ENCORE INCONNUE
Le cadre des endémies dont Torigine est un mystère tend, comme nous venons de le, prouver, à se rétrécir de jour en jour. Parmi celles qui y figurent encore, il en est qui se rapprochent tellement des précédentes par leurs caractères, qu'il est permis d'espérer qu'on pourra les comprendre un jour dans la même catégorie. Nous allons les passer rapidement en revue.
1° Lèpre. — Cette dénomination appliquée par les médecins grecs et arabes, à des'affections essentiellement différentes, et que les auteurs modernes ont continué à confondre, doit être réservée aujourd'hui pour désigner Véléphanliasis des Grecs., maladie complètement distincte de Véléphantiasis des Arabes, affection purement locale, et du lepra vulgaris qui n'est qu'une forme de psoriasis. Elle ne nous occupera comme les précédentes, qu'à un seul point de vue. Nous nous bornerons à indiquer les contrées du globe, où elle règne encore à l'état endémique et les conditions qui semblent l'y entretenir.
Son origine se perd dans la nuit des temps, et il est difficile de la suivre à la trace. Il paraît cependant probable qu'elle a pris racine en Egypte et en Arabie, que les Hébreux l'ont importée en Palestine, et qu'elle s'est répandue de là dans l'Asie toute entière, d'où les Grecs la rapportèrent après les conquêtes d'Alexandre. C'est là que les Romains en prirent le germe; quand Pompée ramena ses légions de la Grèce et de l'Asie, la lèpre en revint avec eux. A l'époque des croisades elle fil invasion en Europe, et y répandit une terreur profonde. Des
ÉTUDIi SYNJlIÉilQL'E SUR LES MALADIES ENDÉMIQUES. 07
lois impitoyables, la création d'innombrables léproseries amenèrent son extinction progressive, mais il fallnt trois siècles pour arrivera ce résultat. Il 5 a lieu de penser également qu'elle s'est étendue de proche en proche à toutes les peuplades de l'Afrique, et qu'à l'exemple de l'ophlhalmie purulente, elle a passé de là en Amérique, avec les esclaves noirs. Aujourd'hui la lèpre a presque complètement abandonné nos climats, pour se réfugier sous les latitudes extrêmes, où des populations misérables lui ont offert un dernier asile. Son domaine géographique est cependant encore assez étendu pour qu'il nous soit impossible de le parcourir en détail. Nous nous bornerons à une indication sommaire des particularités les jilus saillantes.
L'Afrique en est comme autrefois le principal théâtre; on la trouve répandue dans toute la vallée du Nil et dans les parties de l'Abyssinie où se sont établies des colonies juives. Elle règne sur tout le littoral méditerranéen, depuis la régence de Tripoli jusqu'au Maroc ; elle est commune au Darfour et dans le Bornou, on l'observe aux Açores, aux Canaries, à Madère, à Sainte-' Hélène, à la côte occidentale, à partir du cap Vert jusqu'au Congo et même au cap de Bonne Espérance, où elle sévit avec intensité sans distinction de race. Les lépreux, au nombre d'environ trois cents, y sont relégués sur l'île Robben, située dans la rade. Elle est plus rare à la côte orientale, et à Ma Jagascar, mais assez fréquente aux Comores. On en retrouve encore quelques Cfis à Bourbon et surtout à Maurice, où elle paraît avoir pris plus d'extension depuis quelques années.
La lèpre règne dans presque toute l'Asie, on la rencontre depuis la Méditerranée jusqu'au Kamschatka. Elle est trèsrépandue en Arabie, en Syrie, en Palestine et surtout en Perse. L'Inde est le point du globe où elle a été le plus anciennement connue, et où elle fait encore le plus de victimes. Elle est plus commune sur le littoral que dans l'intérieur ; sur les côtes de Coromandel, de Malabar que dans le Deccnn. Il existe des léproseries à Pondichéry, à Madras, à Bombay, à Ceylan, à Malacca. Tout le royaume des Birmans est rempli de lépreux. Nulle part nous n'en avons vu autant qu'à Rangoon. Ils sont si nomJjreux à Tabaï et à Martaban, qu'on ne trouve pas une famille qui n'en compte quelques-uns, aus*i désigne-t-on dans le pays la lèpre sous le nom de mal de Martaban. Elle est très-répandue en Chine et particulièrement à Canton, elle est plus rare à Shangaï.i
(i8 J. HOCHAhD.
On la retrouve dans la plupart des îles de laMalaisie, parmi les indigènes et les Chinois, plus rarement chez les gens de couleur. A Batavia, les léprosies ont été abandonnées; les lépreux sont traités dans les hôpitaux ordinaires. On n'y croit pas à la contagion. A Amboine il existe quelques lépreux séquestrés dans un petit établissement voisin de la ville. On en voit également à Sumatra, aux Philippines et dans quelques-uns des archipels Polynésiens.
En Europe elle a presque complélemeut disparu. Les points oîi on la retrouve encore sont les îles de l'Arcliipel , et particulièrement Candie où Smart comptait encore 628 lépreux en 1855, les îles Ioniennes, la Grèce, la Turquie où on en observe quelques cas, la partie la plus méridionale de la Russie, et notamment la Crimée, quelques points du littoral de l'ila'ie tels que Comachio, Chiari, Varrazze, plusieurs provinces de l'Espagne, et quelques villes du Portugal ^ En France elle est à peu j)rès inconnue. C'est à peine si on rencontre quelques lépreux en Provence, sur le bord des étangs de Berre et de Bognac, à Martigues, à Yitrollcs et au village de la Turbie, près de Nice. C'est dans les contrées septentrionales que celte maladie s'est réfugiée, elle règne encore à l'état endémique en Norwége sous le nom de Spedalskhed ., ainsi qu'en Islande, et on en observe quelques cas isolés en Finlande, en Esthonie et en Courlande. Elle a été introduite en Amérique par les noirs et elle règne encore au Mexique, aux Antilles, dans l'Amérique centrale et surtout à la Guyane : Elle est plus rare au Brésil, dans le Parana et dans l'Fruguay.
La lèpre est une maladie diathésique liée à une altération du sang que les recherches de Danielsscn et Boëck ont mise hors de doute, et dont les lésions locales ne sont que le résultat. Quant à Ja cause de cette altération, elles ont échappé jusqu'ici aux recherches les plus persévérantes. On a accusé le climat, les vicissitudes atmosphériques, les émanations palustres, l'alimentation insuffisante ou de mauvaise qualité, l'abus des salaisons, de la chair de porc, du poisson surtout, la malpropreté, le défaut de soin, etc. L'influence de ces conditions hygiéniques est incontestable, puisque la lèpre a disparu de tous les pays civilisés, mais ces causes, comnaunes à de tant de maladies,
' Voy. Hir:cli, Handbvch der fiisionsch-geograpMsc/ien Pathologie, Erlangeii, 1«59, tome I, p. 318.
ÉlUDE SYNTHÉTIQUE SUH LES MALADIES ENDÉMIQUES. 09
sont insuffisantes pour expliquer la production d'une affection aussi spéciale, et pui se transmet d'âge en âge avec des caractères identiques à toutes les époques, sous tous les climats, chez toutes les races. Nous l'avons déjà dit, ces maladies étranges et immuables doivent reconnaître une cause spéciale comme elles, et qu'il faut rechercher avec persévérance jusqu'à ce qu'on soit parvenu à la découvrir.
