HISTORIQUE
- Depuis la célèbre discussion qui eut lieu en 1866 à la Société médicale des Hôpitaux, depuis les importants travaux du professeur Fournier, à qui appartient l'honneur d'avoir montré que le système nerveux périphérique et en pariiculier, le nerf sciatique, pouvait être atteint soit au cours, soit pendant la convalescence de la blennorrhagie, de nombreux mémoires furent publiés sur les complications nerveuses du blenno-rhumatisme.
Notre intention n’est pas de rappeler ici tous ces travaux, mais de montrer comment s’est dégagée la {héorie nerveuse de ce rhumatisme, el comment on est arrivé peu à peu à faire intervenir la moelle comme étant l'intermédiaire entre le gonocoque et les manifesialions symp'omatiques telles que les arthropathies, les cornes cutanées et les atrophies musculaires.
La plupart des auteurs que nous citons au cours de notre étude, admettent l'existence de lésions matérielles de la moelle; nous croyons avec M. Jacquet, que les troubles névropathiques ne sont pas toujours en relation avec des lésions graves de l’axe médullaire.
En 1888, Hayem et Parmentier, dans un mémoire sur les manifestations spinales au cours de la blennorrhugie (1), relevant des cas où les lésions myélitiques ne leur paraissent pas douteuses, insistent sur la coexistence fré-
(1) Haveu et Parmentier. Revue de médecine. 1888 p. 435.
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quente des troubles spinaux et articulaires, mais ne raltachent pas toutefois ces derniers aux troubles médullaires.
C'est depuis 1891, avec le travail de Spillmann et Haushalter (1) que s’affirme l'existence de la méningo-myélite avec arthropathies d'origine nerveuse. Ces auteurs cherchent, en effet, à établir le rôle que peut jouer le système nerveux périphérique ou central dans la pathogénie des accidents observés chez leurs malades.
En 1892, Jacquet, se basant sur des faits bien observés édifie la théorie nerveuse du blenno-rhumatisme (2). Pour lui, le rôle du système nerveux dans la pathogénie des arthropathies, est plus important et plus étendu qu'on ne l'avait supposé jusqu'alors; indépendamment des cas où une myélite véritable ne peut être mise en doute, il existerait des {roubles névropathiques qui, sans aboutir à des lésions manifestement accusées de la moelle, se traduiraient cependant par des symptômes (névralqies, arthralgies, troubles de la sensibilité) qui dénotent l'atteinte portée au système nerveux.
L'année suivante, Vidal (3), se ralliant au diagnostic de rhumatisme blennorrhagique avec troubles trophiques, fait par Jacquet, qui avait donné sés soins au malade, publiait une observation « d'éruption généralisée et symétrique de croûtes cornées avec chute des ongles, d'origine blennorrhagique coïincidant avec une polyarthrite de méme nature ».
En 1895, Jeanselme (4) publie une observation nouvelle : partageant les idées de Jacquet, et ne considéraut pas les arthropathies et les troubles cutanés comme une manifesta-
(1) SprzzmanN et Hausnarrer, Rev. de méd. 1891 p. 651. (2) Jacouer. Ann, de derm el de syph. Juin 1892. (3) Vinar. Ann. de derm. et de syph. 1893, p. 3. (4) JraANsELMe, Pres. méd, 1895,
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tion directe de la chaudepisse, il fait intervenir le système nerveux, comme l'intermédiaire nécessaire entre celle-ci et les altérations de la peau.
En 1897, Jacquet (1) fait ressortir à nouveau le rôle du système nerveux et montre que l’arthropathie peut être considérée comme un trouble trophique de l'articulation au même titre que les autres manifestations musculaires ou cutanées qu'on observe au cours de l’arthro-blennorrhagisme. Les lésions des jointures, celles de la peau, celles des muscles seraient des manifestations associées, dues à une même influence nerveuse trophique.
Chauffard (2) donne, la même année, la description d’une infection blennorrhagique grave, avec productions cornées ; il fait remarquer combien est frappante la similitude clinique de toutes les observations de blennorrhagisme infectieux. Tout en admettant la grande pert qui revient au système nerveux, Chauffard est moins affirmatif que Jacquet sur l’origine trophique des lésions cutanées et en particulier de la dermité hyperkératosente qu’il décrit avec beaucoup de soin.
En 1899, Milian (3) publie un exemple d’une forme myélopathique du blenno-rhumatisme et conclue à l’existence d’artropathies d’origine nerveuse.
Le dernier fait a été rapporté par Launois (4) à la Société médicale des Hôpitaux, le 21 juillet 4899. Parmi les manifestations morbides constatées chez son malade M. Launois met surtout en relief les arthropathies, leur symétrie, l’amyotrophie générelisée, les croûtes cutanées et les autres troubles observés du, côté de la peau et range sans hésita-
(4) Jacouer. Bul. de la Soc. méd. Janvier 1897.
(2) Caaurrarp. Bul. de la Soc. méd. Avril 1897.
(3) Micran. Presse médicale, 29 avril 1899.
(4) Launors. Bull. de la Soc. de méd. 21 juillet 1899.
tion dans le groupe des troubles trophiques, ces lésions diverses qui lui ont paru évoluer sous l'influence d’altérations plutôt dynamiques du système nerveux.
Nous avons pu observer, à l'hôpital Hérold, et suivre pendant plusieurs mois le malade qui fit l’objet de la communication de notre maître M. Launois. Ce fait a été la raison déterminante des recherches que nous avous consignées dans ce travail.