‹ Étude sur Voltaire, grammarien et la grammaire au XVIIIe siècle [microforme]Chapitre 28 sur 34 · répandu · texte numérisé non relu

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è&^élS[\s9^siÂM pu HHè prévaloir cliez

noius^une sciepce of!lcielle/une Gr^mnaaire d'Etat, sorte de religion dii langage hors de laquelle il h Y a pas de salut. '

La grammaire de nos jours s'inspire de principes tout diflérents. Elle considère le langage comme un organisme vivant, qui se renouvelle sans cesse^ et dont on ne peut bien comprendre la nature qu'en étudiant sur le fait ses difiGér rentes transiforâDations. Elle ne cherche point les causes des phénomèi^es dans la raison pure, mais dans les faits euxliièmes; elle n'est plus que l'histoire naturelia de la parole. Elîe peut constater qu'au fond le mécanisme "d'une langue n'est pas plus régulier à une époque qu'à une autre et^ qu'il est toujours conforme à la même logique. Elle se propose avant toutd'éclaircir et d'expliquer ; elle n'a pas la prétention de soutenir aucun système littéraire, pas plus que la science àp-}^ natul'e ne prend parti pour une espèce contre une autre, ou que l'histoire ne dissimule la vérité d-'un tableau, dût-;elle choquer certaines idées réQues.^Elle ne nous empêche point, d'admirer Racine; mais elle nous enseigne à ne point déprécier. Corneille: elle nbus apprend aussi à lie point dénigrer trop facilement le système grammatical de Voltaire, mais à y voir une manifestation intéressante de l'esprit humain. Quelques grammairiens, il est vrai, et surtout parmi les maîtres, croient qu'il y a une orthodoxie en matière de langues et substituent, non sans de bonnes raisons, l'art de parler à Ja ^ience du langage ; mais ils font œuvre de pédagogie ou de littérature et non de science grammaticale ; ils ne font que montrer indirectement qu'ils préfèrent la critique de Nisard à celle de Sainte- Beuve.

Aù^nd Voltaire ne faisait non plus qu'affirmer les préférences de son goût, quand il prétendait justifier la langue du grand siècle par la raison. Les beaux vers de Racine lui avaient fait illusion ; il cherche à son tour à farre illusion à JaFirance et à l'Europe. Sa grammaire çst beaucoup pfûs |i|t4>'aire que scientifique ; elle s'attache bien moms à ob-

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V elle est bien tine <)Biiiirfe i^le %t llifiiM qu*ellè expose lie sont pas toujours a pour la recherc)|ft:^Q Vrai/elj^^^^^^fi^ poufr Thistoire de la science, à causé ^ô Ililflùeiice ({u^l^les ^nt eu et qu'elles ont encore en France et en Europe. .Le dédain qu'on professait pour Tancnenne langue française» dépit contribuer à détourner pendant 16p|Éiûi|>8 les esprit d^ <$ta4es de gramniairâ lils^l^ commentatéur dé Ck»ipniQ^^^^^^^^ lés jpÉé0^||^^

^prétexte jde fixelc^lfss J^^ délicé^s^ une fbiile.

de soi^-disaht gilimmaiiiéns, dit Génin, < ont sil^S^lisé sur Ibs ftiots et les' tours de jrtmise, Produit quantité l)e définitions sc^îStiques, de 1^ fausses, de difÀcultés chimériques ; ilaont rempli. fa grammaire de fiuitômes » (^). Quant à la langue-française, elle serait bien vite devenue insuffisante avefll^ -purisme ^troit qui l'avait appauvrie à force de vouloir la conserver. Privée de vie et durant toujours, elle se desséchait pouf ainsi dire, et elle lût bientôt arrivée à n'être plus, qu'un squelette. Afiaiblie nécessairement par la perte journalière de certains mots qu'on ne remplaçait pas, et par le changement de sens de certains termes autrefois très énergiques et devenus très ordinaires, elle devait bien vite tomber dans un dénûment dangereux pour les lettres. D'ailleurs, ilère et aristocratique, daignant à peine choisir parmi les richesses que lui

(1) kiitoire des variatiotia du langage françaiê, Introd., p. XXll.'— Voici une application singulière de ce qu'un grammairien de tum joiiPrs appelle la méthode savante, mais compliquée : « Orgue est du genre masculin quand il désigne un ou plusieurs instruments considérés comme complets, et c est parce ,qu'il e^t nécessairement pris danft ce sens âu singulier qu'il esf toujours masculin  ce nombre. Maii^ quand il. est au pluriel et que, d'après le sens qu'où lui donne, la pluralité est nécessaire pourKe^primer un seul instrument, il e^ du genre féminin : il smable alorsl^foigner les voix diverses qui sortent de tous les tuyaux ». P. Larousse, préfeceae la Lexicologie de« <Fcofea.

