CHAPITRE X
VOLTAIRE LEXICOORAPHK
Sommaire. — Insuffisance du Diclionnaire de l'Académie, -^ Gomment VoHaire entendait la réforme. — La lettre T du Dictionnaire philosophique, — Nouveau plan proposé à l^Aoïdémie en 1778 ; ce qu'aurait pu étrexe nouvel ouvrage, s'il eût été exécuté.
Toutes ces idées de Voltaire sur la langue, Torthographe, la grammaire et la versification françaises, bien que parfois combattues, étaient pourtant adoptées en France par la plus grande partie des gens de lettres, et, grâce à rinfluence considérable exercée par leur promoteur, elles pénétraient partout eil Europe. Le grand critique ne se contentait pas ^d'ailleurs ^de les exprimer et de les défendre dans rintérôt'du^on goût et de la vérité : il cherchait à les défendre avec toute l'ardeur, d'un prosélyte. On peut sourire d'entendre appeler Voltaire un patriote ; mais au moins aime-t*il la langue française d'un amour tout patriotique. S^'il Êiut lutter cont^p les auteurs qui tendent à la corrompre, le philosophe devient, presque fanatique; s*il s'agit d'en étendre le domaine, le littérateur devient un apôtre. C'est pour elle qu'il brave l'aridité des travaux philologiques, qu'il daigne descendre aux subtilités grammaticales, (C[u^il se charge d^ la tâche pénible d'un, commentateur ; oiest W elle aussi qu'il sacrifie le grand Comei^e ; c'est pour elle encore qu'il essaye de faire travailler l'Aqadéniië ; et si, malgré fes ii^stiàiices, il ne parvient point à décider ses! jConsfiNl^lt donner des éditions an^^ ittéus»îto^p6ii()^
qui n'est pas exact. Le terme de césure prête à Tëquivoque ; car il ne représente pas pour nous Vidée qu'il exprimait ehi&Jles anciens. (^ Poétique, p,^\Q. i J *T*^ ^
puran
gnie des occupations (i), U dot avoir de bonne heure Tidée de foire servir le Dictionnaire h Tinstruct^n des jeunes gens et des étrangers ; toutefois ce n'est qu*en 1760 qu'il commence à la mettre à exécution. Il applaudit aux changeiilents qu'on venait enfin apporter dans le plan de cet ouvrage, c Auparavant, on se bornait aux termes de la conversation et la plupart des arts étaient négligés ; il semblait aussi qu'on si^fùt fait une loi de ne point citer ; mais un dictionnaire sans citation est un squelette » (^). L^ quatrième édition, qui parut en 1762, indiquait un progrès considérable sur les précédentes ; mais il est difficile de Bavoir quelle part y prit l'académicien de Femey. Il 8*étail chargé de € rapetasser p Ja lettre T et avait promis à Diiclos d'être prêt dans un ijiiois ou six semaines (3). On voit par une lettre à d'ArgetitaK^) qu'il était encore occupé à ce travail le 25 octobre de la môme année ; mais il est peu i^bable qu'il l'ait comijiuniqué à l'Académie, ou même qui! l'ait terminé. Ce q^i en reste parait ^voir été imprimé dans le Dictionnaire philosophique (&) et n'a aucun rapport avec les parties correspondantes de la 4« édition du Dictionnaire de V Académie. Ce sont d'ailleurs des indications plutôt qu'une rédaction définitive, si l'on en juge par le ton un peu satirique de certains passfigeà (ÇV P^ <^^. J^^i^^D^Gi^ P^F"
.■vxs-.\
Xi) Lettres a IkiOos (l«r mai) l^S â^ïl ; d d'OliW (15 juin 1762). LX. 287.— V. Brunël. Les pA^so||M^mrAakitfm<« française, p. 122.
(2) Lettre à Ducïos, il août 1766^|:i-ÎVIU, p. 54.
(3) Au mémeJ 2 octobre Of», t. OX,^. 90. (Cf: L^tre à PaUssot, ■LïX,p.e9.), 'h ::.,.;;. -■}'\,"J: V-. ,:\: • ^ --^ ')■■:'■ :.\ ::■..■■■■: '■■^ .]
(4) 25 àvrillTTO. • ■ "' ' ■ ': •- -««ï,:. , ' ■ ■'" ■■'■.,, '• '. ■ ,' "'' ^) Depuis T juscpi'à reira^^Mufle^àuÉ^l^lav/aufiu
un article qui n'a rien de graminatical. ^ , ''
<6) « Les viers de Des^autëre sont techi^ques î \ t :' r v,^
% •,}'. . Mascula sunt, poneith«^^fànê»'-y,::>'^^^^^
Ce neéânt pas deH vers dântle foCltt'de^|rgil«».lf<^inie4iff^ :
aSè. --' « Toute la terre parte cf« imh(«> iid v^ifoiif j|^ sinon, «mel^ilb Ixniripeqis de lïetto yîl|^ -0^^ d|S^>p^ »; ■m^'^-î§i^'^''i4'^
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«L'édit et causs guerre < que cet plainf^ < gne do tapisset danadt!
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— [1) mue oé verèxjicaiiùiik jtançaise, y« édition, p. \m,
(8) ZMot. phiU, art. Hémistiche. XXX. 166. — Cette ressemblance est
purenMmt eitérieure, et ne porte que sur le nombre des syllcCbes. (3) XHct. pA^. Ibid.