La lèpre est essentiellement héréditaire, à cet égard tous les observateurs sont d'accord ; il n'eu est plus de même en ce qui touche à la question de contagion. L'antiquité ne la révoquait pas en doute. Toutes les mesures préventives adoptées depuis Moïse jusqu'à nos jours, toutes les lois promulguées, reposent sur cette croyance, et cette conviction explique, sans les justifier, les rigueurs implacables dont les lépreux ont été victimes au moyen âge. Aujourd'hui l'opinion opposée tend à se répandre parmi les médecins. Ceux qui de nos jours ont le mieux étudié la maladie, ne la croient pas contagieuse. Danielssen et Boëck s'expriment ainsi : « Parmi la foule des spédalsques que nous avons observés par centaines, et que nous avons journellement fréquentés, il n'existe pas un seul exemple que le mal se soit étendu par contagion^ » Brassac n'est pas moins affirmatifc « Nous commençons j)ar déclarer hautement que nous ne connaissons pas un fait bien avéré, qui parle en faveur de la contagion-. » Loin de nous la pensée de nous inscrire en faux contre de pareilles autorités, mais nous demandons comment expliquer les migrations de la lèpre, l'invasion qu'elle fit en Europe au moyen âge et son importation dans les colonies américaines. L'hérédité ne nous paraît pas suffire pour en rendre compte. On comprendrait à la rigueur que les individus, qui en ont pris le germe dans les pays où elle est endémique, l'aient transmise à leurs enfants, et aient fait ainsi souche de lépreux, mais alors le mal ne se serait, pas étendu au delà de quelques familles. Les croisés revenus de terre sainte, n'étaient pas tellement nombreux, qu'ils pussent en quelques années donner le jour à la quantité innombrable de lépreux, qui couvrait l'Europe à la fin du douzième siècle. H nous paraît également
* Danielssen et Boëck, Trailé de la spedalskhed ou éléphanhasis des Grecs Traduction de L. Cosson (de INogarel). l'aris , 1848, in-8° et alliis in-folio.
^ Brassac, Essai sur l'éléphantiasis des Grecs (lèpre phymalode et aphynnatode) et sur l'éléphantiasis des Arabes (maladie glandulaire des Barbades [Arrlàvra de médecine navale^i. VI, pages 180, 241, 3i5, 43M.
70 J. liOCUARD.
difdcile d'admettre que le temps qui n'a enlevé à la Icjjre aucun de ses caractères, lui ait fait perdre le plus important de tous. 11 reste donc là une inconnue à dégager. En présence de faits aussi probants et d'opinions aussi respectables, nous ne croyons pas pouvoir, rangei- la lèpre parmi les maladies virulentes, et cet exposé sommaire de la question n'avait pas d'autre but (|ue de justifier la place que nous lui avons assignée. A la lèpre se ra[)portenl :
a. La spedalskhed^ au sujet de laquelle il ne peut y avoir de doute depuis les beaux travaux de Boëck et Danielssen.
b. La lèpre duHolstein, qui n'est qu'un autre nom donné à la même maladie.
c. Le mal de Crimée, ou lèpre Tauriqiie, lèijre des Cosaques^ importée par les troupes Russes après la guerre de Perse, et décrite par Pallas, Gmelin et Démartius.
d. Le mcd rouge de Cayenne décrit par Bajon et Bergeron, et qui n'offre de particulier dans cette colonie qn'un degré plus grand de fréquence.
e. L'Aiuhum. Nous ne serons pas aussi affirmatif au sujet de celte singulière affection décrite en 1867, [)ar le docteur Da Silva Lima, médecin de l'hôpital de la Charité à Bahia^ et étudiée dans l'Inde par notre confrère Collas-.
Cette affection qui n'a encore été observée que sur des noirs Africains au Brésil, et sur des individus de race hindoue (rameau tamoul), parait assez répandue parmi eux. Elle siège exclusivement au petit orteil, et consiste dans un étranglement circulaire, qui se produit à sa racine, et finit parla transformer en un pédicule mince qui se romprait de lui-même, si on n'en pratiquait pas la section, qu'un simple coup de ciseaux suffit pour opérer. Le petit orteil dévié de sa direction, déformé, triplé de volume, est converti en une masse sphéroïdale que le docteur Da Silva compare à une petite patate. Ce médecin considère l'aïnhum comme une maladie spéciale, il repousse toute analogie avec Véléphantiasis des Grecs ; Collas, au contraire, le regarde comme une variété de la lèpre dactylienne. Il le rap-
' bii !>il\;i \jn\:} . Étiiilcs sur l'dïnhiim, \n Gazela Diedica (li Lisboa, n»" du 28juin, 15 el 28 jiiillpl lS(i7. Traduit dans Ips Archives de médecine navale , t. VIII, p. 128, 20'6.
* A. Colla-, A'((/c .sw/' la maladie dècrile sous le nom d'cnvltinv observée clicz tes Hindous {.\relnves de niédeejne navale, l. \\\\ . p.307).
proche de cas analogues qu'il a eu l'occasion d'observer et qui apj)arteiiaient incontestablement à cette dernière maladie ; il insiste sur ce fait, que les Indiens chez lesquels, il a rencontré Vainhum présentaient en même temps d'autres symptômes de lèpre. L'expérience bien connue de' notre collègue en fait de maladies exotiques, nous engage à adopter provisoirement son opinion, en attendant que des faits plus nombreux viennent éclairer la question.
2" V Éléphantiasis îles Arabes. A l'encontre de la lèpre, IVléphantiasis des Arabes, ou maladie gkmdulaire des Barhades^ est une affection purement locale, une véritable lymphite à répétitions'fréquentes, qui finit par déterminer l'induration des tissus et ces gonflements prodigieux, dont les auteurs nous ont laissé tant d'exemples, mais qui n'est ni héréditaire ni contagieuse, et qui ne récidive [)as après l'ablation.
L'Eléphantiasis peut s'observer sur toutes les parties du corps, mais c'est presque toujours aux membres inférieurs qu'on le rencontre, et le plus souvent il est unilatéral. Après les jambes, c'est au scrotum qu'on le voit le plus souvent, et c'est là qu'il acquiert les dimensions les plus monstrueuses. C'est dans cette région qu'il a été désigné sous le nom de hernie charnue (Prosper Alpin), de sarcocèle d'Egypte (Larrey), àlujdrocèle endémique du Malabar (Kampfer). 11 est excessivement rare aux membres supérieurs et à la tète.
