CHAPITRE IV
Du TAUX DE l'impôt
Le taux annuel de l'impôt va jusque 25 francs, dans les colonies tropicales. Au Congo belge il ne dépasse pas 12 francs.r Ni des taux inférieurs ne sont toujours modérés, ni ce maximum n'est toujours excessif. Les capacités des populations dépendent de l'ambiance, de leur plus
(1) Voy. African Worïd^ sapplément du 23 novembre 1918, au sujet des rapports de Timpôt avec la révolte de l'Egbaland (Nigérie).
ou moins d'industrie» de l'étendue et de la qualité de leurs cultures, de la proximité d'un marché. Deux francs par an peuvent être une somme qu'il est abusif d'exiger maintenant de populations éloignées de tout centre, qui n'ont pas été invitées à travailler. Vingt-cinq francs pourraient être aisément obtenus au Congo belge des pêcheurs des lacs et des fleuves ou des populations voisines, qui n'en paient que la moitié.
D est vraisemblable que les indigènes du nord-est de la Rhodésie paient im impôt fort lourd, si l'on considère que ce pays n'a ni chemin de fer ni industrie ; aussi sontils invités à s'engager au Katanga.
D est difficile aux administrations de fixer avec équité le taux de l'impôt. Leur première préoccupation est d'unir la modération au rendement, lesquels ne sont pas toujours conciliables. Leur second objectif est de mettre le taux de l'impôt en rapport avec les salaires, et de ne point le fixer trop haut pour ne point élever ceux-ci, ce qui est louable. Mais, aimant l'uniformité, elles déterminent volontiers un taux unique pour une immense région. En Rhodésie, le taux de 25 francs s'applique à toute la Rhodésie du Sud ; une somme qui varie de 5 à 12 fr. 50 est perçue sur tous les noirs de la Rhodésie du Nord ; au Congo belge, la redevance est fixée par district et souvent par territoire, ce qui est mieux, mais quelques territoires sont aussi grands que la Belgique. L'impôt devrait, pour rester juste, varier parfois selon les villages d'un même territoire. Par exemple, un impôt de 12 francs ne semble pas trop élevé pour une grande partie du district du Tanganika Moero (Katanga) ; cependant, un magistrat (1), me disait : « Les noirs des chef- » feries de Kibende, Senga, Tshimbe, Mwenga Kakenke,
(1) M. Van der Kerken, substitut du procureur du roi, qui a étudié les populations du Tanganika.
» avaient, en 1918, comme seul débouché à leurs produits j» les mines d'étain de Manono dont ils sont séparés par B une distance qui varie entre 150 et 200 kilomètres. H B leur faut, pour y arriver et en revenir, douze ou seize » jours de marche et ils doivent emporter leur ravitaille- » ment pour l'aller et le retour. Ds ne pourront donc à » chaque voyage vendre plus de 20 kilos de manioc, ce B qui leur rapportera 2 ou 4 francs, selon que cette farine B leur sera payée 10 ou 20 centimes le kilo. Or, Timpôt B est de 12 francs ; on voit quelle charge l'impôt peut B être pour les noirs (1). »
C'est à l'instabilité de l'équilibre entre le taux de l'impôt dans certaines régions et les ressources de cette région que sont dues les violences qui marquent parfois sa perception dans toutes les dominations (2) : les populations fuient dans la brousse pour y échapper ; on cerne alors les villages ou les lieux de refuge avec un cordon de soldats, on frappe, on arrête, ou l'on tire, ou l'on brûle les huttes.