Jéfmûéis et des réfutations (i), par les développements donnés aux détiails techniques ou aux définitions 02), surtout par les quelques lignes consacrées au mot Tage :
c Tage, s. m. Quoique ce ne soit que le nom propre d'une rivière, le fréquent usage qu'on en fait lui doit donner place dans le Dictionnaire de V Académie, Les trésors du Pactole et du Tage sont communs en poésie : on a supposé que deux ileuves roulaitnt une grande quantité d'or dans leurs eaux ; ce qui n'est pas vrai. »
Voltaire avait cependant un plan bien déterminé et il cherchait surtout à combler les lacunes qu'il avait Remarquées dans les anciennes' éditions du Dictionnaire.
« J'aurais voulu^ dit-il, rapporter l'étymologie naturelle et incontestable de chaque, mot, comparer l'emploi, les diverses significations, l'énergie de ce mot avec l'emploi, les acceptions diverses, la force ou 1^ faiblesse du terme qui répond à ce mot dans les langues étrangères;. enfin citer I^ meilleurs auteurs qui ont fait usage de ce mot , faire voir le plus ou moins d'étendue qu'ils lui ont donnée, remarquer s'il est plus propre à la poésie qu'à la prose (3). »
In
(1) « Là iertè H vS%âe,Gxpréss,ioïi ti^p commune en poésie, » Ibid.— c L*d(|it du tarif, dans la minorité de Louis XIV, flt révolter le Parlement et causa la guorre insensé^ dé la Fronde, On paya mille foiis plus |JK>ur la guerre civile, cpie le tarif n'auiisiit coûté. » Mot Tarif, p. 309:— « Il est faux, que cette moiltagne ait une lieue et demie d'élévation au-dessus! de la plain^ comme le dlKuit jplnsiettrs dictionnaires ; il n'y a point de montagne de cette hauteur. » Mol Thabor, p. 302. f
(S) V^ les articles sur les mots tabttc, Thabor, tac$ique, taiiftbùur,
tapisserie, taupe, taureau,", où. l'auteur prend le ton dé riiistorien,
dansliiiM^te ou du négociant, plutôt que celui du lexicographe. /
:^ (3) »|p||»Aif .> arV. X^ictionnaire, — Extrait des réflexions d'un eùio»
^^^^f^nsur. le Dictionnaire de VAcadémie,X}i\inr 354. Voltaire veut,
xeittple^.que les auteurs précisent bien le sens du mot impuissance,
)on4ai^Kfe rem{)loi ^ans lAj»rose de^pitiU inclémence, irrésistible,
■incùrtf^0ï 11^* M&* — Dans ' le Diçiiohnaire philosophiqtie. Voltaire,
>^f6|^âr«l^^i^ éclai^cit dans^eurs p)u8'i)e^ites
lif^l^lèf^ choisies, les diverses accept|ons/de$ mots.
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(2) Lettre à l'Académie (en tète d'Irène). IX. 467.
Voltaire n*a pas suivi .totit à £àit te progrannne qù'H 8*^it tracé. Il a ajouté et retranché (^). Ce qu'oti remarq^^ncipalement dans son travail sur la lettre T, si on le considère & un point de vue plus strictement grammatical^ c'est que l'auteur y accorde une place aux mots historiques, géographiques ou mythologiques dont on tSut un fréquent usage, comme : Thabor, Taharite, Toge, Tauraphage, et^ donne Tétymologie d'un certain nombre de termes, tels que tabac, iaharin, moire (voyez iobi^J, tambour, talismatiff tarif; qu'enfin il cite comme exemples à l'appui des passagesi de ôomeille, de Racine, 4e Molière, de la Fontaine, de Regnard et même ses propres vers W. On y retrouve encore la préoccupation, qui apparaît si souvent dans le Comment taire sur Corneille^ de faciliter l'étudç de la langue firailcàise aux étrangers. Voltaire donne la liste (jles diverses épithètes qui s'appliquent généi^ement à un nom: par exemple là terre reçoit des dénominations différentes de tous les corps dont elle est plus ou moins remplie : c terre pier vêtue, sablon-! ne\i$e, graveleuse, aqueuee, ferrugineuse, mif^rale, etc. Elle prend ses noms de ses qualités diverses : terre graese, maigre^ fertile, stérile, \humide,' Jièche, brûlante, froide, mouvante, ferme, légère\ compacte, friable, meublé, argi" leuse, marécageuse; tavl^e neuve, c'est-à-dire cpii n'a pas encére été posée à l'air, qui n'a pas encore produit ; teri^ usée, etc.; des foçons qu'elle reçoit : cultivée^ fjouiltée, d/'eu^ sée, fumée f rapportée, ameublée, améliorée, erwlée, etc. (d}.f
A propos d'un terme ^équemment usité, Voltaire juge
utile de donner les. verbes qui s y i^ptent le plus ordpai^
(i) n est probable encore que| Voltaire ait i^outë quelque chose au travail qu'il destinait à l'Académiej car il est difficj|^ 4^eii^^N^n|^ ose pro* : posera ses conft^res à propos c^u mot la|iiM»f#|pwi^^ « les petites bordures soiilpltisj estimées, que le» pft^
..>/. ï(S^:.V^r hs ïaoi^^,:^m$f'i^ mm
• ^ plttl^Ml dont'il flsti'auteur <mot tfil*^ |k 8*0^^^. 'ç'- ;,vf :?: :.' ,,;;'; •
ritoHÉÉÉ
whmHÊtÊÊÊÈ^
(2) Dict. phil., art. Rime, XXXII, p. 142-i4^J.
(3) Préf. ifŒdipe (ITdO). 11. 60.