Le domaine géographique de l'éléphantiasis des Arabes est beaucoup plus restreint que celui de la lèpre. C'est une maladie des pays chauds. Elle est très-commune aux Antilles : on l'observe à la Martinique, à la Guadeloupe, à la Trinité, à Saint- Vincent, fà Saint-Barthélémy, et plus particulièrement à la Barbade, ainsi qu'indique le nom qui lui a été donné. On la retrouve aussi dans le golfe du Mexique sur les côtes du Centre- Amérique, et particulièrement à Nicaragua, sur celles de la Nouvelle-Grenade, de Venezuela et des Guyanes. Il est extrêmement répandu dans l'Inde entière, et surtout dans le bas Bengale et à la côte de Malabar. A. Hirsch cite des districts dans lesquels, le vingtième de la population en est attaqué \ A Pondichéry, d'après le docteur Huillel, elle est d'une Iréquencc extrême, et acquiert parfois des dimensions monstrueuses chez les
' Hir.-ch, HandbHch der hidorisch-gcograph. Pathologie. Erlangen.
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Tapas et surtout chezlndiens. Les blancs en sont parfois atteints, mais à un degré beaucoup moindre que les naturels, A Ceylan, où réléphanliasis est très-répandu parliculièremont aux environs de Colombo, il n'atteint, dit Boudin*, que les indigènes, les métis et !es créoles. Il est commun dans l'île de Pinang, aux Philippines, à CImsan, à Canton. En Cochinchine, il affecte fréquemment, dit Richaud, les grandes lèvres, le scrotum et les jambes. Il est estiêmemcnt répandu dans toute l'Océanie, et plus spécialement dans les Archipels Polynésiens. A Taïti, c'est un véritable fléau ; on peut avancer, sans être taxé d'exagération, qu'arrivés à l'âge adulte 3 indigènes sur 5 en sont atteints à un degré plus ou moins piononcé. Gallerand l'a même observé sur quelques Européens, qui comptaient tous plus de 15 ans de séjour dans l'île. Aux îles Sandwich, il s'observe fréquemment chez les Kanaques, au dire de Quémar ; il est assez fréquent à la Nouvelle-Calédonie. On le rencontre dans tout le nord de l'Afrique, et plus particulièrement en Egypte, où Larrey a recueilli ses remarquables observations d'éléphantiasis du scrotum. En Algérie il règne presque exclusivement parmi les Kabyles ; un très-petit nombre d'Arabes en est affecté. Au Sénégal, Chassaniol et Berville ont observé des éléphantiasis du scrotum, semblables à ceux que Larrey a vus en Egypte, ïhaly le range parmi les affections les plus communes chez les naturels du haut Sénégal. Aux Canaries il se rencontre trèsfréquemment dans les classes pauvres.
Il est inconnu en Europe ; cependant Ilirsch prétend qu'on l'observe assez fréquemment dans le sud de l'Irlande, dans le midi de la France, eu Corse, dans le sud de l'Espagne et particulièrement à Gibraltar, ainsi qu'en Turquie. A l'appui de ces asscrtionSj il cite les nombreux auteurs auxquels il a fait ses emprunts. Il ne nous a pjs été possible de vérifier les textes, l'érudition de Ilirsch nous inspire du reste une confiance aveugle, mais il n'en est pas tout à fait ainsi de son jugement médical. En acceptant, comme il le fait, sans le moindre contrôle, les assertions de tout le momie, on arrive à cette conclusion singulière que presque toutes les maladies s'observent dans tous les pays. Nous partageons à son égard l'opinion de Gtisolle qui, dans la dernière édition de son Traité delà pneumonie, n'a
' Houdin, Traité fie gt'ograjj/tie el de statisliqae médicales. Vi\y\'-, 1857.
ÉTUDE SYNTHÉTIQUE SUH LES MALADIES ENI)E.\I1QUES. "iô
pas cru devoir s'cii rapporler à lui, pour en tracer le domaine géographique: « Plusieurs des renseignements qu'il fournit, même |)armi ceux qui concernent TAIlemagne, m'ont, dit il paru inexacts. Je crains que l'auteur n'ait trop facilement accepté des statistiques n'ayant pas toute l'authenticité désirable. » En ce qui a trait à l'éléphantiasis, je suis conva'ncu que dans beaucoup de localités, les médecins dont il reproduit l'opinion, l'ont confondu avec la. lèpre.
3" Le Bouton (VAlep (clou ou ulcère crAlep), le bouton du Nil, du Caire, de Bagdad, de Biskra, des Zibans, de Delhi, du Sindh, de Bombay, deGuzerat,\e chancre du Sahara, ['ulcère d'Orient, ne sont qu'une seule et même maladie, observée dans différentes localités. Faute de termes de com|.araison, les médecins qui les ont décrits pour la première fois, les ont pris pour des affections spéciales à la contrée dans laquelle ils les rencontraient ; mais des renseignements plus complets ont permis de les rattacher à une seule espèce pathologique, et de lui assigner un domaine géographique beaucoup plus étendu qu'on ne le croyait d'abord.
Il s'étend de l'ouest à l'est, depuis le Maroc jusqu'aux rives du Gange, sur une zone comprise entre le 10'^ et le 40' degré de latitude nord. (Le Roy de Méricourt.) La maladie n'a encore élé rencontrée ni en Europe, ni en Amérique, ni en Océanie. Le Tonga des Archipels Polynésiens, qui a élé bien décrit par de Rochas, et que Hirsch serait disposé à considérer comme identique au bouton d'Alep, n'est, ainsi que nous l'avons établi, qu'une variété de pian, analogue au boulon d'Amboine. Le bouton endémique a été observé au Maroc et dans un grand nombre de localités de l'Algérie, aux environs de Daya, à Laghouat, Tuggurt, dans le Sahara, dans toute la zone des Zibans et en particulier dans l'oasis de Riskra. On le rencontre au Caire, à Suez, et surtout clans la partie nord de la Syrie et dans la Mésopotamie, qui en ont été longtemps considérées comme les théâtres exclusifs, l! lègne depuis Saladm, en suivant le cours de l'Oronte, jusqu'à Alep, et s'étend de là vers Kdlis, Ophra, Diarbekir, Mossoul, Bagdad, jusqu'à Bassora. On en rencontre quelques cas isolés parmi les populations du Liban, en Asie Mineure, en Crimée, il est très commun en Géorgie, dans le sud de la Perse, landis qu'il est inconnu dans le nord, à Tauris par exemple. Enfin les médecins de l'Inde anglaise
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ont décrit, d iiis ces dernières années, sous le nom de bouton cleGuzerat, du Sindh^ de Delhi, de Bombaij, une maladie qui nr'est autre chose que le bouton d'Alep. 11 nous suffit d'avoir établi celle identité. Nous nous bornerons par ailleurs à rappeler que le bouton d'Alep par ses caractères anatomiques, par l'absence de toute propriété contagieuse, par son évolution régulière et d'une durée déterminée, se différencie complélement des autres maladies endémiques que nous avons passées en revue, et que ses causes sont encore un mystère, ce qui justifie la place que nous lui avons assignée dans notre travail.
