CHAPITRE III
L'impôt indigène et les recettes des colonies
africaines
Les taxes annuelles, payées par les indigènes africains des tropiques comme par ceux de l'Afrique australe, constituent une importante partie des recettes de l'État colonisateur. Voici quelques chiffres qui donneront ime idée de la charge des Bantu dans les dépenses publiques : dans la Rhodésie du Nord, en 1916-1917, les recettes sont de 148,792 livres et l'.mpôt indigène rapporte 81,759 livres (1) ; dans la Rhodésie du Sud, le même impôt produit 228,090 livres sur les recettes totales de 785,470 (1) ; l'impôt de capitation donne en Afrique équatoriale française pour l'année 1911, 8,586,180 francs, tandis que les dépenses prévues pour 1918 ne sont que de 7,200,000 francs environ.
L'impôt indigène prend à la vue de ces chiffres un caractère capital. L'État compte sur lui et sur l'augmentation de son rendement comme sur une recette certaine et obligatoire, et les indigènes peuvent être contraints par la force de le payer. De là suk aussi que la perception de l'impôt est une des tâches principales des administrateurs et l'un des objectifs de la politique indigène (2). Si l'impôt augmente en rendement dans leur district, les administrateurs seront bien notés, mais ils le seront mal s'il décroît et fléchit. Il suit aussi que l'administrateur soucieux de son avenir inclinera à faire donner, coûte que coûte, à l'impôt son rendement maximum et à en augmenter le taux.
(1) SUxteman'a Tecar book pour 1919.
(2) Voy., à cet égard, un article contenu dans le supplément de VAfrican World, du 23 novembre 1918.
Ceci est manifestement un des aspects les plus fâcheux de l'impôt indigène ; il peut devenir ime forme légale de l'oppression.
De par sa nature et dans la pensée des gouvernements européens, il pousse le noir à travailler sur ses champs ou dans les chantiers industriels. Mais, pour le noir, il n'est que le tribut au vainqueur, et si le tribut demandé excède ses ressources et est perçu par la force, il fait naître la désaffection.
Trop de rigueur dans la perception de l'impôt, chez ces peuples qui peuvent vivre sans travailler, aboutit parfois à l'appauvrissement du pays, à la vente de tout le cheptel, à la prostitution des femmes ; elle conduit parfois à des violences meurtrières et à des brûlements de huttes ; on a vu des villageois, pour échapper à l'impôt, fuir dans la brousse, où la pluie, les moustiques et les fauves les décimèrent (1).
Recommander l'extrême modération, renoncer à un accroissement régulier du rendement de l'impôt, instituer des échanges de vue avec les chefs noirs sur son taux et ses modalités, voUà, semble-il, ce qu'il faut faire.