IT. - PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT
Le traitement prophylactique de la rougeole doit cher-
cher à répondre à deux indications principales : d’un côté, surveiller l’hygiène des sujets sains ; de l’autre, proscrire le contact des sujets contaminés.
. En ce qui concerne les mesures hygiéniques dont doivent être entourés les sujets sains, le praticien ne négliera point de mettre à profit les connaissances que l’observation clinique lui a permis d'acquérir sur les causes et la nature de la rougeole. C’est sur ces données seules que l’on peut établir une prophylaxie rationnelle ayant les plus grandes chances possibles d'efficacité.
Sachant combien les causes débilitantes de toute espèce facilitent l’apparition des fièvres exanthémateuses en général, nous chercherons à les éviter ou à les combattre par tous les moyens possibles. Nous tâcherons surtout d’en préserver les enfants débiles ou déjà affaiblis soit par des maladies antécédentes, soit par la possession d’une diathèse. Nous les entourerons de nos soins les plus assidus ; nous conseillerons une alimentation saine et nutritive, un exercice modéré. Nous leur prescrirons enfin l’usage des toniques. Le vin vieux en petite quantité, les ferrugineux, les amers seront les principaux modificateurs que nous mettrons en usage.
Les vents du sud et d’ouest, le froid humide, les changements de température et de saisons étant reconnus
pot = comme favorisant le développement de la rougeole, on devra, autant que possible, soustraire les enfants à leur influence. On conseillera l’usage des vêtements de laine et de flanelle ; on devra surtout prémunir les enfants contre le froid aux pieds. Il faudra encore recommander aux parents de ne pas trop vite alléger les enfants au retour du printemps, car cette saison, marquée par des changements brusques de température, est aussi la saison des catarrhes, et prélude souvent à l’invasion de la rougeole.
Enfin, puisque le spécifique susceptible de préserver des atteintes du mal est encore à trouver, on isolera les sujets malades pour prévenir l’extension de la maladie. On défendra tout contact immédiat en ne permettant pas l'usage d'objets ou de vêtements ayant servi à des malades atteints. Les matières d’expuition pouvant contagionner les enfants entourant les morbilleux, ceux-ci devront éviter leurs atteintes. Les tout petits enfants devront surtout être soigneusement écartés, car, si Sauvage a pu dire avec vérité de l’enfant qui entre dans le monde : « Le jour le plus mortel est le premier jourde la vie », il ne serait pas hors de propos d’ajouter que les premières années sont d’autant plus menacées que ce premier jour est moins éloigné.
Mais pour éviter la contagion, l'on ne doit pas se borner à fuir tout contact direct: «Il est des virus, dit le professeur Anglade (1), à qui la forme halitueuse est particulière et qui ne sont point, dans cet état, susceptibles d’inoculation artificielle, quoiqu’ils soient doués au plus haut degré de l’aptitude contagieuse. » Les virus rubéolique, scarlatineux sont de ce nombre, et nous tirerons de cette connaissance une des plus importantes indica-
(4) ANGLADE. — Trailé de la contagion, t. I, page 10.
En: es tions prophylactiques, celle d’éloigner les sujets sains des sujets contaminés. Les exemples de familles entières frappées et décimées par la rougeole, ne sont que trop fréquents, pour que cette mesure préventive ne doive être appliquée avec la plus grande rigueur. Le rayon contagieux de la rougeole n’étant point connu, on ne peut assigner une limite à l’éloignement. L’on devra, en outre, conseiller de ne revenir sur le théâtre de l’épidémie, qu’assez de temps après que celle-ci aura terminé ses ravages, afin d'éviter ainsi les atteintes de reliquats étiologiques qui pourraient encore exister. De plus, on ne devra point permettre l’accès des lieux publics aux sujets qui ne seraient que partiellement guéris, parce que les traces d’une épidémie peuvent suffire pour déterminer son réveil: « Quœ relinquuntur in morbis, recedivas facere solent. » Hippocrate.
Si, comme cela est le cas habituel, l’épidémie s’est propagée d’un centre, de l’école, par exemple, dans toute la localité, le praticien ne devra pas omettre de conseiller Paération et la purification du local avant la reprise des classes. Une méthode peu coûteuse et bien pratique, selon nous, de désinfecter et de purifier, est celle qui consiste dans l’emploi des fumigations de Brôme pur, qui se font très facilement en versant trois à quatre gouttes de Brôme dans des assiettes remplies d’eau et placées dans les salles; ce corps et tellement diffusible, qu'immédiatement l’atmosphère est imprégnée de ses vapeurs.
Le traitement comportera deux divisions principales, suivant que l’affection restera généralisée ou suivant qu’elle se sera localisée ; d’où : 1° Traitement général ; 2° Traitement symptomatique.
Le bon sens populaire, l’instinct des malades, et, du côté des médecins, une observation large des faits clini-
Le 0
Ed ue ques, conseillent, dans les maladies fébriles, de soutenir les forces par quelques aliments. En effet, la désassimilation s’exécutant rapidement chez les enfants, le besoin d’être soutenus par un régime léger se fait sentir chez eux, si toutefois l’état fébrile laisse à l’appareil digestif une intégrité suffisante pour tolérer quelques aliments. Ainsi, aliments légers joints à des boissons émollientes et diaphorétiques tant que l’affection reste cantonnée aux manifestations cutanées ; mais, sitôt que des complications surviennent du côté des. poumons ou de l’intestin, il faut recourir, suivant le cas, soit au tartre stibié ou à la digitale, soit au bismuth ou à l’opium. Enfin les sirops d’ipéca, de rhubarde et de tolu sont d’une utilité incontestable aussitôt que les bronches sont envahies.