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^^^Hivi^^ili^^ à manier, elle av^it été

$ilirch»rgè|;4'ent^^ grammaticales file toutes sortes. On l^enipÉ la syntaxe de règles aussi difliciles à comprendre %l%Jiistffler ; et peu s'en follut qu'on ne fixât le nombre des jprbp08iti^s,|t même des syllabes qui peuvent entrer dans une période' (0. So\is prétexte d*être naturel, on en vint presque à proscrire la cbose la plus.iiatureDe du monde, remploi des figures. < C'est ce perpétuel mensonge de la pyfirble, c'est le style métaphorique qui porté un germe de corruption *, écrivait Rivarol. <r Le style naturel ne peut être que vrai ; et quand il est faux, l'erreur est de fait et nos sens lé corrigent t6t ou tard; mais les erreurs dans les liguées ou dans les métaphores annoncent de la fausseté . dans l'esprit et un amour de l'exagération qui ne se corrige pas (2). j Un purisme intolérant et fanatique fit voir partout des vices de langage ; les gens éclairés eurent parfois & compter plus de six cents solécismes dans une tragédie qui avait eu le plus gmnd succès à Paris et la plus grande faveur à la cour (î*; ; et Voltaire put s'effrayer des difficultés qui stnfêtaient à chaque pas les poètes français* « Quand on examine des vers avec des yeux attentifs et sévères, dit-il, on est étonné dès fautes qu'on y trouve (^l.» On dut chercher à être hanii sans le paraître, ^ il nëlFut plus permis d'ôtiSe graod^Sahs se le faire pardonner; Nos meilleurs écrivains

(1) « Les personnes qui entendent le mieux la langue prétendent que les belles périodes ne doivent avoir que trois membres, et que le nombre des syUabcè ne doit pas aller au-dèlù de soixante-dix ou soixante-(iuirt/G. » 1^ Touche, Y Art de tien parler françoin, édil. de 1740, I. 3^6.

(S) Càueeê dé VttniwreMé de laUihgiM française, p. 90.

0yJUiirt phUoêophiquee, lettre XXIV sur les académies. XXXVII,

(4) Comm. avr ComeiUe^ Hér., 1. 1. 5, t. VUVU p. 8>

furent loués surtout d'avoir su cacher leurs hardiesses et dissimuler leur art avec habileté : « car c*est de Tartifice avec lequel ils ont su déguiser leur fidélité au génie de leur langue que résulte tout le charme de leur style » (^ï. On ne put être insensible au mérite de ceux qui trouvaient le moyert^ de surmonter tant d'obstacles ; et le plaisir très secondaire de la difficulté vaincue allait devenir une des règles de J'art. ". *^

Le purfsme arrêta certainement le développement de la poésie lyrique à laquelle ne répugne pas un certain désordre, au moins apparent, et qui se complaît aux grandes images. Peut-être môme fut-il nuisible à la grande éloquence: cai- la difficulté do lier correctement les diflTérentis mehïbres d'une phrase fit donner la préférence à ce style découpé, ({ui produit une grande netteté, mais qui n*a pas Tampleur de la période oratoire. En revanche On vit fleurir les genres secondaires. Voltaire put se laisser attribuer, sans trop d'orgueil, un « talent tout particulier » dans les épitres familières on versC"^); il admira le traducteur des Creorgftgues, auquel il avait ouvert la voie dans Tart de faire (|es descriptions d'un goût nouveau, vrai et noble, et de peïhare les détîiils, «^ ce qui est un des plus grands mérites de la poésie » ^. Attristé par la décadence des beaux-arts, il déclarait ne trouver de consolation à sa douleur, que dans la lecture de (|iiolques chefs-d'œuvre, tels que le poëme des* Saisons cl lo ({uin/Jème chapitre*^ de Bélisaire (*X

