‹ Etude sur une carte inconnue [microforme]Chapitre 5 sur 6 · nom de Cavelier de la Salle · texte numérisé non relu

nom de Cavelier de la Salle

mais que Joliet placera par 32° et Marquette par 33° 40°. Ce dernier le représente par un simple trait et sans nom; Joliet l'appelle riuiere Bazire. I y avait alors à Québec un nommé Charles Bazire, fils de Jean Bazire, de la paroisse de Saint-Vincent (évêché de Rouen):. I] était l’un des plus riches particuliers du Canada, et ne dut pas prendre part à l'expédition ; mais il en a pu faire les frais et Joliet, par reconnaissance, aura pensé un instant à perpétuer son souvenir, Plus tard, comme on l'a vu, Joliet sacrifie au grand Colbert, et les noms de Bazire et de Frontenac disparaissent de ses cartes.

Marquette place sur la rive gauche du Mississipi, entre l'Ohio et l’Arkansa, les Monj#pelea ; au sud, en face du confluent de l’Arkansa, les Akansea ; à l’ouest, le long du Mississipi, Metchigamea ; au-delà de la rivière Bazire, les villages Aiaichi, Tanik®Sa, Emaméeta, Paniassa, Papikaha, Akoroa, Matora, Atotchasi. Joliet indique

1 M. l'abbé Cyprien Tanauay, Dictionnaire généalogique des familles canadiennes ; Province de Québec, Sénécal, 1871, t. I, p. 35, verbo Bazire. — Cette œuvre patriotique, qui a pour but de conserver le nom et la filiation des colons franco-canadiens, fut célébrée en trèsbeaux vers français par M. Louis-H. Fréchette. /Péle-Méle, Fantaisies et Souvenirs poétiques ; Montréal, 1877, pp. 31-35).

Il y avait autrefuis deux paroisses Saint-Vincent. L'une Saint-Vincent ou Saint-Vincent-d'Obermare a été réunie à celle de Crasmesail et forme la commune de Saint-Vincent-Cramesnil (arrond. de Neufchâtel). L'autre, Saint- Vincent-de-Nogent, a été réunie à Neufchâtel. (Abbé Cocner, Répertoire archéologique du département de la Seine- Inférieure ; Paris, Impr. Nat, 1872, col, 155 et 240).

2 FatzLon, Op. cit, t. Il, p. 239

au nord de la Bazire un village Anelihigamea ; sur la rive droite de cette rivière, en allant du sud-est au nord-ouest : Atotiosi, Matora, Akoroua, Emamoueta, Papikaka, TanikSa, Aïahichi, Pauiassa; sur la rive gauche du Mississipi, presqu'en face du confluent de l’Arkansa, quatre villages Akansea sauuages.

Joliet et Marquette apprirent des naturels qu'ils pourraient, en cinq jours de navigation, descendre au golfe du Mexique, mais que ce voyage serait extrêémement dangereux, le fleuve étant fréquenté par des tribus trèsbelliqueuses, armées de fusils, et par les Espagnols qui ne manqueraient pas, s'ils les prenaient, de les réduire en servitude.

Marquette dit que la langue de l’Arkansa était si difficile qu'il ne pouvait réussir à en prononcer quelques mots. Il trouva par bonheur dans le pays un jeune homme qui entendait assez bien l'Illinois. « Ce fut par son moyen», dit le jésuite, « que je parlay d’abord à toute cette assemblée » par les présens ordinaires ; ils admiroient ce que je leur

| disois de Dieu et des Mysteres de notre sainte Foy, et ils

» faisoient paroistre un grand désir de nous rètenir avec » eux pour les pouvoir instruire » !.

Malgré leur admiration pour les discours du P. Marquette, les Sauvages, réunis en conseil nocturne, discutèrent gravement, posément, suivant leur habitude, la mise à la broche des deux explorateurs. Ils voulaient garder le bon Père... pour le manger. Le chef, fort heureusement, fut contraire

{ MARQUETTE, Op. cit., édit. Thevenot, p. 38

à la proposition, et pour les rendre inviolables, il leur dansa le calumet.

Joliet et Marquette aussi tinrent conseil et résolurent de ne pas pousser plus loin leur exploration. Le 17 juillet, juste un mois après leur entrée dans le Mississipi, ils quittent le village des Akansea pour retourner dans la Nouvelle-France. :

Ils avaient dépassé d'un degré et demi le point atteint en 1672 par Cavelier de la Salle ; il ne leur restait aucun doute sur le cours du Mississipi ; Joliet en traçait hardiment le cours jusqu’au golfe du Mexique, marquait sur la rive droite des villages T'ahensa sauuages, sur la rive gauche, par 34° 30’ des Mines de fer, par 34° des Terres ciseléer, par 33° 30° un village Aganatchi, au sud des villages Akansea sauuages, un de MSnsSperia et un d’Apistonga sauuages.

Le retour est pénible, mais sans incidents. Pour ménager leurs peines et aussi pour étendre le champ de leurs découvertes, nos voyageurs s'engagent dans l'Illinois, que Joliet appelle Riuiere de la Divine ou l'Outrelaise. Plus tard il changea d'avis et appela cette rivière la Divine, ce qui passa longtemps pour une énigme. Il avait tout simplement voulu se rendre agréable en donnant à une rivière

le nom de guerre de madame de Frontenac et de sa grande amie mademoiselle d'Outrelaise. Le compliment n'était pas du meilleur goût. Le comte de Frontenac semble cependant l'avoir bien pris, car sur la carte de Raudin, son ingénieur, la Divine porte le premier nom qu'elle avait reçu de Joliet.