(4) BpUre à Horace, XIII, 324..
rement ; c ainsi on i«nd les tentures, on les détend ; on les doue, on les déchue (^) », U insiste naturellement sur cer^ taines anomalies ou diOlcultés qui peuvent embarrasser les personnes peu &iniyyËBéesavec notre langue, comme remploi de la lettre t ij^^ aima-i^l et celui du pronom masculin < to»»^, dans ton dtiie.(2). Il explique le changement de sens de certains termes (3J, cite un certain nombre de locutions populairesTOU proverbiales et rend compte de leur origine W. Enfin il s'efforce d*éclaircir certaines questions grammaticales poi^r Fintelligence desquelles 1^ science ôupl^e assez difficilement à Fusage. Tel est remploi de H et à^ tant avec les adjectifs, les verbes et les participes :
< TanI né lie joint jamais à un simple adjectif. . On# ne dit point tant vertueux, tant méchant, tant libérât, tant avane; mais m vertueux, si méchant, H libéral, ai avare,
«Après le verbe actif ou neutre, sans auxiliaire, il faut toujours mettre tant ; il travaille tant, il pleut tant. Quand le verbe auxiliaire se joint au vèrbé actif, vous placez le tant entre Fun et^utre; il a tant travaillé, il a tant plu, ils ont tant écrit ; et jamais op ne se sert du si ; il a si plu, ils ont si écrit ; ce serait un barbarisme. Mais avec un vef be l^sif, le faut ei^t remplacé par le «t^ et voici dans quel lorsque Vous avez à exprimer un se^ntiment particuliei/ par W verbe passif,, comme je suis si touché, si ému, si cour" roucéysi animé, vous ne pouvez dire, je suis tant ému, tant touàhé, tant courroucé, tant animé, parce que ces moU tiennent lieu d*épithètes : mais lorsqu'il s'agit d'une action, d*un éiit^ vous employez le mot tant ; cette affaire fut tant débaitue, les. aiecusations furent tant rienàuvelées, les jtiges {ant sollicités, les témoins tant confrontés; et non
■Mfr»
; ii^i^T^^i^imris,^ 308.: >
^Sl^
(1) Dia. phil., art. Bimê. XXXII, p. 144. (8) Préf. d'Œdipe, t. II, p. «-02.
pas «t cùnfraniétf H sollieHés^ H renouveléeê^ H débattue; la raison en est que ces participes expriment des faits, et ne peuvent être regardés comme des épithètes.
« On ne dit point\îct<« femme iantbellef parce que belle est épithète; mais on peut dire, surtout -^n vers,- cette femme autrefois tant aimée, encore mieux que «< aimée; mais quand on ajoute de qui elle a' été aimée, il &ut dire si aimée de votM, de lut, etnpn tant aimée de vou$y de liti; parce qu^alors vous désignez un sentim^nt particulier/^ Cette per$onne autrefois tant célébrée par vous ; célébrer est un fait. Cette personne autrefois si estimée par vous ; c'est un sentiment (1). »
Ailleurs on retrouve la logique apparente qui veut voir là raison dans Tusage établi au xv!!!** siècle, c On ne dit plus tant plus^ tant moins, parce que tant ^st alors inutiles Phis on la pare, moins elle est belle, A qooisei^rait, tant p^uéon la pare, tant moins elle est belle i%9 * Plus loin, après alvoÎF parlé de l'emploi du verbe temV, pour exprimée les maux du corps et de Tâme, comme dans les expressions la goutte le tient y qu'est-ce qui le tient? là mmCvaise h/onte. Voltaire ajoute-: ' ' ' ■. '"-■^r' ::.>--'"':'- ""
« Remarquez que quand ce^afTections de TAme la maltri-^ ; sent, aloVs elles gouvernent le verbe ; ca!*ce sont elles qui agissent. Mais quand on semble les foire durer, c'est la 'personne qui gouverne le vbrbe. // tint sa colère longtemps
(i) Mot Tantf p. 90fH306. '^ Voltaire a pourtant cité un peu plus loin
ce vers de Regnard :
Si bien connu de vous et de toute la terre', V < .
(mot "DBfte, p. SH). dans lequel le mot connu, quoique construit avec If expjrime un fait et non un sentiment. Ici le participe indique un état duraj^, et, par suite il est considéré comme «îpithète, bien qu'il ait un ^
\^1^($ffi[|K$mentMt était inutile dcf recourir À l'idée d'un $entitn«nt parti- ( culier.
(9) Mot Tant, p. 307. Vollaii'e est pourtant bien obli((é de reconnaître^! quelques lignes plus bas, que dans les expressions tantjtis et iowM .m<0|MV
, laiil signifia, <iV»ul<ii*l. ' '
(!Ej ma. ^hU , aH. Hèmiêitche. - U: lettre a l'Académie. IX. 470. (3) Cdmm^^^iiir Corn^ilki^ 3ert..IK 1* S(K
eahire $on riml, H lui tient rancune. Jl tient sa gravité; êon quant-à^moiy son fier. Je tiens ma colère ne peut signifier, je retiens ma colère^ je la garde. On ne peut dire .îèàir son courage, tenir son humeur, parce que le courage est une qualité qui doit toujours dominer, et Thutneur une affection involontaire. Personne ne veut avoir d'humeur, mais on veut bien avoir de la colère contre les méchants, contre les hypocrites, tenir sa colère contre eux. C'est par la même raison qu*on tient une conduite, un pctrti, parce qu'on est censé les vouloir tenir. Vous tenez votre sérieux, et votre sérieux ne vous tient pas. On tient rigueur, la rigueur ne vous tient pas (*).».
