AVANT-PROPOS
L'hygiène et la prophylaxie des maladies prennent aujourd’hui une place de plus en plus marquée dans les préoccupations des praticiens. C’est là, il faut bien le reconnaitre, une des conséquences les plus heureuses des progrès réalisés depuis vingt-cinq ans dans la connaissance de la pathogénie des maladies. Les hommes les plus en vue dans la science, quand ils ne sont pas aveuglés par un inexplicable esprit de réaction contre les idées pastoriennes, se consacrent avec prédilection à l’étude des questions d’hygiène et
de prophylaxie qui en découlent. En reproduisant
l’histoire complète d’une épidémie de rougeole, nous avons done jugé le moment opportun d'apporter le modeste appoint de notre observation dans la question
de prophylaxie des maladies contagieuses. L’épidémie |
que nous relatons, en effet, en montrant la subtilité avec laquelle un poison rayonne promptement d’un premier sujet sur un grand nombre d’autres sujets, fait saisir, par cette particularité même, les avantages immédiats qui découleraient d’un isolement sévère pratiqué au début d’une épidémie ; un tel isolement en entraverait sans doute rapidement la marche. Mais, cet
Pro isolement, qui est si sérieusement pratiqué quand l’espèce animale est en jeu, ne saurait être efficacement réalisé pour l’homme, en France, tant que la loi n'aura pas armé l’autorité de pouvoirs suffisants pour rendre aussi prompte que possible, la déclaration des cas de maladies contagieuses.
Nous diviserons notre travail en deux parties.
Dans la première, nous nous occuperons des faits cliniques, après être entré dans quelques développements relatifs au théâtre de l’épidémie , à l’invasion et à la marche de la maladie. Nous présenterons quelques observations de malades, en mentionnant les faits cliniques qui nous auront paru dignes de remarque.
Dans la seconde partie, nous traiterons de la genèse et de l’étiologie de l’affection, en nous efforçant de tracer les lois de la contagion envisagée en général ; puis, en abordant les grandes lignes de la symptomatologie générale, nous examinerons l’influence des conditions atmosphériques sur l’évolution de la maladie; et, enfin, après avoir présenté quelques considérations sur la prophylaxie et le traitement de la rougeole, nous déduirons les conclusions implicitement contenues dans les faits observés.
En produisant ce modeste travail, nous n’avons point la prétention de révéler quelque fait nouveau, nous voulons, au contraire, rester dans le domaine des faits acquis et rendre hommage à la parole d’Horace : « Quod medicorum est, promittunt medici », heureux de voir nos efforts reconnus et mériter la bienveillante indulgence de nos juges.