M;iis il ne traita pas de môme certains poètes de premier ordre, (jui étaient venus avant lui, et ne consentit pas à reconnaît re aux grands écrivains le droit défaire leur langue. Les

(1) Rivarol, Ibid , p. 9. ' '

Ci) Conn. dc\> beautt's, mol Amitié, XXXIX, 157. ,Çh Ibid,. mot ArméCf \y I6(). Dans ce passage, l'autour loue une ilcaci^iptioii/tt^a baïoniiutte (|ui se trouve dans la Hcnriade. ' ^4) S^cfc de Louis XV, XXI, 433.

•diesses et dis- ! Tartifice avec ie de leur lan- (^h On ne put lent le moyenf^ [• très secondes règles de

ppement de la certain désor- : grandes imale éloquence :

ent3 membres tyle décovipé, pas Fampleur irir les genres sans trop d'orépitres famis (réorgiqueSy B des descrippeindre les tes de la poéarts, il déclaque dans la le poëme des

s de premier t pas à reconlangue. Les

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auteufs, comme Boileau et Racine, qui n'emploient jamais que des métaphores justes, et qui écrivent toujours pure- , ment, lui paraissaient seuls mériter l'admiration des amateurs : « on ne lit des autres que quelques endroits de génie dont la beauté supérieure s'élève au dessus des règles de la Syntaxe et de la correction du style » (0. C'est pour cette raison, que trois des plus grand écrivains du siècle de Louis XIV, Molière, La Fontaine et Corneille, ne doivent être lus. qu'avec précaution, par rapport au langage ; il faut que ceux qui apprennent notre langue dans les écrits de ces auteurs, y discernent leurs fautes, afin qu'ils ne les prennent pas pour des autorités (2).

C'est ainsi que notre langue, amaigrie et pour ainsi dire, chargée de chaînes, avait perdu une grande partie de sa vivacité et de son abondance naturelles. On l'attaquait comme trop aristocrMique au nom des classes moyennes, et comme esclave d'une raison étrdite au nom delà liberté. On la blâma de sacrifier la poésie et l'imagination à la raison, et quand Rivarol fit son éloge, il dut faire surtout cehii de la prose (3). • On put encore lui reprocher (jie ne former que a des artistes accomplis dans le genre tempéré » (*), de se contenter d'une médiocrité d'or qui s'approche toujours de la perfec-// tion sans y arriver (^>). On insista maUgnement sur sa clarté f* triste avantage, car on est trop souf ent parti de h\ pour \m^ refuser tous les autres. Et si on peut lui reprocher tant défauts, nul n'en est plus responsable que le connrientalejti de Corneille. Plus que tout autre, il ii^travaillé, en tlié()ri< en pratique, à les maintenir avec un soin jaloux. Comiuk

(i) Comm. 8ur Corneille. Pomp. II. iv, v. péni

02) Mél. {iTJQ), Sommaires des pièces (Je Molière, ( L'KtourdJi J, XXXVIIT, 40:^. , ,

. (3) Cauieê de^Vuniversulité de la lantjue française, p S(K , ,^

(4) Expression appliquée par M. (^»U!siM à Voltairo lui-iiu'>iiio. ;. , ^V

(5) Schwab, Des causes de l'iciiivor salit c^^de la /c^»//i<f française \»\ (trad.), p. 113-i88. ^ X '

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grammairien, le prince des philosophes ne fut ni un apôtre (le la tolérance, ni un précurseur de* la Révolution^ et quand ils combattaient pour briser les entraves où s'enferinait la langue clasBiqu^, les amis de la liberté du langageC^ auraient pu répéter souvent le mot bien connûmes ennemis (le la libre pensée : « C'est la faiite à Voltaire ! i

Il ne faudrait pas croire que les écrivains du xvni*' siècle se fussent fait illusion isur les inconvénients du purisme. On savait bien que la langue s'était énervée et appauvrie* Ceux

- qui voulaient la défendre à toutes forcés, en étaient réduits à soutenir que l'énergie, toujours opposée à la clarté, n'est point une perfection du langaga.(*) \ que nous n'avons