Voltaire nous montre ainsi comment . il entendait qu'on donnât à la foie à un ouvrage lexijcographiqtie Tagrément et futilité. Un livre bâti sur ce plan eût été une encyclopédie abrégée et portative à Tusage des étrangers et des gens du monde, une sorte de dictionnaire de la conversation fortement marqué de l'empreinte philosophique : car il° était impossâ)le que Voltaire ne fût pas philosophe, môme dans un dictionnaire. S'il eût parlé d'un plus gran(hnembre de mots, il eût peut-être fait de la politique. A coup sûr on aurait recontiiuttir plus d'un trait l'écrivain puriste, pi&iceupé de nlfttr^e le«teur.en état de mire des réflexions sur le style ^ d^ certains ouvrages c vjsigothset vandales d, et soucieux avant tout d'assurer coûte que coûte la conserva|ion de la langue du grand siècle (S).
Si ces articles fUrent .envoyés à l'Académie, celle-ci ne pouvait guère, à moins d'qne refonte complète, leur donner place danà l'éclition qu'elle publia en 176% Au lieu de chercher & faire adopter un semblable plan, Voltaire eût mieu'x fait de travailler i^lui tout seul, comme Furetière. Quoi qu'il en soit, il ne renonça pointa son projet, et lé» idées dont il^
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4yi^renir,p.jm "^HpO liW., I». 388. V " ^
(8) I6id. /iem. à l'occasion «te« S«r*<im«»fs d« l'Académie sur les vert du Cid. UI. iv. 75. îi|éd. I, iv. t. Rod. V. i. 33.
s'était inspiré n'avaient fait sans doute que mûrir dans son esprit, lorsqu'en 1778 il fit son dernier voyage à Paris.^ L'occasion était belle alor^ d'ajouter un couronnement à l'édiuëe' qu'il avait bâti : il allait pouvoir réunir les observations et les théories éparses dans ses différents écrits, en former un tout complet et en assurer définitivement le triomphe en leur donnant la sanction de la législatrice née du langage. Arrivé au comble de la gloire, reçu comme un monarquQ par le peuple et par l'Académie elle-même, assure de l'appui des philosophes qui étaient fort njQÉnbrêtlix parmi ses confrèr^ (^) et du concours actif du secrétàii^ perpétuel, il allait, tout en demandant la protection delà Compagnie, l'associer habilement à ses travaux. A la séance du 7 mai, il apparaît avec un nouveau plan de diôtionnaire ; et « avec une ardeur qui en inspire à tous les autres » <3), il demande qu'on l'exécute immédiatement. Il retient pour luimême la lettre A afin de donner l'exemple, et, malgré toutes les objections, il parvient à faire adopter son programme. Le Dictionnaire doit contenir :
€ L'étymologie reconnue de chaque mot, et quelquefois rétymologie probable.
ç La conjugaison des verbes irréguliers qui sont peu en usage. " f • ■
« Les diverses acceptions de chaque terme, «rvec les exemples tirés des auteurs les plus approuvés ; toutes les expressions pittoresque* de Montaigne j d'Amyot, de Charron... qu'il est à souhaiter qu'on fasse revivre et dont nos voisins se soi^t saisis (3). , ' .
(i) V. Lucien Orunol, ouv. cit., ibid.
(2) La Harpe, Correspondance lUtéraire, II. 338.
(3) U 9'agit des Anglais, « dont la langue est une copie de la nôtre dans tous les mots qui ne sont pas saxons. Nous. avo|;is repris d^eux ce que noualeur avions prêté... \ DicL phU., mot Boalèvert.XW IL ¥fl, « I^nalt .. Amyot et l'énergique Montaigne s'en^rvent 'souveut (du mot àpoUméJ, hi 'k' lui apointai l'hétel des Ursina ; à sept heurei tlu ^ir J<) m'y rendit, je AitX
' iji
(3) Comm. sur CàmeUle, Nie. III i^ 9.
(4) Lettre à d'Alembert^\^ mars 1770, LXVI, p. 211.
; « En ne s'appesantissant sur aucun de ces objets, mais, en les traitant tous, on peut faire un ouvrage aussi agréaWe que nécessaire : ce serait à la fois une Grajmmaire, une Rhétorique, une Poétique, sansanibitij^ d'y préteçidre. »
Telle devait être Toeuvre dont la confection, disait Tronbhin, fut la dernière idée dominante de Voltaire et sa dernière passion. Le grapd écrivain n'avait nullemeï* l'intention, comme on Ta dru parfois, de faire un dictionnaire historique, si l'on prend cette expression dans le sens gramimatical qu'elle a aujourd'hui. Il ne tenait guère à s'occuper de l'histoire ancienne des mots. Il paraît même qu'il avait renoncé, ep-4778, è traiter des termes historiques et géographiques, dont il récli|diajra|i^^ l'introduction. On voit néanmoins, par ce qu^oUs^ste de mn travail sur 1 lettre T, comment il entend^|P||^*la fois une Grammaire une Rhétorique et une Poétiqjae.
