OBSERVATION V
Arthropathies récidivantes : amyotrophie généralisée, troubles trophiques mulliples (cornes cutanées, chute d’un ongle) d'origine blennorrhagique.
(Dr Launoïs, Bull. de la Soc. méd. des Hôpitaux, 1899).
C'est dans un état de cachexie profonde, que L..., Paul, artiste dramatique, âgé. de quarante ans, est amené dans mon service de l'hôpital Hérold, le 21 mars 1899.
Il est pâle et décharné, endolori de partout, incapable de faire un mouvement : il porte une escarre sacrée ; la plupart de ses articulations sont le siège d’arthropathies déformantes ; ses membres atrophiés, ne présentent plus aucun relief musculaire ; à peine, au moment des contractions volontaires, quelques cordes viennent-elles faire saillie sous les téguments, recouverts de longs poils et témoigner de la présence de muscles pour la plupart disparus. Les lésions présentent leur maximum aux pieds, dont la peau, les parties molles, les articulations sont simultanément atteintes.
La cause de ces troubles st graves n'est autre que la blennorrhagie, ainsi qu'en témoignent l'expression de l’urèthre qui fait sourdre quelques gouttes de muco-pus; et l'interrogatoire du malade.
Dans l’enquête qui est faite sur ses antécédents héréditaires et personnels, nous apprenons que son père, après avoir souffert pendant presque toute sa vie de l'estomac, est mort du choléra ; que sa mère a succombé brusquement à la rupture d’un a névrysme (?), qu’il a deux sœurs bien portantes. à
Dans sa famille, il ne connait d'autre rhurmatisant que son arrière-
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grand-père, et aucun des membres qui la composent ne présente de manifestations arthritiques
Quant à lui, il a souffert des yeux pendant fort longtemps et a dû être soigné pour une ophtahnie bilatérale jusqu'à l’âge de 9 ans.
Une légère déformation de la hanche gauche, un peu plus volumineuse et un peu plus élevée que la droite, l'a exempté du service mrilitaire. Gette articulation, n’a toutefois jamais été douloureuse et n’a jamais déterminé de claudication.
Ayant échappé aux maladies de lenfance; il atteint l’âge de vingt ans. La syphilis le laisse indemne, mais il paye, par contre, un large tribut à la blennorrhagie.
1 contracte, en effet, la première chaudepisse à Gien, à l'âge de vingt ans, et se soigne peu, fait quelques injections qui diminuent l'abondance de l’écoulement et continue tout d'abord à exercer sa profession de chanteur. Mais au bout de quinze jours, une orchite gauche l’oblige à garder le lit et bientôt apparaissent les symptômes de cystite du col. La guérison de cette première affection uréthrale n’est complète qu’au bout de trois mois.
Dix ans après, c'est-à-dire à l’âge de trente ans, notre malade a à souffrir d’une nouvelle pullulation gonococcique. Gette seconde blennor-. rhagie s'accompagne d'arthrite du coude droit, du genou droit et des articulations des pieds. Il est soigné à l’Hôtel-Dieu annexe, prend du salicylate de soude, de la teinture de colchique et sort complètement guéri au bout de trois mois, ne conservant ni déformation, ni raideur articulaire.
À trente-trois ans, une troisième blennorrhagie s'accompagne, presque aussitôt après son début, de troubles articulaires du côté du métatarse, des articulations tibio-tarsiennes et du genou gauche. Les muscles des membres inférieurs s’atrophient avec une très grande rapidité. A celte époque; apparaît une déformation tout à fait caractéristique des orteils qui se trouvent projetés en dehors, le gros orteil chevauchantsur les doigts voisins. Soigné, soit chez lui, soit à l'hôpital Saint-Louis, dans le service du professeur Fournier, il guérit complètement au bout de cinq mois.
Six mois se sont à peine écoulés qu’une nouvelle uréthrite s’accompagne d’arthropathies dans les articulations qui avaient été primitivement atteintes : elles guérissent, mais sont plus tenaces cette fois ; les
jointures ne reprennent leurs caractères normaux et leurs fonctions qu'au bout de sept mois.
Lrpore
Dans les premiers jours du mois de décembre 1898, l'urèthre est le siège d’une cinquième pullulation gonococeique ; comme trois des précédentes, elle s'accompagne d’arthropathies primitivement localisées aux articulations tibio-tarsiennes. Le 16 décembre, le malade ne peut plus quitter son lit ; les coudes, le poignet gauche, le genou droit sont successivement atteints. Il perd également très vite l'appétit et les forces ; son amaigrissement devient rapidement considérable. Des douleurs diffuses dans les membres, l'impossibilité presque absolue de se mouvoir le privent de tout sommeil.
Le jour de son entrée à l'hôpital, le teint est blafard, la peaw est d’une pâleur extrême; elle est, par places, recouverte d’une couche épaisse de squames épidermiques. Sur la face antérieure du poignet droit, au niveau des parties antérieures et internes des cuisses, existe une éruption disséminée, caractérisée par de petites élevures dont la coloration varie du rose au brun et qui sont le siège d’une légère desquamation.
Au niveau du sacrum, une eschare elliptique dont le grand axe mesure deux centimètres et le petit, un centimètre, est le résultat du décubitus longtemps prolongé.
La maigreur extrême est due, non pas seulement à la disparition du panicule adipeux sous-cutané, mais encore à la fonte totale de presque. tous les muscles, partout les os font saillie sous la peau. Cet état de maigreur rend encore plus apparentes les déformations articulaires.
Les membres supérieurs ne peuvent être écartés du tronc ; toutefois les articulations scapulo-humérales douloureuses ne présentent pas de gonflement. Celui-ci est également peu marqué du côté du coude gauche dont les mouvements sont cependant très limités.
Au niveau du coude droit, on constate une tuméfaction diffuse due en partie à l'épaississement du tissu fibreux et à l’hypertrophie des extrémités inférieure de l’humérus et supérieure du cubitus. Des modifications analogues s’observent du côté du poignet gauche ; à ce niveau, on peut, en mobilisant d'avant en arrière l'extrémité inférieure du cubius, très saillante sous la peau, provoquer une véritable crépitalion.
Les articulations temporo-maxillaires ont conservé leurs caractères anatomiques normaux et leur mobilité ; de même celles des doigts.
La tête est comme fixée sur les épaules et ne peut être déplacée ; les articulations qui l’unissent à la colonne vertébrale, ainsi que celles des vertèbres entre elles, sont très douloureuses à la pression. Tout mou-
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vement de redressement ou de flexion du corps est absolument impos+ sible.
Rien d’anormal du côté des articulations sterno-claviculaires ni du côté des hanches. s
C'est aux membres inférieurs que les lésions présentent leur maximum d'intensité.
Le genou gauche est normal. Le droit est augmenté de volume et la