>^pas besoin xl'une abondance incommode, pour Ife vulgaire et pour les philosophes : caf « c'est le superflu qui fournit, au luxe et qui est 3 charge dans le coufs de la vie à ceux qiii

^ se contentent de la simplicité » C^l Beauzée, qui prend, contie. Voltaire le parti de <Lla gueuse fière, qui ne veut pas qu'on lui fasse l'aumône », prétend que « les scfupules de

.la langue ne tiennent que du sentiment qu'elle a de ses richesses véritables et de la sagesse qui les fait consister dans le nécessaire » : il craint « une surcharge enibarras-

. 'santé, (|ui aurait les inconvénients de l'indigence la plus

, étroite >> (3). Mais un autre encyclopédiste avouait qu'en" France la langue des gens polis (c était tombée au dernier degré de la servitude »; qu'elle n'était « qu'un ramage foible et gentil », qui n'avait point la vérité de Timitation ;

' et if voulait^ qu'on fit appel, aux gens du monde pour donner* le droit de cité aux termes employés paY* les savants (*)/ , D'Olivet lui-même, qui s'entendait mieux que personne à tuer la langue selon les régies de l'art, craignait qu'en. Tépu-

(1) Frain tiu Tremblay. Traité des langue^, p. li,% (i>> J)e Brosse^, t. Il, p. SHîi. '

(3) Enc. mélh:, art. Abondance, p. 18-19.

(4) Ibid., mot Langue*. Article du cavalier de Jaucourt, p. 448-450.

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„ rafit depuis François !•', on n*eûl fait comme ces médecins qui, à fprcejÉfe soigner et de purger, précipitent leur malailo dîjns'ijVétat de faiblesse d'où il a bien do la iHilne à ,reveiiir^)) (fl Plucbe s'élève contre « ce style <l(VJiiquot('' qui pourrait faire ^croire, qu'à la prononciation près, tous les Français sont devenus Gascons » <2] • Clément i-enrocbe à Voltaire de n'employer que « de*, figures ijsées et rbabillées

4 de celles de nos meilleurs poètes » (^."Fréron fait observer justement que la science grammaticale se perd parce qu'elle n'est pas assez <ç expérimentale » ; et souvent il s'élève contre M les ravages qu'a produits dansU'empire de la poésie^ le souffle glacé de la pbilosophie » (*). Rousseau reconnaît que, par une sorte de fatalité, les langues n'acquièrent la clarté qu'au d^riment de l'énergie : « Plus on s'attache à perfectionner la grammaire et la logique],, plus on accélère ce progrès, et pouri*endre bientôt une langue froide et monotone,

. il nç^faut qu'établir des académies chez le peuple qui la parie » (5). ,

Voltaire lui-mêm^ a signalé en prose et en vers (^) les défauts de ta langue classique, et il en recherche les causes en philosophe. Il est regrettable, dit-il, que notre nation soit devenue «<si critique après avoir été ^barbare » 'J) ; car « plus les facultés critiques se perfectionnent et plus l'imai

natioijs'émousse. Autant les mœurs des anciens étaient pôe-, tiques, autant les moeurs présentes résistent h la poésie ))(8).^ Dans son discours de réception à l'Académie, où il ne s'écarte des traditions que pour s'occuper de la langue. fran-

(1) XIII* Bemarque »ur RcKAne, p. 276.

(3) La Mécanique des langues, p. 336-338. "

(3) Siasièmi lettre à M. de Voltaire, p. ^163;^

(4) Ann, lilt, 1755. I. 148—1762. VII. 273 -^ 1775. IV. 112. (^. Eêêai sur Vorigine des langues, ch. VII (p. 442).

{é) Epitre à Horace, Jim, 2^0. "" ■ /

Çl) Réponse à un Académicien, Mél. 1764. XLI, 535. ^) Articles' exU-aits de la Gatette littéraire (1764), art. XI, t. XLI, p. 466. » '

çajae, Vc^llaire i^'hési^e pas ?i indiquer quoi en est le vice principal. « Le langage ilu cœur et le style du théâtre qui l'ont embellie en ont resserré les agréments dans des bornes un peu trop' étroites (^). » Ce sont les exemples de Boileau , et de Racine qui l'ont accoutumée à une marche un peu trop uniforme (2) : l'esprit géométrique qui 's '^€?st emparé des belles-lettres, a été un nouveau frein pour la poésie.