En rédigeaiît son ptogranime. Voltaire avait^ laissé de côté certmnes idées qui f)araisse^t avoi# été enMveur chez les Encyclopédistes, désireux comme lui de prévenir la corruption de la langue. française. Pour bien fixer le sens des mots, Diderot voulait qu'on définît ^es radicaux en comparant nos termes & ceux d'une langue morte, qui eût été une sorte d'unité de mesure ; il souhaitait même que l'Académie en revînt au pl^n sutvi dans la première édition du Dictionnaire (l). D'Alembert jugeait nécessaire, dans une œuvre de ce genre, d'indiquer^j|fb racines princ'ipales, la quantité des syllabes, l'orthographe conforme à la prononciation, en môme temps que l'orthographe reçu^^Jw môipe la manière dont nos lettres sont pronon^ijyM^^^tran-
il Mit II
d^ppointé... Les Anglais se sont enrichis de ïios dépouilles et rtous
n^osbns reprendre notre bien Iash circonlocutions sont la marque dune
Tangue pauvre'. Il ne faut pas dire : « Vous me devez cinq piècf^ de douw sous », quand vous pouvez Uire : « Vous me devei un écu.. » llnd , mot ^ Apoimé, XXVI. 480. ^ '
' (1) file. tt^TA., aH.JLati^fMfy p. 4W. 447.
ïf%S.
■^tta
r - V- - — -jub — ■ '
gers (i).' Voltaire reconnaissait rutilitô des ôbservattDns • relatives à Talphabet et à la prosodie (2) ; mais il craignit sans doute qu'en entrant dans tod9 .ces détails On ne don- ^
* nût à Touvrage une lon^eur démesurée, qui eût pu ôter . .l'envie de le consulter. .'
Au' reéte, il avait Imposé à ses confrères une assez - , rude besogne. Si rintention était bonne , le plan était V difficile à exécuter. Il était peut-être périlleux d'y ISiire entrer de l'étymologie, et surtout de rétymologie probable. Malgré les Sainte-^alaye et les ^Bréquigny, la science de cette époque n'aurait pni mener A bien cette entreprise : et même de nos ^t)urs on ne saurait imposer une pareille besogne à, 4^Vt;âdémie "^française. Vingt ans aupai^ayant, le dictatefir des lettres eût peut-être pu, dans ses ouvrages, se donner le pltS^ir de faire revivre d'anciennes expressions ; mais n'était-il pas trop vieux jilorâ pqur rajeunir les termes mêmes Ie.s plus pittoresques d'Amyot et de Montaigne? Et C là où il était impuissant, les académiciens réunis ne pouvaient p«is grand chose. Il est à croire que la cinquième ,
V édition du Dictioiviaire dêVAcadémiey si elle eût été faite alors, n'eût guère été que la quatrième plus développée et un peu plus vivaTite, augmentée d'un assez gratid nonlbre^'er- T^Tmirs dont on pouvait se dispenser, et revisée dans le sens ? des idées puristes. Un pareil ouvrage, rédigé s6us le con- ^ trôle de Voltaire, par des lettrés tels que La Harpe, Delille, Marmontel, des érudits coiisommés tels que Sainte-Palaye
. et Bréquigny, eût été, comme on Ta ditr4\ « la Somme grammaticale du xviu« siècle, le curieux complément de VEncyclopédie ». Mais il est permis de croire que l'oeuvre de l'Aca- , demie aurait puservir aussi quelque peu à la glorification de
(1) Afëlang^ lUtérairCf aN Dictionnaire. Œuvre. 18(fô, t. III, p. 186, '202, 203, 211. • *
(2) Dict^. phil.f art. Dictionnait^e, XXyiU, p. 3(57. ^
(3) Lucien Urunel, "^Les philosophes et l'Académie françti^f p. 327.
grammairifp^ 1p prvru^gjjpjjghjlr^^
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il^ craignit
►n ne don-
eût pu ôter
une assez plan était c d'y Élire
probable, (oience de ntreprise :
le pareille myant, le orages, se ^^essions ; es termes aigne? Et s ne pou-, cinquième t été faite pée et un ïbrel^'eris le sens is le con- , Demie, te-Palaye ne gram-
VEncy- [le l'Aca- ^ nation de
«îS
celui qui ravait inspirée. On nommait déjà les auteurs qui seraient condamnas, et ceux qui seraient approuvés; et les ennemis du grand philosophe s'apprêtaient sans doute à donner leur avis sur ce qu'ils auraient peut-ôtre appelé : « Le vocabulaire des œuvres de M. de Voltaire ».
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CÔNCLUSrOî?
Sommaire. ~> En quoi Voltaire se rapproché <ft» ^pMainairiens de son* temps. — Ce qtiil y à d« personnel dans, sa {pramiMire. — ^ .{^ science grammaticale au xviii* siècle et b science contenurarairte. — Influence des théories puristes sur la langue française ; leurs avantages eti| ittconvéaients.
La grammaire de Voltaire porte à la fois la marque de la «cience du xviii* siècle et celle du g^ie d'un grafid homme ; c- ést^ l'esprit philosophique appliqué à l'art d'écrire par un grand écrivain.