4" Ulcères phagédéniques des pays chauds. — Dans un grand nombre de régions placées sous la zone torride, on rencontre des ulcères phagédéniques, qui se différencient de ceux qu'on observe sous nos latitudes, par une physionomie spéciale et surtout par leur fréquence et leur gravité. Ces caractères sont tellement saillants, qu'ils ont partout éveillé l'attention des médecins, et qu'il s'est produit à leur occasion une confusion semblable à celle que nous signalions, il n'y a qu'un instant, à propos du bouton d'Alep. Chaque observateur s'est cru en présence d'une maladie particulière au pays dans lequel il la rencontrait, et l'a décrite comme telle. C'est ce que nous avons fait nous-môme. Une étude plus approfondie a permis de reconnaître qu'à part de légères différences locales, ces affections étaient identiques au fond, et tout le monde est d'accord aujourd'hui pour considérer \a plaie del'Yémen, ou de l'Hedjaz, Wdcère de Mozambique , V ulcère de Cochmchine ou de Saigon, de la Guyane, de Ké}wba, de la Nouvelle Galédonie, comme des variétés d'une même entité morbide, à laquelle nous donnerons avec Le Roy de Méricourt le nom d'ulcère phagédénique des pays chauds. Cette maladie est essentiellement endémique, et ne se développe pas en dehors de certaines régions. Son domaine géographique n'est pas encore parfaitement connu. On ne l'a jusqu'ici observée que sous la zone torride. On la rencontre ■ en Arabie, sur la côte de l'Hedjaz et de l'Yémen, depuis Yambo jusqu'à Moka. Cette dernière ville est son théâtre de prédilection. Elle fait de tels ravages dans les rangs de l'armée arabe, qu'elle suffit, au dire de Lefebvre, pour réduire, en 3 ans, un régiment de 4000 hommes à 1200 ou 1500. C'est dansée pays (pj'elle a été observée j»our la |)remière fois, et c'est à Petit que nous en devons la première des-
criptioii'. On la retrouve en Afri(|iic, sur la côte de Mozambique, où le docteur Azcma l'a fait connaître, àMayotte, où elle a été étudiée par Grcnet et Monestier". Elle existe également chez les noirs du haut Sénégal, d'après Thaly^, on l'y désigne sous le nom d'ulcère de Kéniéba. Enfin on l'a rencontrée dans l'intérieur, chez les noirs du Bornon.
En Cochinchine, elle est extrêmement commune parmi les Annamites. Après la prise de possession de Tour.me, elle se répandit comme une épidémie, dans le corps expéditionnaire et à boni des bâtiments. Sur 5600 hommes, de Comciras en compta 700 cas, dont 100 furent suivis de mort et dont 50 nécessitèrent l'amputation ; un plus grand nombre revint en France sans être guéri. C'est alors que nous eûmes l'occasion d'obseiver cet ulcère et de le faire connaître. Depuis cette époque il a été l'objet de nombreux travaux de la part des médecins de la marine.
A la Guyane, il est tellement répandu, que notre collègue, le docteur Chapuis, on a observé 2,812 cas sur 8,573 transportés, admis en 1861 dans les hôpitaux delà colonie \ Il existe aussi à la Guadeloupe, au dire de de Carové, médecin de la marine, qui a eu occasion de l'observer en Cochinchine, à la Guyane et aux Antilles, et qui l'a trouvé partout identique. Enfin on le rencontre également à la Nouvelle-Calédonie, et le docteur Pénard cite plusieurs navires de cette station, à bord desquels le sixième de l'équipage en a été atteint à la fois.
L'ulcère phagédénique des pays chauds est le même partout. Nous avons signalé, en 1862^, les différences qu'il présente suivant les lieux, mais nous nous empressons de reconnaître qu'elles ne suffisent pas pour justifier l'admission d'espèces morbides distinctes. Il n'a rien de commun avec le pian, ni avec aucune de ces formes dégénérées de la syphilis que nous avons passées précédemment en revue ; il est bien distinct de la pourriture d'hôpital et du scorbut. Sa nature et ses causes sont
* Lefebvre, Petit cl Ou. Dillon, Voyage en Abyssinie de 1859 à 18*5.
^ Monestier, Etude sur l'tilcère dit de Mo::ambiqne observé à Mayotle et à Nossi-Bé {Archives de médecine navale, t. VIII, n. il7, 1867).
^ Ihaly, Z)e l'ulcère phagédénique des pays chauds à la Guyane française et de son traitement. Thèse Montpellier, '18<i4.
* .1. Chapuis, De l'identité de V ulcère observé à la Guyane française avec celui décrit sous le nom de Ghéhani, ulcère de Cocliinchine, de Saigon, ulcère annamite [Arch. de méd. nav., t. l", p. 575. 1864).
° Jules Iiothnrd, f)^ V ulcère dr Cochinchine [Archives i/éncrales de médecine. .luin 186'2).
encore inconnues. Aucune de celles qu'on a invoquées nepeul supporter le contrôle des faits. Peut-être un jour parviendra-ton à le rattacher ainsi que le bouton d'Alep, à la classe des maladies parasitaires, à découvrir dans la vase de ces marais au milieu desquels il prend naissance, quelque cryptogame encore inconnu, se greffant à la surface de ces érosions superficielles, qui en sont la condition indispensable, pour s'y développer avec la désespérante ténacité de ses pareils. Mais on n'a pu jusqu'ici rien apercevoir de semblable, et, en attendant, nous devons le ranger parmi les maladies endénfiques dont la cause nous échappe encore.
La même espérance n'est guère permise à l'endroit de celles dont nous allons nous occuper. Tout aussi inconnues que les précédentes, dans leur nature et dans leurs causes, elles n'appartiennent pas comme elles à la classe des affections externes, et ne se prêtent pas au même genre de recherches. Le nombre en est heureusement plus restreint. 11 se borne à trois individualités morbides, le tétanos, la maladie du sommeil, Vhématiirie endémique des régions inter tropicales. Leur domaine géographique est assez peu étendu, et une seule présente un intérêt réel par sa gravité et sa fréquence.
1° Le tétanos n'est pas une maladie essentiellement endémique, puisqu'on l'observe sous toutes les latitudes; cependant il est tellement rare dans certaines régions, qu'on peut y parcourir une longue carrière chirurgicale sans en avoir observé plus de 4 ou 5 cas, tandis qu'il constitue dans d'autres contrées la plus terrible complication des blessures et des opérations, et la plus meurtrière des maladies de l'enfance. C'est à ce titre que tous les auteurs le font entrer dans le cadre des maladies endémiques d'un certain nombre de pays que nous allons indiquer, et parmi lesquels l'Islande occupe le premier rang. « Une endémie plus fréquente, plus mortelle qu'en aucun autre lieu de l'Europe, dit le Bret, le trismus des nouveau-nés, dépeuple à vrai dire l'Islande. » Tous les médecins qui se sont occupés de cette île, si intéressante au point de vue de la géographie médicale, le placent en première ligne parmi les causes de décès. Le ijinklofi, c'est le nom qu'il porte dans le pays, entre pour près d'un tiers dans la mortalité totale. Aux îles Vestmannôe, d'après Thomsen, il enlève 64 enfants sur 100, du cinquième au douzième jour. C'est à peine s'il en est un quart
ETUDE SYNTHÉrlQUE SUR LES MALADIIiS ENDÉMIQUES 77
qui dépasse le seizième ' . Il s'observe égalemenl, mais avec beaucoup moins de fréquence à Wilna, à Saint-Pétersbourg, à Stockholm, à Vienne, dans le sud de l'Allemagne, et notamment à Stuttgart. Tiès-rare dans les climats tempérés, il devient de plus en»|)lus fréquenta mesure qu'on se. rapproche de l'équateur. Dans IMnde il n'épargne pas plus les Européens que les naturels. A Bombay, il est des années oii on le voit fiijurer pour un quart dans la statistique des décès. A Pondichéry, Collas l'a vu survenir, à certaines époques, à la suite des blessures les plus insignifiantes ; très-commun après les couches et les avortemenls, les nouveau-nés lui payent aussi un déplorable tribut. Il est très-répandu aux Indes orientales, d'après van Leent; à la Nouvelle Calédonie, le trismus des nouveau-nés est, après la phthisie et la scrofule, la maladie la plus commune chez les naturels. Le tétanos n'est pas rare à Maurice; à la Réunion, il fait périr un grand nombre de petits noirs ; à Saint- Denis, nous l'avons vu survenir à la suite d'une opération d'hydrocèle, tandis que nous n'avons pas eu l'occasion d'en observer un seul cas chez les Sakalaves de Nossi-bé, pendant le long séjour que nous avons fait au milieu d'eux. 11 est également rare à la côte occidentale d'Afrique.
