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CHAPITRE II

Aperçu sub l'avenir du christianisme EN Afrique tropicale

Le phénomène missionnaire chrétien est si ancien et si répandu, qu'on l'étudié peu dans les chances de succès

du christianisme sur les races à convertir. Nous sommes assimilateurs et chrétiens. Nous trouvons logique l'effort de christianiser les barbares. Cependant» ces barbares appartiennent à une autre race que la nôtre et il semble que toute race naturelle ait une religion qui lui est propre : elle est la plus précieuse et la plus vivace fleur de son intellectualité.

Le Chinois, Tlndou» l'européen a une conception particulière de la divinité qui ne convient qu'à lui et est rejetée par les autres. Cette conception fondamentale de la race naturelle subit des déformations légères dans chaque race historique. On voit, par exemple, les Latins, les Germains, les Slaves demeurer fidèles au Dieu chrétien, mais plier la croyance révélée selon la courbe de leur génie particulier ; les uns adoptent le catholicisme hiérarchisé, dogmatique et formaliste; les autres préfèrent le protestantisme plus profond et plus conforme . à l'âme inquiète des Anglo-Saxons et des Germains ; les derniers confient à l'orthodoxie leurs aspirations mystiques.

n suit que le christianisme n'est pas spécialement appelé à rallier les Bantu, pas plus que le bouddhisme ou le brahmanisme. L'islamisme n'a pas une vertu plus grande, mais il est plus goûté parce qu'il signifie la guerre aux européens, admet la polygamie, est oriental.

C'est probablement le particularisme des races naturelles qui explique, avec la précarité et le peu de profondeur des conversions, le refus de la masse bantu de se christianiser. Pour elle, le poème métaphysique chrétien* chef-d'œuvre spirituel de l'occident, est un tissu d'idées incompréhensibles et presque absurdes, et les croyances

qui l'accompagnent sont inférieures : a mes fétiches, disait le chef Kulu à un père de Saint-Esprit, sont plus forts que les tiens. »

Les contradictions de renseignement des protestants et des catholiques, les disputes qui surgissent entre eux sont également défavorables au succès de la prédication. Une mémorable querelle se déroula en Uganda entre la a Church missionnary society » et une mission catholique; elle avait révolutionné la région (1) et les missionnaires catholiques durent s'enfuir. On voit les indigènes passer d'un culte à un autre, selon les faveurs qu'ils reçoivent des missionnaires. Dans les régions où l'Islam a pénétré, le christianisme a trouvé plus de difficultés encore.

Les missionnaires expérimentés se rendent compte du peu d'effet de leurs efforts sur la masse. Quelques-ims sont découragés ; l'un d'eux, à Kulu, me disait : « les noirs sont incivilisables, nous ne faisons aucun progrès réel » ; pour d'autres, l'avance sera fort lente, mais la foi triomphera ; les plus éclairés sentent la résistance de la race et croient que la moisson sera autre que la semence.

Certains signes montrent que le zèle des missionnaires n'amènera pas la race bantu aux rites et aux dogmes des Occidentaux.

L'opinion que les Africains ont une civilisation et une religion se forme confusément dans l'esprit d'un petit nombre de Bantu civilisés. L'éthiopianisme est l'une de ses expressions. C'est probablement un mouvement,

(1) Au sujet de ces discussions au Congo belge, lire En éclaireurf par le missionnaiie protestant Anbt.

à la fois politique et religieux qui revendique le droit des Africains sur l'Afrique et où le clergé indigène réclame plus de liberté d'allure; l'église éthiopienne est afBliée à « r American negro methodist church » ; le clergé protestant a repris, dit-il, le contrôle complet de cette église, qui inquiéta durant un certain temps, et dont le vrai caractère est inconnu ; mais l'éthiopianisme est toujours actif.

n y a, dans le clergé noir des côtés de Guinée, des prêtres noirs qui demandent, comme le chanoine Israël Colm, la substitution d'une église nettement africaine à l'église anglicane ; d'autres, dans le même esprit, proclament le droit des noirs d'être polygames.

Les missions protestantes de Libéria ne répugnent pas à/l'idée d'entretenir parmi les noirs civilisés un christianisme mêlé de fétichisme.

Quelques missionnaires intelligents accommodent leur enseignement aux croyances indigènes et se bornent à les améliorer ; ils appellent ange gardien le « génie » des Baluba, et les morts sont représentés conmie bienveUlants.

Ces mouvements, qui commencent seulement de se produire, ces transactions des missionnaires avec les antiques croyances montrent la probabilité dans l'avenir de particularismes religieux et d'églises. Le rôle des missionnaires en Afrique est et sera peut-être de préciser et d'ennoblir la notion de Dieu. Une fois cette idée dégagée de leurs superstitions, les Bantu eux-mêmes se construiront leur religion selon le moule créé par leurs souffrances, leur idéal, leurs contacts (1). L'œuvre des missionnaires ainsi comprise ne perd rien de sa grandeur.

(1) Notamment leurs contacte avec les misskninaîzes chrétiens.

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