La méthode alors suivie par lefs grainmaires est bie* cpnforme au caractère d'un siècle où « jamais le préjugé n\ eu
^ moins de force et la raison plus d'empire (i) ». Leraisonnement proprement dit y domine et y exerce un empire à peu près absolu. Tout le monde s'inspire des idées de Port-^. Royal, et tout dans la science grammaticale nous fa^ souvenir qu'elle a eu pour père un logicien. Dumarsais, Marmoii* tel, GoDdiIlac,-ont écrit comme Arnauld sur la logique ; et leurs contemporains cherchent à établir un rapport des plus étrpits entre l'art déparier et l'art de penser. Ces habitudes' d'esprit les portent naturellement à regarder comme les principales qualités du langage la clarté, la simplicité, la ré-
^gulaiité. Aucune langue sansr doute c n'a pu arriver |i un plan td^Npcdument régulier, attendu qu'^iicune n'a pu être forioée ^ une assemblée de logiciens ; « mais « lès n^oins
(1) Manoonitd, préfttoe de la PoMqm,
imparfaites sont comme les lois : celles 0(1 il y a le moins ^ (rarbilraire soiYl les meilleui'os (') ». Il est vrai que le français • est une des plus irré^ulièies qui existent : 4 rli^^que pn** les plnlosophes sont surpris d'y rencontrer des lacujnes étranges et des règles bizarres qui semblent dictées par Mn 4,sC9pricieux génie (2). Hs ne songent point à nier m\ à corriger toutes ce« anomalies. Mais parmi toutes les formes qa'a^pu revêtir notre idiome, ils en choisissent une qui leur a parusplus exacte, plus &age, plus raisonnable que les autrejs^: (j'est scelle qu'a créée le granci siècle et qu'dnt illus-*. tré^ fes grands écrivains ; c'est dé ^celle-là qu'ils ont fait la langiuafrançaiseT. *' ;
L'admiration avait consacré cette doctiine, la raison entrepri\d'en faire un article de foi. On voulut démontrer, en faisant appel à l'abstraction et à la métaphysique^ que les rè^ès suivies par Boileairet\Racine sont seules 'çonformes à la logique universelle et que tout ce qui les contredit est contraire au principe même du langage. On fut ainsi amené à proscrire toute iniTOvdtion véritable en fait de mots, de phrases et de constructions :r « Aplès pe V^ue le gfand'.siècle a fait pour embellir notre langue, disait \ l'abbé d'Oliyet, il ne reste peut-être plus (|tf à en creuser davantage les fondements, afm que, 8*il est possible d'élever l'édifice plus haut, on y travaille avec sûreté K^\, ? Voltaire n'a pas d'au^ré^ méthode. ÇonînrerSes contémpK)rains, il ne
cherche qu'à ^ppliauer la grammaire^^énérale, c'est-à-dire
la raisonnement. If la science grammaticale. Nul plus que lui -n'a (kierché à ramener la langue aux formés les plus simples et les plus logiques, et à prouver que tout est pour
(i> Bid. pUiL, art. Langues. XXX. 537. — Duclos regretta qu'il y ait des gelures en français et souhaite que le participe reste ii^ééçlinable, c'est-à-dire invariable. Rem. sur la grammaire ^4nér(i^f h § V et
Ci) V. les Jugements sur quelques ouvrages nouveaux, t. IX, p. 73. (3) Préf. de la Prosodie, 1" édition. ?
^Siesgi;.^
■^ffl
e mt>iîisw français^ ique [Mis lacuiies s par Mn u à cor- 5 formes j qui leur ! que le$ i()nt illus-'.
mt fait la
aison enimonirer, que, que ule8*çon- ! qui les if^age. On rilable en A.pl'ès pe ue, disait creuser d'élever Voltaire ins, il ne îftt-à-dire plus que les plus est pour
qu'il y ait Minable, I, § Vet.
ïxrp. 73.
lé nliôUx dans la meilleure des syntaxes. Nul n'était plus Intéressé à montrer que la langue du grand âiècle est la raison même : quand il louc^t Racine et Boileau, ne défendait-il pas ses propres écrite Y t'est lui qui a donrjé les deux formules jpçincipafes du purisine, en montrant à tourner les vers er prose et à changer les métaphores en tableaux. S'il paraît se relâcher un peu de sa f%ueur pour l'orthographe et la versiflcation, en revanche il se montre intraitable sùftout ce qui touche au langage. Plus les formes grammaticales sont
indépendantes de la tyrannie de l'usage, plus e|les doivent
^ se plier â celles de la Ipgique : sévèfe pour le vocabulaire, le commentateur de Corneille est rigide pour la syntaxe et devient farouche quand il s'agit dea^gures. Il a voulu, lui aiissi, établir (fes lois^vant d'avoir siïïiisamrnent observé les faits, et il a peu connjj, quoi qu'il en pehsùt,- « l'art dé juger des grandes choses en ne se permettant aucun .faux jugement ddns les petites (1) ». Mais il serait faux^dé prét§ndre
• avec Nodier « qu'il n'a trouvé que l'absurde et le ridicule toutes les fois qu'il a touché à la science des mots (2) 9. Ghez^ lui le despotisme de la logique est du moins tempéré par le^n sens. C'est le bon sens qui lui permet de juger exactement des faits généraux, alors q[u'il ne sait point dégager la vérité de la nmltitude des laits particuliers, et qui lui fait soutenir des idées justes avec d'aise? mauvais arguments ; c'est le bon sens qui l'empêche de fiîanchir la hmite où commence le ridicule, bien qu'il n'échappe pas toujours aux
' dangers de ce goût de l'abstraction qu'il appelle l'esprit philosophique. ■]' ,' s .'
Si Voltaire a suivi au lond^les mêmes principes que les autres grammairîetis du siècle, il a eu l'art > de les exposer jd'une façon toute personnelle. Bien <jue possédé d'un imdési^ de savoir, il n'a point le goût des recherches
\onn, de» beauté», mot Amitié, XXXIX, 157. 'ùtioni élémentaire» de lingni»%que, p. 239.