En Amérique, on le rencontre fréquemment dans les États- Unis du Sud, et surtout dans la partie située sur le golfe du Mexique; il y est cinq fois plus commun dans la race noire que dans la race blanche. A la Martinique, d'après Rufz de Lavison, le trismus neo-nascentium était si commun à la fin du dix-huitième siècle, qu'on le considérait comme une des causes destructives de la population, et qu'on différait jusqu'au quarantième jour, le transport des enfants à l'église. Aujourd'hui il y est devenu si rare, que c'est à peine si ce médecin a eu l'occasion, en vingt ans de pratique, d'en voir 5 ou 4 cas.
La Guyane est un des points de l'Amérique où il fait le plus de ravages. Déjà Bajon^ en avait signalé la fréquence à Cayenne, et les médecins de la marine ont reconnu le même fait. « Chaque année, dit le docteur Sanquer, peu après le début de la saison sèche, au moment de la plus grande fréquence des fiè-
• Hirscli, Handbtich der /listorisch-geographisc/ien Pathologie, Erlangen,t862, tome II, p. 585.
'^ Bajon. Mémoire pour servir à V histoire de Cayenne et delà Guyane française, adressé à rAcadémie royale des sciences. Paris, 1777.
vres, on voit, taiiU'i l'hôpital de la marine que chez les habitants de la ville, survenir cette redoutable névrose, tandis qu'elle est inconnue aux îles du Salut'. » Le tétanos fait de nombreuses victimes an Mexique, au Brésil et surtout sur les bords de la Plata. Dans ce pays si salubre, les affections nerveu§es sont extrêmement répandues; le tétanos s'y montre, comme dans rjnde, à la suite de blessures ou d'opérations insigniliantes, parfois même à l'occasion de vieux ulcères. Il fait aussi périr un grand nombre de nouveau-nés. A Montevideo, où il est trèsredouté des mères, on lui a donné le nom de maladie de 7 jours.
En somme, le tétanos est une maladie des climats extrêmes. Il est plus fréquent dans les pays maréc'ageux et sur les côtes, que dans l'intérieur des terres et dans les lieux élevés. Tous les éléments de l'hygiène ont été vainement invoqués pour en expliquerla production, les refroidissements subits, l'action de certains vents, les aliments, les boissons, le miasme palustre, ont été tour à tour incriminés, mais, ainsi que le ditRochoux, comment des causes communes à la plupart des maladies peuvent elles produire une affection d'un caractère aussi spécial que le tétanos? Là se trouve un problème que jusqu'à présent les auteurs ont vainement essayé de résoudre.
2° Maladie du sommeil {slepiiig dropsij^ somnolenza hypnosie). Cette alléction singulière n'a été décrite que depuis quelques années. Elle estparticulière àla côte occidentale d'Afrique. On la rencontre à partir de Benguela jusqu'à l'embouchure de la Gambie, entre le quinzième degré de latitude sud, et le dixième de latitude nord. Elle a d'abord été signalée par les médecins anglais. Le docteur Winterbottom, qui en a parlé le premier, la dit très-fréquentè chez les esclaves du Bernis et chez; les Foulahs. Clark en a vu plusieurs cas à Kary, dans l'hôpital des Africains libérés; d'autres l'ont observée dans le golfe de Bénin, à Sierra-Leone, à la Côte-d'Or, à Libéria. Nos confrères l'ont observée au Congo et au Gabon. Elle y est plus répandue que dans le Nord. Cependantc'est une maladie assez rare, si on la compare aux endémies que nous avons passées précédemment en revue. Dangaix, qui l'a étudiée au Congo, n'en a vu que 3 cas -. Nicolas, qui en a donné la description la plus complète, n'en a compté que 5 , sur 1209 émigrants , qui ont
* A. -M. Sanqiier, Quelques mots sur le tétanos. Thèse. Paris, 1869.
* Dangaix, I)e l'hyjmosic [Monileur des /lôpitaur, 1801 , n" 100).
passé SOUS ses yeux clans l'espace de neuf mois ^ 11 estime que le centième des décès qui surviennent parmi les noirs, dans la traversée du Congo aux Antilles , peut être attribué à cette cause. Ils en sont souvent atteints une fois arrivés aux colonies, et même au bout d'un temps assez long. Le docteur Guérin a eu l'occasion d en observer 148 cas h la Martinique dans ces conditions. Cette maladie a pour seul caractère, une tendance irrésistible au sommeil, qui devient chaqu(! jour plus profond et plus prolongé, et finit par être continuel. Les malades, qu'aucune stimulation ne peut réveiller, s'éteignent progressivement, sans, douleur, sans crise, sans qu'on puisse saisir le passage du sommeil à la mort, qui en est la terminaison constante. On n'a pas encore eu occasion de constater une seule guérison ; l'autopsie ne révèle qu'une congestion passive de l'encéphale. La cause de cette maladie est complètement inconnue.
3" Hématurie endémique des régions intertropicales. Elle se dislingue de celles qu'on observe dans nos climats parla présence plus constante du sang dans les urines, et par son mélange avec une matière albuinino-graisseuse qui y existe à l'état d'émulsion, et par le refroidissement quiproduit à la surface du liquide une couche d'un blanc laiteux et opaque. Cette substance d'apparence chyleuse est formée, d'après les analyses de Quévenne, de graisse aromatique et d'albumine, et sur 1,000 parties d'urine, il y a trouvé 19 parties de la première et 7 de la seconde. D'après Robin et Littré, elle provient du sang et n'est cju'un symptôme delà piarrliémie. Son passage dans les urines ne lient pas à une maladie des reins, mais à une exagération des fonctions du foie. L'excès des matières grasses et azolées qu'il sécrète dans les régions torrides, se mêle au sang et est ensuite éliminé par les uiines. Les causes de cette affection ne sont pas connues-; elle affecte plus particulièrement les enfants et les femmes. Elle dure souvent pendant de longues années sans déterminer la mort, mais elle finit toujours par amener à la longue un état cachectique des plus prononcés. Elle s'améliore et guérit le plus souvent par un séjour prolongé dans les pays froids ou tempérés.
