‹ Étude sur une épidémie de rougeoleChapitre 3 sur 20 · I. — Aperçu des lieux · texte numérisé non relu

I. — Aperçu des lieux

Drouville est un village de quatre à cinq cents âmes, à treize kilomètres de distance de Lunéville, du côté Est de celui-ci, bordé de tous côtés par des hauteurs et bâti dans une excavation avec sous-sol argileux, imperméable. La pente y est faible, ce qui détermine dans les rues une stagnation presque permanente des eaux pluviales. Les habitations y sont profondes, anciennes, et s’ouvrant sur des rues disposées sans alignement et sans ordre. Cependant, la route de Lunéville à Arraye, qui traverse le village, semble apporter un certain ordre dans ce chaos de maisons. Comme dans la plupart des petites localités de notre Lorraine, les fumiers des animaux sont déposés, avant leur enfouissement dans le sol, devant les maisons dont ils obstruent presque l’accès principal. Les engrangements sont contigus aux appartements, ce qui fait le plus souvent que la cuisine et l’étable sont ventilées par le

ETAR même courant. Aujourd’hui même, il semble qu’on persiste à ne point vouloir combler les désidérata des médecins hygiénistes et se baser sur les coutumes de certains pays (l'Alsace, par exemple), où les fourrages et les animaux sont logés dans les bâtiments isolés des habitations, car, on continue, dans les constructions nouvelles, à mettre l’homme et l’animal dans une presque constante communauté. Certains ménages possèdent des puits particuliers, mais le plus grand nombre s’abreuve, ainsi que les animaux, dans des puits publics, dont les eaux sont nécessairement infectées par des matières excrémentitielles, à cause même de la médiocre déclivité du terrain. Enfin, le cimetière communal entoure l’Eglise, comme autrefois cela était la règle, etil continue à servir aux inhumations.

L’épidémie de rougeole que nous nous proposons de relater, éclata le 16 mai 1885 et rayonna de l’école des garçons où elle fut importée sur vingt sujets, la classe comprenant vingt-quatre écoliers. Les classes vaquant les 24 et 25 mai à l’occasion des fêtes de la Pentecôte. ne furent point reprises le mardi 26, alors que quinze enfants étaient malades. Puis successivement, du 26 mai au 5 juin, cinq cas nouveaux se déclarèrent, d’où il suit que 20 enfants sur 24 écoliers, furent éprouvés : non compris dans ce chiffre deux enfants en bas âge et non soumis à lobligation scolaire. C’est seulement le 3 juin que les enfants de l’école des filles furent atteintes, c’està-dire 19 jours après l’irruption du virus et 14 jours après l’alitement du premier écolier.

Les classes séparées de celles des garcons et dirigées par des maitres différents, furent aussitôt fermées. Au demeurant, cette épidémie qui s’est propagée aux sœurs par le contact des frères, s’est terminée le premier juillet suivant, après avoir fourni un contingent de 20 malades

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oi sur 24 garcons et de 14 fillettes sur 20 qui recevaient l’enseignement à l’école ; non compris dans ce dernier nombre 4 petites filles n’assistant pas encore aux classes ; d’où il résulte que la contagiosité s’est produite, pour Pécole des garçons pendant la période latente dite d’incubation, tandis que, pour l’école des filles, elle s’est opérée vraisemblablement pendant le stade d’invasion.

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