•fer
minutieuses, ^es lentes et curieusesinvestigations ; il n*Q8t point (le ces travîtilleufs prudents qui s'avancent pas à pas en s'astreignaat à un ordre ttK^hodique. II laisse h d'autres le soin d'établir des classifjcations, de simpHfiei' l'édifice grammatical ou d'émettre quelque idée qui ouvre h la science une voie nouveiler^44- n'eut point l'origini^lité du président de Brosses, ni la finesse aiguisée du commentateur de Port- Royal, ni la subtsjtlté audacieuse de l'abbé Girard, ni la logique nette et limpide de J'auteur ^gs Tropes. Il ne fut point comme Bcauzée un métaphysicien délié, ni un savant méthodique et ingénieux comme d'Olivet ou Marmontel ; il n'eut pas non plus la vaste érudition de Sainte-Palaye et de Court de Gebelin. Mais il avait lu la plupart des ouvrages de ces écrivains et sur toute chose il donne son opinion. S'il s'(^ccupe des langues en général, c'est surtout pgur réfuter de Drosses ou pour réduire au silence tes détracteurs de la langue française : s'il entfe dans le détail des faits gramn^jiticaux, c'est en faisant des remarques sur des auteurs en renom; s'il parlé de l'orthocraphe et de la versification, c'est pour contredire Lamotte ou discuter avec d'AJembert. Sa méthode est surtout critique, elle aime à attaquer ou à défendre ; ici, comme ailleurs, l'esprit voltairieri est lia esprit de combat.
Voltaire sut d'ailleurs accommoder la science à l'esprit de son siècle comme à son talent d'écrivain. A une époquef^ où il fallait éviter avant tout de rebuter les lecteurs, ou l'on croyait volontiers que « rien n'était plus capable de multiplier le nombre des ignorants que les livres extrêniement .savants (t) », il importait beaucoup de satvoir se faire écouter. L'auteur du Dictionnaire philosophique ne traite point les questions ex professo : il cause plus qu'il n'écrit, et fait des remarques plutôt que des développements; il n'jest pas toujours savant pour le fond et il aurait honte de^ôtre pour ■ '"*' I. , -I ,
(i)Ob8€rvations snr~Ws^4erit8 modernes^ t. II, p. 228.
)S ; il n'^st pas à pas à d'autres T l'édifice la science président r de Port- , ni la 16- 3 fut point ivant ménontel ; il aye et de ivrages de inion. S'il ur réfuter Burs de la gramn^gijteurs en sificatiôn, Uembert.
r ou à delta esprit
'esprit de poque^où ,, ott l'on de multiêntement écouter, point les it fait des l'iest pas Hre pour
la forme. Aussi ne fut-il point condamné à se faire pardonner son érudition, h prendre mille précautions oratptres et à cÂlev Quintilien pour s'excuser d'écrire des ouvniges/où « r^n trouve peu de lecteurs et beaucoup de critiques ^». Il chercha surtout à rendre la science accessible à tous et même attrayante. Il était ^persuadé que « ce qu'on apprend sans peine et par le secours du plaisir se fixe bien plus fortenietit dans là mémoire que ce qu'on étudie avec des dégoikts dans des préceptes très souvent mal digérés, et dansiiesquels on ne trouve que trop^ de contradiciions (2) ï>. Et rien n'était plus propre h rendre la science facile que la langue du Dicttonnah-e philotiophique\ nette, claire, limpide, comme il convient à un langage qui doit servir à mesurer .tous les autres. Voltaire fut donc un grammairien vulgarisateur et on peutdirede luixe qu'ila dit de Fdntenelfe, <f qu'il a été au-dessus de,tous' lès savants qui n'ont pas eu le don de l'invention (3) ». Çn pourrait même lui reprocher de s'occuper de tout à proposj de n'importe quoi et de se laisser entraîner à des causepies un peu trop variées. On songe i^nvolontairemeW au/chroniques de nos journalistes contemporains, (^nd\fv le voit à propos de l'alphabet parler de Cath^rin^ et de Mustapha, des négociants qui rendent tout aisé et des interprètes des dieux qui rendent tout difficile, et démontrer que l'A B C est la cause et l'origine de toutes les sottises humaines (4). C'est grâce à sa réputation et à son talent de vulgarisation que Voltaire a contribué plus que personne à faire triompher chez nous les idées grammaticales inspirées par l'esprit philoso^ phique.
"\Gonsidérée en elle môme et abstraction faite\de toute >
(i) Dé- Brosses, Traité de la formation méchanique des langues. Disc, prétim.f p. xl.
(2)iijnn. des beautés, XXXIX, iSé.
(3) Catalogue des écrivains, XIX, il 2. ,
(4) Dict, phU., art» Alphabet, p. 19-26.
préoccupation littéraire, cette grammaire n*a aucun fondement solide : elle ne repose que sur un préjugé^ et on n'a pu la faire vivre qu*en appliquant une fausse méthode. On ne saurait soutenir que les formes du xvii* siècle soient plus conformes à la raison qufe celles dut xvi« ou des âges préeedepts. Si la langue française eût été fixée à une autre
' époque, elle n'aurait probablement renfermé ni plus ni moins d'anomalies. Elle est irrégulière par elle-même; et si les auteurs classiques se sont montrés sages et réservés ♦>' dans l'emploi qu'ils ont fait de ses ressources, ils n*ont point créé l'usage. Voltaire lui-même e^t bien forcé d*avouer que l'usage contredit souvent la logique (*). Linfluence de Boileau, qui prêchait Tévangile de la raisori, et l'admiration des chefs-d'oeuvre du grandvsiècle, qui sont Conformes à ses préceptes, ont fait prendre pour une vérité grammaticale ce qui n'est à proprement parler qu'unfe théprie littéraire; ^ l'on a trpavé la raison dans la grammaire classique plus que dans toutç -autre, c'est simplement parce qu'on l'y a mise. • •
Une fois le principe établi, oa entreprit de le vérifier dans les cas particuliers, à l'aide du raisonnement, en employant pour ainsi dire la règle et le compas géométriques.. A l'époque où «(J 'érudition tenait le haut bout », la comparaison des formes anciennes et nouvelles ^ eût fait réfléchir les savants, et l'on eût fini par procéder naturellement du connu à l'inconnu : au xviii« siècle la < saine philosophique qui remonte des causes aux effets 0^) » ne fait qu'aveugler les grammairiens; et^la fausse méthode qui leur permet de tout expliquer à force de subtilités les confirme dans leurs préjugésf Ile s'occupent trop de ce que la lamgue
^devrait être et pas assez de ce qu'ell^ est ; et quoiqu'ils se flattent d'avoir « des yeux pénétrants et exercés à l'ana-
(1) Lettre à Beauzée, 14 janvier 17G8, LXIV, 250.