Cependant il sait que tous ces inconvénients sont compensés par de sérieux avantages. Il est vrai qu'il attribuait h notre langue une qualité qui est toute {sf6iïce : comme on imne h faire valoir ce qu'on possède, il voulut justifier la tynmniedef règles classiques et il vanta plus qu'il ne fallait le mérite de la difficulté vaincue. Mais ce n'était point en vain qu'on avait rattacher étroitement la grammaire à la logique : en 'assimilant l'art de parler à l'art de penser, on avait souvent rencontré l'art de parler^uste, Notre nation, « regardée comme légère par les étrangers qui ne jugent de nous que par nos petits-maîtres jd, put être considéré|^ commet la plus sérieuse, la plume à: la main ♦ (3). Notre «^^ langue était devenue une sorte de cortimune ^nesure de toutes les autres, une espèce d'algèbre grammaticale, facilement comprise de tout le monc|e ; on osa même lui proposerj comme idéal « d'arriver à ce beau titre de langue morte\ qui fait tant d'honneur à la latinité t> (*). Grâbe à cett^ « clarté infinie » (•'>), qui était son, plus bel attribut, elle

devint là langue de la vulgarisation par excellence, et l'on pût

conseiller à ceux qui voulaient acquérir l'habitude d'écrire

(1) T. XXXVIII, p. 550.— (c Ce qui npusôte une partietde nos richesses, c'est une multitude de livres frivoles, dans lesquels on ne trouve que le style de la conversation, et un vain ramas de phrases viciées et d'expressions impropres ; c'est cette malheureuse abondance qui nous appauvrit. » Uttre à d'Olivet, 13 août i761 . LIX. 559.

(2) Essai sur la poésie épique^ X, 491, suiv. <3) Essai sur la poésie épique, ibid, (4) Traité du vrai mérite, par Le Maitre, 1740, t. 1, 175. ^

(5) D'Olivet. LX« Remarque sur Racine, p. 334.

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en français , de chercher d*abord à « faire comprendre et goûter les sciences naturelles, surtoiit des personnes (fui n'en avaient point fait leur étude ; en effet, quand l'esprit s'est livré à cet exercice, toutes les autres matières lui deviennent, faciles » Cl). Il est vrai que ces qualités un peu négatives imposées à nos auteurs pourraient arrêter l'essor de la littérature proprement dite et puire surtout à l'originalité de la poésie. Mais qu'importe? Tout se justifie par une sorte de raison d'Etat. Il faut "avant tout assurer à la langue française la prédominance qu'elle a acquise ^rmî les étrangers, dût-on sacrifier nos plus grands écrivains ; le passé doit être oublié pour le présent et surtout pour l'atenir. Voltaire pensait sans doute,^ avec Rivarol, que Corneille, Molière et La Fontaine « ne sont pour la postérité qui ne pourra les traduire, que les écrivains dç leur nation » (2), et il ne pouvait les autprisef qu'après correction. C'est pourquoi il eut l'idée assez singulière d'engager les jeunes gens à refaire les mauvaises pièces de Corneille, et n'osant se charger d'une parerlle tâche, il chercha pourtant à donner en quelque sorte l'exemple en retouchant lui-môme la Sophoniabe de Mairet (3). C'était, ce semble, une étrange entreprise, que d^ vouloir répandre l'usage d'une langue en proscrivant ies écrivains qui l'avaient cuMiyée avec le plus de succès. Mais la langue que Voltaire vouhiit propager par toute l'Europe n'était pas à proprement parler la langue française : car il seraitaussi injuste, écrivait Rivarol, « déjuger de l'abondance de notre langue par le Télëmaque que de la population do la France par le petit nombre appelé la bonne compagnie (*) » .

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vrit. »

(1) L'abbé Prévost. Refluions iur la langue ft'a^çaise, dans le journal Pour lit Contre^ t. IX. (V. le ChoUe dea Mercures, de Suard et Marmontel, t. LXJV, p.. 167.

(2) Rivarol. IWd., p. 125. .

