X PRÉFACE
plupart de nos institutions, le système général de l'administration, son mécanisme intérieur, ses formes, ses branches diverses, sont peu ou mal connus; on la juge sans savoir sur quelles bases elle repose ni à quelles règles elle obéit. Il en est de ce qui la concerne comme de nos monuments et de nos sites naturels, que Ton dédaigne pour aller chercher à l'étranger de moins dignes sujets d'admiration. Des écrivains ont retracé les institutions administratives des États-Unis, de l'Irlande, de l'Angleterre ; il n'en est point qui, en dehors de la sphère du droit, se soient appliqués à décrire les nôtres. Des savants ont retrouvé et arraché à l'oubli, à l'aide des plus laborieuses recherches, les institutions des peuples qui ont disparu du monde, et l'on n'interroge pas, pour en tirer la simple analyse de nos propres institutions, les innombrables documents accumulés autour de nous. Pour qui ne sait point approfondir des textes de loi abstraits, d'arides discussions de jurisprudence ou des statistiques souvent confuses, il est plus facile d'apprendre l'administration municipale de New-York que celle de nos communes, et la police de l'ancienne Rome que celle de Paris.
C'est cette lacune que la science administrative doit combler, en s'appuyant sur les faits, sur l'étude des législations étrangères, sur l'histoire. L'histoire en particulier lui permet de profiter des
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leçons du passé, de remonter à la source des institutions, d'en observer la destination première, de les rapprocher des formes politiques, des usages et des temps qui les ont vues naître.
Le service le plus réel qui puisse être rendu à la science est d'exposer aux regards de tous l'administration même, les éléments qui la constituent, les œuvres qu'elle accomplit. Quelques personnes qui ne comprennent le pouvoir public qu'entouré de mystère et qui pensent qu'il impose d'autant plus à l'opinion que son organisation est plus reléguée dans l'ombre, redoutent cette publicité. Elles ont tort : le secret ne sert que les mauvais gouvernements, et encore ne les soustrait-il pas au châtiment qui leur est réservé tôt ou tard. La publicité et la sincérité, car la publicité qui ment n'est qu'un odieux charlatanisme, sont les attributs des pouvoirs qui remplissent loyalement leur tâche, qui respectent les lois et n'ont pour but que l'intérêt public.
L'administration française, en particulier, n'a point à redouter la publicité. A toutes les époques, les lois et les institutions ont tendu à y introduire l'ordre. Sous l'ancien régime, les parlements qui avaient autorité sur elle commençaient déjà à lui imprimer le sentiment du droit qui est de l'essence des corps judiciaires. Le gouvernement politique était absolu, l'administration ne l'était point, et si