* Nicolas, De la maladie du sommeil [Gazette hebdomadaire, 18 octobre 1861, n» 42) ,
- Voyez 0. Wuchcrer , De V liémaliiiie intertropicale observée au Brésil, .in Archiv. de méd. nav., t. XÏII, p. 141. (A. L. de W.)
L'hématurie endémique est très-fréquente à Maurice, où, d'après Salesse, cité par Hirsch, les trois quarts des enfants en sont atteints; à Bourbon, où elle a été observée par Cliapotin et par Juvénal ; à Mayotte, ou elle affecle particulièrement les enfants lymphatiques et ceux qui ont subi de longues privations. D'après Grenet, elle cesse habituellement à la puberté. Sigaud l'a également rencontrée au Brésil, dans les provinces situées au sud de l'Equateur, et particulièrementdanscellede Maranhào. Des recherches ultérieures permettront probablement de la retrouver sur d'autres points de la zone torride.
Nous venons de parcourir dans son entier le cadre des maladies endémiques, tel que nous l'avons compris; mais cette étude serait incomplète, si nous passions sous silence un certain nombre d'affections qu'on a l'habitude d'y faire entrer, et dont nous devons dire quelques mots poui' jusiifier le parti que nous avons pris de les en exclure.
Nous les diviserons en trois catégories :
1. Affections qui se ratlaclient à des maladies non endémiques.
Nous rangerons sous ce titre un certain nombre d'états pathologiques, qu'on a décrit sous des noms spéciaux, parce qu'on en a méconnu la nature, et qui se rapportent à des maladies que l'on retrouve partout. Telles sont:
i° La gale bédouine et la gale des Illinois, qui ne sont autre chose que le lichen tropicus, les hourbouilles de nos colonies. Cette éruption s'observe dans tous les pays chauds. Simplement papuleuse au début, elle prend le caractère eczémateux sous l'influence de la malpropreté, de l'action des ongles et de la médication irritante qu'on lui oppose souvent.
1" Le rïngworm de Londres^ auquel Ozanam consacre un chapitre spécial, et qu'il dit endémique à Londres et à la Guyane, est un herpès tonsurans et rien de plus.
5° La fégarite d'Espagne, que le même auteur considère comme une maladie particulière à ce pays, a été décrite pour la première fois en 1810, à Madrid et à Tolède, parle docteur Montgarni, chez des soldats français provenant du dépôt du Retiro.Il est évident que ce médecin n'a eu sous les yeuxqu'une épidémie de stomatite idcéro-membraneuse, comme celle qu'on observe tons les jours dans les casernes et à bord des bâtimenls.
i.TlDE SYNTIIIÏTIQUE. SUR LES MALADIES ENDÉMIQUES. «l
4" Le labri sulcium d'Islande ou chéilocace, que les Anglais tîesignent sous le nom de moutlis canker (chancre de la bouche), nous paraît également se rapporter à la même maladie. Celte affection décrite par Boot, et que Mercuriali et Bonnet mentionnent également, s'observe fréquemment, en Angleterre et en Islande, chez les enfants de 4 à 5 ans. D'après leurs descriptions, on n'est dispose à y voir qu'une stomatite ulcéreuse développée chez des enfants scrofuleux et cachectiques, et rien ne nous semble autoriser"son admission dans le cadre des maladies endémiques.
5" La nome de Suède est dans le même cas. Comme le labii, sulcium, elle s'observe surtout chez les enfants cl dans les classes les plus pauvres de la société. Elle consiste en une stomatite (jangréneuse survenant chez des sujets épuisés, et se terminant rapidement par la mort. La tuméfaction du visage, l'enflure et le refroidissement des extrémités, la fréquence des épistaxis, la prostration dont elle s'accompagne, ra|)prochent ct lie affection du scorbut, avec lequel il seraitpeut-étre permis de la confondre.
11. Maladies sur le compte desquelles la science n'est pas fixée.
A celle catégorie se rapporte un certain nombre d'états pathologiques mal définis, et dont il est impossible de se faire une idée suffisamment nette, parce que les renseignements que nous possédons à leur égard sont trop incomplets, leurs descriptions trop obscures, pour qu'on puisse savoir à quoi s'en tenir sur leur compte. Tels sont :
i" La pinta du Mexique^ désignée également sous le nom de mal de los pintos, de Quiricua, de Tinna, est une maladie de la peau qui paraît particulière au ^Mexique. On l'observe principalement à la côle ouest, et depuis celte côte en marchant vers l'est, jusqu'à l'Etal de Tabasco. Heller l'a trouvée sur les bords du Grijalva'. Elle n'a pas été signalée à la côte est, ni sur le plateau central.
D'après la description de Mac-Clellan % elle est caractérisée par des taches qui se montrent autour des yeux, sur la poitrine elles extrémités. Leur couleur est d'abord d'un blond jaunâtreclair, puis elles tournent au bleu, et finissent en s'étendant par
' llcller, Wiener Akademie Berichlc, 1848, n" 3, ;|^, - Miic-Clellan, Calcutia nied. Trnnarictloiis. VI, 62.
J. ROCIIARI». 0
82 J. ROC, Il A II P.
devenir loul à fait noires, ce qui donne au malade l'aspect d'un nègre. La peau qui les supporte devient raboteuse, écailleuse et tellement irritable, qu'elle s'excorie au plus léger conlact, et se couvre d'ulcères sordides et d'une odeur tellement repoussante, qu'on reconnaît à distance un malade a'icint de hpinta. Muhlenpfordt^ etMûllcr^ en ont décrit deux formes, dont l'une se rapporte au pihjriasis, et l'autre à ïichthyose. Rayer la range parmi les décoloralions endémiques'^ Nous sommes disposés à croire qu'on a décrit sous ce nom Jcs états pathologiques différents, des cas de cliloasma^ de vitiligo, de lèpre surtout. Ce sujet qui n'est pas sans intérêt appelle de nouvelles recherches. Il n'en est pas fait mention dans les nombreux travaux dont les maladies du Mexique ont été l'objet de la part des médecins de l'armée et de la marine pendant le cours de la dernière expédition. Cependant, à la séance du 7 mai 1867, le baron Larrey a présentéà l'Académie de médecine, un rapport sur un travail du docteur Chassiii, sur lepiiito; mais ce rapport n'a pas été publié, 2" Las verugas duPérou, décrite par Tschudi*, Smilh^ et Oriosola^ D'après ces observateurs, elle est endémique sur le penchant occidental des Cordillères, dans les hautes vallées et les gorges exposées aux brusques changements de température. A la côte on n'en observe que des cas transportés. Elle est inconnue sur le versant oriental des Andes, ainsi qu'au Chili et dans la Colombie. Son foyer principal est le bourg de Santa-Uhiya, dans la province de Huarachiri. Elle n'a encore été rencontrée qu'au Pérou. La plus grande obscurité enveloppe tout ce qui a trait à cette maladie, et comme le fait observer Le Roy de Méricourt, les renseignements que nous possédons sont tellement extraordinaires, que c'est une étude à refaire en entier. On a très-probablement englobé sous cette dénomination les maladies les plus diverses. On entrevoit, à travers le vague des descriptions, {\essyphilides, des cas àemoUuscum, dekéloide, àalèpre^ de variole kémorrhagiqiie , etc. Les médecins de la marine, que
' M ûhlenpfordt, Fersuf/t einer Schilderung der Repiihlik Mexico. StuUgart, 1814. I, 55--.