(2) Court de Gebelin , 1. 1, p. 63,
rf<»l
an fondeet on n*û méthode, cle soient des âges me autre i plus ni ^ine ; et si
réserves*^' 'ont point
d'avouer luence de dmiration iformes à nmaticale littéraire.
}ique plus u'on Ty a
ifîer dans mployant
iparaison échir les ment du sophique 'aveugler • permet *me dans a langue [qu'ils se à Tana-
lyse (1) »^ ils ne s'aperçoiyent point qiie Thabitudé, plus forte que là nature, leur fait prendre ce qui est logique pour ce qtii est naturel. Court de Gebelin appelle la grammaire, l'histoire naturelle de la parole ;maip cela ne l'empêche pas d'en faire, cortimç tous les autres, une science exacte. Les philosophes croyaient avec raison que la formation du lan- , gage n'était pas due au- hasard ; mais ils avaient tort d'en chercher les lois dans la raison plutôt que dans les faife .euxmêmes. Le peuple est, lui aussi, un philbsophe sans le savoir ; il raisonne,- non par syllogisme, mais surtout par sùialogie. L'histoire des langues n'est eil grande partie que celle de la lutte dé ce dernier principe ^Mitre le.s traditions de l'étymologie<2). Lès auteurs- dufxviii» siècle, en voulant appliquer à toute force à la grammaire cet esprit critique qui paraissait suffire à tout, nô firent que substituer leurs propres raisonnements à- ceux du peuple, qui avait formé la langue. Lès philosophes, disait Voltaire, n'ont point fait les langues, et voilà pourquoi elles sont toutes imparfaites (3). Mais s'il eût été 7dohné à une assemblée de grammairiens ^e son temps dç^ constituer de toutes pièoes un idiome absolument géométrique, l'usage en eût bien, vite détruit la régularité, et toute la puissance des logiciens n'eût rien changé à l'issue de ce combat de la nature ef'de la raison.
Cette méthode abstraite, qui néglige trop l'observation des faits pour ne s'occuper que des principes généraux, a pourtant rendu quelques services à la science. Le xv!!!» siècle a fixé en grande partie c^tte phraséologie qui nous permet de suivre un ordre méthodique : les diyisions et subdivisions sont le triomphe de la logique,"" c'est-à-dire de la grammaire
(1) Ibid. Il intitule son tome {\ : Làî monde primitif , considéré dans l'hUtoire naturelle de la parole, ou Grammaire universalle ou comparative.
00 * L'Etymologie et TAnalogie, disait Diderot,, sont les deux ailes de Tart de parler. » Énc méth., art. Langues.
(8) Lettre à Beauzée. Ibid.
'. générale proprement dite. Mais la linguistique soujRHt d*étre tombée dans les mains des méta|»hysiciens; et qiié poliiriiit détenir Tétymôiogie, livrée à des savants, qui r^iXtaient l*érudition et s*eflfrayaient de citer des exemples (^)? On ne pouvait lui demander que des règles vagues et d'une généralité excessive. On voulut faire la synthèse sans avoir .fait complètement Tanalyse, et Ton établit des cliEtssifications artificielles, plus propres à enrayer le progrès qu'à le fevoriister. Le meilleur usage qu'on pût fiiire de Tesprit phifoso- «"phique était encore de . Remployer au renversement des 'systèmes» ^ '^*
De tous ces philosophes, doi\t quelques-iins se vantaient
• d'avoir débarrassé lés langues de tout le fetras' gramntatical,
de pouvoir régulariser les idioties les plus barbares, c jus-
^ qu'au rugissement des lions et au bourdonnement des
mouches (*) », aucun n'aVait bien eompHs le véritable
. mécanisme de sa propre langue/ l'^norance de ses ongines
et de son histoire les empesait de saisir ies causes qui la
V modifient sans cesse et qùÉseul^ peuvent rendr0%6mpte de
. J'usage. Voltaire surtoulPOne pas l'ancienne langue française ;' elle est barbare ^^B|pn>*ait lui gâter sa belle langue classique ; son purisme fa^^ue la déteste comme entachée d'hérésie au môme titré que le néologisme. La dtison, qui ^omine tout, a la prétention d'arrêter les progrès du langage. Elle se borne à regretteijes anomalies du vocabulaire ; et elle croit pouvoir justifier la syjîtaxe èl les figures des grands écrivains ; . elle inspire aux grammairiens des opinions diverses sur l'orthographe ; mais pour être d'accor^ avec elle-même, elle maintient en versificatiouA la tradition classique. En tout cela, elle est représentée surtout par Voltaire, qui se fait pour ainsi dire le continuateur de Boileau. C'est sans doute grftce à l'influence du plus, répandu
Vt) Oe Brosses, t. II/p. '265. .
(i) SaiuUn-Leblaii, p. 143.
iifMtd*ètre |ue pouvait itd<ÎÉtaient j(i)*?Onne l'une généi avoir -fait issifications i*à le fevorit phijosotement des
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