours d’eau n'est pas indiqué.

Au nord du lac Nipissing, qe Champlain appelle Biserenis, Sanson Nipissiriniens, Galinée Lac des Nipissiriniens ou des Sorciers, Joliet place la nation Nipissing?.

La French River est représentée comme un étroit cours d'eau. Galinée la figure beaucoup mieux et 1 nne son nom de Rivière des Français.

Sous sa forme rudimentaire, la carte de Joliet accuse

{N. Sanson, sur ses cartes de 1650 et 1656, avait commis la même erreur. Guillaume de l'Isle (carte de 1700) l'a évitée, mais nous la retrouvons de nouveau dans l’atlas de Stieler /Verein-Staaten von Nord-America, Mexico, Yucatan U. À, 1878). Hughes et la carte dressée en 1871 pour le recensement du Canada doivent être suivis. Cette dernière carte surtout repose sur des travaux topographiques considérables exécutés par le Département de l'Agriculture en vue de la délimitation des circonscriptions territoriales. Elle ne fait pas communiquer la Mattawa avec le lac Nipissing. Le petit lac Trout, que cette rivière forme à sa source, reçoit un ruisselet “ui vient des environs et non du lac Nipissing. Nous entrons dar détails par respect pour la grande et belle œuvre de Stieler.

2 Champlain plaçait cétte nation au sud du lac, mais il se trompait. Il se trompait également sur le cours de l’Ottawa.

Le peuple qui donna son nom à ce lac est appelé par Gabriel Sagard Epicerinyen ou des Sorciers. « Ce peuple Epicerinyen est » ainsi appelé Sorcier, pour le grand nombre qu'il y en a entr’eux, et » des Magiciens, qui font profession de parler au Diable en des petites » tours rondes et séparées à l’escart qu'ils font à dessein, pour y » recevoir les Oracles et prédire ou apprendre quelque chose de leur » Maistres ». “Le Grand voyage au pays des Hurons, Paris, 1632; Le part., p. 74; Paris, Tros, 1865, [“ part., pp. 50, 51).

pour cette partie un progrès sur celles de Nicolas Sanson et de Creuxius. Il ne réunit pas, comme le premier, l'Ottawa à la rivière Saint-Maurice et au Saguenay; il ne commet pas, comme le second, cette étrange bévue de faire couler des rivières du détroit et de la baie de Hudson au Saint-Laurent.

Sur la rive gauche de l'Ottawa, Joliet place la nation MataSan.

D'après Joliet, le Saint-Laurent formerait trois rapides entre sa sortie du lac Ontario et son confluent avec l'Ottawa !. Champlain en avait marqué quatre et Charlevoix en indiquera huit : Les Cascades, Le Buisson, Les Cèdres, Le Côteau du Lac, Le Moulinet, Le Long-Sault, Plat et | Les Galots 2. Joliet marque aussi trois îles anonymes.

Lesquelles ?

| Le lac Ontario, que Champlain a traversé du sud au | nord, en 1615, a souvent changé de nom. Joliet l'appelle | Lac Frontenac ou Ontario. Pour Champlain, c'est le

Lac S. Louis; pour Hondius, le Lac des Iroguois; pour

1 Ce sont ces rapides que Cartier ne put franchir en 1535 quand il fit la découverte de Hochelaga (Montréal), et qui arrêtèrent Champlain n 1603. (Brief recit et succincte narration, de la nauigation faicte es ysles de Canada, Hochelage, Saguenay et autres, etc.; Paris, 1545, p. 27. — Réimpression de M. d’Avezac. — CHaMPLaIN, Voyage de 1603, pp. 21, 22).

2 CHanLevoix, Journal d’un voyage fait par l'ordre du Roi dans l'Amérique Septentrionale, à la suite de Histoire et description générale de la Nouvelle France; Paris, 1744, in-12, tome V pp. 281-287.

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