2 Miil'er, Deuisclie Klinik, 1847 ; MonatsbUiUer fur Statislik, n" G, 43.
5 Rayer, Traité des maladies de la iieau, 2' édition Paris, 1835, t. lll, p S90.
* Tscliiidi, Archiv fïir phtjsiol. llellkunde, 1845, 578 et Ocstor. mediz. Wochensclirif't. 1840, 505.
■^ Sniiih, Edinbiirgk médical and surçjical Journal, vol. LVIII, p. 67.
" Oriosula, Gfl^. vicdica di Lima Avril 1858 ; Médical Times and Gazette, london sp.nl<>-w}>r.?-1t*n8 -p 2>'>.
ÉTUDE SYMHÉilnl'E SUP. LES MAI,\[ilES ENDÉMIQUES. 85
la navigation a conduits Jans ces parages ^ ont fait de vaincs tentatives pour débrouiller ce chaos. Pendant ces dernières années, le docteur Marc, médecin princi|)al de la &ta',ion des mers du Sud, et Layet, médecin de première classe, ont profité de leur long séjour au Pérou pour se metirc à la recherche des verufjas. Ils n'ont pu en voir un seul cas, et parmi les médecins du pays, un seul prétendait en avoir observé deux, mais sans pouvoir fournir de renseignements positifs sur la nature de la maludie qu'il avait eue sous les yeux. La bibliothèque de Lima renferme deux thèses sur ce sujet ; la plus récente est de 1 820 ; on n'y trouva rien de concluant. Le seul fait qui paraisse incontestable est déjà vieux de 4 siècles. Il est relaîif au petit corps d'arrr:ée avec lequel François Pizarre traversa l'Amérique du Sud en 1513. Sur 700 hommes qui le composaient, il en mourut, dit-on, plus du quart à la suite d7tmorr/tflY//es causées par des plaies gangreneuses.
5" Le Bicho du Brésil est une sorte de gangrène du rec^ tum que Pison a décrit le premier, en 1648. Le Blond, dans ses obseî'vations sur les maladies des tropiques la mentionne également, et Sigaud^ qui dit en avoir observé quatre cas, n'a rien ajouté à ce qu'en avaient dit les médecins portugais. Leurs descriptions peuvent s'appliquer d'une part à des hémorrhoïdes sphacélées, de l'autre à des cas de dysenterie gangreneuse. C'est toutefois à cette dernière affection que le bicho paraîtsurtout se rapporter.
4° 7«ra de Sibérie. Gmelin est le seul auteur qui en ait parlé. Il dit l'avoir observé dans la ville de Tara et sur les bords du fleuve Irlisch. C'est, dit-il, une maladie épiilémique contagieuse et qui se transmet même aux animaux, Sa description, que tous les auteurs ont reproduite, est tellement vagué et si concise, qu'il est impossible de savoir quelle est l'affection qu'il a rencontrée. Rayer ^ range le tara dans le groupe des tumeurs endémiques à côté du bouton d'Alep, avec lequel il n'offre pas la moindre analogie.
b" Waren de Westphalie. Ozanam, Rayer, Boudin ont reproduit dans des termes identiques la description que Henry de Bra a faite de cette maladie à une époque qu'aucun d'eux n'mdique. L'auteur la dit héréditaire dans plusieurs familles. Il est
* Sigaud, Du climat et des maladies du Brésil. Paris 1844, gri in --S".
- nnycr, Traite des maladies de la peau, ^''édilion. Paris, 1(S55, t. II, p. 847.
81 J. nOClIARD.
impossible de s'en faire une idée oxiicle d'après des indications aussi sommaires, mais comme elle a disparu depuis longtemps, elle ne peut plus offrir qu'un intérêt historique, et le mieux est de ne plus s'en occuper.
6" SenJd du Japon. Cotte maladie n'est connue que par la description de Kœmpfer, qui remonte à 1715, et qui n'est ni plus détaillée, ni plus claire que les précédentes. Il y est question de coliques, de spasmes très-douloureux dans les muscles du venlre, de tumeurs éparscs sur tout le corps, d'un engorgement prodigieux des sourcils chez les hommes, et chez les femmes d'un amas considérable de gros tubercules aux grandes lèvres. Ne serait-ce' pas des cas do lèpre tpie Kœinpfor aurait pris pour une maladie particulière? A-t-il confondu et réuni sous un môme nom des affections différentes? 11 est difficile de le savoir. Toujours est-il que les maladies du Japon ont élé depuis quelques années l'objet de nombreuxtravaux do la partdes médecins de la marine et qu'il ii'y est p:is fait mention du Senki.
m. Maladies qu'il n'y a pas Heu de maintenir dans Je cadre nosoloyique.
Enfin, nous rangerons dans cette dernière catégorie trois névroses prélendues qui figurent partout au nombre des endémies et dont l'existence, comme individualité morbide, ne repose que sur des erreurs de diagno tic ou des préjugés populaires.
\° Calenture. Cette sorte de délire furieux auquel les navigateurs sont dit-on sujets sous la zone torride, et que caractérise un désir irrésistible de se jeter à la mer, n'a été observé que par trois médecins de la marine, Stubbes, Oliver cl Beisser '. Le lioy de Méricourt a démontré que dans le très-pelit nombre d'observations qu'ils ont rapportées, ces auteurs s'étaient un peu laissés aller à leur imagination et qu'ils n'avaient probablement eu sous les yeux que des cas d'insolation, deméningiic ou do fièvre pernicieuse^. Il conclut qu'il n'existe pas d'indi\idualité morbide qui puisse justifier le maintien do la calenture dans le cadre nosologique. Barrallier' arrive également à nier
' Deisser, Tlièse du doclo-al . 1852.
'^ Le Roy de Méricourt, Archives générales de médecine. Août 1857. ^ Barrullier, f^oiiveau dictionnaire de médecine et de chirurgie jraticftcs , 1. VI, p. !*5, i rtic!p C'^ileiiliire.
ÉTUDE SïNTIIÉ'IIQUL; sur les maladies EiSDÉMlQUtS. .' o
l'oxlstencc de celle maladie, cl nous parlagcons complètement leur opinion.
2° Le Tigretier ou chorée (fAbyssime est exactement dans le môme cas. Tous les auteurs qui en ont parlé n'ont fait que reproduire le récit romanesque de l'aventurier Pearce, qui s'est trouvé en présence d'un cas de monomanie religieuse. Cette forme de folie n'est pas rare chez les Abyssiniennes qui sont également très-sujettes à l'Iiystéiie. Courbon dans sou voyage à l'islhme de Suez, sur le littoral de la mer Rouge et en Abyssinic, a fait de nombreuses reebcrchcs sur le tkjrelier. Elles l'ont conduit aux mêmes résultats que Le Roy de MéricourtS elles l'ont amené à conclure que cette maladie n'existait pas. Tout ce quen a dit Pearce n est qu'une fable, et la plupart des circonstances quil a supposées, telles que les bandes de musiciens et les bains froids, ne sont pas même réalisables en Abyssin} e^.
