CHAPITRE I. — GÉNÉRALITÉS
U y a trois grandes classes de sociétés africaines : les animistes, appelés aussi fétichistes ou païennes, les musulmanes, les chrétiennes.
Les premières sont de beaucoup les plus nombreuses, malgré l'ancienneté des entreprises de conversion, et offrent à ces tentatives une résistance presque insurmon-
table (1). Les adeptes eux-mêmes du mahométisme et du christianisme restent probablement des animistes, à part une infime minorité d'universitaires noirs ; ils se bornait à mêler à leurs croyances primitives des concepts d'origine évangélique. Tant sont irréductibles les f ondemoits de la logique mystique.
La colonisation européenne s'est, dès le début, fait assister de religieux catholiques. Les marins espagnols et les conquistadors juraient d'aider à la propagation de la foi. Louis XIV, dans ses lettres patentes à la Compagnie de l'Ouest, lui imposait l'envoi de prêtres pour répandre les bonnes doctrines. Les meetings de conunerçants anglais écoutaient volontiers le sermon d'un missionnaire et donnaient aux bateaux transporteurs d'esclaves des noms bibliques. Ce sont les missionnaires qui préparèrent la voie aux Anglais dans de nombreuses régions, en Australie, dans le sud et le centre de l'Afrique, à Sierra-Leone, à Lagos, au Nyassaland. L'Acte de Berlin recommande la protection des institutions religieuses.
Le christianisme a aujourd'hui deux sortes de représentants en Afrique : les missionnaires catholiques et les missionnaires protestants. Les premiers inculquent aux indigènes l'intégralité de la doctrine romaine, tandis que les protestants leur dispensent, par la libre interprétation des Ecritures, des doctrines assez diverses. Ces missionnaires n'ont pas de rapport entre eux et se jalousent, car tous croient posséder la vérité. H n'existe même pas d'entente très amicale, ni entre missionnaires catholiques, ni entre missionnaires protestants. Ils ont des genres de
(1) DE Saussure, dans Psychologie de la coloniaotùm françaieet p. 10, observe qu'après trois sièdes d'assimilatioii religieuse, les Tagals brûlaient encore les moines et les prêtres aux Philippines.
vie bien distincts : les catholiques vivent en groupes soumis aux règles de leurs ordres ; leurs demeures rappellent un peu les monastères d'Europe; les missionnaires protestants sont souvent isolés» moins hiérarchisés» ont femme et enfants, et telle de leurs habitations est un home délicieux de paix et de confort.
S'ils sont séparés par des concepts religieux différents» missionnaires catholiques et . protestants peuvent se réclamer du mobile le plus noble des actions humaines : le désintéressement. Il y a quelque chose de trouble et d'équivoque dans la colonisation, c'est son but égoïste. Les missionnaires ne tirent aucun profit matériel de leur oeuvre. Ils connaissent le rayonnement intérieur qui accompagne l'acte qui coûte et ne rapporte rien. A la vérité, il n'y a pas en Afrique d'hommes plus heureux que les missionnaires : un haut idéal de bienfaisance spirituelle, les grâces de la foi, l'indépendance, l'amour de l'indigène, l'absence de soucis matériels et d'ambition leur procurent ce qu'il y a de meilleur dans la vie.
On voit parmi eux des hommes d'une complète bonté. Us sont presque partout respectés des noirs, pour la dignité de leur existence, leurs conseils et l'aide qu'ils donnent.
n y'a des missionnaires qui possèdent de grandes connaissances, mais ils ne forment pas la majorité. La naïveté, l'ignorance de la réalité indigène, l'opinion de l'effet magique de la parole évangélique sont encore fréquentes parmi eux, mais en régression.