Le P. Marquette se contente de mettre sur cette rivière,

qu'il fait sortir du lac Michigan, le nom du village Illinois Kachkaska !, village qui l'avait trés-bien reçu et qu’il revint catéchiser en 1675.

Joliet, qui était alors enthousiasmé du comte de Frontenac, donne au pays compris entre le Wisconsin et l'Illinoisle nom de Frontenacie.

Ces noms de Buade et de Frontenacie reparaîtront, en 1689, sur la carte de Raudin?, mais Joliet les aura depuis longtemps remplacés sur les siennes par ceux de Colbert et de Colbertie.

Joliet a écrit dans un grand cartouche bordé de rouge, placé à droite de la carte, sa lettre d'envoi au comte de Frontenac. Nous pensons devoir la reproduire textuellement, sans rien changer à son orthographe et à sa ponctuation, en restituant seulement, entre crochets, d’après la lettre qui se trouve sur l’une des cartes que nous avons décrites, quelques mots oubliés.

1 Le Kaïka de l'édition de Thévenot ; le Kaskaskia de l'édition de Félix Martin.

? Carte de l'Amérique septentrionale, 1684. Cette curieuse carte, qui Se trouvait aux archives du Dépôt de la Marine, sous le No 25 de la boîte 28, n'a pu être retrouvée. (Harrisse, Op. cit., N° 241).

Raudin était l'ingénieur et l’obligé du comte de Frontenac, « aussi », dit M. Harrisse, « dans le tracé que nous avons vu, le Mississipi porte-t-il » le nom de Riuiere de Buade, et les pays avoisinants sont-ils nommés » Frontenacie. »

Comme on le voit, Raudin ressuscitait les noms donnés par Joliet et ne les inventait pas.

« À Monseigneur,

» Le Comte de Frontenac Cons' du Roy en ses conseils, Gouvern' et Lieutenant gnal pô sa Maj en Canadas Acadie Isle Terre neufue et aûes pays de la nouuelle France.

» Monseigneur

» C’est auec bien de la ioye que iay [le bonheur aujourd'hui] de vo presenter cette carte qui fera cogr® La situaon des lacs sur lesquels on nauige au trauers en Canadas ou Ameriq. septentrionale qui a plus de 1200 lieües de l'Est à l’oüest.

» Cette grande Riuiere au dela des lacs Huron et Illinois qui porte vre nom scau. Riu. Buade por auoir esté decouuerte ces années dernieres 1673 et 1674 par les Lers ordres que vô me donnastes entrant dans üre gouuernem! de la nouuelle france passe entre la Floride et le Mexiq. et po' se descharger dans la mer coupe le plus beau pays qui se puisse voir, Je n’ay rien veu de [plus] beau dans la france co* la quantité des prairies que Îy ai admiré n'y rien d’aggreable cof la diuersité des bocages et des forests ou se cueillent des prunes, pommes grenades, citrons, meures, et plus" petits fruicts qui ne sont point en Europe, dans les champs on fait leuer les cailles, dans les bois on y voit les perroquets, dans les riuieres on prend des poissons qui no‘ sont inconnus por le goust figure et grosseur.

» Les mines de fer et les pierres sanguines, qui ne s'amassent jamais que parmy le cuiure rouge ny sont pas

rares, non plus que l’ardoise, le salpetre, le charbon de terre, marbe, et moulanges por du cuiure les plus gros morceaux que l'ay veu estoit gros co® le poinct, et tres purifié, il fut decouuert aupres des pierres sanguines qui sont beaucoup [meilleures] que celle de france, et en qtité.

» Tous les sauuages ont des canots de bois de 50 pieds de long et de plus po: nourriture ils ne font point estat des cerfs ils tüent des bufles qui marchent par bande de 30 et 50, J'en ay mesme compté iusqu’a 400 sur les bords de la Riuiere et les coqs d'Inde y sont si communs qu'on n’en [fait] pas grand cas.

» Ils font du bled d’Inde la plus part trois f:is l’année et tous [ont] des melons d’eau por se rafraischir dans les chaleurs qui ne permettent point de glace et fort peu de nege.

» Par une de ces grandes riuieres qui viennent de l'Ouest et se decharge dans la Riu. Buade on trouuera Passage pour entrer dans la mer vermeille, J'ay veu vn village qui n’estoit qu'a cinq iournée d'vne nation qui a comerce auec ceux de la Califournie, si l'y estois arriué deux iours plus tost i'aurois parlé a ceux qui en estoient venus et auoient apporté 4 haches pour present.

» On auroit veu la description de tout dans mon iournal si le bonh' qui m'auoit tousior accompagné dans ce voyage ne m'eut manqué un quart d'heure deuant que d’arriuer au lieu d'ou iestois parti, j'avois euité les dangers des Sauuages, i’auois passé 42 rapides j'estois

pres de debarquer auec toute la ioye qu'on pouuoit auoir du succes d‘vne si longue et difficile entreprise

» lorsque mon canot tourna hors des dangers ou ie perdis » 2 hôes et ma cassette a la veüe et a la porte des premieres » maisons francoises que i’auois quitté il y auoit presq. » deux ans, il ne me reste que la vie et la volonté por » l'employer a tout ce qui vous plaira » Monseigneur.

» Vostre tres humble et » tres obeissant seruiteur » et subiet.

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