5° Tarentisme. On a donné ce nom, dit Roudin^, à un ensemble d'accidents bizarres qui selon quelques auteurs, seraient produits par la morsure de la tarentule, espèce particulière d'araignée commune dans plusieurs parties de l'Italie et spécialement dans la Pouille. Vers la fin du quinzième siècle, cette maladie se répandit sous forme épidémique dans presque toute l'Italie, et atteignit son plus haut degré au dix-septièmo siècle.
Les cas de tarentisme qu'on observe actuellement ne sont que des accès pernicieux à (orme délirante ou comateuse, dont les habitants méconnaissent la cause et qu'ils attribuent sans raison à la piqûre de la tarentule. En faisant danser les malades au son du violon et de la cornemuse, jusqu'à ce qu'ils tombent épuisés de fatigue, ils espèrent éliminer le poison en provoquant une transpiration abondante ; ils se bornent en réalité à hâter l'apparition du stade de sueur, et la fin de l'accès, qui en est la conséquence, semble justifier leur théorie et entretient leur erreur.
Les épidémies de tarentisme du quinzième et du dix-sep-
' Archives générales de médecine, t. XII, 2° série, pnge 129.
" A. Courbon, Observations topograpldques el médicales recueillies dans un voyage à Vislhme de Suez , sur le littoral de la mer Rouge et en Abyssinie. Thèse. Paris, 1801.
2 Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales. Var'is, 1857.
8(5 J. UOCHARD.
tième siècle se rattachent à l'histoire de ces névroses conviilsives du moyen âge, qui ont donné jadis, comme le dit Anglada, le spectacle navrant de toutes les défaillances delà raison humaine. La croyance à la morsure d'une araignée ou d'un scorpion n'était qu'un signe de plus de cetlc perversion intellectuelle, La morsure de la tarentule y était aussi étrange: e qu'elle l'est encore aujourd'hui aux prétendus cas de tarenlisme qu'on observe dans la Fouille. Des expériences complètement négatives faites tout récemment en Italie, ne laissent aucun doute à cet égard.
Arrivés au terme de cette longue revue dont nous ne nous nlissimulons pas l'aridité, si nous jetons un coup d'œil d'ensemble sur toutes ces maladies si différentes de nature, de gra-vité, de provenance et de climat, il est un fait général qui nous frappe, et que les développements qui précèdent étaient destinés à mettre en lumière. En insistant, comme nous l'avons fait sur les questions d'étiologie, nous n'avions pas seulement pour hut de justifier une classification nouvelle basée sur cette considération, nous espérions de plus, en faire sortir une conclusion pratique dont l'importance ne peut échapper à personne et que nous sommes maintenant en mesure de formuler.
Il est un lien commun qui réunit ces individualités morbides si diverses et qui lient à leur nature même, c'est que les causes qui les ont fait naître et qui les entretiennent ne sont pas du nombre de celles qu'il faut se résigner à subir, qu'elles sont accessibles aux moyens d'action dont l'humanité dispose et qu'il est permis d'entrevoir une époque où elle pourra s'en affranchir. Quand nous parlons de maladies dont la dispaiilion peut être espérée, nous ne voulons pas dire qu'un jour viendra où le monde entier n'en offrira plus de traces, notre optimisme no va pas jusque là. Les espèces animales sont impérissables et fous les efforts de l'homme n'en ont pas encore détruit complètement aneseule, mais il est parvenu à réduire celles qui lui sont nuisibles à des proportions telles, qu'elles ne sont plus un danger pour lui. Il est en droit de concevoir les mêmes espérances à l'égard des espèces morbides. Le passé, sous ce rapport lui est garant de l'avenir. Les endémies infectieuses ont déjà rétréci notahlemtni Icur.'^ don-friint's : leurs jifincipaux btyrrs subsistf'ronl sans
ETUDE SYMIIETIQUE iUR LES MALADIES L^DE.MIUULS. 87
doule bien longtemps encore, et le inomenl n'e.it pas venu où il sera permis de songer à assainir les immenses marais des régions intertropicalcs, à canaliser l'embouchure de leurs grands fleuves, à rendre à la culture ces vastes terrains d'alluvion qui en défendent l'approche, mais quand il no s'agii que do vaincre des obstacles matériels, il n'est pas |)Ossiblc d'as^iguer des bornes à la puissance humaine. Grâce aux conquêtes de l'industrie, des enlreprises que nos pères auraient cousidéi'écs comme insensées se réalisent aujourd'hui presque sans effort. Il n'est pas plus difficile de dessécher des marécages que de réunir deux mers ou de passer sous les x41pes; mais il fuul, pour le tenter, que limporlance du but soit à la hauteur des sacrifices qu'il exige, et l'intérêt qui s'attache aux questions de cette nature ne fmppe j)as assez fortement les yeux, les moyens d'action n'ont pas acquis une perfection suffisante pour qu'il faille encore y songer. C'est la part de l'avenir, et c'est quelque chose déjà que d'avoir indiqué les moyens d'atténuer un mal dont on ne peut de nos jours attaquer le principe. C'est ce qu'a fait l'hygiène en signalant les causes des maladies infectieuses. Il lui est plus facile de garantir les populations contrôles endémies dues à des intoxications alimentaires. L'amélioratioii des cultures, une surveillance plus éclairée, des mesures de police mieux entendues, suffiront sans doute pour les prévenir.
Il est inutile de rappeler tout ce qui a déjà été fait dans ce sens. Les maladies virulentes, les affections parasitaires sont encore plus accessibles aux elforts de l'hygiène. Quant aux endémies dont la cause nous a échappé jusqu'ici, il s'agit d'abord de la découvrir, et c'est une espérance qui n'a rien de téméraire.
Nous sommes loin de prétendre que tous ces résultats soient faciles à atteindre; nous ne songeons pas à assigner une durée à une œuvre de perfectionnement qui demandera probablement des siècles pour s'accomplir : nous avons tenu seulement à tirer de notre travail un enseignernent pratique, en montrant que la question d'étiologie domine l'étude des maladies endémiques et qu'elle est plus avancée qu'on ne 'e croit généralement.
TABLt:
l"CLAs;r. — M, .la lies ettiléiiiit]ues d'origine iniasmaliquc . 7
11" CiAssE. — Malndies endémiques caiisces par un vice de ra'iiiienl^il.on. 10
IIP Classk. — Maladies endémiques d'origine parasitaire . ''8
1V° Ci.ASiE. — Maladies endémiques de nature virulente 56
Y» Classe. — Maladies endémiques dont la cause est encore inconnue. . . CG
A'fections qui se rattachent à des maladies non endémiques SO
Maladies sur le comple desquelles la science n'est pas fixée ' . * ' 81
Ma'ailics qu'il n'y a pas lieu de maintenir dans le cr.dic nosologique. ... 8i
J-4KIS. — IMP. SIMON HAIJON ET COMP., RIE u'ErFrr.Trt, 1.