(3) Ultre à d'Argental\^\ jahvier 1774. LXYIil, 432. Cf. Mélanges, 1734. XXXVU, 275. 1

(4) ifrM., p. 94.

Voltaire, le premW», avait choisi parmi nos ricliesses, et il . avait adopté, d'apivjêis les classiques, un îangaae parUçulier, une sorte 4'article d'exportation accommodé aïkgoùt'iie tout it; njonde, bt qui devait par conséquent obtenir le plus grand succèS>. Un vocabulaire peu considérable et facile h ac(|uérir ; ' ' des termes empruntâmes à la conversation de la bonne société, et* dont l'emploi prête difficilement aJ ridicule ; un usage fixe et pour aij^i^ire immobile, des règles certaines, "des constructions^ imuHiables, des métaphore^ peu outrées et qui se rapprochent du lan|^e naturel ; une limpidité p>i^faite, un génie lumineux aui éclaire t©ut ce qu'il touche et ^

qui ne peut traduire quVn expliquant ; «tie 'i)dS5îe dans laquelle les mots, les tours et la syntaxe ne s^éloignent guère de la prose et qui n'exige- point une étude particulière : tout, sauf l'orthograptie, conspirait à rendre cette langue universelle. Les damq^ ne comprenaient les sciences qu'en fran- * çais ; Frédéric II put composer des vers qu'il n'eût^ peut-être ^^ ^as faits en' allemand ; et les ennemis m^me de notre langage étaient obligés de l'apprendre, Ceuxiyii ont écrit sur * lés causes de l'universalité de la langue tï*ançaise, ont énu- / méré un grand nombre de motifs de sa supéricfrij^ ; ils n'ont peut-être pas rendu pleine justice à l'auteur qui avait tant fait pour maintenir et' augmenter cetjte pTédominance. Rivai-ol, il est vrai, donne quelques mots d'éloges au Wançnia par excellence (i) ; Schwab, ordinairement plus complet, l'a presque entièrement oubliée?). Sans doute on peut regarder comme chimérique la conception de Voltaire qui, persuadé que les étrangers « pouvaient être à l'égard^ de nos auteurs ce que nous sommes tous à l'égard dés anciens » (3), voulait immobiliser notre langue et l'empêcher de vivre

*.^ ■■ ^1* III ■■■ I ., - — -■^■■■■. I ■ ■l».l«IÉ-., Il » .1 I I..II .Jll ll.l «I 11 I I— . .. ■■■■ .1^1— ■■ — — ■■!»■■■ Il ^i.<W^. 111 I. MBIl^'llIM I — —— ^^,

(i) /6id., p. 99. c

(2), 11 le loué seulement « d^avoir su accommoder son style anx dilTérenls sujets qu'il traite », p. 165.

Çà) Conn. des beautéê, mot Langage, XXXIX, 225.

tes, et il .

•Uçulier, l^etout " is grand îquérir ; société, 11 usage les, des trées et ité p>^uche et ians la- ( t guère / ) : tout, mivern fran- * ut-être O ;re lanrit sur ^'' U énu- \ n'ont it tant

Riva- Qtnpats et, Ta regar- ,per.

e nos s » (3),

vivre

rërents

pour la rendre immortelle. 11 l'a quelque peu affaiblie, grâce à l'étroitesse de ses principes et à la timide de son goût ; mais^fllJe doit lui pardonner beaucoup, parce qu'il l'a beaucoup air»ée. Il a été grand pour l'avoir pîésérvée de toute atteinte, comme d'aUtres ont été grands polir avoir su la p^er à leur génie. Il est impossible, surtout aujourd'hui, de reconnaître les services considérables rendus à. notre idiome national par le grand écrivain qui, gour le rendre universel, se fit en quelque sorte^le grammairien de tous les temps et de tous les pays, et qui parvint à imposer au monde comme une vérité générale ce qui n'était réellement que sa propre devise : « La clarté et l'élégance sont le génie d^ la langue française » ^1K * . ^ *

Vu et lu en Sorbonne, le 7 janvier 1888, par le Doyen

de Ifr Faculté des Lettres^ de Pari^ , v^ " ' ) j

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Le Vice- Recteur ^de V Académie de Paris,

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