L'ABBÉ TANGUAY
et faire valoir ses droits. Cette dernière était alors au Canada, et représentée par Louis- Charles-François-Gédéon de Catalogne, petit-fils de Gédéon, première tige de cette famille établie dans la Nouvelle-France. (C’est la branche cadette qui va faire le sujet de ma conférence.
I— BRANCHE CADETTE. — CHÉDÉON DE CATALCGNE
Gédéon de Catalogne, premier de ce nom venu au Canada, naquit en 1662, à Bresse, dans le Béarn. Il était fils de Gédéon et de Marie du Cap-de-Molie. Tout jeune encore, il était entré dans le génie, et avait obtenu un grade d'officier; mais ne voulant pasabjurer le protestantisme, comme venait de le faire son frère aîné, alors membre du parlement de Navarre, il dût quitter la. France, après la révocation de l’édit de Nantes. Il partait, en effet, en 1685; pour la Nouvelle-France avec cent-vinyi de ses coreligionnaires, qui, voulant suivre son sort, l'accompagnaient dans son exil.
Après une longue et orageuse traversée, le vaisseau qui les portait fut surpris, à l'entrée du golfe Saint-Laurent, par une des plus furieuses tempêtes, et vint se briser sur les récifs:qui bordent l'ile d'Anticosti. La certitude d'une mort inévitable, si une puissance surhumaine ne venait à son secours, suggéra soudain à l'infortuné l'idéo que sa préservation pouvait dépendre de son abjuration. Il promit aussitôt de rentrer dans. le.giron de l'Eglise catholique, s'il échappait à la mort.
Sept de ses compagnons firent l: même vœu, que la Providence exauça, Exeffet, sur les cent-vingt passagers, ils furent les seuls qui échappèrent au triste sort de leurs malheureux compagnons.
Ainsi miraculeusement sauvé, Grédéon se souvint. de son vœu, et à son arrivée à Québec il abjura le protestantisme en présence de Mgr de. Saint-Valier, alors évêque de Québec. Ses compagnons en firent autant.
À peine arrivé dans sa nouvelle patrie, Gédéon voulut donner des preuves de son courage et de son dévouement. Il s’associa à l'expédition qui se préparait à aller reprendre, dans la baie d'Hudson, sur la rivière Sainte-Thérèse, le fort que les Français y avaient bâti et dont les Anglais s'étaient rendus maîtres. En compagnie de MM.de Troyes.et Duchesnil, il devait commander un détachement de trente soldats, tandis que: MM. d'Iberville, de Sainte-Hélène et de Maricourt, tous trois fils de Charles Lemoyne, se mettaient à la tête de soixante-dix Canadiens, véritables coureurs des bois, accoutumés anx longues marches, aux jeûnes prolongés, et capables de résister à la rigueur des froids si piquants de ces lointaines régions. Cette expédition fut tout un succès pour la petite armée.
En.1690 (11 août), Gédéon épousait, à Montréal, Marie-Anne Lemire; fille de. Jean Lemire? et:de Louise Marsolet.
Dans cette même année, il contribua grandement, en sa qu:iité d'officier du génie-à fortifier- Québec et à défendre cette ville contre la flotte anglaic:; commandée par.l’amiral Phipps:.
Le major Provost commandait alors la garnison de Québec, en l'absence de M de Frontenac, le gouverneur.
2 Les nombreuses familles dont: il est l'ancêtre, comptent:dos membres distingués dans l'état ecclésiastique et dans la magistrature, Voir le Dictionnaire généalogique,
On retrouve le nom de Gédéon de Catalogne trois ans plus tard (1693) mentionné à l’occasion d’une autre expédition anglaise, que commandait le chevalier Francis Wheeler.
Dans le rapport des officiers de cette année (1693) Gédéon est mentionné comme bon officier et honorable homme,
En 1709 (14 octobre) les MM. Raudot, intendants, recommandaient d'une manière toute spéciale la promotion de Gédéon de Catalogne, dans leur lettre adressée au ministre :
“ Les sieurs Raudot eurent l'honneur de vous envoyer l’année dernière les cartes du gouvernement de Montréal qui vous furent présentées par le sieur de Marigny. Ils ont l'honneur de vous envoyer cette année celles des gouvernements des Trois-Rivières et de Québec. Le sieur de Catalogne, lieutenant des troupes de ce pays, qui a levé toutes ces cartes, s'est donné toutes les peines et tous les soins possibles pour qu'elles fussent justes et exactes. Ils peuvent vous assurer qu’il mérite l'honneur de votre protection, et que vous ayez la bonté de vouloir bien l'avancer dans la promotion qui est à faire en ce pays: ses services, Monseigneur, et tous les mouvements qu'il s'est donnés pour ces cartes leur font espérer que vous voudrez lui accorder une pluce de capitaine. Cette récompense qu'il mérite par plusieurs endroits, vous épargnerait une pension qu'il mériterait pour cet ouvrage qui lui a coûté deux années de travail pendant lesquelles il a été obligé de visiter toutes les côtes de ce pays et même dans les temps les plus rudes et les plus difficiles. Cet ouvrage, Monseigneur, lui a attiré l'indignation du sieur LeVasseur, * ingénieur en ce pays, qui lui demanda au château, devant Mme la gouvernante, de quel ordre il travaillait, et fâché apparemment de ce qu’il faisait, par les ordres que vous aviez eu la bonté de nous donner, il lui dit qu’il vous manderait que toutes ces cartes n'étaient point justes, le dit sieur de Catalogne ne put souffrir, Monseigneur, qu'on le condamnât sans avoir vu son ouvrage, et lui dit que pour juger et décider entie eux de quelque chose, il y faudrait toujours un troisième. Ils peuvent cependant vous assurer qu'elles sont très justes, ayant été exposées ici pendant plus de quinze jours, à la censure de tout le monde, et il n'y a personne qui ne les aient trouvées de cette manière, si bien même que plusieurs personnes veulent en faire faire des copies sur les originaux qui sont restés ici.”
M. Gfnéon DE CATAIOGNE, AUTEUR
La Société historique de Québec publiait, il y a quelques années, un ouvrage qui a pour titre : “ Recueil de ce qui s'est passé en Canada au sujet de la guerre tant des Anglais que des Iroquois, depuis l'année 1682.”
Ce recueil si intéressant ne porte aucune signature, et jusqu’à ce jour, il a semblé impossible d'en connaître l’auteur.
La Collection de manuscrits récemment éditée (1884) sous les auspices de la législature de Québec, attribue ce mémoire ou recueil à M. De Léry, ingénieur. (Voir la note de la page 625.)
Quelques citations de ce recueil que je me permettrai de faire ici, démontreront à l'évidence, je l'espère, que l'écrivain qui, dans ce recueil, se met à la première personne en relatant des faits accomplis de 1695 à 1712, est bien le même que les annalistes désignent
$ LoVasseur avait préparé les plans des fortifications de Québec, que l'on commença en 1702, Il out aussi quel. que discussion avec M. le marquis de Crisafy, qui alors commandait la place, Sec. I, 1884 — 2,
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